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  • il y a 4 minutes
Dans son édito du 21/09/2026, Mathieu Bock-Côté revient sur [thématique de l'édito]

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Transcription
00:00Il y avait deux élections régionales en Allemagne.
00:03Trois mouvements se confirment, Mathieu Bocoté.
00:06D'abord, la percée de l'AFD, ce parti de droite nationale,
00:10celle de la gauche radicale également.
00:13Ensuite, la force de réaction des partis du système contre la première.
00:17Enfin, le rôle des abstentionnistes dans la vie politique.
00:20Quelle leçon peut-on tirer de ce qui s'est passé en Allemagne ?
00:24Plusieurs leçons. Quelquefois, on présente l'Italie
00:26comme le laboratoire politique de l'Europe.
00:28Dans les circonstances, l'Allemagne est peut-être aujourd'hui
00:31là où on voit les mouvements de fond s'accélérer
00:33de la manière la plus nette qui soit.
00:36Donc, l'AFD est en train de devenir le premier parti politique d'Allemagne.
00:40C'est en train de s'installer dans ce rôle.
00:43Il faut comprendre qu'ils ont fait 38 %.
00:45Ils ont doublé leur score dans le lander de McLambourg-Poméranie occidental.
00:5038 %, c'est deux fois plus que la fois précédente.
00:5338 % de gens qui n'ont donc pas accepté le récit
00:56que l'AFD, ce serait le retour de la bête,
00:58le retour du nazisme, le néo-nazisme,
01:01le néo-nazisme décomplexé, le néo-nazisme déclaré.
01:0438 % de gens qui disent manifestement,
01:06nous ne voyons pas le parti ainsi
01:07et nous n'acceptons pas l'interdit moral qui le frappe.
01:11Ils ont peut-être tort.
01:12Mais ce qui est certain, c'est qu'ils sont assez nombreux.
01:14Comment les événements,
01:16et par ailleurs, un peu dans une autre à Berlin,
01:19percée réelle de la gauche radicale, j'y reviendrai.
01:21Comment ça nous est raconté par France Info,
01:23ça m'a beaucoup amusé.
01:24Je cite,
01:25« Ces résultats arrivent deux semaines
01:27après la très large victoire de l'AFD.
01:29Un parti d'inspiration nazie,
01:31comme le précisait à France Info,
01:33l'enseignante-chercheuse Valérie Dubzalf,
01:35dans le land de Saxon-Alpes,
01:37une première pour l'extrême droite en Allemagne
01:39depuis 1945. »
01:40Ces gens sont d'une subtilité déconcertante.
01:43Donc, un parti néo-nazifié,
01:45extrême-droitisé, réussi à percer,
01:46malgré ce qu'on appelle en Allemagne
01:48le mur de feu, le pare-feu.
01:50Donc, en France, il y a le Front républicain,
01:52en Belgique, il y a le cordon sanitaire,
01:53là-bas, c'est le pare-feu.
01:54Donc, cette idée que nous sommes devant
01:56un parti absolument infréquentable
01:58qui ne doit jamais être intégré
01:58dans quelque coalition que ce soit.
02:00Comment expliquer la réaction des gens
02:02en Allemagne de l'Est, plus souvent,
02:04devant cela ?
02:05Une hypothèse qui est quelquefois avancée,
02:06c'est qu'ils ont fait l'expérience
02:07de l'Allemagne de l'Est, justement.
02:09Donc, ils ont fait l'expérience
02:09de la domination idéologique du Parti communiste.
02:12Ils ont fait l'expérience de la Stasie.
02:13Et peut-être qu'en Allemagne de l'Est,
02:15on a appris à décrypter plus facilement
02:16qu'ailleurs les mécanismes
02:18de la domination idéologique et médiatique
02:20qui se reconduisent aujourd'hui
02:21sous prétexte d'une conception falsifiée
02:24de la démocratie libérale.
02:26Autre chose, sur France Info,
02:27je me permets de le noter
02:28parce que c'est drôle,
02:29le bilan de la soirée électorale de dimanche
02:31se résume donc à la victoire
02:32de l'extrême droite
02:33et de la gauche dite radicale,
02:36au détriment de la gauche classique,
02:38mais surtout de la droite historique,
02:39la fameuse CDU.
02:40Donc, Die Linke,
02:41c'est la gauche dite radicale.
02:43On appelle ça multiplier les nuances
02:45pour faire comprendre
02:46qu'on n'est pas devant le même phénomène.
02:48La CDU, un élément important dans tout cela.
