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  • il y a 8 minutes
Gilles Finchelstein, le secrétaire générale de la Fondation Jean Jaurès et Anne Levade, professeure de droit public à l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne débattent de deux sujets d'actualité : le discours d'Emmanuel Macron à l’ONU et le cas Ségolène Royal face à la primaire socialiste.

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Transcription
00:00Pas un samedi sans le grand débat de votre matinale, un temps pour échanger et prendre du recul sur les
00:05événements de la semaine.
00:06Et cette semaine, nous retrouvons Gilles Fickenstein, secrétaire générale de la Fondation Jean Jaurès, face à Anne Levade, professeure de
00:12droit public à l'université Paris 1, Panthéon, Sorbonne.
00:15Bienvenue Anne, dans notre club des débatteurs.
00:18Bonjour, merci.
00:18Et bonjour Gilles.
00:19Bonjour Yvan, bonjour Quentin.
00:21Bonjour à vous deux.
00:22Mardi, Emmanuel Macron a énoncé son dernier discours en tant que président devant l'Assemblée Générale de l'ONU.
00:28Un discours au cours duquel le président français s'est posé en défenseur du droit international, affirmant
00:33« Mon message est de ne rien céder, de ne rien céder à ce qui est en train de s
00:36'installer, qui est au fond une lente division du monde,
00:39et de fustiger les impérialismes, l'arrogance, l'usage de la force en règle. »
00:43Un discours où il fut question, entre autres, de l'Ukraine, de Gaza, d'Israël, du Liban, de l'Iran.
00:48Gilles, on a senti à la fois de la colère dans les mots du président, peut-être des remords aussi
00:53dans ses propos.
00:54Vous, qu'est-ce que vous avez entendu ? Comment vous qualifieriez ce discours ?
00:59On est à la fin du dernier mandat, et donc ça fait partie de cette litanie des discours des adieux.
01:08Et des discours bilan, en l'occurrence pas du bilan de sa politique internationale, mais du bilan de sa politique
01:14multilatérale.
01:15Et on a beaucoup parlé de l'arbre...
01:18Quelle différence, pardonnez-moi, entre les deux ?
01:19C'est que tout ce qui relève de l'action bilatérale, et qui est une grande partie de l'action
01:25internationale,
01:26n'était pas traité dans le discours d'Emmanuel Macron.
01:31On a beaucoup parlé, et on va parler certainement, de l'arbre, c'est-à-dire la bourde sur la
01:39Cisjordanie.
01:40Mais il y avait la forêt, c'est-à-dire le reste du discours.
01:43Et ce discours que j'ai d'abord lu, et après l'avoir lu, je me suis dit, je vais
01:49l'écouter.
01:49Et en fait, c'est intéressant parce que l'impression est très différente.
01:53Quand on l'écoute, la musique, c'est ce que vous avez dit, Eva,
01:57c'est-à-dire l'attachement aux valeurs multilatérales, au système d'organisation des Nations Unies.
02:02Et se dégage une détermination, un engagement, une volonté révélée dans cette formule qui était comme un leitmotiv, ne rien
02:11céder.
02:12On l'a entendu taper du poing sur le pupitre.
02:14Et cet engagement explique l'accueil positif de ce discours, le succès d'estime.
02:21Quand on le lit, en fait, les mots, moi en tout cas, j'ai eu une impression différente et j
02:27'ai été frappé par un contraste saisissant
02:30entre, d'un côté, en voyant à quel point Emmanuel Macron a essayé,
02:36le nombre d'initiatives qu'il a prises dans tous les domaines, de coalitions qu'il a essayé de monter,
02:42de propositions qu'il a formulées,
02:44et d'un autre côté, l'état du monde et le peu de résultats.
02:49Et c'est d'autant plus frappant quand on fait, ce que j'ai fait ce matin,
02:53la lecture du premier discours d'Emmanuel Macron devant l'Assemblée Générale de l'Assemblée des Nations Unies,
02:58qui était un discours plus lyrique, dans lequel il y avait déjà cet attachement,
03:04qui est l'attachement traditionnel de la France au système des Nations Unies,
03:08mais dans lequel il y avait quand même plus d'espérance.
