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  • il y a 20 minutes
La France importe plus d’un milliard d’euros de fleurs et de plantes ornementales chaque année, alors que la production française recule depuis plusieurs décennies. Face à cette dépendance aux importations, des producteurs cherchent à relancer une filière française et à rapprocher producteurs et consommateurs. Décryptage avec Matthieu Velé, cofondateur de Qui fait pousser et dirigeant d’Ernest Turc, au micro de Sibylle Aoudjhane dans SMART ÉCO.

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Transcription
00:03Quand vous achetez une plante en France, il y a de très fortes chances qu'elle provienne de l'étranger.
00:09En 2025, la France a importé plus d'un milliard d'euros de fleurs et plantes ornementales,
00:15contre seulement 85 millions d'euros d'exportation.
00:18Alors, en 40 ans, le nombre d'horticulteurs et de pépiniéristes français s'est considérablement réduit au fil des années.
00:25Alors, comment redonner de la place à la production française ?
00:30Et les consommateurs sont-ils prêts à privilégier des végétaux cultivés près de chez eux ?
00:34C'est l'ambition de Qui Fait Pousser, une nouvelle plateforme de vente directe qui réunit plusieurs producteurs français.
00:41Pour en parler, je suis ravie d'accueillir en visio Mathieu Velay. Bonjour.
00:46Bonjour.
00:47Alors, vous êtes cofondateur de Qui Fait Pousser, dirigeant également d'Ernest Turc,
00:51une entreprise familiale spécialisée dans les bulbes à fleurs et les graines depuis plus d'un siècle.
00:57Merci beaucoup d'être avec nous. Cette entreprise a été créée en 1912.
01:01Pourquoi est-ce que vous avez ressenti le besoin aujourd'hui de vous fédérer avec d'autres horticulteurs
01:08pour réaliser Qui Fait Pousser ?
01:14Le constat, en fait, vous l'avez dit, depuis que je suis né, j'ai 42 ans.
01:18Depuis que je suis né, on a divisé par 6 le nombre d'horticulteurs.
01:21Et par exemple, sur la production de bulbes à fleurs en France,
01:24moi, je suis le dernier producteur de bulbes à fleurs en France.
01:27Ça veut dire que si je laisse tomber ou si pour une raison x, y, z, il se passe quelque
01:32chose,
01:33il n'y a plus de production, par exemple, de jonquilles en France.
01:36C'est un sujet. Et en fait, on s'est dit, ça serait quand même dommage, par exemple,
01:41de ne plus produire des jonquilles en France pour le marché français.
01:44Et en fait, on s'est dit, allez, on se fédère, on se met à plusieurs
01:47pour répondre aux besoins du client final et du jardinier.
01:51Vraiment, c'est de recréer ce lien entre le jardinier et le producteur.
01:57Cette disparition progressive dont vous parlez, elle est due à quoi depuis ces 40 dernières années ?
02:03Alors, elle est multifactorielle. Clairement, on est dans une filière de l'agriculture au sens large,
02:10en fait, qui est de plus en plus mondialisée.
02:13On sent que, bien sûr, que ce soit sur les poissons pour la pêche
02:20ou les arbres et les fleurs dans l'horticulture, c'est les mêmes sujets.
02:23En fait, on fait souvent venir de plus en plus loin ce que l'on consomme.
02:28Et du coup, le constat, il est sans appel. Il fallait qu'on ait une réponse forte à ça.
02:33Et qui fait pousser.fr, c'est notre réponse à notre échelle, mais en tout cas, une réponse très structurée,
02:39on l'espère.
02:39Vous, si vous avez tenu à peu près un siècle, plus d'un siècle même, qu'est-ce qui vous
02:44a permis de tenir ?
02:48En tout cas, oui, on a été créé par mon arrière-grand-père il y a 114 ans.
02:52Clairement, en tout cas, on voit la résilience des entreprises familiales.
02:55Là, les quatre entrepreneurs, on se met, on n'est que des entreprises familiales.
03:00Et en tout cas, c'est un vrai sujet.
03:01C'est qu'en fait, on voit que les entreprises familiales ont souvent cette résilience et cette vision sur le
03:06temps long.
