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Jean-Yves Le Drian, ancien ministre de la Défense et des Affaires étrangères, envoyé personnel du président de la République pour le Liban.
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00:01France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale.
00:06Et nous recevons donc ce matin dans le grand entretien un ancien ministre des affaires étrangères,
00:11ministre de la Défense, envoyé personnel du Président de la République pour le Liban,
00:16avec vos questions et vos réactions évidemment.
00:19Chers auditeurs, vous êtes les bienvenus au 01 45 24 7000 et sur l'application Radio France.
00:25Bonjour Jean-Yves Le Drian.
00:26Bonjour.
00:26Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter, en pleine Assemblée Générale des Nations Unies.
00:31Et dans un moment où le monde n'a jamais semblé si instable et dangereux,
00:36Russie, Ukraine, proche et Moyen-Orient, une puissance américaine qui ne fait qu'ajouter au désordre,
00:41avec des conséquences très concrètes ici en France.
00:44Avez-vous déjà connu, Jean-Yves Le Drian, une situation aussi périlleuse ?
00:48Non, c'est une situation très grave, qu'on n'a sans doute pas connue dans ses multiples risques
00:55depuis la fin de la guerre 39-45.
00:58C'est l'automne de tous les dangers.
01:01Parce qu'à la fois en Ukraine, à la fois au Moyen-Orient,
01:06les situations sont bloquées et les acteurs sont dans des impasses.
01:10Et donc ils vont essayer les uns et les autres de sortir de l'impasse.
01:12Le plus significatif, évidemment, c'est la situation en Ukraine,
01:16puisque le président Poutine a engagé l'opération spéciale depuis maintenant près de 5 ans
01:22et il ne grignote rien sur les territoires.
01:26Et il se sent un peu validé par les élections qui viennent d'avoir lieu.
01:31Et donc du coup, on peut imaginer qu'il pense que le moment est venu pour essayer de sortir de
01:37l'impasse.
01:37C'est ce qui rend la situation extrêmement dangereuse aujourd'hui.
01:41Pourquoi est-ce qu'il peut être tenté de sortir de l'impasse ?
01:44Parce qu'il va d'abord provoquer une mobilisation générale
01:50pour permettre aux forces russes d'être suffisamment solides face à l'Ukraine.
01:56Aujourd'hui, les Russes perdent 30 000 hommes par mois hors de combat,
02:0230 000 militaires par mois.
02:03Et donc il va lancer cela et il remarque aussi qu'il y a des fragilités
02:07du côté américain et du côté européen.
02:11Et donc c'est peut-être pour lui le moment de sortir de l'impasse.
02:14Alors Jean-Yves Le Drian, automne de tous les dangers.
02:16Et on parlera bien sûr de la situation de la guerre en Ukraine
02:19et de ce qu'on appelle désormais la menace hybride russe.
02:22Mais juste avant, parmi les fraquets du monde,
02:24on souhaiterait commencer par le conflit au Moyen-Orient
02:26et notamment les conséquences en France que chaque Français ressente
02:30avec le prix des carburants qui flambent.
02:32C'est le résultat de l'intervention américaine en Iran depuis six mois.
02:36Conséquence aussi des mesures de représailles de Téhéran.
02:38Est-ce que ce choc pétrolier,
02:40la perspective d'un litre d'essence de gazole à 3 euros le litre,
02:43est-ce que c'était écrit d'avance ?
02:45C'était inévitable à partir du moment où les Etats-Unis ont provoqué cette action
02:54au mois de février contre l'Iran.
02:57Ils n'avaient pas mesuré qu'il y avait un sujet qui était le détroit d'Hormuz.
03:02Ils n'avaient pas mesuré que pour l'Iran,
03:04ça pouvait être un outil considérable d'action, d'intervention et de pression.
03:09Ils s'en sont rendus compte après.
03:10Et aujourd'hui, l'Iran joue de la maîtrise du détroit,
03:15en fait un élément essentiel de sa stratégie.