03:10Anne Levade, pour rester là aussi sur le fond du discours avant de parler de la bourde,
03:16lorsqu'Emmanuel Macron répète « ne rien céder, ne rien céder, ne rien céder »,
03:20de quoi parle-t-il là aussi, concrètement ?
03:25Alors, j'ai fait le même exercice que Gilles, alors qu'on ne s'était pas concerté,
03:29mais je suis aussi allée voir le premier discours.
03:32Et ce qui est sûr, c'est qu'entre le premier et le dernier discours d'Emmanuel Macron à l
03:36'ONU,
03:36le monde a basculé.
03:37Et le monde a basculé d'une manière très significative,
03:40avec des événements et des dates marquantes,
03:42et puis aussi avec quand même une incertitude pour l'avenir,
03:46c'est ça qui est frappant.
03:48Que des événements très graves, des conflits armés surviennent,
03:52j'allais dire que malheureusement la société internationale y est habituée,
03:55mais qu'on soit à ce point dans le brouillard pour l'avenir,
03:58jusqu'à ne pas savoir qui sera le prochain secrétaire général de l'ONU,
04:02c'est quand même quelque chose d'assez inédit.
04:05Et c'est vrai qu'il y avait dans le premier discours une part d'angélisme,
04:09une vision presque irénique de ce qu'est la société internationale.
04:14Et là, on a eu un discours qui était beaucoup plus réaliste.
04:19Alors, effectivement, la part du rappel des initiatives d'Emmanuel Macron
04:24est très importante dans le discours,
04:26mais j'ai envie de dire qu'aujourd'hui, finalement,
04:29où le poids de la France a nécessairement changé à l'échelle du monde,
04:33parce que le monde lui-même évolue
04:36et que nous avons d'anciens interlocuteurs
04:38avec lesquels la discussion est plus difficile,
04:40on voit bien que l'essentiel du rôle de la France,
04:43c'est d'initier, c'est-à-dire d'essayer de monter des coalitions,
04:47d'essayer de créer d'autres formes d'accords
04:51que celles qui sont organisées.
04:53Moi, ce qui m'a beaucoup frappée quand même,
04:55c'est que derrière le message ne rien céder,
04:57il y a aussi cette idée,
04:59et il l'a dit d'ailleurs à plusieurs reprises en jouant sur la formule,
05:03restons attachés à nos Nations Unies,
05:06tout à la fois à l'attachement à l'organisation,
05:08mais surtout l'attachement au projet.
05:09Mais ne rien céder à quoi alors, d'un mot ?
05:11Ne rien céder à la brutalité, à la violence,
05:14à ceux qui veulent faire passer le règne de la force
05:17à la place du règne du droit international.
05:20Il a d'ailleurs rappelé une définition du droit international
05:22en disant que le droit international n'a pas vocation à décrire la réalité,
05:26mais il a vocation à dire ce à quoi les États souverains
05:29acceptent de s'engager.
05:31C'est une définition parfaitement exacte,
05:33et peut-être, c'était une manière de dire de manière subliminale
05:37qu'il avait été un peu naïf au tout début.
05:41La bourde, alors la fameuse bourde,
05:44Gilles Finkelstein,
05:45je cite un extrait du discours d'Emmanuel Macron,
05:49regardez ce qui se passe en Cisjordanie,
05:51où chaque jour des violations sont commises,
05:54au nom de quoi le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie,
05:59a dit Emmanuel Macron.
06:00Alors, si le Hamas ne dirige pas la Cisjordanie,
06:02des miliciens de sa branche armée opèrent cependant dans la région
06:06depuis la création du mouvement à la fin des années 1980.
06:10Qu'est-ce que la bourde raconte d'abord, Gilles ?
06:12Et ensuite, au-delà, pourquoi n'a-t-on parlé que de ça ?
06:16Alors d'abord, dans quoi elle s'insère ?
06:18Ne rien céder, c'était aussi ne rien céder sur le double standard,
06:21et ne rien céder sur le double standard,
06:24aboutit, dans le discours d'Emmanuel Macron,
06:27à une critique vive de l'État d'Israël,
06:31non seulement à Gaza, non seulement en Cisjordanie,
06:34mais aussi au Liban et en Syrie.
06:39Et il y a cette formule,
06:40le Hamas n'a jamais sévi en Cisjordanie.