03:07qui fait que, oui, au bout de 114 ans, on est encore là à produire et heureusement à produire en
03:14France.
03:15Vous avez parlé de cette production qui est importée et en plus de plus en plus loin.
03:20Qu'est-ce qui ne permet pas de rivaliser quand on est en France ?
03:24Est-ce que c'est seulement une question d'offre, tout simplement ?
03:27On ne peut pas forcément tout produire sur notre territoire ?
03:32Alors, on a la chance d'avoir une offre qui est géniale.
03:35Vraiment, l'offre des horticulteurs français, elle est très, très diversifiée.
03:38En ce moment, on pourrait tout produire ?
03:40Franchement, on produit énormément de choses et on produit très bien avec des pépiniéristes et des horticulteurs de qualité.
03:48Et en fait, chaque horticulteur en France a souvent une grande diversité d'offres.
03:53Moi, par exemple, je produis 500 variétés différentes, ce qui est énorme.
03:56C'est vrai que les producteurs dans le reste du monde, souvent, produiraient un petit peu moins de variétés
04:01et seraient beaucoup plus monospécialistes.
04:04Nous, en France, on a de la chance d'avoir des entreprises de production qui produisent une grande, grande diversité.
04:11Mais parfois, c'est un frein.
04:13Ça veut dire qu'en fait, on est moins spécialisé.
04:14Si on est moins spécialisé, ça veut dire qu'en fait, on a une répartition de nos coûts.
04:20Et on sait qu'il y a des sujets, les charges sociales en France ne sont pas les mêmes.
04:25Nous, par exemple, sur nos sujets des arbres et de la fleur, on sait que la concurrence hollandaise, elle est
04:30très, très, très forte.
04:32Et par exemple, on sait que nos niveaux de charges sociales ne sont pas les mêmes.
04:36Il y a plein de raisons.
04:37Mais en tout cas, la raison de l'offre, on peut être très fier en France d'avoir une offre
04:42qui est très belle, avec une grande diversité.
04:45Et en fait, dans qui fait pousser.fr, ce qu'on a essayé de valoriser, c'est ça.
04:48C'est cette beauté de l'offre et cette émotion de la fleur et de l'arbre.
04:52Et de se dire qu'en fait, le proposer à des jardiniers français, par des producteurs français, ça a du
05:00sens.
05:00Parce que cette offre, elle est là.
05:02Et par contre, est-ce que dans 10 ans, dans 20 ans, dans 30 ans, si on continue comme ça,
05:05est-ce que cette offre, elle sera encore là ?
05:07En tout cas, c'est un risque qu'on n'a pas envie de prendre.
05:09Du coup, on a envie d'essayer de se lancer dans cette aventure qui fait pousser.
05:13Et donc, la difficulté, c'est au niveau de la compétitivité des prix qui est due au coût tout simplement
05:19de la main-d'œuvre
05:21et puis à tout l'écosystème français, le droit du travail français qu'on connaît ?
05:26En tout cas, bien sûr que oui, le coût de la main-d'œuvre, il est très fort dans l
05:30'horticulture.
05:31C'est un gros employeur.
05:32Si vous avez des horticulteurs à côté de chez vous, ça demande beaucoup d'énergie humaine de rempoter des plantes,
05:39de tutorer, de faire tous les gestes de l'horticulture.
05:43Et on sait que sur les coûts de main-d'œuvre, on n'est pas les meilleurs.
05:46Et aussi, en tout cas, la Hollande, historiquement, a fait un très, très bon travail de structuration logistique.
05:53Et en fait, une grosse partie des flux logistiques, en arbre, en fleurs, en fleurs coupées, etc.,
06:00partent de la Hollande et partent moins, par exemple, d'Angers.
06:03Et voilà ce qu'on a essayé de créer avec KifetPoussé.fr, c'est un peu plus de décentralisation
06:08et essayer de se dire que même si on n'est pas dans la banane bleue,
06:13cet axe entre Londres, Amsterdam et Milan,
06:17même en étant à Angers ou en Mayenne ou à Orléans,
06:23même si on est parfois un peu loin des grands axes,
06:25en fait, on va réussir à produire une offre de qualité et surtout à la distribuer.