03:19Ce qui fait que le prix du pétrole augmente
03:21et que par ailleurs, l'Iran, influençant les outils de Yémen,
03:25a bloqué la sortie de la mer Rouge
03:29et que par ailleurs, les milices iraniennes d'Irak
03:31ont frappé l'oléoduc SOS en Arabie Saoudite,
03:36le port de Yambou également,
03:37ce qui fait que ce pétrole qui pouvait sortir par la mer Rouge
03:40ne peut plus et donc il y a un blocage général de la situation.
03:43C'est de la responsabilité de Donald Trump.
03:45L'attaque contre l'Iran a été menée de manière improvisée,
03:50irrationnelle, impréparée
03:51et on est aujourd'hui devant cette impasse.
03:53C'est une impasse dont personne ne peut ou ne veut sortir aujourd'hui.
03:57L'Iran est fidèle et ferme sur ses convictions et sur sa résilience,
04:02d'autant plus que ce sont les gardiens de la révolution
04:04qui ont pris le pouvoir et qui ont une radicalisation
04:07de la gouvernance iranienne.
04:09Et que d'autre part, Trump n'a qu'un choix impossible.
04:13Ou bien il renonce et à ce moment-là,
04:15il laisse aller la maîtrise du détroit par les Iraniens.
04:20Ou bien il attaque et à ce moment-là,
04:22il se met en difficulté sur les mi-termes.
04:24Donc tout ça est très compliqué et très bloqué.
04:25C'est quand même un tableau très sombre que vous dressez
04:29dans la mesure où l'Europe n'a que très peu d'influence
04:31sur les acteurs du conflit.
04:34Excusez-moi, mais l'Europe a montré comment il fallait faire auparavant
04:37sur la crise iranienne.
04:38Ce sont les Européens qui ont permis en 2015
04:41qu'il y ait un accord sur l'Iran.
04:42Mais manifestement, on n'en est plus là.
04:45Les solutions européennes, c'est les solutions de négociation.
04:47C'est ce qu'a rappelé le président de la République.
04:49Mais qui les entend ?
04:51La nécessité fera peut-être loin à un moment donné.
04:53Parce qu'en l'État, ce que vous nous dites,
04:56c'est qu'il faut s'attendre à ce que ça continue.
04:58Enfin, à ce que le prix du gazole à 2,50 euros le litre,
05:01il va falloir s'y habiter.
05:02La toute petite bonne nouvelle,
05:03c'est le fait que l'oléoduc S-Ouest en Arabie Saoudite
05:07a été réparé ou rouvert.
05:09Donc ça va permettre peut-être un affaiblissement de la pression
05:13dans les jours qui viennent.
05:14Mais la réalité, c'est qu'il faudra bien, à un moment donné,
05:16aller à la table de négociation.
05:17Parce que la paix par la force, ça ne marche plus.
05:19Donc ça veut dire, Jean-Yves Le Drian,
05:20que très concrètement, pour faire en sorte que le trafic
05:23dans le détroit d'Hormuz, dans le détroit de Bab el-Mondeb reprenne,
05:26il n'y a pas d'autre choix que la négociation ?
05:29Ça doit être la ligne diplomatique de la France et des pays européens ?
05:32Il n'y a pas d'autre choix que la négociation.
05:34Et il y a eu une négociation.
05:35Il y a eu une négociation parce qu'il y a eu un mémorandum
05:37qui a été signé sur la crise iranienne au mois de...
05:40Rappelez-vous, c'était l'accord de Versailles,
05:42signé à Versailles lors de la venue du président Trump en France.
05:47Sauf que cet accord-là, il est tellement alambiqué
05:50que les Iraniens se sont engouffrés devant les incertitudes,
05:55en particulier l'article 5 qui explique comment on doit gérer le détroit d'Hormuz.