06:44Alors, c'est évidemment une erreur lourde,
06:46pour la raison que vous avez évoquée, Quentin,
06:49le fait que le Hamas est en Cisjordanie,
06:51même s'il ne dirige pas la Cisjordanie,
06:54elle l'était plus encore dans le moment,
06:56puisque deux jours avant le discours d'Emmanuel Macron,
07:00un Israélien de 46 ans a été tué en Cisjordanie
07:05par un homme, semble-t-il, lié au Hamas,
07:08provoquant un émoi considérable en Israël.
07:11Donc, erreur lourde,
07:13erreur assez incompréhensible en réalité,
07:15parce qu'elle ne peut évidemment pas être volontaire.
07:19Et c'est difficilement de la méconnaissance,
07:21parce que s'il y a quelque chose que l'on peut reconnaître
07:23à Emmanuel Macron,
07:25c'est une maîtrise des dossiers,
07:26a fortiori,
07:27dix ans après son accession à la présidence de la République.
07:30Et donc, là aussi,
07:31quand on regarde le discours,
07:33et pas seulement quand on lit le texte,
07:34il y a un peu un péché de facilité.
07:36Ah, c'est ce que j'allais vous demander,
07:37parce que puisque vous avez fait ce travail de lecture du texte,
07:40est-ce que la phrase, elle y était dans le texte ?
07:42Ah, je n'ai pas eu le texte initial,
07:44j'ai eu le texte prononcé.
07:45D'accord.
07:48Mais, sans avoir eu le texte initial,
07:50elle n'y était évidemment pas.
07:52Et donc, c'est un discours dans lequel,
07:54à de nombreux moments,
07:55il s'échappe du texte,
07:57et en s'échappant du texte,
07:58eh bien, il y a ce risque,
08:00et ce risque, là, il est tombé dedans.
08:02Et enfin, c'est une erreur qui est dommageable,
08:04et elle est dommageable pour la réception du discours d'Emmanuel Macron.
08:08C'est ce que vous disiez, Quentin,
08:09c'est l'arbre qui cache la forêt.
08:11On a parlé beaucoup de ça,
08:13mais même parfois que de ça.
08:14Mais ça a été dommageable aussi pour le débat public en Israël,
08:19parce que ça a obligé les oppositions à Benjamin Netanyahou
08:23à critiquer le discours du président de la République
08:27et à se ranger derrière le Premier ministre israélien.
08:30Évidemment, le Premier ministre israélien,
08:31Benjamin Netanyahou,
08:32qui a lui-même qualifié les propos du président français,
08:35je cite,
08:36« d'absurdité grotesque ».
08:37Anne Levad, est-ce que vous avez la même analyse
08:40de cette bourde d'Emmanuel Macron ?
08:44Alors, absurdité grotesque,
08:45je ne suis pas dans la même position.
08:46Non, je parlais de la même analyse que Gilles, pardon.
08:50Votre langue est forchée.
08:53On est vraiment, oui, face à un cas,
08:58j'allais dire presque exemplaire,
09:00de disqualification d'ensemble
09:01à partir de quelque chose
09:03qui aurait dû n'être qu'un épiphénomène.
09:07Peut-être aussi, faut-il y voir le goût
09:11qu'a Emmanuel Macron pour les termes,
09:13parce que sévir n'est pas nécessairement non plus
09:16le verbe le plus usuellement utilisé.
09:19Toujours est-il que, vraisemblablement,
09:20effectivement, il s'est laissé emporter par sa parole.
09:23Et comme l'a rappelé Gilles,
09:25quand on regarde le texte du discours,
09:27comme traditionnellement,
09:29on seul le prononcer fait foi,
09:31effectivement, le texte que l'on a,
09:32c'est le verbatim de ce qui a été dit.
09:34Donc, impossible de savoir
09:35ce qui était ou n'était pas
09:36dans le discours en tant que tel.
09:41Après, évidemment que c'est une erreur.
09:43D'ailleurs, en témoigne le fait
09:44que l'Elysée a immédiatement communiqué
09:46sur le fait, en mode explication de texte,
09:49que ça n'était naturellement pas
09:50ce que le président Macron avait voulu dire.
