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  • il y a 3 heures
Fabrice Giovanazzi, professeur au lycée Estienne d'Orves à Nice, Représentant SNES

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00:00Il est 7h46, c'est grève aujourd'hui on vous l'a dit, mais la contestation elle a déjà commencé
00:05dans plusieurs lycées.
00:07Dès hier, 10 établissements bloqués en tout chez nous, à Cannes, à Grasse, à Menton, Valbonne ou Nice,
00:13où la situation a parfois été très tendue au lycée d'Estienne d'Orve.
00:17Et pour prendre la température ce matin, un professeur de ce lycée, représentant du SNES, syndicat du second degré.
00:23Bonjour Fabrice Giovanna Di.
00:24Bonjour.
00:24Avant de revenir sur ce qu'il s'est passé hier, ce matin, savez-vous s'il y a de
00:28nouveaux blocages devant notamment votre lycée Estienne d'Orve ?
00:32Devant le lycée Estienne d'Orve ce matin il y a des élèves, pour l'instant l'accueil est encore
00:36possible apparemment,
00:38mais effectivement il y a encore du blocage et c'était prévu et ça se confirme.
00:43A l'appel de l'union syndicale des lycéens qui a appelé à bloquer à nouveau, que savez-vous actuellement
00:48de comment ça se passe devant vos grilles ?
00:52Non, je ne sais pas, parce que je ne peux pas être ici et là-bas en même temps, mais
00:56pour l'instant ça a l'air calme.
00:59Est-ce que les moyens de sécurité ont été renforcés après ce qui s'est passé hier, on va y
01:04revenir ?
01:05La police doit être présente, très probablement. De toute façon, dans l'établissement, les personnels sont mobilisés.
01:14Ce qui est important c'est que les élèves soient en sécurité. Voilà, c'est à ça qu'on s
01:19'attache.
01:20Hier, la proviseur de l'établissement et une surveillante ont été légèrement blessés après des débordements, des jets de projectiles.
01:27Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? Que savez-vous ?
01:31C'est-à-dire que quand vous avez une foule d'un millier d'élèves devant le lycée, il y
01:35en a un ou deux qui peuvent déraper.
01:38Donc il y en a un qui a lancé des projectiles lourds sur nos collègues, ce qui est scandaleux et
01:43inacceptable.
01:44Mais ce n'est pas du tout l'état d'esprit que l'on a observé chez les jeunes.
01:50Donc il faut à la fois condamner ces débordements et observer que l'essentiel de ces lycéens, ils sont plutôt
01:57rationnels, avec des revendications parfois confuses mais qui ont du sens.
02:02On va y revenir sur ces revendications.
02:03Est-ce que vous étiez au courant de cette mobilisation coordonnée au niveau national mais restée assez secrète finalement ?
02:11Secrète, non, parce que c'est diffusé sur les réseaux sociaux.
02:16Donc on avait entendu par nos enfants, par nos élèves, qu'il allait se passer quelque chose.
02:22Et il s'est passé quelque chose, on s'y attendait quand même.
02:25Il y avait près d'un millier d'élèves devant les grilles du lycée Estienne-Dor.
02:32Peut-être un peu plus, et dans les autres lycées pareil, on a vu les images à France, à Cannes
02:38-sur-Mer, et les revendications c'est un peu toujours les mêmes.
02:43Les menus à la cantine pas forcément adaptés, les horaires avec ces emplois du temps parfois à trous qui font
02:49des journées à rallonge,
02:51des absences répétées pour certains professeurs, vous comprenez, vous constatez aussi ce que revendiquent les élèves, les lycéens ?
02:59Absolument, parce que quand ils disent le 8-18, c'est-à-dire 8h-18h tous les jours, au fond
03:05qu'est-ce qu'ils disent ?
03:07À travers leur ressenti, ils mettent en cause la réforme Blanquer, c'est-à-dire celle qui a fait exploser
03:13les fonctionnements de l'établissement.
03:15Et donc ils ont effectivement des emplois du temps parfois, alors pas tous, mais parfois très très compliqués, avec des
03:21heures de trous très nombreuses,
03:22avec une présence très importante, ils rentrent chez eux très tard, ça se comprend.
03:26Et quand ils mettent en cause le fonctionnement des cantines ou le ménage, etc.,
03:33derrière il y a en fait ce que nous on revendique depuis des années aussi,
03:36c'est-à-dire que la région, elle sous-investit systématiquement dans les établissements scolaires,
03:42et en particulier dans les lycées, puisque c'est le département pour les collèges,
03:48et on manque de personnel, donc les attentes sont extrêmement longues,
03:52donc forcément, ça ne va pas.
03:56Quand un gamin qui a 50 ou 55 minutes pour manger doit faire 20 minutes de queue avant...
04:01Mais ce n'est pas nouveau ça, ça fait des années que ça existe.
04:03Est-ce que ça s'est empiré ?
04:05Absolument, ça s'aggrave, et la région prétend qu'elle a du mal à recruter, etc.
04:10Enfin bon, il faut qu'elle trouve les solutions.
04:13Je vous redis, ça fait des années que ça s'est sous-investi.
04:18À Destienne-Dor, par exemple, les enseignants et les personnels,
04:23ce n'est pas les élèves là, ils se sont mobilisés il y a deux ans,
04:26parce qu'il n'y avait pas de remplaçants, il manquait 14 personnels pour faire le ménage.
04:29L'année dernière encore, on a failli fermer la cantine,
04:32parce qu'on ne pouvait plus assurer les...
04:34Et donc, cette année, c'est pareil.
04:36Et c'est pareil dans tous les établissements de l'académie,
04:38que ce soit à l'Orgue, ou à Vence, ou à Nice.