06:00Ils se sont engouffrés là-dedans pour considérer que c'était à eux,
06:03avec le sultanat d'Hormuz, de régler la circulation dans le détroit d'Hormuz,
06:10ce qui n'est pas le point de vue américain.
06:12Et donc on recommence.
06:12Il faut donc une négociation claire sur les termes.
06:15Aujourd'hui, on n'est pas au rendez-vous,
06:17même si le président iranien à New York a fait savoir
06:22qu'il avait proposé aux alcains des points de négociation
06:24qui sont en fait la reprise des éléments de l'accord du mois de juin,
06:29avec toutes ces ambiguïtés.
06:30Mais comment on fait quand on ne peut pas compter absolument
06:32sur la bonne foi des Iraniens,
06:34et quand Donald Trump, contrairement à toute vraisemblance,
06:38dit au monde devant la tribune des Nations Unies,
06:41pendant que d'autres parlaient de paix,
06:43« J'ai fait la paix ».
06:44Est-ce que la parole de Trump a encore une quelconque valeur ?
06:47Le président Trump a toujours un problème avec le jour d'après.
06:50Il annonce des accords,
06:52et le lendemain, les accords sont caduques ou ne se réalisent pas.
06:55Le plan de paix pour la Palestine, c'est pareil.
06:57Il y a eu les accords sur Gaza,
06:59et la mise en œuvre des accords de Gaza ne se fait pas.
07:02La réalité, c'est qu'il n'y a pas d'autre solution que la négociation.
07:06Il n'y a pas d'autre solution que de se mettre autour d'une table
07:09et d'évaluer comment est-ce qu'on fait pour à la fois garder
07:11la liberté de circulation dans les détroits,
07:13et en même temps permettre le retrait de l'Iran de l'arme nucléaire.
07:17Si j'ose dire le rapport à la réalité du président américain,
07:20quand il dit cette phrase, je la répète,
07:21pendant que d'autres parlaient de paix, j'ai fait la paix.
07:23Vous, l'ancien ministre des Affaires étrangères, ministre de l'État,
07:26ce qui par ailleurs avait eu affaire à Donald Trump,
07:28quand vous entendez ce discours à la tribune des Nations Unies,
07:31qu'est-ce que vous vous dites ?
07:31Qu'il essaye de s'auto-persuader,
07:34et qu'il essaye de passer un message à son propre opinion publique,
07:37parce que les actions de Trump doivent être sans arrêt calculées
07:40et interprétées en fonction des échéances électorales internes.
07:43Et la réalité, c'est que le monde entier souffre,
07:46et il y en a un qui regarde ça avec délectation,
07:51c'est le Chinois.
07:53Le Chinois, c'est aujourd'hui le Ramin Agrobis,
07:55c'est le Ramin Agrobis de la géopolitique du XXIe siècle.
07:59Il est tapis dans l'ombre, il se lèche les babines,
08:02et il regarde ce qui se passe.
08:04Et en plus, il va faire une visite aux États-Unis aujourd'hui,
08:06et qui va être accueilli par Trump
08:10dans un rapport de force totalement différent
08:11de celui qu'on connaissait il y a encore un an.
08:13Donc c'est ça la réalité.
08:14Est-ce que Trump, selon vous,
08:16aujourd'hui, c'est le principal facteur de déstabilisation dans le monde ?
08:22C'est le facteur principal de déstabilisation,
08:24parce qu'il considère que la paix par la force est un vecteur essentiel,
08:28alors que la réalité, c'est que ça ne marche pas,
08:30et qu'il faut travailler sur la paix par le droit et par la négociation.
08:34Eh bien, justement, la paix par le droit,
08:36c'est le message qu'a essayé de faire passer en miroir le président de la République
08:40lors de son dernier discours à la tribune des Nations Unies.
08:42Il s'est élevé contre le recours, je cite,
08:44de l'impérialisme et de l'arrogance.
08:46Il a appelé à se tenir droit aux côtés des Nations Unies
08:48face à la loi de la jungle.
