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Face à la concurrence chinoise et américaine, l'Europe cherche à renforcer sa souveraineté industrielle. Droits de douane sur les petits colis importés, préférence européenne dans les marchés publics, projet d'Industrial Accelerator Act… Les initiatives se multiplient pour encourager le Made in Europe. Mais que signifie réellement produire européen lorsque les chaînes de valeur sont mondialisées ? Décryptage avec Thierry Bonnin, président d'Alcatel-Lucent Enterprise, et Christopher Guérin, Senior Advisor chez Oliver Wyman.
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00:04Face à la concurrence chinoise et américaine, l'Europe cherche à reprendre la main sur sa production industrielle pour protéger
00:10ses entreprises.
00:11Elle renforce notamment les droits de douane sur les petits colis importés et réfléchit à introduire davantage de préférences européennes
00:17dans la commande publique.
00:19Mais que signifie réellement produire européen aujourd'hui alors qu'une partie des composants des technologies de la valeur ajoutée
00:25provient de l'étranger ?
00:27Et comment renforcer notre souveraineté industrielle sans sacrifier notre compétitivité ?
00:32Pour en débattre, Thierry Bonin, vous êtes toujours avec nous, vous êtes président d'Alcatel Lucent Entreprises.
00:37Merci d'être toujours avec nous et nous sommes rejoints par Christopher Guérin, senior advisor chez Oliver Wyman.
00:42Merci d'être avec nous.
00:42Bonjour.
00:43Je me tourne vers vous Christopher Guérin tout d'abord parce que c'est vrai que déjà ce terme «
00:47made in Europe », qu'est-ce que ça veut dire quand derrière on a quand même 27 pays,
00:52des industries extrêmement différentes, des coûts de production, des intérêts parfois qui sont différents.
00:57Est-ce que l'Europe est suffisamment intégrée industriellement pour pouvoir produire ce « made in Europe » ?
01:04Déjà ce qui est intéressant parce que Thierry connaît bien le sujet mieux que moi,
01:07mais ce qui est en discussion depuis 4 mars derniers, c'est l'Industrial Accelerator Act.
01:13Alors il y a le mot accélération, il y a le mot industrie.
01:15Alors l'objectif c'est de porter l'industrie européenne à 20% du PIB d'ici 2035 alors qu
01:20'aujourd'hui on est à 14%.
01:21Exactement.
01:22Donc de remettre en fait une préférence européenne dans la loi.
01:25C'est plutôt une bonne nouvelle.
01:29En termes d'attention déjà c'est une bonne nouvelle.
01:31Depuis il y a à peu près 5000 amendements qui sont tombés.
01:35Avec la grande question, l'Europe c'est quoi ? C'est les 27 pays ?
01:38Ou c'est les 90 accords qu'on a avec tous les autres pays ?
01:41Moi je dis forteresse ou passoire ?
01:43Ça va être tout le sujet de l'accord qui tombera d'ici fin d'année.
01:48Alors dans le « made in Europe » il y a d'abord le MED et ensuite il y a
01:51l'Europe.
01:52Donc le MED d'abord c'est est-ce qu'on a bien encore les compétences, les talents, le foncier
01:59pour construire les usines, l'écosystème, les fournisseurs pour être encore compétitif sur le MED.
02:04Parce qu'il y a quand même un sujet de compétitivité.
02:07Le citoyen européen il veut bien acheter européen mais il n'achètera pas 30% plus cher.
02:11Et après il y a le côté Europe et l'Europe va devoir faire des choix parce qu'il y
02:15a déjà beaucoup de batailles dans beaucoup de secteurs qui sont largement perdus.
02:19Et tout l'enjeu est de définir justement les secteurs qui vont être retenus comme stratégiques.
02:25Et là je pense que Thierry pourra en dire un mot d'ici 2035.
02:29C'est développé dans cet industriel Accelerator Act.
02:32Mais juste avant de me tourner vers vous Thierry, est-ce que l'échelle du coup de l'Europe, c
02:37'est cette échelle-là qu'il faut prendre industriellement ?
02:39Pour pouvoir jouer par rapport aux Chinois et aux Américains ?