02:50Donc, on n'ose pas dire l'extrême gauche,
02:51mais on dit l'extrême droite.
02:53Intéressant la sémantique.
02:54On y reviendra.
02:55Il faut toujours s'intéresser à ça.
02:56Ensuite, autre élément,
02:58l'AFD devient le principal parti de droite
03:00et la CDU s'effondre.
03:01Elle n'aura pas accès au Parlement.
03:04C'est-à-dire qu'ils sont en dessous de 5 %.
03:06Et c'est dans le lander d'Angela Merkel.
03:09Angela Merkel qui est une figure
03:10sur laquelle on devra revenir un jour
03:11en voyant à quel point
03:12c'est une figure destructrice
03:13à la fois pour l'Allemagne
03:15et pour l'Europe.
03:15On nous l'a présentée
03:16comme une grande femme d'État.
03:18Dans les faits,
03:18c'est une figure destructrice.
03:19Et dans son lander,
03:20on ne veut plus de la CDU.
03:22C'est quand même marquant.
03:24Par ailleurs,
03:25Fray Mertz,
03:26le chancelier Mertz,
03:27nous dit,
03:27malgré l'effondrement
03:28de son parti dans les circonstances,
03:30nous allons continuer de gouverner.
03:31Nous allons continuer nos réformes.
03:34Nous allons continuer
03:34d'appliquer notre programme.
03:36Même s'il y a un désaveu populaire profond
03:38pour les partis du centre
03:39et notamment la CDU
03:40parce que nos réformes
03:41sont plus importantes
03:42que l'humeur électorale
03:44circonstancielle.
03:45Certains diraient,
03:46peut-être ont-ils le tort,
03:47que c'est une forme
03:48de despotisme éclairé.
03:49Plus le peuple se proteste,
03:51plus il faut lui enfoncer
03:52dans la gorge
03:53les réformes
03:54dans la gorge
03:54dont il ne veut pas
03:55parce que le peuple éructe.
03:57Le peuple ne comprend pas
03:58ce qui lui arrive.
03:59Donc, des hommes fermes
04:00et fiables
04:01au sommet de l'État
04:01doivent gouverner
04:02malgré les humeurs populaires.
04:05Nuance importante,
04:06le SPD
04:06qui est le parti de gauche classique
04:08a lui plutôt bien fait
04:11contre la FD.
04:12Il termine deuxième
04:13mais on lui annonçait
04:14un score bien moins bon
04:15il y a un an
04:16et pourquoi réussit-il
04:17à se maintenir
04:18et même avoir un score honorable?
04:19Parce que le système
04:20n'est par ailleurs
04:21pas mort du tout.
04:22Donc, le système réussit
04:23à concentrer ses efforts
04:24de redressement
04:24dans ce cas-là
04:25sur le SPD.
04:27Donc, il y a un effet
04:28de mobilisation des troupes
04:30pour bloquer justement
04:31ce qu'on présente
04:31comme le retour
04:32de la bâtiment.
04:33Chose importante
04:34et vous l'avez mentionné,
04:35le rôle des abstentionnistes.
04:37Et ça, on aurait pu en parler
04:38il y a deux semaines.
04:39La force de la FD
04:40et de Die Linke,
04:41c'est de faire en sorte
04:42que les gens
04:42qui ne votaient plus,
04:44qui en avaient marre
04:44du grand gouvernement consensuel,
04:46du bloc central,
04:47du centre compétent,
04:48des gens qui ne croyaient plus
04:49à la politique,
04:50qui voyaient globalement
04:51un théâtre d'incompétents,
04:54malveillants ou non,
04:55incapables assurément,
04:56qui ont tout gâché
04:57et qui nous font la leçon,
04:59des gens qui quittaient
04:59la politique
05:00parce qu'elle manquait
05:01de radicalité.
05:02Ils étaient globalement
05:03en l'un et l'autre,
05:04bonnet blanc, blanc bonnet,
05:06il y en a marre,
05:06tous pareils,
05:07ces gens-là conduisent
05:08le pays au désastre.
05:10Eh bien, devant cela,
05:11nous allons,
05:12nous nous intéressons
05:13aux partis d'opposition
05:15qui ont un discours
05:16franc et décomplexé.
05:17On peut apprécier
05:17le parti d'opposition
05:18en question,
05:19mais c'est par la radicalité
05:21qu'ils sont capables
05:22d'amener les électeurs
05:23qui ne votaient plus
05:24à voter de nouveau.