08:50Est-ce que ce propos, Jean-Yves Le Drian,
08:53a fortiori pour un président qu'en fin de mandat,
08:55a encore la moindre influence ?
08:56Quand on voit le tableau que vous nous dépeignez là depuis quelques minutes,
08:58on se dit que le président est bien seul à faire cette éloge.
09:01Il est le seul à parler aussi fort,
09:04mais il a beaucoup d'acteurs
09:06qui peuvent se retrouver dans son discours.
09:09Regardez ce que fait le Canadien McCarnay,
09:11il est très proche des positions du président Macron.
09:14Regardez les déclarations du Brésil,
09:16regardez les déclarations de l'Indonésie,
09:18il y a dans le monde des acteurs
09:22qui ne veulent pas se laisser entraîner
09:24ni par la logique infernale du président Trump,
09:27ni par le duopole Chine-États-Unis,
09:30qui veulent trouver une nouvelle voie,
09:32et c'est à la France et aux Européens,
09:33de montrer ce chemin-là.
09:34Je crois que c'est ce qu'a fait le président Macron
09:36dans son discours aux Nations Unies.
09:37Alors, on a noté cette phrase
09:39sur la situation à Gaza et en Cisjordanie.
09:42Emmanuel Macron,
09:43deux points ouvriers les guillemets,
09:45devons-nous contempler ce spectacle
09:47qui nous fait honte à tous ?
09:49Est-ce que vous partagez sa colère, Jean-Yves Le Drian ?
09:51Complètement.
09:52La situation à Gaza n'est pas réglée.
09:54On n'en parle plus.
09:56On n'en parle plus depuis l'accord,
09:58le plan dit plan de paix de Board of Peace
10:02des Américains, il y a à peu près un an.
10:04On n'en parle plus, mais le plan n'est pas appliqué.
10:07Il y a eu dans ce plan uniquement deux points
10:09qui ont été mis en œuvre.
10:10C'est le retour des otages
10:13et une forme d'arrêt des bombardements,
10:17encore que ceux-ci se poursuivent
10:19de manière intermittente.
10:21Le reste n'est pas mis en œuvre.
10:22Il y a un gouvernement
10:24dit technocratique palestinien
10:26qui doit s'installer.
10:27Il est toujours au Caire.
10:28Il devait y avoir une force intermédiaire
10:30pour assurer la sécurité à Gaza.
10:31Elle n'est pas là.
10:33Et les habitants de Gaza
10:34vivent dans le dénuement,
10:35dans la détresse,
10:36dans les risques alimentaires
10:38et les risques sanitaires considérables.
10:41Et aujourd'hui, personne n'en parle plus.
10:42Ça, c'est une réalité.
10:43Et l'autre réalité,
10:44c'est la Cisjordanie
10:45qui fait l'objet d'agressions permanentes
10:48de la part de Collomb
10:50qui s'installe
10:50et qui risque aujourd'hui
10:53de devenir un nouveau foyer
10:54de conflictualité.
10:56J'ai remarqué d'ailleurs
10:57que Marco Rubio, hier,
10:59au Conseil de sécurité,
11:00le secrétaire d'État américain,
11:02disait, attention,
11:03la Cisjordanie,
11:03ça peut s'enflammer
11:04et ça serait une nouvelle donne
11:05compliquée dans la situation.
11:06Et sur la Cisjordanie,
11:08Jean-Yves Le Drian,
11:09il y a une phrase
11:10qui a été très commentée
11:11de la part du président de la République
11:13où il dit la chose suivante
11:14« Regardez ce qui se passe en Cisjordanie
11:16où chaque jour des violations sont commises,
11:17au nom de quoi
11:18le Hamas n'a jamais sévi
11:20en Cisjordanie. »
11:21Israël a dénoncé, je cite,
11:22une absurdité grotesque.