06:30Oui, justement.
06:31Alors, cette plateforme KifetPoussé,
06:36grâce au fait que ce soit directement du producteur au consommateur,
06:39est-ce que c'est des frais logistiques qui ne sont pas additionnés au prix
06:44et donc vous permettent d'être un peu plus compétitifs ?
06:48Oui, tout à fait.
06:49Et en fait, le but, c'est vraiment d'essayer de se dire que la plante,
06:51il faut qu'elle fasse un seul trajet,
06:53et c'est qu'elle fasse le trajet vers le consommateur et le jardinier.
06:57Et du coup, bien sûr, qu'on ne superpose pas des frais logistiques.
07:00Et du coup, on est plus compétitifs grâce à ça.
07:04Et c'est ça qui permet, en fait, une de nos promesses
07:07et sur laquelle on travaille beaucoup,
07:08c'est la valorisation du travail du producteur.
07:11Quand on se dit qu'on a divisé par 6 le nombre de producteurs,
07:14bien sûr que ça veut dire qu'aussi,
07:15on a un problème de valorisation du travail du producteur.
07:19Et en fait, l'idée, c'est d'essayer de se dire
07:20comment est-ce qu'on s'assure que le producteur est bien rémunéré,
07:25en tout cas, cette plateforme et cette marque KifetPoussé.
07:28Elle est basée vraiment sur cette juste rémunération du producteur.
07:32Est-ce que vous savez si le consommateur est prêt à payer ?
07:36Parce que c'est vrai qu'il y a eu beaucoup d'analyses
07:38de ce « made in France », du consommateur qui souhaite toujours acheter français.
07:44Mais derrière, c'est vrai que le facteur prix,
07:46c'est quand même la première chose qui l'empêche d'acheter français.
07:49Est-ce que vous savez si, peut-être au niveau de l'horticulture,
07:52il y a un investissement plus fort du côté des consommateurs ?
07:55Alors, en tout cas, nos prix sont vraiment assez similaires
08:00à ce que vous trouveriez ailleurs sur le marché,
08:03sauf que nos prix permettent de vraiment bien rémunérer le producteur.
08:08Et ça, c'est notre chance.
08:09En tout cas, le « made in France », dans ce cas-là,
08:11quand le « made in France » est en direct,
08:13le « made in France », il n'est pas plus cher.
08:15Et ça, c'est vraiment un sujet.
08:17C'est qu'en fait, on essaie de s'assurer qu'on ne superpose pas des coûts logistiques,
08:23qu'on ne superpose pas des coûts marketing, des coûts commerciaux.
08:26Là, il n'y a pas de marketing, il n'y a pas de commerce.
08:28Le but, c'est le jardinier et le producteur qui se retrouvent sur cette plateforme.
08:33En termes logistiques, est-ce que c'est compliqué ?
08:37Vous allez pouvoir livrer toute la France.
08:40Comment ça se passe pour des produits comme ça,
08:42qui doivent être transportés avec la plus grande attention ?
08:48Alors, c'est sûr qu'en fait, on a des commandes qui sont avec une diversité de plantes géniales.
08:53Et on a toute une diversité qui s'offre avec des sujets qui sont quand même assez grands.
08:59Et en fait, on est sur du produit frais.
09:01C'est vrai qu'une plante, on veut qu'elle arrive en bonne forme chez le client.
09:05Bien sûr que la logistique, c'est un sujet qui n'est pas évident.
09:08Mais en fait, nos entreprises, elles ont cette capacité-là et cette connaissance-là.
09:14Moi, mon entreprise, ça fait 114 ans qu'elle fait ces métiers-là de la production et aussi de la
09:20distribution.
09:21Du coup, on a un peu d'expérience pour s'assurer que la plante arrive fraîche et en bonne forme
09:28chez le client final et chez le particulier.
09:30Comment évolue le comportement d'achat aujourd'hui ?
09:33C'est vrai qu'il y a beaucoup de tensions sur le pouvoir d'achat.
09:35On en parle très régulièrement.
09:37Est-ce que vous le ressentez sur cet achat qui est peut-être moins prioritaire ?