05:26Et ça,
05:27c'est ce qu'avait fait
05:27Trump, soit dit en passant,
05:28et c'est ce que font
05:29tous les partis
05:30qui émergent
05:30dans des situations
05:31de basculement historique.
05:32Vous êtes capables
05:33de politiser,
05:34de mobiliser des électeurs
05:35autrefois qui avaient
05:37quitté la politique.
05:38Je précise que c'est en France
05:39la stratégie de LFI.
05:40Absolument.
05:41Absolument.
05:42Mais vous l'avez noté,
05:43Mathieu Bocoté,
05:43à Berlin,
05:44c'est la gauche,
05:44la gauche radicale
05:46d'Illienke
05:47qui l'emporte.
05:48Oui,
05:48et ce n'est pas
05:49une petite gauche,
05:50c'est vraiment très radical.
05:51On pourrait dire
05:51que c'est une culture LFI
05:52version Berlin.
05:54Berlin qui a une culture
05:54politique très particulière,
05:56on pourrait dire
05:56très, presque décadente
05:58en quelque sorte.
05:59Donc,
05:59Dillienke l'emporte
06:00avec une coalition singulière.
06:02On pourrait dire
06:02que tout comme il y a
06:03une nouvelle France,
06:04version LFI,
06:05il y a une nouvelle Allemagne,
06:07version Dillienke.
06:08Donc,
06:08c'est une coalition électorale
06:10qui compose essentiellement
06:11une population émigrée
06:12et des jeunes femmes,
06:14j'ajoute,
06:15et par ailleurs
06:15des jeunes diplômés radicaux.
06:18On pourrait dire
06:18la jeunesse woke,
06:19disons ça simplement.
06:20Au cœur de cette proposition,
06:22donc chacun a
06:22un attachement particulier
06:23à l'État social,
06:24mais pour des raisons
06:24particulières.
06:25Certains,
06:26les jeunes diplômés woke
06:27parce qu'ils ne seraient pas
06:27capables de s'intégrer
06:28à l'économie de marché,
06:29d'autres parce que c'est
06:30une occasion de transfert
06:31de ressources sociales,
06:32financières,
06:32et ainsi de suite.
06:33Quoi qu'il en soit,
06:34un enjeu au cœur
06:35de l'élection à Berlin,
06:36c'était le logement.
06:37Et là,
06:38il y avait cette idée
06:38qu'il fallait exproprier
06:40200 000 logements
06:41appartenant à des grands
06:42groupes immobiliers.
06:43Donc,
06:43c'est une logique
06:44ouvertement communiste.
06:45Il y a cette idée
06:46que ces logements,
06:47nous allons les nationaliser,
06:48directement ou indirectement.
06:50Et je note
06:50que ça fait penser
06:51beaucoup à la victoire
06:52de Mamdani à New York.
06:53Vous le noterez,
06:54une campagne,
06:55une même coalition
06:55Terra Nova radicalisée,
06:57une même coalition
06:58centrée sur la question
06:59du logement,
07:00une même hostilité
07:01déclarée à la propriété,
07:03un même discours
07:04qui flirte souvent
07:05avec le racisme anti-blanc,
07:06un même collectivisme militant.
07:08Et cette gauche radicale
07:09qui existe au niveau
07:10municipal,
07:11c'est pas seulement à Berlin,
07:12c'est pas seulement
07:14à New York,
07:14c'est à Seattle,
07:15à Chicago,
07:16on pourrait dire en France,
07:17bien que ce soit
07:18sous d'autres étiquettes,
07:19à Paris,
07:19à bien les égards,
07:20à Lyon,
07:20à Saint-Denis.
07:21Et qu'est-ce qu'on voit ici,
07:22c'est que contrairement
07:23à ce qu'on nous raconte
07:23trop souvent,
07:24la gauche est au pouvoir
07:25dans le monde occidental
07:25aujourd'hui.
07:26Elle est au pouvoir
07:27au niveau municipal.
07:28La gauche radicale
07:29n'est pas dans
07:29l'opposition perpétuelle.
07:31Elle a trouvé
07:31au niveau municipal
07:32le laboratoire politique
07:34pour appliquer
07:34ces réformes
07:35très radicales.
07:37Je précise qu'il ne s'agit
07:38pas d'une logique
07:38de coup de force,
07:40on pourrait dire
07:40le grand soir,
07:41la gauche réveille au grand soir.
07:42C'est plutôt la logique
07:43de la révolution permanente.