11:24Tous les spécialistes
11:24s'accordent à dire
11:25que le Hamas conserve en Cisjordanie
11:27des réseaux clandestins,
11:28ils préparent des attaques.
11:29Est-ce que c'est une bourde
11:30d'avoir dit
11:31« Le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie ? »
11:33Je crois qu'il voulait dire
11:33qu'il n'a jamais dirigé
11:34la Cisjordanie.
11:35Oui, mais c'est pas ce qu'il a dit.
11:36La réalité, c'est qu'aujourd'hui,
11:38la Cisjordanie
11:39est en train de disparaître
11:40comme entité palestinienne autonome
11:42et elle est en train progressivement
11:44d'être soumise à une annexion.
11:46Et c'est une renonciation du droit.
11:49C'est une mauvaise interprétation.
11:50Oui, c'est une mauvaise phrase.
11:52Hier soir,
11:53au premier débat
11:54de la primaire dite sociale-démocrate,
11:56les échanges ont été vifs
11:57sur l'utilisation du mot « génocide »
12:00pour qualifier ce qui se passe à Gaza.
12:02Olivier Faure-Ségolène Royal
12:03assume de l'employé.
12:04Raphaël Glucksmann s'y refuse.
12:06Il parle de crimes de guerre,
12:07de crimes contre l'humanité.
12:09Et vous, Jean-Yves Le Drian,
12:11quels mots employez-vous ?
12:12Moi, je prends le mot essentiel.
12:14C'est la souffrance du peuple palestinien.
12:17Le débat sur les mots
12:18est vraiment second par rapport à cela.
12:20Et si je vais dans les mots,
12:21je précise que le terme « génocide »
12:23fait l'objet d'une référence juridique
12:25qui doit être traitée par un tribunal
12:27et qu'il n'est pas...
12:28Je ne l'utilise pas pour ma part.
12:29J'utilise plutôt le mot « nettoyage ethnique »
12:32qui est utilisé aussi
12:33par des Israéliens de bonne foi.
12:35Jean-Yves Le Drian,
12:36l'autre crise mondiale qui s'éternit,
12:37c'est la guerre en Ukraine.
12:39De nouveau, Donald Trump,
12:40Pierre Asquil disait,
12:41tente une approche diplomatique
12:42en invitant Vladimir Poutine au G20
12:43au mois de décembre à Miami.
12:45Il envoie également ses émissaires à Moscou.
12:48Face à cela,
12:48le chef de la diplomatie russe,
12:49Sergeï Lavrov,
12:51dit qu'il n'est pas question de trêve.
12:53Comment est-ce qu'on peut encore croire
12:55que Vladimir Poutine
12:56a la moindre envie
12:57de discuter et de négocier ?
13:00Je n'y ai jamais cru.
13:01Il ne bougera pas.
13:02À l'époque où j'étais encore ministre
13:05des Averses étrangères de la France,
13:07en fin 2021,
13:09le président Poutine a fait savoir
13:11à l'OTAN et aux États-Unis
13:13ses conditions.
13:16Elles étaient au nombre de quatre.
13:19Démilitarisation de l'Ukraine,
13:22annexion du Donbass,
13:24dénazification,
13:25ça veut dire changement de gouvernement
13:26et sortie de Zelensky,
13:27et non-adhésion à l'OTAN.
13:29Ça n'a pas changé d'un millimètre.
13:32Ils expliquent tout ça
13:33par les causes essentielles
13:35ou les raisons fondamentales de la crise.
13:37Et remarquez bien
13:38que le ministre Lavrov,
13:41hier, aux Nations Unies,
13:42a repris les causes essentielles.
13:44Il faut traiter les causes essentielles.
13:45Les causes essentielles,
13:46ce sont ces quatre points-là.
13:47Ça veut dire capitulation.
13:48Donc, Jean-Yves Le Drian,
13:50imaginez qu'une seconde
13:51que la guerre puisse s'arrêter
13:52avant l'hiver,
13:54c'est un vœu pieux absolu.