02:44Oui, obligatoirement. La problématique qu'on a c'est que les Etats-Unis c'est un marché, une norme, une
02:50spécification à l'échelle des Etats-Unis.
02:52La Chine c'est pareil. Et nous c'est 27 souveraineté.
02:55C'est 27 potentielles normes, législations qui ne sont pas homogènes partout.
03:01Donc en fait on n'a pas les mêmes effets d'échelle que l'ont les Chinois sur leur marché
03:06ou les Américains.
03:07Et puis les 6 points de PIB qu'ils annoncent là pour 2035, c'est 1000 milliards de valeurs ajoutées
03:14à aller trouver,
03:15ce qui est l'équivalent de toute l'industrie manufacturière allemande.
03:19Donc ce n'est pas une mince affaire.
03:21Donc le sujet, est-ce que tout va passer par des nouvelles usines ou par l'augmentation des capacités et
03:26de la productivité de ce qu'on a actuellement sur nos territoires ?
03:29Thierry Bonin, votre regard sur cette Industrial Accelerator Act, pardon je vais dire IAA à partir de maintenant, comme ça
03:36ce sera beaucoup plus facile.
03:38Donc effectivement c'est en discussion, l'objectif c'est début 2027.
03:43Vous en tant que chef d'entreprise, quel est votre regard déjà sur ce lancement, cette initiative ?
03:50Alors moi je trouve que l'initiative, elle est bien, mais elle n'est bien que si elle est accompagnée
03:56derrière de la commande publique.
03:58Parce que réindustrialiser pour réindustrialiser, si derrière il n'y a pas d'accompagnement de l'État ou de l
04:03'Europe, ça va faire pchit.
04:05Ensuite, le Made in Europe, je pense qu'aujourd'hui malheureusement, on n'est plus capable de fournir l'ensemble
04:13de la chaîne de A jusqu'à Z.
04:15Donc il va falloir choisir nos batailles, il va falloir choisir ce que l'on veut faire.
04:18Et je pense que c'est un peu la notion du Buy European Act qui vient au complément de l
04:23'IAA,
04:24qu'a présenté Stéphane Séjourné au mois de septembre,
04:28qui paraît qu'il va partir en vote au Parlement européen en espérant un vote 2027.
04:32De ce que m'a dit le commissaire européen, le ministre de l'Europe, de la France et Jean-Noël
04:37Barraud lundi dernier,
04:38ils souhaitent que ce soit voté avant le départ de Macron, du président actuel.
04:42Donc je ne sais pas si c'est faisable.
04:46Mais l'Europe ne pourra s'en sortir que si on revient à des principes de base,
04:50qui ont été celles de l'époque du général de Gaulle ou de Georges Montpidou.
04:53Il faut faire comme les Chinois.
04:55Il faut bâtir des plans à cinq ans.
04:57Alors pour bâtir des plans à cinq ans, en ce moment avec la France ou l'Europe,
05:00c'est assez compliqué parce qu'il faut une stabilité politique.
05:03Il faut bâtir des plans, voilà, et se définir et mettre les ressources sur ce plan à cinq ans.
05:09Les Chinois, pourquoi ils sont devenus très forts ?
05:11Dans les années 80, pour pénétrer le marché chinois,
05:15il fallait créer des jeunes ventures là-bas, faire du transfert de techno.
05:18Et ensuite, les Chinois, quand ils ont compris comment faire,
05:21ils ont dit qu'on va définir des plans en quinquennat, à cinq ans,
05:23en disant, voilà où on va être forts demain, les avions, voilà où on va être forts demain,
05:27et on met les investissements là-dessus.
05:29Les Américains, alors c'est une autre dimension.
05:32Les Américains, pourquoi ils sont devenus liés dans le numérique ?
05:34C'est que déjà, ils ont des fonds financiers très forts,
05:36ils ont des fonds de pension qui supportent le développement de tout ça,
05:39mais surtout, ils ont des gros marchés avec les industries américaines
05:43ou le gouvernement américain, soit le Pentagone, que ce soit les Nessa,
05:46où on leur confie des gros marchés qui permettent de développer ces start-up.
