- il y a 2 heures
Faites l'expérience un jour : comptez, dans votre ville, les rues et les places qui portent le nom de Gambetta. Vous en trouverez presque partout. Léon Gambetta figure encore aujourd'hui dans le top dix des personnalités les plus honorées par nos plaques de rues, juste derrière De Gaulle, Pasteur, Victor Hugo, Jean Jaurès et Jean Moulin. Et pourtant, demandez autour de vous qui il était vraiment : le plus souvent, c'est le silence. Ce fils d'immigré italien, épicier à Cahors, borgne depuis l'enfance, devient pourtant l'homme du 4 septembre 1870 : celui qui proclame la République, quitte Paris assiégé en ballon pour organiser la résistance, puis passe dix ans à imposer ce régime que la France ne voulait pas franchement. Il meurt à quarante-trois ans, d'un accident aussi absurde que sa vie fut flamboyante. Comment expliquer un tel oubli ? C'est la question du livre que l'historien Éric Anceau vient nous présenter : "Gambetta, fondateur de la République", publié aux Presses universitaires de France.
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00:02Générique
00:14Générique
00:19Bonjour à tous, bienvenue dans Passer Présent.
00:23Faites l'expérience un jour.
00:25Comptez dans votre vie les rues et les places qui portent le nom de Gambetta.
00:28Vous en trouverez presque partout.
00:31Léon Gambetta figure encore aujourd'hui dans le top 10 des personnalités
00:34les plus honorées par nos plaques de rue,
00:36juste derrière De Gaulle, Victor Hugo, Jean Jaurès et Jean Moulin.
00:40Et pourtant, demandez autour de vous qui il était vraiment.
00:42Le plus souvent, c'est le silence ou alors on vous raconte
00:45une histoire de ballon qui s'échappe de Paris.
00:48Ce fils d'immigré italien, borgne depuis l'enfance,
00:51devient pourtant l'homme du 4 septembre 1870,
00:54celui qui proclame la République quitte Paris à siéger en ballon
00:59pour organiser la résistance, puis passe 10 ans à imposer ce régime
01:03que la France ne voulait pas franchement.
01:04Il meurt à 43 ans d'un accident aussi absurde que sa vie fut flamboyante.
01:10Alors comment expliquer un tel oubli ?
01:11C'est la question du livre que l'historien Éric Anceau vient nous présenter.
01:15Gambetta, fondateur de la République, publié aux presses universitaires de France.
01:21Éric Anceau, bonjour.
01:22Bonjour Guillaume Fiquet, merci de me recevoir.
01:24Je vous en prie, c'est toujours un plaisir.
01:26Vous êtes professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Lorraine,
01:31un spécialiste reconnu du Second Empire, Napoléon III,
01:34de l'histoire de la nation française en général.
01:36Vous êtes un auteur particulièrement prolifique, près de 50 livres je crois.
01:41Et vous avez dernièrement publié Laïcité, un principe,
01:44aux éditions Alpha en octobre 2024,
01:47puis Histoire de la nation française, du mythe des origines de nos jours chez Talendier,
01:52en février 2025.
01:53Vous avez ensuite fait paraître Gambetta, fondateur de la République,
01:57aux presses universitaires de France.
01:59Il est ici.
01:59Et vous avez aussi dirigé, en octobre dernier, chez Passé Composé,
02:04une somme réunissant 100 historiens, la nouvelle histoire de France.
02:09Et j'oublie bien évidemment la très célèbre histoire mondiale des impôts
02:12que vous avez commis chez Perrin ou chez Passé Composé, je ne sais plus.
02:15Chez Passé Composé.
02:16Chez Passé Composé.
02:17Mais c'est justement votre Gambetta qui nous réunit aujourd'hui.
02:22Alors vous ouvrez sur un paradoxe que je rappelais dans mon introduction.
02:25Gambetta est l'une des personnalités les plus honorées par la toponymie française.
02:30Et pourtant il a presque disparu de la mémoire collective.
02:32Alors comment expliquer cet effacement ?
02:35Alors déjà pourquoi figure-t-il, vous dites dans le tome 10,
02:38mais je vais même aller plus loin, dans le top 5 des personnalités les plus honorées
02:42par l'autonymie, c'est-à-dire le fait de nommer un boulevard, une avenue, une rue,
02:47une place au nom d'une célébrité.
02:50Parce qu'en son temps, il était une célébrité d'une popularité absolument inouïe.
02:55Il a eu le droit des obsèques nationales.
02:57Enfin, il était sur un piédestal.
02:59Et puis l'histoire faisant que le temps s'épaissit, que les idées changent,
03:05et bien les idées qu'il défendait et qui l'ont porté au pinacle ne sont plus forcément de mode.
03:10Voilà quelqu'un qui était très patriote, on dirait aujourd'hui presque nationaliste,
03:15donc ça, ce ne sont plus des idées forcément très très porteuses.
03:19Quelqu'un qui défendait une laïcité intransigeante,
03:23et là aussi aujourd'hui notre société est divisée par rapport à la laïcité,
03:28qui défendait certaines valeurs de l'école de la République, la discipline, le culte du savoir, etc.
03:36Et quelqu'un également qui était de son temps, comme son alter ego Jules Ferry,
03:40lui aussi très honoré par nos plaques de rue, mais voué aux gémonies par une certaine gauche aujourd'hui,
03:47confère la présidence de François Hollande où il avait eu quelques ennuis quand il avait voulu l'honorer,
03:51Jules Ferry. Jules Ferry c'est le chantre de la colonisation,
03:55et Gambetta soutenait la politique coloniale de Jules Ferry.
03:59Donc là aujourd'hui, c'est un mix entre le discrédit qui peut frapper la Troisième République,
04:04et puis également le déclin finalement de la notion de patriotisme et conception de la nation.
04:08C'est exactement ça, à mon avis, qui explique l'oubli relatif,
04:13voire on dirait aujourd'hui l'effacement, qui affecte Gambetta.
04:18Alors le titre, Gambetta, fondateur de la République,
04:21je veux savoir, qu'est-ce que vous apportez vraiment, après Barral ou Maillard,
04:25que vous citez d'ailleurs en exergue,
04:27qu'apportez-vous vraiment de neuf, d'effets inédits,
04:30ou bien c'est un autre Gambetta que vous parlez ?
04:32Non, alors il y a deux choses, si vous voulez, j'appelle ça un essai historique,
04:36parce qu'effectivement, il y a un fil conducteur, il y a une thèse,
04:39le but c'est de donner à voir au grand public, ça se lit très facilement,
04:43c'est la taille d'un que sèche, ça fait 125 pages,
04:46l'avis de Gambetta de façon très synthétique.
04:49Alors, dire que j'apporte du neuf, non,
04:52mais je fréquente Gambetta, si j'ose dire, depuis 30 ans,
04:55donc je le connais bien,
04:57j'ai mis en exergue quelques citations
04:59qui ne sont pas, par exemple, dans le livre de Jean-Marie Maillard
05:02ou celui de Pierre Barral,
05:03qui sont des sommes absolument gigantesques,
05:06et il faut dire que ce livre est très original,
05:08puisqu'il est édité par les presses universitaires de France,
05:11dans une collection d'audiolivres,
05:12c'est-à-dire que les personnes qui voudront l'acheter
05:15peuvent acheter soit le petit livre que vous avez entre les mains,
05:18soit une série de trois CD et écouter chez soi,
05:22ou en podcast même, moi-même,
05:27racontant la vie de Gambetta.
05:28– Oui, oui, c'est moi.
05:29J'ai pris un grand plaisir, d'ailleurs,
05:31je suis un peu cabotin,
05:32j'ai pris un grand plaisir à raconter comme ça
05:34la vie de Gambetta en audio.
05:36– Alors, sa vie, on va commencer par le début,
05:39le jeune étranger,
05:40il est resté immigré italien,
05:43il est resté juridiquement italien jusqu'à 21 ans.
05:46– Alors, immigré italien,
05:47il faut préciser, c'est différent d'aujourd'hui.