13:56Ça n'arrivera pas.
13:56Moi, je n'y crois pas.
13:58Je le souhaite,
13:58mais je n'y crois pas.
13:59Et donc, il faut aujourd'hui
14:01renforcer notre soutien à l'Ukraine,
14:03qui va passer un hiver difficile,
14:05mais les Russes aussi.
14:06Parce qu'aujourd'hui,
14:07l'Ukraine se protège
14:09en attaquant les infrastructures
14:12énergétiques russes
14:13pour éviter à la Russie
14:14d'avoir de l'argent
14:15qui lui permet d'acheter des armes
14:17et de poursuivre le combat.
14:18L'hiver sera terrible,
14:19comme nous le disait Pierre Aski.
14:21L'hiver sera certainement difficile
14:23et il faut que les puissances,
14:26singulièrement les Européens,
14:27qui sont les alliés de l'Ukraine,
14:29parce que je rappelle qu'aujourd'hui,
14:30les États-Unis ne financent plus l'Ukraine,
14:33même s'ils sont aujourd'hui en difficulté
14:35par manque d'armes et de capacité,
14:37ils ne financent plus.
14:38Mais il faut que les Européens,
14:39aujourd'hui,
14:39soient au rendez-vous
14:40de la protection de l'Ukraine,
14:41parce que c'est notre propre sécurité.
14:43Alors justement,
14:44il faut qu'on parle
14:44de la menace russe en Europe,
14:48ingérence, acte de déstabilisation,
14:49sabotage,
14:50tentative d'attentat
14:51aux drones explosifs
14:51à la Viziche en Allemagne.
14:52On parle beaucoup de guerre hybride.
14:55Est-ce que le mot « hybride »
14:57est de trop dans cette expression,
14:58Jean-Yves Le Drian ?
14:59Oui, il commence à être de trop.
15:03Je redis ici que nous ne sommes pas en guerre,
15:08mais nous ne sommes plus en paix.
15:09Et on peut s'attendre,
15:11surtout dans les périodes électorales,
15:13à la poursuite d'actes hostiles
15:14de la part de la Russie
15:16sur les pays européens.
15:18Ça s'est déjà manifesté.
15:19Il y a déjà eu des actes importants,
15:20des incursions, des sabotages,
15:22des actions de drones,
15:25des formations de l'information.
15:27Tout cela peut se poursuivre
15:29singulièrement dans les périodes électorales.
15:30C'est la raison pour laquelle
15:32le président de la République
15:32a réuni les potentiels candidats
15:35et les partis politiques l'autre jour
15:37pour les mettre en garde
15:37sur ces risques-là.
15:38Et c'est un vrai risque pour la démocratie.
15:40Juste avant de parler de ça,
15:41si vous dites qu'on n'est pas en guerre,
15:43mais qu'on n'est plus en paix,
15:43est-ce que le scénario
15:44sur lequel travaillent
15:45les États-majors européens
15:46d'un conflit direct
15:48entre un pays de l'OTAN
15:49et la Russie
15:50à court-moyen terme ?
15:51Est-ce que ce scénario-là
15:52vous paraît plausible ?
15:53Il faut s'y préparer.
15:54Dans l'immédiat,
15:54je pense que ce qui est très plausible,
15:56ce sont des actes hostiles,
15:58diversifiés,
15:58avec des incursions,
15:59peut-être même des prises de gages.
16:02Qu'est-ce que vous entendez ?
16:04Ici ou là,
16:05une action violente
16:07sur un pays voisin de la Russie.
16:09Il y a des régions
16:10qui sont en fragilité.
16:11L'Estonie est en fragilité
16:13avec Narva.
16:13La Moldavie est en fragilité
16:15avec la Transnistrie.
16:16Il peut y avoir des prises de gages
16:17de ce type-là.
16:17Je ne peux pas l'envisager.