09:52Donc, chacun a bien vu,
09:54indépendamment même de l'emballement médiatique
09:56qui a duré un peu plus longtemps.
09:59Et, en réalité, ce qui est vraiment dommage,
10:03me semble-t-il,
10:03c'est que ça a complètement écrasé
10:06la discussion éventuelle
10:07sur, justement, cette question du double standard.
10:10Parce que cette question du double standard,
10:11et là, je déconnecte...
10:12Rappelez-la d'un mot.
10:15En réalité, le message
10:16qu'a, je crois, voulu faire passer Emmanuel Macron,
10:18c'est l'idée que les Nations Unies
10:21ne peuvent avoir de sens et d'avenir
10:24qu'à la condition, justement,
10:25qu'il y ait une véritable unité.
10:27Et donc, il s'est battu, en quelque sorte,
10:29dans son discours,
10:30ou du moins, c'était son intention,
10:31contre les ruptures.
10:32La rupture nord-sud,
10:34mais aussi, le reproche qui est couramment fait,
10:37en particulier aux États occidentaux,
10:39et notamment à l'Europe,
10:40de ne pas avoir le même discours,
10:44et donc la même appréciation,
10:46selon la partie du globe
10:47où se déroulent les événements,
10:48et pour le dire clairement,
10:50d'avoir la main et le verbe
10:53beaucoup plus ferme sur la situation ukrainienne
10:55que sur ce qui se passe au Moyen-Orient.
10:57Et donc, cette idée du double standard...
10:59Et à Gaza en particulier.
11:00Et à Gaza en particulier.
11:01Et cette idée du double standard,
11:03elle se voulait du renoncement
11:05au double standard,
11:06en disant qu'il ne faut pas céder
11:07à cette facilité,
11:09se voulait clairement réconciliatrice,
11:11et en réalité, effectivement,
11:13la bourbe, comme vous l'avez dit,
11:14a l'effet inverse.
11:15Je vous propose de refermer ce débat
11:18pour en ouvrir un autre.
11:19Il y a une montée de l'antisémitisme
11:21qui est très inquiétante.
11:23Et cette montée de l'antisémitisme,
11:24elle n'est pas due à Israël,
11:25elle est due aux actuels dirigeants d'Israël.
11:29Mais c'est très difficile, en effet,
11:31pour eux de dire,
11:32de dénoncer ce que font les dirigeants d'Israël,
11:36parce qu'avec cette théorie de se dire
11:37« mais si on commence à les critiquer,
11:39on va nous affaiblir ».
11:40Moi, je crois qu'au contraire,
11:42il faudrait plus de voix israéliennes et juives
11:45pour dire que ce qui se passe
11:47est absolument intolérable.
11:49Parce que c'est ça aussi
11:50qui va freiner la montée de l'antisémitisme.
11:53C'était cette semaine Ségolène Royal sur LCI
11:55pendant le premier débat télévisé
11:56entre les candidats de la primaire à gauche.
11:59Des propos qui ont fait bondir, évidemment,
12:00Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj.
12:02Ce qui nous intéresse, là,
12:03c'est vraiment le cas de Ségolène Royal.
12:05Anne Levade, qu'est-ce qui raconte, en fait,
12:07de la campagne de la gauche et des primaires,
12:09le cas Ségolène Royal ?
12:11Alors, d'abord, commençons par une évidence,
12:14un retour, quand bien même,
12:17elle n'a jamais cessé d'exister
12:19d'une manière ou d'une autre.
12:20On a presque du mal à se mettre en tête
12:24que, finalement, le deuxième tour
12:25de l'élection présidentielle
12:27où elle était présente a 20 ans.
12:28Oui, 2007.
12:29Ça nous semble, finalement, extrêmement proche
12:32puisque, tout en se mettant en retrait,
12:34elle n'a jamais véritablement quitté,
12:37en quelque sorte, le rôle qu'elle avait souhaité incarner.
12:41La deuxième chose...
12:42Elle a eu, tout de même, pardonnez-moi,
12:43une présence bien moins publique
12:45durant une dizaine d'années
12:48lorsqu'elle était, par exemple,
12:49ambassadrice des pôles.
12:50C'est un poste moins exposé,
12:51si je puis dire, que candidat à la présidentielle.