05:49– Oui, c'est-à-dire qu'en fait, il est né en France.
05:51– C'est ce que je voulais nous demander.
05:51– Il est né à Cahors au printemps 1838.
05:55Donc, si vous voulez, aujourd'hui,
05:56il aurait été français par le fait de naître en France,
05:59mais à l'époque, ça n'est pas encore,
06:01il faudrait attendre une loi républicaine,
06:03d'ailleurs, de 1889 pour que ça soit le cas,
06:06le double droit du sol.
06:08À l'époque, en fait, quand vous êtes né en France,
06:11mais d'un père étranger,
06:12ce qui est le cas de Gambetta,
06:13puisque son père était italien,
06:15vous attendez votre majorité,
06:17et à l'époque, la majorité était de 21 ans.
06:19Donc, pour Gambetta, ça va être le cas en 1859.
06:22Et on vous pose la question de savoir
06:24la nationalité que vous voulez adopter.
06:26Et Gambetta n'a pas hésité, il a choisi la nationalité française.
06:29– On peut y voir déjà des prémices de son,
06:31enfin, un patriotisme…
06:34– Un patriotisme farouche,
06:35il n'a jamais renié ses origines italiennes,
06:37il entreprendra même avec son père,
06:39au moment où il obtient le baccalauréat,
06:41donc en 1856, quand il a 18 ans,
06:44une tournée du nord de l'Italie
06:46pour découvrir la patrie de ses ancêtres.
06:48– Mais en même temps, il se sent français
06:51jusque dans ses tripes.
06:54Et, vous savez, on dit le français a un esprit
06:56un petit peu gaulois, y compris Macron,
06:58on a pu le dire en son temps.
06:59C'est-à-dire que, voilà, il oscille,
07:03il peut être colérique.
07:05Gambetta, c'est tout à fait ça.
07:06C'est un tempérament méditerranéen.
07:08Et en même temps, c'est un cartésien.
07:10C'est un homme qui résonne et qui réfléchit beaucoup.
07:12Et il y a cette ambivalence chez lui.
07:15Il aime la bonne bouffe, la gastronomie.
07:17Il est un peu foutraque dans son attitude
07:20et dans ses tenues vestimentaires.
07:22Il est truculent, il est bonhomme.
07:24Il est colérique et gaulois.
07:26Il est très français.
07:27– Alors, colérique, d'ailleurs, il perd un œil à 11 ans, je crois.
07:31C'est quoi ? C'est une bagarre à l'école ?
07:32– Non, non.
07:33– Alors, ça pourrait, parce qu'il s'est bagarré,
07:34effectivement, vous avez raison, à l'école.
07:36Non, non, il observe un artisan coutelier
07:38pendant les vacances scolaires
07:40et il y a un éclat métallique qui lui arrive dans l'œil
07:42et malheureusement, il perd son œil.
07:45Ce qui explique pourquoi il se fait photographier et peindre,
07:48comme sur la couverture de mon ouvrage.
07:51Toujours de trois quarts.
07:52Parce qu'effectivement, alors, il a imaginé un œil blanc
07:56pendant plus de 20 ans
07:57et après, il se fait énucler, retirer l'œil
08:00et mettre un œil de verre.
08:02Mais bon, à l'époque, ce n'est pas des œils de verre
08:04comme aujourd'hui.
08:06Donc, on voyait qu'il était énuclé.
08:08– Mais il est déjà passionné de politique, le gamme ?
08:10– Ah, mais très jeune, parce qu'il a une mère.
08:13Alors, sa mère est française, sa mère est du sud-ouest.
08:15C'est la fille d'un notable, d'un pharmacien local.
08:18Son père, lui, est d'origine beaucoup plus populaire.
08:21Il tient un bazar, un commerce, à l'anzingue du bazar génois
08:25sur la place centrale de Cahors, où Gambetta est née.
08:30Et sa mère lit la presse politique.
08:33Et dès ses dix ans, en fait, elle va l'intéresser à la politique.
08:37Il va se passionner, par exemple, d'anecdotes et racontées dans le livre,
08:40pour la campagne…
08:41Il a imaginé, il a dix ans, pour la campagne présidentielle,
08:44la première de notre histoire, en décembre 1848,
08:47qui voit le triomphe de Louis-Napoléon Bonaparte,
08:49qui sera son grand ennemi politique.
08:52– Est-ce qu'on peut dire que c'est un enfant turbulent ?
08:54Il est handicapé ?
08:56Est-ce que ça a forgé vraiment son caractère, voire une volonté ?
08:59– D'autant plus que, quand vous êtes enfant,
09:02que vous perdez un œil à dix ans, on se moque de vous.
09:04On le surnommait le cyclope dans la cour de l'école.
09:08Les jeunes filles détournaient, imaginez,
09:10quand on se forme et qu'on devient adolescent,
09:13se détournaient de lui.
09:14Donc, il y a une forme de résilience qui apparaît à ce moment-là,
09:17une colère un peu rentrée, une volonté d'arriver par d'autres moyens que le physique.
09:23Un petit mot du physique de Gambetta,
09:24parce qu'on n'aura peut-être pas l'occasion d'y revenir.
09:27On s'imagine, parce qu'il a une carrure massive,
09:30qu'il est très grand, pas du tout Gambetta.
09:32Alors, taille moyenne, moi-même qui fais cette taille,
09:35je ne vais pas dire qu'on est minus quand on fait cette taille,
09:37mais à l'époque, c'est même, on va dire, la limite moyenne de la population.
09:41Il fait 1,72 m, donc ce n'est pas énorme.
09:43Mais il fait 80 kilos adolescent, c'est quand même pas mal.
09:48Et à la fin de sa vie, à la veille de sa mort,
09:5144 ans, il meurt très jeune, il pèse 110 kilos.
09:54Ce qui n'est pas votre cas.
09:55Non.
09:57Quelles études poursuit-il ?
09:59Alors, des études de droit.
10:00Il a déjà la volonté de devenir homme politique.
10:03Et à l'époque, si vous voulez, le droit,
10:05c'est un peu la propédotique pour devenir politique.
10:07Parce qu'à l'époque, c'est l'éloquence.
10:10On a un peu perdu ça à l'Assemblée nationale aujourd'hui.
10:12Mais à l'époque, il faut bien savoir parler en public
10:15pour convaincre son auditoire.
10:16Et donc, avoir été avocat,
10:19être comme il l'est passé par ce qu'on appelle
10:24les conférences d'éloquence,
10:26où on va refaire, sur le mode parlementaire,
10:30les mêmes débats qui ont eu lieu au Parlement l'avant-veille.
10:33C'est très, très formateur.
10:35Et donc, voilà, il devient avocat.
10:37Et d'avocat, il va assister aux séances
10:40du corps législatif du Second Empire.
10:42Il reproduit dans les cafés,
10:44parce qu'il a une mémoire phénoménale,
10:45en les imitant, les grands orateurs de l'opposition
10:48et de la majorité.
10:50Et il saute le pas.
10:51En 1869, il est encore très, très jeune.
10:55Il n'a que 30 ans.
10:56Et il devient député.
10:57– Alors, je voudrais revenir juste un an en avant
10:59avec le procès Baudin,
11:01qui est un procès célèbre,
11:03très, très vite raconté nous l'histoire,
11:04mais ça va le révéler à la France…
11:06– C'est ce qui le rend célèbre.
11:07– C'est ce qui le rend célèbre.
11:08– Les jeunes avocats.
11:09Alors, Baudin, Alphonse Baudin,
11:11c'est un représentant du peuple,
11:12donc un député de la Deuxième République,
11:15un médecin républicain de l'Ain,
11:17qui, au moment du coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte,
11:19président de la République,
11:20pour se maintenir au pouvoir,
11:22le 2 et 3 décembre 1851,
11:25va monter sur une barricade pour haranguer la foule
11:27et va prendre une balle en plein front.
11:29Et donc, il va devenir un héros républicain.
11:31Simplement, le régime de Napoléon III
11:34fait tout cela.
