00:017h45 ici Alsace, on parle ce matin avec votre invitée Sophie de l'ouverture au grand public d'un nouveau
00:06lieu de mémoire pour les victimes alsaciennes de la seconde guerre mondiale.
00:09Installée au pied du mémorial d'Alsace-Moselle, le mur des noms a ouvert ses portes hier pour la première
00:14fois au grand public à Chirmec.
00:16Bonjour Frédéric Nodufour.
00:17Bonjour.
00:18Vous êtes historienne et responsable de la politique mémorielle du Grand Est.
00:22Ce site c'est une demande depuis plus de 20 ans, notamment des descendants d'incorporés de forces alsaciens et
00:28mozellans, victimes de la seconde guerre mondiale.
00:30Est-ce qu'on peut dire ce matin que c'est un vide enfin comblé ?
00:34Oui, on a fait comme un ouf de soulagement hier parce que cette demande, certes elle a plus de 20
00:39ans, mais je dirais même elle a presque plus de 80 ans.
00:41Puisque depuis 1945, tous ceux qui n'avaient pas de sépulture attendaient qu'on ait un endroit où on puisse
00:47mettre les noms et un endroit pour se recueillir.
00:49Et je crois que la mission est accomplie.
00:51On a rencontré un grand nombre de descendants qui étaient extrêmement émus et qui ont dit maintenant voilà, on sait
00:57où venir et on sait où se recueillir.
00:59Ce mur des noms, il a suscité tout de même des polémiques justement sur ce sujet dès 2017.
01:06La question était de savoir mettre ou non les noms des Malgré nous, il a fallu faire accepter cette idée.
01:11Oui, la polémique est née du fait que le premier projet rangeait tout ce petit monde par ordre alphabétique si
01:16je puis dire.
01:17Et ce qui était un peu problématique, c'est que par les hasards de l'alphabet, on pouvait trouver côte
01:21à côte des gens qui étaient à la fois dans la Wehrmacht, incorporés de force,
01:25et puis à côté des gens qui avaient été éventuellement tués par cette même Wehrmacht.
01:29Et donc ça, visiblement, c'est quelque chose qui n'était pas entendable par les victimes, ce qu'on peut
01:34complètement comprendre.
01:35Et donc l'idée a été de reprendre le projet et de faire en sorte que tous ces morts qui
01:40ont la même place, qui ont la même valeur,
01:42il n'y a pas de hiérarchie parmi les morts, que tous ces morts puissent avoir leur place,
01:47mais qu'on explicite les destins individuels et les raisons de leurs morts.
01:50Et à partir du moment où on explique, les choses sont acceptables.
01:53Il n'y a donc pas que des noms de Malgré nous privés de sépulture,
01:56il y a toutes les autres victimes de la Seconde Guerre mondiale,
01:59Alsacienne et Mosellane, déportés juifs et résistants.
02:02Ce mur a nécessité un gros travail scientifique.
02:05C'est un considérable travail scientifique qui a commencé en 2008 pour établir la base de données.
02:11Cette base de données, en 2023, elle faisait 38 000 noms, elle en fait aujourd'hui 44 000.
02:16Et chaque jour, on entre de nouvelles personnes dans cette base de données
02:20parce que des gens, des descendants de troisième génération, parfois,
02:24se rendent compte qu'un hommage n'a jamais été rendu à leurs proches,
02:28qui a pu être une victime civile aussi des bombardements.
02:30Et donc, ils nous contactent.
02:32Et ensemble, on travaille pour compléter cette liste.
02:36Mais c'est un travail qui va durer encore des décennies.
02:38Ça veut dire que vous incitez les familles,
02:41finalement les descendants de victimes de la Seconde Guerre mondiale,
02:44Alsacienne et Mosellane, à donner des archives, des documents,
02:48rangés peut-être dans un placard oublié.
02:50Je pense aux petits-fils, aux petites-filles de ces victimes.
02:55Oui, c'est un travail qui est mené main dans la main avec les descendants.
02:58C'est quelque chose d'assez merveilleux, d'ailleurs, d'assez émouvant,
03:01parce qu'on eut des vrais contacts avec ces familles.
03:03Et sans elles, on est aveugles.
03:05Nous, on ne connaît pas chaque histoire individuelle.
03:07On a une vision très globale.
03:08Et ils nous apportent des renseignements, ils corrigent des données.
03:11Donc, c'est un travail vraiment de dialogue qui prend du temps.
03:14Donc, il ne faut pas que les gens s'affolent.
03:15Si on ne répond pas tout de suite, on est parfois un peu submergé.
03:18Mais c'est une submersion pour la bonne cause.
03:21Ce mur des noms, il vient d'ouvrir pour la première fois au grand public hier à Chirmet.
03:25Est-ce que vous espérez qu'il y ait des visites, notamment d'écoliers, de collégiens, de lycéens du Grand
03:31Est dans ce nouveau site de mémoire ?
03:33Alors, un des objectifs, c'est que des élèves puissent venir, puissent s'en saisir.
03:37Et on a déjà commencé à mettre en place des actions de médiation avec des élèves, avec des artistes,
03:43pour qu'ils participent à la construction de cérémonies, pour qu'ils participent à la recherche de noms,
03:48à la rédaction de petites biographies.
03:51Donc, il y a tout un tas de chantiers très différents que l'on peut engager,
03:55avec des partenaires comme l'Office national des combattants et des victimes de guerre,
03:59avec le rectorat qui est très impliqué, avec les associations mémorielles.
04:03Donc, c'est tout un tissu qui, à l'échelle de la région, se met en place, oui.
04:07Il y a encore des actions à mener, selon vous, dans les prochaines années,
04:12pour notamment la reconnaissance des Malgré nous.
04:14Ce lieu de mémoire en éteint ?
04:17Il y a encore un gros travail à mener, qui a été entamé, on l'a vu,
04:20avec les prises de position du Président de la République,
04:23lors des commémorations de la libération de Strasbourg en 2024.
04:26Mais il y a encore beaucoup à faire, parce qu'on sent que dans le reste du territoire,
04:29cette histoire, elle reste globalement méconnue.
04:31Et je pense que ce monument mémoriel, qui est un peu une innovation en termes numériques,
04:37peut aussi devenir un exemple qui soit emprunté dans les autres régions.
04:41Et à ce titre, ça montre que l'Alsace et la Moselle, elles savent réfléchir différemment
04:45et faire un premier pas pour rendre compréhensible et lisible cette mémoire.
04:49Donc, j'espère que cette main tendue va être prise dans le reste du territoire.
04:53Merci beaucoup, Frédéric Naudufour, d'avoir été en direct avec nous ce matin dans le studio d'ici Alsace.
04:59Vous êtes, je le rappelle, historienne et responsable de la politique mémorielle du Grand Est.
05:04Merci beaucoup.
05:04Merci.
05:05Interview que vous réécoutez si vous en avez envie sur notre site et vous pouvez aussi la partager ici.fr,
05:10page Alsace, 7h51.