12:53Alors, elle a toujours, je trouve,
12:55sur les 20 dernières années,
12:56quand même eu une position très particulière
12:58puisqu'elle était à la fois
12:59en et en dehors de la politique.
13:01Et donc, elle a joué sur ces deux terrains,
13:04mais en tout cas, avec quand même
13:05une présence médiatique
13:06qu'assez régulièrement,
13:08elle veillait à réinstaller dans le paysage.
13:11Et moi, ça me frappe d'autant plus
13:14qu'à 90%,
13:16j'ai trouvé que la Ségolène Royale
13:19qu'on a vue lors du débat
13:20est la même que celle de 2007.
13:23C'est-à-dire que, alors que...
13:24C'est quoi les 10% de différence ?
13:27Peut-être, justement,
13:28même si elle a ce petit côté provocateur et fracassant,
13:32c'est peut-être, justement,
13:32l'extrait que vous avez présenté.
13:34Mais en tout cas, tout ce qu'elle a pu dire
13:37sur le retour de son idée de l'ordre juste,
13:41cet équilibre entre l'ordre et une dimension sociale,
13:45c'est quand même ce qu'elle souhaitait incarner,
13:48avec quand même un élément supplémentaire
13:50qui est la carte, j'allais dire,
13:53à la fois de la légitimité du parti,
13:55ça, c'était très net dans son discours,
13:58expliquant et reprochant notamment
14:00à certains de ses concurrents
14:03de vouloir se substituer,
14:05notamment Raphaël Glucksmann,
14:06au choix que devrait faire le parti,
14:08notamment dans le cadre d'une alliance
14:10avec LFI.
14:11Et puis la deuxième chose,
14:13c'est qu'elle a joué à la carte de l'expérience.
14:15Vous avez retrouvé, Gilles,
14:17en écoutant le débat de la primaire socialiste,
14:20vous avez retrouvé la Ségolène royale de 2007
14:24très très largement,
14:24vous êtes remonté 20 ans en arrière ?
14:27C'est bien, ça m'a réveuni.
14:30Écoutez, j'ai trouvé que d'abord,
14:31c'était un bon débat,
14:33c'était intéressant,
14:35c'était courtois,
14:36on voyait les différences
14:38et beaucoup de convergences
14:39pendant toute la partie de fond,
14:41ça s'est animé, fortement animé,
14:43dans la dernière demi-heure
14:44sur la question des alliances,
14:45mais on est passé du débat...
14:47Du rapport à la France insoumise notamment.
14:48Du débat sur les primaires
14:50au débat des primaires
14:52et ça, c'était bien.
14:53Ce que dit, je crois,
14:57cette focalisation sur Ségolène royale,
14:59d'abord, ça dit des choses
15:00sur les médias et sur l'opinion.
15:03La recherche de personnages
15:06dans les primaires,
15:07dans la campagne
15:08et la recherche de l'événement,
15:10c'est-à-dire qu'il se passe quelque chose
15:11et avec Ségolène royale,
15:12on a un personnage
15:14et on a un événement.
15:16Après, votre question, en fait,
15:18oblige à faire un pari
15:19sur l'avenir et sur les résultats
15:21de ces primaires.
15:22Et en réalité, je crois
15:23qu'il y a deux scénarios.
15:25La première hypothèse,
15:26c'est que cette focalisation
15:28sur Ségolène royale
15:29dit beaucoup
15:30parce que c'est un phénomène
15:32et qu'on va avoir,
15:33qu'on a un surgissement
15:35ou un resurgissement.
15:37Quel va se qualifier ?
15:39Quel va gagner ?
15:39Comme en 2007,
15:42victoire au premier tour
15:44avec 60%.
15:46C'est la première hypothèse
15:48où les Français
15:50sont sensibles
15:50à ce que disait Anne Levade,
15:51le fait qu'elle soit
15:52en et en dehors
15:53de la politique,
15:56à un caractère
15:57et qu'elle aura réussi,
15:59ce qui n'est pas évident,
16:00à être l'incarnation
16:01de la perspective
16:03ou du mythe
16:03de l'unité de la gauche
16:05en lieu et place
16:06d'Olivier Faure.
16:06Et puis, il y a quand même
16:07une deuxième hypothèse.