11:35On n'a pas le droit de parler de Baudin
11:36et de manifester.
11:38Et en 1868, quand le régime se détend un peu,
11:41qu'il y a une forme de libéralisation,
11:43la presse républicaine lance une grande souscription
11:46pour faire une statue à Alphonse Baudin.
11:48Et là, Napoléon III et sa magistrature
11:53font un procès, en fait, aux journalistes
11:56et aux directeurs de journaux
11:57qui ont lancé cette souscription.
12:00Et Gambetta va devenir l'avocat
12:02de l'un des journalistes.
12:03Et ce qui est très intéressant,
12:04c'est que le journaliste qui s'appelle Charles Delécluse
12:06lui dit, le but n'est pas que je sois acquitté,
12:10le but est qu'on parle du coup d'État.
12:14Et donc, n'hésitez pas, quitte à m'enfoncer,
12:16à faire le procès de Louis-Napoléon de Néparte.
12:19Et il va comparer Louis-Napoléon de Néparte
12:21à Catilina dans l'Antiquité romaine
12:24et en disant qu'il était entouré d'une tourbe,
12:27mais vraiment de prévaricateurs, de bandits.
12:31On voit déjà le coup d'État.
12:33Et cette plaidoirie va enfoncer son client
12:36qui va prendre un an de prison.
12:38Par contre, il va le faire connaître.
12:40Imaginez qu'elle est reproduite et diffusée
12:43à 100 000 exemplaires
12:45et qu'on parle de sa plaidoirie
12:46à Saint-Pétersbourg en Russie,
12:48à Londres en Angleterre, à Berlin.
12:50Il acquiert une notoriété énorme
12:53alors qu'il n'a que 29 ans.
12:54L'année d'après, les Républicains le volent comme débuté.
12:57Et il est élu député,
12:58donc sur la base du programme de Belleville ?
13:00Oui, alors il est très très habile.
13:02Qu'est-ce que c'est que ce programme ?
13:03Je vous explique en deux mots,
13:04parce qu'il est candidat à la fois à Marseille
13:06et à Paris, dans le quartier de Belleville.
13:08À l'époque, on peut être candidat dans plusieurs circonscriptions.
13:11Et alors Marseille, pour se faire élire,
13:13à l'époque, c'est une ville déjà très populaire
13:16mais où les légitimistes sont très très puissants.
13:19Y compris ce qu'on appelle les portefeuilles
13:22qui travaillent dans le port de Marseille
13:23sont légitimes, ils sont royalistes.
13:25Et donc là, il adopte forcément un discours
13:28pour séduire la droite, la gauche,
13:30ratisser l'arche.
13:31Par contre, à Paris, il va se faire élire
13:34du quartier très populaire de Belleville
13:37qui vient depuis les travaux d'Haussmann
13:39de devenir le 20e arrondissement de Paris.
13:41Et là, les électeurs de Belleville
13:43lui mettent le marché en main,
13:45c'est-à-dire lui donnent un cahier des charges
13:47lui disant, ben voilà, quand vous serez élu député,
13:50il faudra que vous réclamiez
13:51la séparation de l'Église et de l'État,
13:54la suppression des armées permanentes,
13:57l'école gratuite, laïque et obligatoire,
13:59la création d'un impôt sur le revenu
14:02qui n'existait pas encore en France à l'époque,
14:06des lois ouvrières, etc.
14:09Et bien évidemment, Gambetta accepte tout ça.
14:12– Il désapprouve ?
14:13– Alors, il y a un ou deux points qui désapprouve.
14:15En particulier, on l'a dit, il est très patriote.
14:18Pour lui, c'est très dangereux
14:19dans le contexte de la montée en puissance
14:21de l'Allemagne et de la Prusse
14:22de supprimer les armées permanentes.
14:24Donc là, il va accepter par électoralisme,
14:26mais par contre, au fond de lui, il est contre.
14:28Mais le reste du programme, il est plutôt contre.
14:30– Électoralisme, vous êtes gentil,
14:32parce qu'entre sa position marseillaise
14:34et le programme de Belleville,
14:36là, c'est de la démagogie pure.
14:38– Non, ce n'est pas de la démagogie pure,
14:40parce qu'à Marseille, il promet aussi
14:41des choses qui sont dans ce programme,
14:43mais simplement, il dit, voilà,
14:46la question, si nous arrivons un jour au pouvoir,
14:48sera ouverte, on fera un référendum
14:50pour voir le régime préféré des Français,
14:52et il met dans la balance la monarchie,
14:54bien qu'étant républicain.
14:56Donc non, il n'y a pas, sur un ou deux points,
14:58il y a de l'électoralisme,
14:59mais globalement, il reste fidèle, quand même,
15:00à sa ligne de conduite.
15:01Mais ce qui est très intéressant,
15:02c'est qu'il va être élu dans les deux circonscriptions,
15:05et il va dire, mais à Paris,
15:07il va être très facile d'élire un autre républicain,
15:10donc je ne prends pas le poste.
15:12Et comme ça, il n'est pas lié par le programme de Belleville.
15:14– D'accord.
15:14– Il se fait, il devient député de Marseille, en fait,
15:18où il est moins lié, si vous voulez,
15:19par les engagements qu'il a pris.
15:21– Avant l'effondrement de l'Empire,
15:24il y a le plébiscite de mai 1870.
15:29– Exactement.
15:30– Et quelle est sa position à ce moment-là ?
15:33Parce que c'est un triomphe, ce plébiscite.
15:34– Alors, il est très embêté,
15:35parce qu'au fond de lui…
15:37– Un plébiscite en faveur de Napoléon III.
15:38– Oui, il souhaite qu'on recourt au peuple
15:41par la voie référendaire.
15:43Vous savez qu'il y a certains pays déjà à l'époque,
15:45je pense à la Suisse,
15:46je pense aux États-Unis d'Amérique,
15:49qui recourent localement,
15:51pas au niveau national,
15:52mais recourent au plébiscite, au référendum.
15:54Et donc, en France, le gros problème,
15:56c'est que ce référendum porte un autre nom,
15:58c'est un plébiscite.
16:00Il a été en usage sous Napoléon Bonaparte,
16:02consulat et premier empire,
16:03et Napoléon III, neveu de Napoléon Bonaparte,
16:07a récupéré ça,
16:08et les choses sont très instrumentalisées
16:11par tout l'appareil d'État.
16:12À cette différence près,
16:13qu'en 1870, on est sous l'Empire libéral,
16:16et le plébiscite qui va avoir lieu,
16:18moi je l'appelle un référendum,
16:20un plébiscite référendaire,
16:21parce que la campagne électorale
16:22va être très libre.
16:23Et du coup, les Républicains
16:25se jettent corps et âme dans cette campagne,
16:27pensant qu'ils vont arriver
16:28à mettre en difficulté Napoléon III.
16:31Ils savent qu'ils n'obtiendront pas
16:33la victoire du nom,
16:34mais au moins plusieurs millions
16:35de votes négatifs,
16:37eh bien pas du tout.
16:38Figurez-vous que le peuple français
16:39donne un oui franc et massif
16:41pour la constitution de l'Empire libéral.
16:43Et c'est donc un revers énorme
16:45pour les Républicains.
16:47Gambetta a un coup de déprime,
16:48il dit qu'il n'y a plus rien à faire en politique,
16:50mais en politique,
16:52il ne faut jamais dire jamais,
16:53parce que l'histoire va se précipiter
16:54quelques semaines plus tard.
16:55– Et vous, qui l'obvisage presque
16:55de participer même à un gouvernement impérial.
16:58– Alors, pendant un temps,
16:59il est très pragmatique.
17:00Il pense que la République finira par triompher,
17:02simplement, il faudra peut-être plus de temps.
17:05Et il estime,
17:06alors ça, ça, il ne le dit jamais publiquement,
17:08mais comme j'ai étudié sa correspondance,
17:10dans l'une des lettres qu'il fait
17:12à l'un de ses correspondants,
17:14je crois même que c'est Jules Ferry,
17:15il dit, ben voilà,
17:16il va falloir sans doute
17:17que nous soyons un petit peu opportunistes.
