00:01RMC, consultation gratuite.
00:04Et c'est l'heure de retrouver le docteur, Aurel Gage.
00:06Bonjour.
00:07Le médecin du matin, le 10 septembre dernier,
00:10le contrôleur général des lieux de privation de liberté
00:12a publié des recommandations en urgence
00:13sur l'accueil des patients psychiatriques
00:16à Paris et en petite couronne.
00:18Aurel, qu'est-ce que raconte ce rapport ?
00:20A ce rapport, il est clair,
00:21il y a une chose simple, des patients ont besoin d'être
00:23hospitalisés en psychiatrie, mais faute de place,
00:26en fait, ils restent bloqués aux urgences
00:27et dans des conditions indignes.
00:28Je vous résume ça avec deux chiffres.
00:30Le nombre de patients qui attendent plus de 12 heures
00:32par rapport à l'année dernière,
00:34augmentation de 32%.
00:36Et lorsque vous avez cette attente longue,
00:39c'est là où on va faire appel justement
00:40à cette cellule régionale de crise psychiatrique
00:42en disant, je ne sais pas comment hospitaliser mon patient,
00:45il est temps de l'hospitaliser.
00:46Et bien là, quand on fait appel à cette cellule,
00:49il y a un délai moyen d'attente
00:51avant d'être hospitalisé de 40 heures.
00:5432% d'augmentation, 40 heures
00:56quand on fait appel à la cellule régionale.
00:58Et ça veut dire quoi ?
00:59Ça veut dire pendant ces 40 heures,
01:00ce n'est pas que votre patient, il est dans un lit confortable,
01:02il est dans un couloir aux urgences,
01:04il est parfois allongé par terre,
01:05parfois il est contentionné,
01:07parfois il est sédaté,
01:08il n'est pas forcément bien traité.
01:10Tout ça pour qu'en espérant qu'il puisse quitter les urgences.
01:13Ce rapport, en gros, il décrit des patients
01:14qui souffrent, un hôpital qui n'a pas les moyens
01:16de les accueillir dignement.
01:17Mais qu'est-ce qui se passe dans vos urgences, docteur ?
01:20En fait, ce rapport, c'est que la partie émergée de l'iceberg.
01:22Vous voulez que je vous dise ?
01:23En fait, nous, on fait exactement ça et on fait pire.
01:26Normalement, on n'a pas le droit de sédater
01:27et de contentionner un patient
01:28parce qu'on ne peut pas le recevoir.
01:29C'est-à-dire, théoriquement, je vous sédate
01:31parce que vous représentez un risque pour vous
01:32et un risque pour les autres.
01:33Je vous sédate, c'est-à-dire que je vous donne un calement.
01:35Vous donnez un calement.
01:35En gros, je vous endors.
01:36Je vous shoot, comme ça,
01:37vous êtes protégés de vous-même
01:40et vous êtes protégés.
01:42Vous protégez les autres.
01:43Vous protégez les autres.
01:45Mais normalement, on ne fait pas de contention ni de sédation
01:47parce que le patient déambule,
01:49c'est-à-dire qu'il se balade
01:50et qu'on se dit, il y a un risque suicidaire,
01:53il y a un risque qu'on ne puisse pas le manager.
01:56Donc, qu'est-ce qu'on fait ?
01:56C'est totalement illégal.
01:57Ce n'est pas une indication de contention.
01:59On le contentionne physiquement.
02:00On lui met des drogues chimiques
02:02parce qu'on sait qu'on ne peut pas le surveiller.
02:04C'est totalement inadapté.
02:06Je vais vous donner un exemple.
02:07La dernière fois, j'ai une patiente anxieuse qui vient.
02:09Évidemment, il y a un risque suicidaire
02:11même si on comprend qu'il est plutôt faible.
02:12Il faut qu'elle soit vue par le psychiatre.
02:14Le psychiatre a beaucoup de travail.
02:15Sauf que moi, je n'ai pas le temps
02:16parce que j'ai des patients graves à côté
02:18qui ont des défaillances d'organes.
02:19Donc, je lui explique.
02:20Madame, si vous continuez à déambuler,
02:21vu qu'on ne peut pas vous surveiller,
02:23ça va finir en contention sédation.
02:24Et le problème, c'est quand vous dites ça à un patient,
02:26qu'est-ce qui se passe ?
02:27Il ne fait que bouger encore plus,
02:28il fait le stress
02:29et ça fait encore plus décompenser
02:31des pathologies psychiatriques.
02:33Pour que vous ayez une idée,
02:34en fait, le choix, je n'ai pas de bonne réponse.
02:35À côté, j'ai la vieille dame Élise de 90 ans
02:41pour prendre ce nom-là
02:43qui, elle, par exemple,
02:43est malheureusement en fin de vie,
02:44il faut qu'elle soit dans un régime un peu calme.
02:47Et à côté, j'ai Mathieu, 23 ans,
02:51qui malheureusement est en décompensation psychiatrique
02:52et qui hurle.
02:53Qu'est-ce que je fais ?
02:54Je fais un truc que je n'ai pas le droit de faire.
02:55Je sédate et je contentionne Mathieu.
02:57C'est grave ce que vous dites, docteur.
02:58C'est terrible parce que là,
03:00on a Aurél Gage en plateau
03:01qui nous dit que c'est illégal,
03:01mais je le fais en fait.
03:02C'est totalement illégal.
03:03C'est toléré.
03:04C'est totalement illégal.
03:06Il faut le savoir.
03:06Et il n'y a aucun urgentiste qui ne le fait pas.
03:08Je vous dis la vérité.
03:09Aucun urgentiste ne fait pas ce truc illégal.
03:10C'est ce que dit le contrôleur général
03:12des lieux de privation de liberté.
03:13C'est de l'accueil en psychiatrie
03:14du parent pauvre.
03:15Vous le disiez,
03:16mais ça, on le dit depuis des années.
03:17Moi, j'en appelle à nos auditeurs
03:18parce que peut-être pour vous,
03:20parfois c'est pour un proche.
03:22Il y a plein de troubles psy
03:24avec la jeunesse aussi ces derniers temps.
03:25Vous avez connu cette difficulté-là
03:27à trouver le bon médecin
03:29pour soigner la bonne pathologie.
03:31La psychiatrie, on en parle avec vous
03:33si vous le souhaitez au 3216.
03:34Merci Aurel, la chronique d'Aurel
03:35a retrouvé un podcast sur l'application RMC.