16:19Je ne souhaite pas l'envisager,
16:20mais c'est possible.
16:21En tout cas,
16:22ce qui est certain,
16:22je le disais en début d'émission,
16:23c'est que Poutine va vouloir
16:25sortir de l'impasse.
16:26Ça, c'est sûr.
16:26Et je suis frappé du fait
16:28qu'y compris les plus hostiles
16:30au président de la République,
16:32je pense à Jean-Luc Mélenchon
16:34et à Mme Le Pen,
16:36ont réagi à la suite
16:38de cette déclaration
16:39sur le fait
16:40qu'il y a effectivement
16:41des menaces
16:42et des actes hostiles en cours.
16:43Oui, il y a effectivement eu
16:45certaines tentatives
16:46de clarification.
16:47On a aussi entendu
16:48Jean-Yves Le Drian,
16:49par exemple Louis Alliot
16:50du Rassemblement National,
16:50dire qu'il faut couper
16:52le robinet des aides à l'Ukraine.
16:54Quand vous entendez
16:55un responsable politique,
16:56maire de Perpignan,
16:57proche de Marine Le Pen,
16:57dire cela,
16:58qu'est-ce que vous vous dites ?
17:00Est-ce que vous entendez
17:00cet argument ?
17:01Lui dit,
17:01on n'a plus les moyens.
17:02Il ne faut pas trahir l'Ukraine.
17:04C'est notre sécurité
17:05qui est en jeu.
17:06Et aujourd'hui,
17:07certains partis politiques,
17:09à l'extrême gauche
17:09et à l'extrême droite,
17:10sont en rupture
17:11avec le soutien
17:12que nous voulons apporter
17:13à l'Ukraine.
17:14Alors, j'observe
17:14les déclarations
17:15des uns et des autres,
17:15mais je dis,
17:17ou bien c'est bien tard,
17:18ou bien c'est contradictoire
17:19avec ce que vous faites auparavant.
17:21Moi, j'ai souvenir,
17:22il y a peu de temps,
17:24de Mme Le Pen
17:25allant soutenir
17:27à Budapest
17:29Victor Orban,
17:29en disant,
17:30vous êtes notre guide,
17:32vous êtes celui
17:33que nous devons suivre.
17:34Alors, Victor Orban,
17:35c'est celui qui condamne
17:35le soutien des Européens
17:37à l'Ukraine,
17:38qui a empêché
17:39le soutien des Européens
17:40à l'Ukraine
17:40de se faire
17:41de manière efficace
17:43et qui refuse
17:44de voter
17:45les financements
17:46pour l'Ukraine
17:47et qui, par ailleurs,
17:48a été battu
17:49et heureusement.
17:50Mais les députés
17:51du Rassemblement National,
17:53lorsqu'ils sont
17:53à l'Union Européenne,
17:55ne votent pas
17:55les crédits
17:56pour l'Ukraine,
17:57ne votent pas
17:57le soutien à l'Ukraine,
17:58ne votent pas
17:58les sanctions.
17:59Donc, c'est ça,
18:00la réalité.
18:01C'est-à-dire que nous sommes
18:02confrontés à cette situation.
18:03Le soutien à l'Ukraine,
18:05c'est notre sécurité
18:07qui est en jeu.
18:07Et donc, il faut
18:08que les Français
18:08en soient conscients.
18:09À l'autre bout
18:09du spectre politique
18:11est aussi Jean-Luc Mélenchon.
18:12Hier, il a attribué
18:14l'intensification
18:14de la menace russe
18:15en Europe
18:16au tir en profondeur
18:18de l'Ukraine
18:18sur le territoire russe.
18:20Si nous sommes menacés...
18:22Ça m'a fait sourire
18:23parce qu'en fait,
18:25ça s'appelle
18:25de l'inversion accusatoire.
18:27C'est ce pauvre Poutine
18:29d'après Mélenchon
18:30qui est en difficulté
18:32et donc,
18:32c'est l'agresseur
18:33qui est agressé.