17:19Le mot est utilisé,
17:20le mot est lâché,
17:21et peut-être que l'Empire
17:23va durer encore deux, trois, quatre ans.
17:26Participons au gouvernement,
17:27quand on sera dans la place,
17:28ça sera peut-être plus facile
17:29d'aller vers la République.
17:31Donc, il y a ce pragmatisme également
17:33qui fait les grands hommes d'État,
17:34me semble-t-il,
17:35chez Gambetta.
17:37Pragmatisme à condition, bien évidemment,
17:38de ne pas tomber dans la compromission
17:40et d'avoir toujours son objectif
17:43en ligne de mire,
17:44c'est la souveraineté du but.
17:45Et Gambetta n'a jamais abandonné
17:47cet objectif républicain.
17:50– La guerre approche,
17:52on est en juillet 1870,
17:54ils votent les crédits de guerre,
17:56alors qu'on n'a même pas la preuve
17:58du casus belli.
17:59Est-ce que ça peut être considéré
18:02comme une faute politique ou pas ?
18:03– Alors, on n'a pas la preuve
18:04du casus belli.
18:06Cependant, le ministre de la guerre,
18:08le duc de Grammont,
18:09vient affirmer au corps législatif,
18:11donc l'Assemblée qui doit voter
18:12les crédits de guerre,
18:13qu'il y affront,
18:15que si on ne mobilise pas
18:18et qu'on ne déclare pas finalement la guerre,
18:19eh bien, on va être devancé
18:20par les Allemands.
18:22Donc, tout ça pour effrayer les députés.
18:25Et par patriotisme,
18:26les Républicains se divisent,
18:27mais un grand nombre de Républicains,
18:29d'ailleurs, ils s'empresseront
18:30de le faire oublier après la défaite,
18:33ont voté les crédits de guerre.
18:34C'est le cas de Gambetta,
18:35c'est le cas de son ami Jules Ferry.
18:37Les deux votent les crédits de guerre.
18:38D'autres s'abstiennent.
18:40Et en fin de compte,
18:41vous n'avez que 4 députés sur 292,
18:44donc c'est très très peu,
18:46qui refuseront en fait
18:47ces crédits de guerre.
18:49– Alors, la guerre de 1970,
18:50on ne va pas la refaire,
18:52c'est Sedan,
18:53c'est l'effondrement de l'Empire.
18:56C'est lui, le 4 septembre,
18:57qui proclame la République ?
18:58– Ah oui.
18:59– Alors, quelle est sa position,
19:00dans le parti ?
19:01C'est vraiment le leader du…
19:02– Non, alors,
19:03il va s'imposer le 4 septembre
19:05comme le leader.
19:06– Comment il s'empare de l'intérieur ?
19:08– Les deux leaders,
19:09les deux chefs du Parti Républicain,
19:11ce sont des députés
19:12qui ont plus de bouteilles que lui.
19:13C'est d'abord Jules Grévy,
19:15qui deviendra par la suite
19:16président de la Troisième République,
19:18c'est un petit peu la haute autorité,
19:20je dirais,
19:21du camp républicain.
19:22Imaginez qu'il était déjà
19:23représentant du peuple en 1848.
19:27Depuis 1868,
19:28il est de nouveau député
19:29sous l'Empire.
19:30Et il est bien connu,
19:32Jules Favre,
19:33qui est un avocat,
19:34très très beau parleur,
19:36spécialiste de politique étrangère.
19:37C'est un peu les deux chefs
19:38du camp républicain.
19:41Derrière,
19:42il y a une personnalité
19:42comme Émile Olivier,
19:43mais qu'elle est considérée
19:44comme un renégat
19:45parce que lui s'est rallié,
19:46il est même le chef
19:47du gouvernement impérial.
19:48Et Gambetta serait presque même
19:50sur une troisième ligne.
19:51Simplement,
19:51c'est l'un des jeunes
19:52qui monte.
19:53Mais alors,
19:53il va s'imposer
19:54le 4 septembre.
19:55Alors,
19:55qu'est-ce que le 4 septembre ?
19:56On vient d'apprendre
19:57la défaite de Napoléon III
19:59à la bataille de Sedan.
20:01Napoléon III
20:01est prisonnier.
20:02Et les Français,
20:04et en particulier les Parisiens
20:05qui sont très très versatiles,
20:07qui avaient voté oui
20:08massivement au plébiscite,
20:10eh bien,
20:10font la révolution.
20:12Simplement,
20:13Gambetta,
20:14qui est déjà
20:14un homme d'État
20:15en devenir,
20:16estime qu'il y a
20:17un grand danger
20:17que devant l'ennemi,
20:19n'oubliez pas
20:19qu'il est patriote,
20:20tout ça bascule en anarchie
20:22que,
20:23comme on les appelle
20:23à l'époque,
20:24les Rouges,
20:25l'extrême gauche,
20:26prennent le pouvoir,
20:27demandent une paix humiliante
20:29aux Prussiens
20:30et fassent après
20:31une révolution
20:32qui emmène très très loin
20:33le pays,
20:33qui le détruisent.
20:35Et donc,
20:35Gambetta s'impose
20:36à la tribune
20:37du corps législatif
20:38en proclamant
20:38la déchéance
20:39de Napoléon III,
20:41mais en entraînant
20:42les républicains députés
20:44ainsi que le peuple
20:45à l'hôtel de ville
20:47pour proclamer
20:48une république
20:48qui soit une république
20:49sous contrôle
20:50aux mains
20:51des députés républicains.
20:53Et les députés républicains
20:55souhaiteraient
20:56le marginaliser,
20:57dont Jules Favre
20:58et Jules Grévy
20:58que je vous évoquais.
20:59Et tout de suite,
21:00il va aller
21:00prendre possession
21:02du ministère de l'Intérieur
21:04parce qu'en temps de guerre,
21:06avec le ministère de la guerre,
21:07c'est le ministère clé.
21:09Et donc,
21:10il devient ministre de l'Intérieur.
21:11Et un peu plus tard,
21:12il va cumuler
21:13avec le ministère de la guerre.
21:14Avec le ministère de la guerre.
21:14Mais donc,
21:15c'est vraiment un coup de force ?
21:16C'est un coup de force.
21:17C'est un coup de force.
21:17C'est un coup de force
21:19dans le coup de force.
21:19Il y a une révolution
21:20le 4 septembre.
21:21Il fait sa petite révolution intérieure
21:23pour prendre le contrôle du régime.
21:25Alors,
21:25vous dites effectivement
21:26qu'il devient ministre de la guerre
21:27un peu malgré lui.
21:29Oui.
21:29Il lève 600 000 hommes.
21:31Oui.
21:31Alors,
21:32peut-être un petit mot là-dessus
21:33parce que c'est très intéressant.
21:34En fait,
21:35il est ministre de l'Intérieur.
21:36Mais comment va-t-il s'imposer
21:37comme ministre de la guerre ?
21:38Paris va être investi,
21:39il va être entouré
21:40très rapidement par les Prussiens.
21:41Succession de défaites.
21:42Ils seront à Tours.
21:43Et il va s'envoler
21:45en ballon dirigeable
21:46ce qui est extrêmement courageux.
21:47Imaginez,
21:48sous les tirs prussiens.
21:49Il aurait pu mourir là.
21:51Pour aller organiser
21:54depuis la Picardie d'abord
21:55puis en contournant par la Normandie
21:58l'investissement de Paris
21:59à Tours,
22:00la défense.
22:02Avec le titre
22:03de ministre de la guerre provisoire.
22:06En fait,
22:08les autres républicains
22:09voulaient l'éloigner.
22:10Ils ne se doutaient pas
22:11qu'il allait comme ça
22:12s'arroger des pouvoirs extraordinaires.
22:14Très rapidement,
22:15on va le surnommer
22:15le dictateur.
22:16Parce qu'il cumule
22:18le ministère de l'Intérieur
22:19et le ministère de la guerre.