09:42Alors, c'est sûr que l'achat jardin, il est hyper challengé.
09:46Bien sûr, est-ce que c'est la priorité du moment quand déjà on sait que c'est difficile de
09:53payer son plein d'essence ?
09:55Pour autant, les gens ont tendance, en période de crise, à se recentrer sur la maison, sur leur jardin, chez
10:03eux.
10:04Et on sent qu'il y a de la résilience dans l'achat jardin pour autant.
10:11On a passé un été qui était quand même très rude, mais pour autant, l'achat pour le potager, en
10:18fait, on se dit qu'on a aussi besoin de plus d'arbres.
10:21Du coup, on a besoin aussi de plus de plantes grimpantes.
10:24On a besoin de solutions à ce réchauffement climatique et le jardin sera une grosse partie de la solution.
10:30C'est pareil pour les cours d'école.
10:31On a besoin de végétaliser les cours d'école.
10:33Enfin, le végétal, il fait partie de la solution.
10:37Par contre, le pouvoir d'achat est challengé.
10:39Du coup, c'est vrai que c'est des histoires d'allocation de pouvoir d'achat.
10:43Mais on sent que le consommateur, il a envie de jardin.
10:47Est-ce que vous, vous allez vous adresser principalement à des particuliers ?
10:51Ou parce que vous parlez cours d'école, etc.
10:53Est-ce qu'il va y avoir d'autres manières de commander auprès de vous ?
10:57D'autres acteurs ?
10:57En tout cas, là, sur quifaitpousser.fr, on s'adresse aux particuliers.
11:01Et nous, nos entreprises, par exemple, moi, je vends des bulbes à fleurs aux collectivités, aux écoles, etc.
11:10Et ça, on sait que nos produits, ils sont la réponse au changement climatique.
11:16Et on sait que, que ce soit le particulier ou les collectivités, ou en tout cas la société dans son
11:23entier,
11:24elle a envie de plus de végétal.
11:25Et en fait, nous, ce qu'on essaie de structurer avec qui fait pousser,
11:28c'est une réponse d'abord pour les particuliers, mais ensuite à différents marchés.
11:33Vous avez parlé justement de ce changement climatique.
11:35Comment est-ce que vous avez vécu cet été particulièrement chaud ?
11:40Est-ce que, justement, dans les années à venir, vous allez devoir changer quelques éléments pour pouvoir perdurer ?
11:48C'est une énorme question.
11:49Le changement climatique, il rebat les cartes.
11:52Il nous force à changer ce qu'on appelle notre palette végétale.
11:56Notre palette végétale, elle va beaucoup plus vers des végétaux méditerranéens,
12:01des végétaux qui sont très résistants à la sécheresse.
12:05Ça, c'est quelque chose qui nous prend du temps.
12:07Mais en tout cas, la force d'un site comme kiffépousser.fr, c'est d'avoir cette diversité.
12:14Et en fait, dans cette diversité, il y a vraiment une très, très grande part de réponses
12:19avec des végétaux qui sont avec peu d'entretien, avec un résultat facile.
12:24Ce qu'on veut, c'est aussi essayer de convaincre le jeune consommateur
12:27ou en tout cas celui qui a moins d'expérience au jardin
12:31et de lui dire, même s'il fait très chaud et très sec,
12:36tente telle espèce, tente de produire ça dans ton jardin
12:40et ça te fera plus d'ombre et ça répondra aux défis qu'on a.
12:44Mais en tout cas, les défis sont énormes.
12:46Et nous, en tout cas, notre but, c'est...
12:48Là, sur notre site Internet, on a plus de 10 000 références.
12:53Le but, c'est que, année après année, une partie de ces 10 000
12:57soient de plus en plus ses réponses aux défis qu'on a.
13:01Mais si vous allez sur qui fait pousser,
13:02il y a une grosse partie qui répond déjà à ce challenge-là.
13:05Merci beaucoup, Mathieu Vellet.
13:06Je rappelle que vous êtes donc le cofondateur de Qui fait pousser,
13:09dont le site vient d'ouvrir il y a quelques jours.
13:12Merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis.
13:14C'était Smartéco.
13:23Sous-titrage Société Radio-Canada
13:25...

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