18:35C'est stupéfiant.
18:36Et c'est pour ça
18:37que M. Mélenchon
18:39demande un soutien électoral
18:41pour qu'il soit
18:42président de la République.
18:42C'est extrêmement grave
18:43pour l'avenir de la France.
18:44Mais cette idée
18:45qu'on entend
18:46à gauche,
18:47à droite,
18:48on recevait lundi
18:48Fabien Roussel
18:49du Parti Communiste
18:50qui disait peu au prô
18:50la même chose,
18:51cette idée que,
18:51au fond,
18:52la France,
18:52les Européens
18:52ne tendraient pas
18:53suffisamment la main
18:54à Vladimir Poutine,
18:54qu'on ne négocierait pas
18:55suffisamment.
18:58Mais Poutine
18:58et la Russie
18:59ne veulent pas négocier.
19:01Il suffit
19:02pour les uns
19:02et pour les autres
19:03d'écouter ce qu'a dit
19:04M. Lavrov hier
19:04au Conseil de sécurité.
19:06On ne négocie pas,
19:07on poursuit l'action militaire
19:08parce qu'ils ne romperont pas
19:09avec les objectifs.
19:10Cette élection présidentielle
19:11à venir,
19:13on vient de parler
19:14de deux des favoris,
19:16Marine Le Pen,
19:16Jean-Luc Mélenchon,
19:17est-ce que ça vous inquiète
19:18de vous dire
19:18que l'un de ceux-là
19:20est susceptible
19:21de remplacer
19:21le président de la République ?
19:22On voit ce que cela va donner.
19:24Ça veut dire
19:24la rupture avec nos alliés,
19:26ça veut dire
19:26la rupture avec les Européens,
19:27ça veut dire
19:28laisser l'Ukraine
19:30à l'ogre russe,
19:32ça veut dire
19:32ne plus soutenir
19:34les pays
19:35dans leur intégrité territoriale.
19:37Bref,
19:37c'est un renoncement
19:39au droit international.
19:40Réponse en un mot,
19:42vous avez regardé
19:42le débat
19:43de la primaire de gauche
19:44hier soir ?
19:45Non,
19:45non parce que,
19:46vous voyez,
19:46moi j'ai été 44 ans
19:48au Parti Socialiste.
19:50J'ai quitté
19:50le Parti Socialiste
19:51en 2018
19:51dans des conditions
19:53qui faisaient
19:53que je ne pouvais plus
19:54y rester.
19:57Je suis triste
19:59de voir
20:01ce grand parti
20:02de gouvernement
20:03devenir
20:04un petit parti
20:05de contestation.
20:06C'est ça
20:07ma réalité,
20:07dont je n'ai pas regardé.
20:08Vous allez voter
20:09à cette primaire.
20:10Je suis membre
20:10du Parti Socialiste,
20:11je n'ai pas l'intention
20:11de voter.
20:11Même Raphaël Glucksmann
20:12qui, sur les positions
20:13internationales,
20:14pourrait à peu près
20:14assigner tout ce que vous avez
20:16dit ce matin.
20:16C'était malheureusement
20:17tous, si j'ai bien compris,
20:18tous contre Glucksmann.
20:20Donc je trouve
20:20que c'est vraiment
20:22petit et médiocre.
20:23Donc votre candidat
20:24en 2027,
20:24on verra bien
20:25pour l'instant.
20:26Mais vous avez une idée
20:26ou pas ?
20:27Je vous dirai
20:28quand je l'aurai décidé.
20:28Donc vous viendrez
20:29après France Inter le dire ?
20:30Voilà.
20:31Merci.
20:31Le rendez-vous est pris.
20:32Merci Jean-Yves Le Drian
20:33d'être venu au micro
20:35de France Inter ce matin.
20:36La revue de presse
20:37à suivre.
20:37C'est vrai.