07:45Mais on s'empare
07:46d'une ville,
07:46on la transforme
07:47en profondeur,
07:48on en chasse
07:48les propriétaires,
07:49on impose
07:50le multiculturalisme radical,
07:51on assimile
07:52la police au racisme.
07:53Et à travers tout cela,
07:54c'est une révolution
07:55qui s'impose
07:56ville par ville,
07:57mais on n'est pas capable
07:57de la comprendre
07:58parce qu'on traite encore
07:59le municipal
07:59comme un simple
08:00domaine gestionnaire.
08:01Alors revenons directement
08:02aux leçons
08:02des élections allemandes.
08:03On a envie de vous demander
08:04est-ce qu'on peut en tirer
08:05des enseignements
08:06pour la France?
08:07Oui, je crois.
08:07Le premier,
08:08c'est le vieux système partisan
08:10qui correspondait
08:11à une autre époque,
08:11une autre société,
08:12une autre industrie,
08:13une autre économie,
08:14une autre population.
08:15Ce système s'effondre
08:17un peu partout.
08:17Il peut connaître
08:18des renaissances
08:18circonstancielles,
08:19mais les vieux partis
08:20ne répondent plus
08:22qu'aux besoins
08:22de la technostructure.
08:23Ils ne sont plus connectés
08:24à la population.
08:26Prenez les partis de droite
08:27en Occident,
08:28partout aujourd'hui.
08:28Le parti de droite
08:29dominant en Allemagne
08:30aujourd'hui,
08:31c'est la FD.
08:32En France,
08:33c'est le RN.
08:34En Italie,
08:34c'est le parti de Mme Mélanie
08:35qui est par ailleurs
08:36débordé sur sa droite
08:37par Van Aschi,
08:38qui a une position
08:39qui ferait passer Mélanie
08:40pour une modérée.
08:41Au Royaume-Uni,
08:42c'est le Reform.
08:43En Espagne,
08:44c'est la montée de Vox.
08:45Au Portugal,
08:45c'est Chega.
08:46Puis aux USA,
08:47c'est la droite Trump
08:48plutôt que la droite
08:49républicaine traditionnelle.
08:51Ce qui arrive,
08:52en fait,
08:52c'est que nous quittons
08:53l'idée d'une société
08:55réconcilie.
08:55Puis à gauche,
08:56c'est la même chose,
08:56si je peux me permettre,
08:57en France,
08:57LFI,
09:00chez les socialistes américains,
09:01les démocrates américains,
09:04je l'ai dit,
09:05Die Linke en Allemagne,
09:06ce qui se décompose
09:07sous nos yeux,
09:07c'est l'illusion
09:08d'une société
09:09où la démocratie
09:09consisterait à débattre
09:11d'idées les uns les autres
09:12pour se convaincre
09:12qu'on a les meilleures options.
09:13Ça, ça venait
09:14d'une société cohérente,
09:16presque homogène,
09:17une société où les gens
09:18partageaient suffisamment
09:19de choses en commun
09:20pour ensuite débattre
09:21de manière éclairée,
09:22accord, désaccord,
09:23mon projet de société,
09:24le tien.
09:24On n'est plus dans
09:25cette logique-là.
09:26On est dans des institutions
09:27où s'affrontent
09:28des communautarismes,
09:29des peuples souvent,
09:30des populations
09:31qui n'ont plus rien
09:32en commun,
09:34qui s'affrontent
09:34dans le cadre
09:34d'institutions
09:35qui ne sont pas faites
09:36pour cela.
09:37Et moi,
09:37ce que je vois derrière ça,
09:39deux très brefs
09:40dernières réflexions,
09:40les blocs électoraux
09:41qui émergent
09:42seront de plus en plus
09:43des blocs ethno-sociaux.
09:44On en pense ce qu'on veut,
09:45je ne m'en réjouis pas,
09:46mais c'est factuel.
09:47La vieille nation civique
09:49se décompose,
09:50le peuple historique émerge,
09:51la logique contre-coloniale
09:53émerge aussi.
09:54Puis un dernier point,
09:54quel est le rôle du centre
09:55dans tout ça?
09:56Eh bien, le centre,
09:56comme toujours,
09:57préfère la gauche
09:58à la droite,
09:59pave le chemin
09:59à la victoire
10:00de la gauche radicale
10:01demain au nom
10:02de l'État de droit
10:02et de la République
10:03ou de la démocratie
10:03et parce que dans
10:04l'esprit du centre,
10:06le fascisme,
10:06encore une fois,
10:07serait l'autre nom
10:07de la droite nationale.
10:08On connaît cette histoire
10:09par cœur en France.
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