04:42Il y a aussi l'interdiction du téléphone portable au sein de votre établissement,
04:45qui doit entrer en vigueur en janvier, notamment...
04:48Ça fait partie de...
04:49Alors, il y a des établissements qui ont déjà mis en œuvre cette interdiction.
04:54Comment vous vous positionnez, vous, au SNES, par rapport à ça ?
04:58Il y a un sujet sur le téléphone, effectivement, les enfants, ils passent beaucoup de temps
05:03pour quelque chose de pas rentable.
05:06Ça fragilise le lien social entre les élèves, et donc, il y aura un sujet à travailler.
05:11Ce qui pose problème, c'est la façon dont ça s'est fait,
05:13parce que c'est un diktat qui se fait sans moyens et sans préparation.
05:19Ça arrive d'un coup comme ça.
05:21Donc, dans notre établissement, on a plutôt choisi de prendre le temps de discuter
05:25et de réfléchir aux conditions dans lesquelles on allait le faire.
05:29Et puis, par ailleurs, c'est contradictoire aussi avec une institution
05:33qui leur demande de l'utiliser, quoi.
05:35Parce que si vous voulez regarder votre cahier de texte,
05:37si vous voulez prendre le téléphone, si vous voulez vous inscrire à la cantine,
05:39il faut prendre le téléphone, mais on vous l'interdit.
05:41Donc, il y a quelque chose qui est totalement incohérent,
05:43et il va falloir qu'on approfondisse la question.
05:47Hier, le Premier ministre parlait d'influence de l'extrême-gauche dans ses mobilisations.
05:52Est-ce que c'est quelque chose que vous constatez ou que vous contestez ce matin ?
05:58Honnêtement, parmi mes élèves, même l'USL, on ne la voit pas, en fait.
06:04C'est vraiment l'exaspération de jeunes qui ont des conditions très difficiles.
06:09Alors que telle ou telle organisation politique soutienne, ma foi, c'est leur rôle.
06:15Mais ce n'est pas ça qui fait qu'ils se sont mobilisés.
06:18En tout cas, la contestation des lycéens pourrait faire convergence avec cette grande journée de grève,
06:23aujourd'hui, avec notamment une manifestation 9h30 sur la place Garibaldi.
06:28Est-ce que vous encouragez, vous allez y participer, puisque c'est la défense des services publics,
06:32et notamment réclamer plus de moyens pour les enseignants.
06:35Est-ce que vous demandez, vous attendez à ce que ces lycéens viennent manifester à vos côtés ?
06:40Moi, je pense que les lycéens, ils sont grands.
06:43On inspire à ce qu'ils deviennent des citoyens de plein exercice,
06:46et ils décideront de ce qu'ils devront faire eux-mêmes.
06:50Effectivement, ils seraient bienvenus dans la manifestation s'ils décident d'y venir.
06:55Et sûrement, ils y seraient mieux que de continuer des débordements qui n'ont pas de sens,
07:01et qui les mettent en danger, eux, et qui mettent en danger leur mouvement aussi, d'ailleurs.
07:07Vous, qui êtes représentant de ce syndicat SNES, quelles sont les priorités aujourd'hui dans le milieu scolaire ?
07:12Qu'est-ce que vous allez réclamer tout à l'heure au sein de cette manifestation ?
07:16On va réclamer d'abord des salaires, des 100.
07:21Il y a un grand journal du soir qui publie aujourd'hui un article qui dit que les salaires des
07:26enseignants s'effondrent depuis 40 ans.
07:27S'effondrent. C'est quand même quelque chose de brutal.
07:31Là, on nous annonce une quatrième année de blocage des salaires, alors que l'inflation, elle est ce qu'elle
07:36est.
07:37Et puis, en fait, il faut investir dans l'école, parce qu'on nous parle de dette, mais l'école,
07:42c'est un investissement.
07:43Le recteur dit qu'il n'y a que 40 postes pas pourvus dans l'académie, mais elle s'est
07:49rentrée.
07:49Mais on est à quatre semaines après la rentrée.
07:51Un prof, c'est 150 élèves devant lui dans la semaine.
07:54Ça veut dire 6 000 gamins sans prof.
07:56Ce n'est pas normal, à quatre semaines de la rentrée.
07:58Et quand il y aura une épidémie, au moins de virus qui va passer, là, ça va se multiplier.
08:02Donc, il faut créer les conditions de retrouver de l'attractivité pour les métiers enseignants
08:09et arrêter les politiques qu'on voit depuis que Macron est au pouvoir et même avant.
08:15On n'a jamais eu des politiques aussi négatives pour la jeunesse.
08:21On la brutalise.
08:22Et en brutalisant les enseignants, en réduisant l'attractivité des métiers, on brutalise aussi les jeunes.
08:28Tous les services publics sont au cœur de cette journée de grève.
08:31Pour parler du côté enseignant, 40% de grévistes, c'est aussi le chiffre que vous avez ?
08:35Alors, ça, ce n'est pas un chiffre pour le premier degré.
08:38Là, il y a des conditions de déclaration qui font qu'ils ont des chiffres.
08:42Nous, on peut très difficilement faire ça, puisque les gens peuvent se décider dans un sens ou dans l'autre
08:47jusqu'au dernier moment.
08:48Mais on pense que ça va quand même être relativement suivi, oui.
08:51Et on rappelle ce rendez-vous, 9h30 ce matin sur la place Garibaldi pour cette grande manifestation.
08:56Le cortège qui défilera ensuite jusqu'au quartier Libération en fin de matinée.
09:01Merci à vous Fabrice Giovannazzi.
09:03Merci beaucoup.
09:03Enseignant donc dans ce lycée Estiendorf.
09:05Et vous nous avez annoncé tout à l'heure qu'un nouveau blocage était en train de se préparer devant
09:09votre établissement.

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