22:20Donc,
22:20600 000 hommes,
22:21il dit,
22:21nous jurons de ne jamais
22:24nous rendre.
22:24D'ailleurs,
22:25vous citez,
22:25il y a le général prussien
22:26von der Goels
22:27qui dira
22:29pourtant que ces armées
22:29auraient été vaincues
22:30si elles avaient trouvé
22:32leur bon appart.
22:34Ça vous paraît fondé ?
22:35On aurait pu...
22:36retourner la situation ?
22:38C'était possible.
22:39Il y a eu une succession
22:40de défaites malheureuses,
22:42malencontreuses,
22:43alors avec du très positif
22:44chez Gambetta
22:45et du négatif.
22:46Notez que Bismarck
22:47admirait
22:48le grand adversaire
22:49des Français
22:50profondément Gambetta.
22:52Bismarck admire
22:53pour d'autres raisons
22:53Napoléon III,
22:54mais pas du tout
22:55politique étrange.
22:56Il l'a roulé
22:57dans la farine.
22:57Il admire Adolphe Thiers
22:59et sa troisième source
23:00d'admiration en France,
23:01c'est Léon Gambetta.
23:02c'est l'énergie
23:04de Gambetta.
23:05Par contre,
23:05où Gambetta
23:06va fauter,
23:06c'est qu'il va
23:07se considérer
23:08en plus de l'immense
23:10organisateur
23:10du professeur
23:12d'énergie
23:12qu'il était
23:13comme un stratège
23:14militaire,
23:14ce qu'il n'était pas.
23:15Il va faire
23:16un certain nombre
23:16d'erreurs dramatiques.
23:18Il va nous faire perdre
23:19une ou deux batailles
23:21entre octobre
23:221870
23:23et l'armistice
23:24de janvier
23:261871.
23:27La Commune,
23:29il comprend
23:29la colère parisienne
23:30mais il condamne
23:31quand même
23:31la Commune.
23:33Il n'est pas là
23:33au moment de la Commune
23:35parce qu'en fait
23:36il souffre beaucoup.
23:37C'est un valetudinaire
23:38Gambetta,
23:39il est malade,
23:40il a plein de maux
23:41divers,
23:41des maux d'intestin,
23:42des migraines,
23:43des néphralgies
23:45provoquées
23:46par son oeil
23:48énuclé,
23:48etc.
23:49Et donc,
23:50il est en train
23:50de soigner sa voix
23:51parce qu'il n'extincte
23:52son voix,
23:52une maladie du larynx
23:53à Saint-Sébastien
23:55au Pays Basque
23:56et c'est là
23:57qu'il va suivre
23:58les nouvelles
23:58de la Commune.
23:59Il est horrifié
24:00parce que faire
24:01une guerre civile
24:01devant l'ennemi
24:02ça n'est pas possible
24:03mais il comprend
24:03en même temps
24:04le patriotisme
24:05des communards.
24:06Mais il dit
24:07que certains communards
24:08auraient souillé
24:09la République,
24:09c'est assez fort.
24:09Oui,
24:10parce que bien sûr
24:11les communards
24:12n'y ont pas été
24:12dans la dentelle,
24:14c'est-à-dire
24:14qu'ils ont fusillé
24:15un certain nombre
24:16de hauts responsables
24:17du Second Empire,
24:19le président
24:20de la Cour des Comptes,
24:22l'archevêque de Paris,
24:24etc.
24:25et ça Gambetta
24:26bien évidemment
24:26c'est très étranger
24:27à sa manière de penser.
24:29C'est un homme
24:29de l'unité nationale
24:31Gambetta
24:32et en même temps
24:32il comprend
24:33leur patriotisme
24:34et surtout,
24:34surtout après
24:35une fois qu'il sera
24:36aux affaires
24:36il prônera
24:37l'amnistie des communards
24:38parce qu'il s'agit
24:39d'abord
24:39d'une amnistie partielle
24:40mais de réconcilier
24:42en fait tous les Français.
24:43Mais il dit
24:44qu'il ne sous-estime pas
24:47les mutations économiques
24:48de son temps
24:48parce qu'il dit
24:49qu'il n'y a pas
24:49de questions sociales générales
24:50mais seulement
24:51des questions particulières.
24:53Il est très progressif
24:54en la matière
24:54c'est-à-dire
24:55qu'il ne veut pas
24:56tout accorder.
24:57C'est progressif
24:57mais assez conservateur
24:58finalement c'est une république
24:58assez conservatrice
24:59qui le...
25:00Alors oui et non
25:01elle est conservatrice
25:02au regard
25:03on va dire
25:04d'autres républicains
25:05de l'époque
25:05qui vont beaucoup plus loin
25:06ou même que Napoléon III
25:07qui du point de vue social
25:09était qualifié par certains
25:10et se qualifiait lui-même
25:11de socialiste.
25:12Gambetta
25:13n'est pas du tout
25:14socialiste
25:14simplement
25:15il veut accorder
25:16des réformes sociales
25:17mais c'est là
25:18qu'il est très
25:18homme d'état
25:19très opportuniste
25:20quand on aura
25:21les moyens
25:22de les faire
25:23il faut les faire
25:23progressivement
25:24pour ne pas braquer
25:25les conservateurs
25:26dit-il
25:26et on se donne
25:2810 à 20 ans
25:29progressivement
25:29on va mettre en place
25:30les fondements
25:31de la république
25:32et après
25:32on fera
25:33les grandes lois sociales
25:34sur le travail
25:35sur le travail
25:36des femmes
25:37et des enfants
25:37etc.
25:38dont la république
25:38a besoin
25:39bien évidemment.