16:09C'est que Ségolène royale
16:11qui dit que, en fait,
16:12cette focalisation
16:13ne dit pas grand-chose
16:14de la primaire
16:15et de la gauche.
16:15Ça, c'est entre, Gilles,
16:17la critique que vous
16:18adressez aux médias.
16:19On se focaliserait
16:20sur un faux phénomène.
16:22Eh bien, peut-être.
16:23Donc, ce n'est pas un phénomène
16:24mais que c'est un épiphénomène.
16:27C'est le scénario
16:28de l'élimination
16:29et de la marginalisation.
16:31Il ne faut pas oublier
16:32que Ségolène royale
16:33s'est présentée à nouveau
16:34aux primaires en 2012
16:37et qu'elle a fait 6% des voix
16:39terminant en quatrième position.
16:42Et dans ce scénario-là,
16:44par rapport à ce que disait
16:45y compris Anne Levad,
16:47une des difficultés,
16:48c'est qu'elle se place
16:49en gardienne du temple socialiste
16:52alors qu'elle a eu un parcours
16:54pour le moins chaotique
16:55depuis dix ans
16:57où elle a été à la fois
16:59la plus macroniste
17:00et la plus mélenchoniste
17:01des candidats.
17:03La plus macroniste
17:04parce que, de manière explicite
17:06ou implicite,
17:07elle a soutenu Emmanuel Macron
17:08dès le premier tour
17:09de la présidentielle,
17:11qu'aux élections législatives
17:12qui ont suivi
17:13contre une candidate socialiste,
17:15elle a appelé à voter
17:16pour une candidate
17:17de La République En Marche,
17:18contre Raphaël Glucksmann
17:20et le Parti socialiste
17:21en 2019
17:22aux élections européennes.
17:23Elle s'est affichée
17:25aux côtés de Nathalie Loiseau,
17:26candidate de La République En Marche,
17:28et elle a été
17:28ambassadrice des pôles
17:30après ça.
17:31Et puis, d'un autre côté,
17:32elle a été
17:33la plus mélenchoniste
17:34appelant,
17:34et ça a été un moment
17:35très important
17:36dans la bascule de 2022,
17:38appelant au vote utile
17:39en faveur de Jean-Luc Mélenchon.
17:41Donc, ça, c'est quand même
17:42un élément de complication.
17:44Et puis, je termine d'un mot,
17:45le goût,
17:46on a un sentiment
17:46de répétition
17:47de la campagne de 2007.
17:49Le slogan,
17:50non seulement le slogan
17:52« L'ordre juste »
17:53et même
17:54des campagnes précédentes
17:56« La France tranquille »,
17:56c'est le condensé
17:57de 1980 et 1988.
18:00ça nous ramène quand même,
18:01là, ça m'rajeunit beaucoup.
18:03Pour rebondir,
18:04Anne Levatte,
18:04sur la dernière remarque
18:06de Gilles,
18:06ce ressurgissement
18:08de Stéglone Royal,
18:09est-ce que ce n'est pas aussi
18:10notre incapacité collective,
18:13l'incapacité du système
18:14politique français
18:15à faire émerger
18:16de nouveaux talents ?
18:19Alors, d'abord,
18:20elle n'est pas seule
18:21candidate à cette primaire,
18:22je le fais observer.
18:24J'ajoute qu'il me semble
18:25qu'il y a quand même
18:26eu un renouvellement
18:27de la classe politique
18:28assez considérable,
18:29ces dix dernières années.
18:31Et d'ailleurs,
18:31c'est peut-être un facteur
18:32de ressurgissement
18:33de Stéglone Royal,
18:34puisque d'une certaine manière,
18:36elle nous dit
18:37« Vous voyez,
18:38tout le monde a essayé
18:39une nouvelle génération,
18:40mais finalement,
18:42la génération classique
18:43peut aussi avoir du bon
18:44et j'ai plein de qualités. »
18:46parmi les présidents siables,
18:48il y a tout de même
18:48peu de vrais,
18:49vrais nouveaux visages.
18:51Alors, moi,
18:52je n'ai pas...
18:53Dans la primaire,
18:54il n'y a que des nouveaux visages.
18:55Je parle vraiment
18:56de l'échiquier politique
18:57dans son ensemble.