25:40Alors il va rentrer
25:41en campagne politique
25:43il va sillonner la France
25:44en tant que
25:45commis voyageurs
25:46de la république
25:47il va conquérir
25:49quoi vraiment
25:49les campagnes
25:50ou la nouvelle couche
25:51cette nouvelle couche sociale
25:52qu'il annonce
25:53Les deux monts de vœux
25:54si j'ose dire
25:54c'est-à-dire qu'en fait
25:55par le train
25:56c'est la grande expansion
25:57du chemin de fer
25:58il sillonne la France
26:00vous savez qu'il était malade
26:02mais il avait un tempérament
26:04nous on en serait incapables
26:06il pouvait prononcer
26:07jusqu'à 4 discours par jour
26:09après avoir fait 8 heures de train
26:10c'est phénoménal
26:12allez un petit coup
26:13d'un verre de vin rouge
26:14et hop ça repartait
26:14un vrai tempérament
26:16et vraiment vraiment
26:17commis voyageurs
26:18de la république
26:18parce qu'il va
26:19en s'adaptant
26:20à son nom d'histoire
26:21des paysans
26:21des ouvriers
26:22des notables
26:24implanter véritablement
26:25la république
26:27à l'époque
26:28la France
26:28c'est majoritairement rurale
26:29et les campagnes
26:30avaient voté
26:30pour l'Empire
26:31et on peut dire
26:32qu'il va jouer
26:33un rôle majeur
26:33dans le basculement
26:35d'un grand nombre
26:35de campagnes françaises
26:36dans les années 1870
26:38en faveur de la république
26:40il va prononcer
26:41des discours majeurs
26:41je n'en cite qu'un
26:42sur le discours de Grenoble
26:44de 1872
26:45en disant
26:46l'avenir est aux nouvelles couches
26:48de la société
26:49les petites classes moyennes
26:51les vétérinaires
26:52les petits journalistes
26:53de province
26:54les petits notaires
26:56car ce sont les fondements
26:57du camp républicain
26:59nous devons nous appuyer
27:00sur les classes moyennes
27:01ce qu'on appellerait
27:02aujourd'hui les classes moyennes
27:02on peut dire que finalement
27:03c'est un précurseur
27:04de la sociologie électorale
27:05parce qu'il fait dresser
27:05un tableau
27:06des 38 000 communes de France
27:07mais attendez
27:08il a des fiches remarquables
27:10et quand il se rend sur place
27:11il sait la cartographie
27:13c'est un précurseur
27:14précurseur de tous nos sondeurs
27:16d'aujourd'hui
27:16il sait exactement
27:17la cartographie électorale
27:18du pays où il arrive
27:19phénoménal
27:21il fait adopter en 75
27:22donc par les républicains
27:25le septennat
27:25et le bicamérisme
27:27qu'il combattait d'ailleurs
27:28exactement
27:29alors là c'est de l'opportunisme
27:31on qualifiera méchamment
27:32ces républicains
27:33comme Jules Ferry
27:33et Léon Gambetta
27:34de républicains opportunistes
27:35mais c'est encore une fois
27:36parce qu'ils sont guidés
27:37par la souveraineté du but
27:38et ce que craignaient
27:39les républicains
27:40plus avancés
27:41en créant un Sénat
27:42c'est que le Sénat
27:42élu par les campagnes
27:44ne soit très conservateur
27:45et Gambetta disait
27:47mais donnez-nous 10 ans
27:48et vous allez voir
27:48ce Sénat
27:49il a eu raison
27:49on va le convertir
27:51au républicanisme
27:52donc il a accepté
27:53pour que les orléanistes
27:54parce qu'il faut savoir
27:55que dans l'Assemblée nationale
27:56de 1871-1875
27:58les républicains
27:59ne sont pas encore majoritaires
28:01et pour voter
28:02les lois constitutionnelles
28:03et faire passer
28:04la république
28:04il va falloir mettre
28:05un petit peu d'eau
28:06dans son vin
28:07donc un Sénat
28:09conservateur
28:09dans un premier temps
28:10et puis effectivement
28:11un mandalon
28:12pour le président
28:13de la république
28:14un mandat
28:15qui est le septennat
28:16tout à fait
28:17et ça il va faire passer
28:18ça à son propre camp
28:19qui n'en voulait pas
28:19c'est compliqué
28:20parce que là
28:20on est en pleine période
28:21j'ai reçu Olivier Dard
28:22au mois de juin
28:23on est en pleine période
28:24de l'ordre moral
28:24c'est le triomphe
28:25de l'ordre moral
28:26à cette période
28:26exactement
28:281873
28:29c'est Mac Mahon
28:30qui succède
28:31Adolphe Thiers
28:32qui devient président
28:32et avec son président
28:34du conseil
28:34son chef de gouvernement
28:35qui s'appelle
28:36le duc de Breuil
28:37ils mettent en place
28:38le gouvernement
28:39de l'ordre moral
28:40et donc c'est avec eux
28:41qu'on va essayer
28:42de s'entendre
28:43pour faire passer
28:44les choses
28:44mais en se disant
28:45ah on va les contourner
28:47on va être plus malin qu'eux
28:48donc il arrive
28:48évidemment à unir
28:49tous les républicains
28:50face à Mac Mahon
28:51c'est lui
28:51qui est l'artisan
28:53de l'union
28:54et de la chute
28:55de Mac Mahon
28:57vous savez qu'en 1877
28:58il prononcera
28:59cette phrase
29:00à Lille
29:01en août 1877
29:03au moment de la campagne
29:04des législatives
29:05quand le peuple français
29:07aura prononcé
29:08le président
29:09Mac Mahon
29:09devra se soumettre
29:11ou se démettre
29:12très récemment
29:13Jean-Luc Mélenchon
29:14a repris cette formule
29:16à l'égard
29:17d'Emmanuel Macron
29:18suite à sa dissolution
29:19la différence
29:20c'est que Macron
29:20n'est pas parti
29:22Gambetta
29:22a obtenu
29:23il est plus fort
29:24que Mélenchon
29:25a obtenu
29:25le départ
29:26de Mac Mahon
29:27oui maintenant
29:28je voudrais aborder
29:29les notions
29:30de nation
29:30de religion
29:31et puis parler un peu
29:32aussi du colonialisme
29:34il déclare
29:35en 1877
29:37le cléricalisme
29:38voilà l'ennemi
29:40mais il renonce
29:41quand même
29:42à la séparation
29:42des églises
29:44et de l'état
29:45à titre provisoire
29:46à titre provisoire
29:46donc c'est un anticléricalisme
29:48qui est moins radical
29:49qu'on ne le croit
29:49ou ?
29:50tout à fait
29:51tout à fait
29:51en fait le cléricalisme
29:53c'est pas le catholicisme
29:54le cléricalisme
29:55c'est les catholiques
29:56qui se servent
29:57de la politique
29:57pour faire passer
29:58leurs idées
29:58il faut rappeler
29:59qu'à l'époque
30:00le pape est un souverain
30:01temporel
30:02il possède
30:03même s'ils sont très réduits
30:04des états pontificaux
30:05et vous avez des catholiques
30:07qui souhaitent
30:07véritablement
30:08gouverner la société
30:09donc ils visent plus
30:10la politique ultramontaine
30:11que la religion
30:12et puis vous l'avez dit
30:13l'ordre moral
30:14parce que c'est
30:15Mac Mahon
30:15qui est président
30:16de la république
30:16donc voilà les ennemis
30:17si vous voulez
30:18mais à partir du moment
30:19où les catholiques
30:19jouent le jeu
30:20c'est un homme d'unité
30:21donc il faudra procéder
30:23à une réconciliation
30:24et à terme
30:25c'était dans le programme
30:26de Belleville
30:26et il reprendra l'idée
30:27l'idée d'une séparation
30:29des églises et de l'état
30:30qu'il ne verra pas
30:31puisqu'il va mourir
30:32prématurément
30:32en 1882
30:34elle restait
30:35en ligne de mire
30:36mais dans un premier temps
30:37le concordat
30:37c'est pas mal
30:38parce que ça permet
30:39de contrôler
30:39si vous voulez
30:40l'église
30:40donc oui
30:41on se séparera de l'église
30:42mais quand l'église
30:43sera pacifiée
30:44et reconnaîtra l'état
30:45sinon c'est trop dangereux
30:46de procéder
30:47à la séparation
30:50maintenant les colonies
30:51on avait parlé tout à l'heure
30:52avec Jules Ferry
30:54donc il récuse
30:55toute supériorité
30:56de la race blanche
30:58il est plus modéré
31:00que Ferry
31:01sans distinction
31:02de couleur
31:03de classe
31:03ou de caste
31:04mais il devient quand même
31:05un défenseur
31:06vraiment déclaré
31:07de la colonisation
31:09parce que c'est la mode
31:10à l'époque
31:10chez les républicains
31:11pour deux raisons
31:12parce qu'il pense
31:13effectivement
31:13malgré tout
31:14si vous voulez
31:14que la civilisation européenne
31:16et la civilisation supérieure
31:18mais il faut se reporter
31:19encore une fois
31:20je le dis à vos téléspectateurs
31:22dans l'esprit du temps
31:23tout le monde pense comme ça
31:24en fait
31:24ceux qui ne pensent pas comme ça
31:25c'est Clémenceau par exemple
31:27mais il est ultra
31:28ultra minoritaire
31:30donc il est dans l'esprit du temps
31:32je dirais
31:32moins même d'ailleurs
31:33que certains
31:34comme Ferry
31:35la deuxième chose
31:36c'est qu'on a perdu
31:36l'Alsace
31:37et la Moselle
31:38la Lorraine
31:39il faudra les reconquérir un jour
31:41mais là
31:41on n'est pas suffisamment puissant
31:42donc il faut donner
31:43un horizon
31:44on va dire
31:44de grandeur à la France
31:46et ça peut passer
31:47par la construction
31:48d'un empire colonial
31:49et puis il pense aussi
31:50à l'économie
31:51il faut à la fois
31:52des matières premières
31:53et des débouchés
31:54et un empire colonial
31:56digne de ce nom
31:57peut permettre
31:58de les procurer
31:59donc il y a cette vision
32:00des choses
32:01qui va en faire
32:02un partisan
32:02de la colonisation
32:04justement
32:05on parlait de revanche
32:07il n'est pas exclusivement
32:08revanchard
32:08parce qu'il cherche même
32:09à rencontrer Bismarck
32:11ça ne se fait
32:11oui alors là
32:12c'est quand il s'affirme
32:13comme homme d'état
32:14il brigue
32:15parce qu'il y a deux passages
32:16quand même de Gambetta
32:17au gouvernement
32:18on a évoqué le premier
32:19mais le deuxième
32:21va être très court
32:22mais il l'a en ligne de mire
32:24il préside
32:25la chambre des députés
32:27ce qui n'est pas rien
32:27à l'époque
32:28la chambre des députés
32:29est surpuissante
32:30sous la troisième république
32:31et donc c'est un personnage
32:33déjà d'état considérable
32:34et à ce titre
32:35il veut rencontrer
32:37les grandes semenes
32:38il va voir
32:38le président du conseil italien
32:40et le roi d'Italie
32:41il est reçu par eux
32:42et il veut voir
32:44alors ça ne va pas pouvoir se faire
32:45Bismarck
32:46qui est le chancelier allemand
32:48pour s'affirmer
32:49en homme d'état
32:50il a bien compris
32:51que oui
32:51il faudrait un jour ou l'autre
32:52prendre la revanche
32:53sur les allemands
32:53mais peut-être
32:54qu'on pourra négocier
32:56après tout
32:57la restitution
32:58de l'Alsace
32:58et de la Lorraine
32:59et sinon peut-être
33:00faire la guerre
33:00mais c'est dans un horizon lointain
33:02et en attendant
33:03pourquoi ça ne se fait pas
33:04qu'est-ce qui se passe
33:05c'est Bismarck
33:06qui ne veut pas le rencontrer
33:07alors Bismarck voulait le rencontrer
33:09et finalement
33:09il ne va pas le faire
33:10parce qu'il se rend compte
33:11à un moment donné
33:11il a deux égéries
33:13deux femmes
33:14qui lui donnent des idées
33:15alors Juliette Adam
33:16une grande salonnière républicaine
33:17qui dit
33:18oh horreur
33:18il abandonne la revanche
33:20elle était très nationaliste
33:21Juliette Adam
33:22et puis sa compagne
33:23qui s'appelle Léonie Léon
33:24qui l'est un peu moins
33:25mais quand même
33:26et qui dit
33:26mais c'est une faute politique
33:27si tu fais ça
33:28les français ne vont pas le comprendre
33:30on est 8 ans ou 9 ans
33:32après la défaite
33:33tu ne peux pas rencontrer Bismarck
33:35et donc il va renoncer
33:36à rencontrer Bismarck
33:38pour accéder enfin
33:39à la présidence du conseil
33:41oui parce que c'est quand même
33:42le républicain
33:43le plus populaire du pays
33:44ah bah ingréablement
33:45sa popularité est énorme
33:46à l'époque
33:46est immense
33:47à travers toute la France
33:48il y a des bustes
33:49il y a des tableaux de lui
33:50des statuettes
33:52des images d'épinal
33:54de lui en ballon
33:56de lui prononçant des discours
33:57il a une popularité
33:59phénoménale
34:00qui ferait rougir
34:01tous nos hommes politiques
34:02actuellement
34:03en revanche
34:03il n'accède à la présence
34:04du conseil
34:05qu'en novembre 1880
34:08pourquoi ?
34:09parce que finalement
34:09il est trop populaire
34:11c'est le gros problème
34:12il est trop populaire
34:12et comme toute bonne politique
34:13ses ennemis sont à l'intérieur
34:14mais exactement
34:15son plus grand ennemi
34:16c'est le taiseux jurassien
34:18alors je le dis d'autant plus
34:18que je suis moi-même jurassien
34:20haute stature
34:21double maître
34:23Jules Grévy
34:24qui le déteste
34:25parce que
34:25Gambetta
34:26c'est le truculent
34:28méridional
34:30il trouve que Gambetta
34:31est un peu trop avancé
34:32pour lui
34:32on a dit qu'il était modéré
34:34mais Jules Grévy
34:35est encore plus modéré
34:37républicain modéré
34:38que ne l'est Gambetta
34:39et il fait tout
34:40pour le brider
34:41et il va en fait
34:42le nommer
34:43à la présidence du conseil
34:44au moment où Gambetta
34:46est déjà sur une pente
34:48légèrement descendante
34:49et où il va avoir
34:50les pires difficultés
34:51à composer un gouvernement
34:53gouvernement
34:54composé du coup
34:55de jeunes
34:56très prometteurs
34:57et pas de grande pointure
34:59par exemple
34:59Ferry
34:59refusera son concours
35:01Frécinet
35:02qui est une grande figure
35:03aussi républicaine
35:04de l'époque
35:04refusera son concours
35:06et il va mettre
35:06le pied à l'étrier
35:08à des jeunes
35:08dont Valdez Crousseau
35:09qui deviendra
35:1015 ans plus tard
35:11lui à son tour
35:12un très très très
35:13très grand homme d'état
35:14mais il débute
35:15avec véritablement
35:16Gambetta
35:17qui est un petit peu
35:18son mentor
35:19parce qu'il ne trouve pas
35:20de pointure
35:20et très méchamment
35:22ses adversaires
35:22appelleront son gouvernement
35:24le grand ministère
35:25parce qu'il avait
35:26promis mon zémerveille
35:28et c'est un gouvernement
35:29de seconde zone
35:31à l'époque
35:32de personnages
35:33de seconde intérêt
35:35et donc
35:36comment dire
35:37ce grand ministère
35:38ne va durer que 74 jours
35:39oui
35:41mais en revanche
35:42vous lui trouvez
35:43des intuitions neuves
35:45le chef sans portefeuille
35:46il faut nous expliquer
35:47ce que c'est
35:47le ministère des arts
35:49qu'on peut comparer
35:49au ministère de la culture
35:50le ministère de l'agriculture
35:52il est le créateur
35:52il n'y a pas
35:53le ministère de l'agriculture
35:56il m'a imaginé
35:57c'est phénoménal
35:57alors je reviens un petit peu
35:59sur le ministère de la culture
35:59effectivement
36:00il en est aussi le créateur
36:01même s'il y en avait eu un
36:02sous l'empire libéral
36:03donc c'est la deuxième fois
36:05où on est en France
36:06un ministère de la culture
36:07et après le ministère des arts
36:08à l'époque
36:09ministère des beaux-arts
36:10exactement
36:11et puis
36:12il a effectivement
36:13beaucoup d'idées
36:14en particulier l'idée
36:15que le président du conseil
36:16ne doit pas avoir
36:17un département ministériel
36:19en charge
36:19comme ça se faisait à l'époque
36:20pour se consacrer pleinement
36:22à la gestion d'une équipe
36:24c'est le capitaine d'une équipe
36:25il doit tout mettre en musique
36:26il doit avoir la vision
36:27et il est l'un des premiers
36:28à avoir cette conception
36:29des choses
36:30sa chute
36:32moi je la trouve
36:33plutôt à son avis