18:57Vous avez raison,
18:58Jean-Luc Mélenchon
18:59et Marine Le Pen
18:59sont alors
19:00troisième ou quatrième
19:01candidat.
19:01Nous sommes d'accord.
19:03Mais en même temps,
19:04les autres qui aspirent
19:06à la fonction
19:07ne sont pas non plus
19:08des visages qui,
19:09au moment où
19:10Ségolène Royal
19:11est candidate en 2007,
19:12ont la visibilité
19:13qu'ils ont aujourd'hui.
19:14Donc, je pense que
19:15le renouvellement,
19:15il est réel.
19:16La vraie interrogation,
19:17c'est quand même
19:17qui va aller voter
19:18à cette primaire ?
19:19C'est ça.
19:20Parce qu'on utilise
19:21le mot primaire
19:22pour qualifier
19:23toutes ces opérations
19:24successives
19:25de sélection des candidats.
19:26Là, on est encore
19:27face à une primaire atypique
19:28puisque électronique,
19:30adhérent du parti,
19:31ça, c'est logique,
19:32mais sympathisant.
19:34Et donc,
19:34la question est de savoir
19:35s'il va y avoir
19:36une forte participation
19:37de sympathisants ou pas.
19:39Je pense qu'on reviendra
19:40sur ces primaires
19:41de la gauche,
19:42évidemment,
19:42tout au long de la saison.
19:43Enfin, en tout cas,
19:44pour les prochaines semaines.
19:45Merci pour ces deux débats.
19:46Pour finir,
19:47est-ce que vous avez repéré
19:48une info dans l'actualité
19:49qui vous a fait réagir
19:50ou que vous souhaitez
19:51nous partager,
19:52Gilles Fickenstein ?
19:53Oui, comme on a une actualité
19:54qui n'est pas la plus réjouissante,
19:56j'ai essayé
19:56de trouver quelque chose
19:58de positif.
19:59Et c'est l'espérance de vie
20:00en bonne santé.
20:01On se souvient que
20:02c'était un sujet de débat
20:03très fort pendant les retraites.
20:04On sait que
20:05l'espérance de vie
20:06en bonne santé,
20:07c'est aux alentours
20:07de 64-65 ans
20:09pour les femmes,
20:10très loin
20:11de l'espérance de vie globale
20:13et qu'elle augmente
20:14moins vite
20:15que l'espérance de vie globale.
20:17Or,
20:18l'Institut Montaigne
20:18a publié cette semaine
20:20un rapport
20:20dans lequel
20:21il montre
20:22qu'il est possible
20:23d'agir
20:24et que d'autres pays
20:25font mieux
20:25qu'on peut se fixer
20:26des objectifs.
20:28Par exemple,
20:29l'Australie,
20:29deux ans
20:30d'espérance de vie
20:32en bonne santé
20:33et de plus
20:33d'ici 2030.
20:35Eh bien,
20:35voilà,
20:36je trouve un bon sujet
20:37pour les candidats
20:38aux primaires
20:39et à l'élection présidentielle.
20:40On va alors surgir l'idée.
20:42Ça laisse plein d'espérance
20:43pour les candidats à venir.
20:45Merci Gilles.
20:45Et vous, Anne Levade,
20:46est-ce que vous avez
20:46repéré quelque chose ?
20:48j'ai des trucs classiques
20:48parce que je suis professeur
20:49de droit quand même
20:49donc on ne se refait pas
20:50et alors,
20:51pour moi,
20:51ce n'est pas complètement
20:52une bonne nouvelle
20:53c'est qu'en fait,
20:54cette année encore,
20:55puisque tous les trois ans
20:55je fais le même constat,
20:57je suis obligée de constater
20:57qu'on parle finalement
20:59peu des sénatoriales
21:00qui vont avoir lieu demain
21:01et qui,
21:02une fois encore,
21:03vont intervenir un an
21:04avant une présidentielle.
21:06Ça n'est donc pas
21:06un événement complètement neutre
21:08mais sans doute
21:09le mois de septembre
21:09n'est pas le bon mois
21:10pour faire des élections
21:12puisque chaque fois,
21:13en plus du fait,
21:14bien sûr,
21:14que ce sont des grands électeurs
21:15qui votent,
21:16c'est quand même
21:17une information
21:17qui est peu analysée.
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