36:34et avant sa chute
36:34je vais parler de sa politique
36:35coloniale
36:36qui est une politique
36:36coloniale structurée
36:37à l'époque
36:37très structurée
36:39mais tout est structuré
36:40chez Gambetta
36:40il a aussi l'idée
36:41de l'impôt sur le revenu
36:43de le faire passer
36:44il a l'idée
36:45de mettre en place
36:46le scrutin proportionnel
36:47alors que c'était
36:48le scrutin majoritaire
36:50à l'époque
36:50l'école de la république
36:52parce qu'on dit toujours
36:53Jules Ferry
36:54l'école gratuite
36:54laïque et obligatoire
36:55mais c'est aussi Gambetta
36:56donc tout ça
36:58c'est ce qui fait
36:59la grandeur de Gambetta
36:59est-ce que ça a montré
37:00certains traits
37:00de la 5ème république
37:01ah tout à fait
37:02et d'ailleurs notez-le
37:03au passage
37:04de Gaulle était un très
37:06très grand admirateur
37:07de Gambetta
37:08vous savez de Gaulle
37:09dans son panthéon
37:10les hommes politiques
37:11sont très peu nombreux
37:12il y en a 4 ou 5
37:13et Gambetta figure
37:14on le sait peu
37:15parmi ces 4 ou 5
37:16c'est quand même incroyable
37:18alors d'où vient
37:19cet échec si rapide
37:20de 74 jours
37:21ces ennemis
37:22qui sont nombreux
37:23qui vont se coaliser
37:24contre lui
37:24et la volonté
37:25et moi je trouve
37:26que c'est plutôt
37:27à son honneur
37:27de dire
37:28écoutez je ne vais pas
37:29m'accrocher au pouvoir
37:30moi mon programme
37:31il est sur la table
37:32si vous n'en voulez pas
37:33c'est à prendre ou à laisser
37:35et donc il va se faire
37:36renverser
37:37alors la seule chose
37:37c'est qu'il pense
37:38qu'il reviendra
37:39qu'il sera rappelé
37:40et il ne sera pas rappelé
37:42d'autant plus que
37:43il va avoir une mort
37:44très prématurée
37:45mais il traite
37:46je le disais
37:48il traite grévy
37:49de présidents
37:50féniles et entêtés
37:51ah bah oui
37:51il n'avait pas sa langue
37:52dans sa poche
37:53la chambre d'idiote
37:54et pourrie
37:55donc avec ça
37:55il n'était pas sûr
37:56de revenir
37:56bah non
37:57et puis bon
37:57il y a une forme
37:58c'est rigolo
37:58parce qu'il est à la fois
37:59très attaché
38:00au parlementarisme
38:01mais il peut avoir
38:01des formes
38:02comme Clémenceau
38:03d'ailleurs
38:03très anti-parlementaire
38:04il dit bah
38:05la chambre des députés
38:06elle est tout à côté
38:07de la scène
38:07il faut vous donner
38:08un grand coup de balai
38:09et jeter tout ce petit monde
38:10dans la scène
38:11donc oui
38:12il peut aller très très loin
38:12il était très remonté
38:13après le fait
38:15d'avoir été renversé
38:15voilà mais pas
38:16d'anti-parlementarisme
38:17du tout
38:17mais non
38:18parce qu'il estime
38:19qu'un gouvernement
38:19qui se tienne
38:20c'est un exécutif
38:21vraiment puissant
38:22et visionnaire
38:23et qui s'appuie
38:24quand même
38:24sur un parlement
38:25donc une république
38:27représentative
38:28mais avec éventuellement
38:30des référendums
38:31c'est aussi
38:32ce qui faisait
38:32l'admiration de De Gaulle
38:33parce que
38:34c'était pas le cas
38:35de tous les républicains
38:35à l'époque
38:36il avait cette vision
38:37d'une république
38:38qui pourrait utiliser
38:39le référendum
38:40oui
38:41et sa mort
38:41et c'est un stupide accident
38:43alors il y a deux choses
38:44il y a un accident
38:45donc c'était un amateur
38:46d'armes à feu
38:47il était
38:48il était
38:49on va dire
38:49on l'a dit
38:50un peu violent
38:51et il avait eu des duels
38:52donc il collectionnait
38:53les revolvers
38:54il venait d'en recevoir un
38:55et il laissait
38:57et au moment où il laissait
38:58il reçoit une balle
38:59dans la main
39:00qui lui traverse
39:00la paume et l'avant-bras
39:01donc une très très
39:03mauvaise plaie
39:04qui commence par s'infecter
39:06mais qui est soignée
39:07et trois semaines après
39:09ça intervient
39:09en novembre 1882
39:11il a une rechute
39:13et qui l'emporte
39:14de façon fulgurante
39:15en 72 heures
39:16il meurt le 31 décembre
39:18c'est incroyable
39:19le 31 décembre 1882
39:21mais c'est lié aussi
39:23à son état de santé
39:24un état de santé
39:24absolument déplorable
39:26absolument déplorable
39:27avec des troubles
39:30intestinaux phénoménaux
39:31et si vous voulez
39:32cet accident grave
39:34sans doute le psychique
39:35qui a joué un rôle
39:36sur cet état de santé déplorable
39:38a entraîné sa mort prématurée
39:40il meurt à 44 ans
39:41imaginez ce destin
39:43brisé, foudroyé
39:46et ce passage au pouvoir
39:47réduit
39:48mais cette trace
39:49quand même dans l'histoire
39:49phénoménale
39:51vous le qualifiez
39:53indiscutablement
39:53d'homme d'état
39:54alors qu'est-ce qui
39:55distingue chez lui
39:56l'orateur
39:56le politicien
39:57c'est volontairement péjoratif
39:59et l'homme d'état
40:00vous écrivez
40:01le dévot de Jeanne La Lorraine
40:02l'admirateur
40:02et le disciple
40:04de Voltaire
40:05alors il est indiscutablement
40:06l'un des hommes politiques
40:07les plus éloquents du temps
40:08donc voilà pour l'orateur
40:09le politicien
40:10parce que bon
40:11voilà il est pragmatique
40:12il est opportuniste
40:14sans perdre la souveraineté
40:15du but
40:15et c'est ce qui fait
40:16l'homme d'état
40:17et c'est un grand rassembleur
40:19qui pense à l'intérêt général
40:20vous citiez à l'instant
40:21la citation
40:22sur Jeanne d'Arc
40:23et sur Voltaire
40:261878
40:27Jeanne d'Arc
40:28c'était la grande figure
40:29de la droite conservatrice
40:30à l'époque
40:30et catholique
40:32Voltaire
40:32il s'agissait
40:33de le panthéoniser
40:34de le mettre
40:35sur un piédestal
40:36de l'honorer
40:37de lui faire des statuts
40:38il était aussi voltérien
40:40mais il dit
40:40il faut réconcilier
40:41les partisans des deux
40:43ça résume bien
40:44sa conception
40:44ça résume parfaitement
40:45tout à fait
40:46rassembleuse
40:46et vous dites en conclusion
40:47que en cet ensemble
40:49Gambetta a encore beaucoup
40:50à nous dire
40:51alors en quoi son message
40:52parle-le-t-il
40:53selon vous
40:54à la France de 2026
40:55je pense que quelqu'un
40:56qui est visionnaire
40:57comme ça
40:58qui fait des transactions
41:00des compromis
41:01mais ne tombe jamais
41:02dans la compromission
41:03à ce côté
41:04rassembleur et visionnaire
41:05ça nous manque beaucoup
41:06aujourd'hui
41:07d'où mon livre
41:08à paraître
41:08Qu'est-ce qu'un homme d'état
41:09et je n'ai eu aucun scrupule
41:11il est l'un des premiers
41:12qui m'est venu à l'esprit
41:13avec un De Gaulle
41:14par exemple
41:14ou un Napoléon
41:15lorsque j'ai fait
41:16et il y a aussi
41:17des personnalités étrangères
41:18bien évidemment
41:19Churchill
41:20Indira Gandhi
41:21dans le livre
41:23que j'ai réuni
41:23ces 50 personnalités
41:24Gambetta
41:25tout de suite
41:25vient à l'esprit
41:27Et bien Eric Anceau
41:29merci
41:29donc maintenant
41:29après cette émission
41:30lorsqu'on verra
41:31une avenue Gambetta
41:32ou une place Gambetta
41:32nous en saurons
41:33un peu plus
41:34je rappelle votre livre
41:36donc Gambetta
41:36aux éditions
41:37le fondateur de la République
41:39aux presses universitaires
41:41de France
41:42merci infiniment
41:43c'était Passé Présent
41:45l'émission historique
41:46de TVL
41:46réalisée en partenariat
41:48avec la revue
41:49d'Histoire européenne
41:51avant de nous quitter
41:52vous n'oubliez pas
41:53bien sûr
41:53de cliquer sur le pouce
41:54levé sous la vidéo
41:55et de vous abonner
41:56à notre chaîne YouTube
41:57merci
41:57à bientôt