05:49Nous, le problème de l'Europe, c'est qu'un, on est divisé,
05:51on voit bien qu'avec l'Allemagne, aujourd'hui,
05:53ce n'est plus le coup franco-allemand comme on l'a connu auparavant.
05:56On a un manque de fierté nationale, si tu peux dire, sur la France,
05:59puisque moi, je vois les Allemands, ils achètent d'abord Allemands,
06:01les Italiens, ils achètent d'abord Italiens.
06:02Nous, en France, comme j'ai tout le temps, on est fiers dans le stade,
06:05mais quand on gagne, mais à part ça...
06:07Cette commande publique, aujourd'hui, elle soutient à quelle échelle
06:13notre production française ?
06:14Alors, pour la France, elle est très faible,
06:15puisqu'en fait, aujourd'hui, le code des marchés publics
06:18fait qu'en fait, les acheteurs de l'État achètent le prix le plus bas.
06:24Deuxièmement, ils sont obligés de respecter les critères
06:26parce qu'on est seul, puis en Europe,
06:27où un acheteur peut être attaqué pénalement.
06:30Donc déjà, il faudrait casser cette cause de droit pénal
06:32pour qu'un acheteur, s'il décide d'acheter pas le moins dix ans,
06:35mais la solution qui répond le mieux à l'ensemble des critères,
06:39il puisse le faire, il faudrait qu'on lui enlève cette idée d'un mot.
06:41C'est-à-dire que la seule règle, c'est d'acheter le plus haut au plus faible ?
06:45Et en fait, ce qu'il faut comprendre, c'est que c'est un prix facial.
06:49Je vais donner un exemple.
06:50Nous, en 2023, j'ai pris la décision de rapatrier en France
06:52la fabrication de centres téléphoniques pour le monde entier.
06:55Grosse décision, j'ai ramené.
06:57On s'est fait sortir de tous les marchés publics qui ont sorti derrière.
07:01Pourquoi ? Parce que même si on avait réussi à maintenir les prix,
07:04nos concurrents américains, sachant qu'on fabrique en France,
07:07ont pété les prix.
07:07Donc ils cassent les prix.
07:09Ils ne sont pas soumis aux mêmes règles que nous
07:10parce qu'eux, ils n'ont que des bureaux de représentation en France, par exemple.
07:13Ils ne sont pas soumis à toutes les règles de normes auxquelles nous, on est soumis.
07:18Et en fait, ce que fait l'acheteur, il achète le prix de moins bas.
07:21Donc on se fait sortir de gros marchés où on était en place.
07:23Ils ont pris de l'américain, 30% moins cher.
07:26Le problème, c'est que derrière, nous, en faisant ça,
07:29on a créé une ligne de production dans une usine à Laval, par exemple.
07:34Deuxièmement, on a créé de l'emploi.
07:35On fait vivre des familles.
07:36On paye des impôts.
07:37On réapporte 70% de notre fabrication hors de France.
07:40Donc si vous prenez tout de bout à bout,
07:42vous ne perdez pas juste un marché.
07:44Vous perdez plus que ça.
07:45C'est que vous êtes en train de défendre une société
07:48qui a fait le choix de revenir en France
07:50et qui, malheureusement, est pénalisée d'avoir fait ça.
07:53Donc la commande publique, elle est importante.
07:55Et deuxièmement, sur un point que tu as dit très important,
07:58il faut différencier relocalisation et réindustrialisation.
08:01La relocalisation, c'est plus facile.
08:02Il y a plein d'usines en France qui ont des savoir-faire,
08:04qui ont des compétences, qui pourraient faire plus.
08:06La problématique que l'on a en France,
08:08c'est qu'on ne sait pas ce que font ces usines et leurs compétences.
08:10Nous, on a fait le choix de relocaliser.
08:13Est-ce que réindustrialiser, ça veut dire se lancer
08:15dans un process à 5 ans, le foncier, les autorisations,
08:18la construction, ça n'aurait pas été rentable.
08:21Relocaliser, on était capable de le faire en 15 mois.
08:23Donc c'est très rapide.
08:24On a trouvé une usine qui était une ancienne usine d'Alcatel à Laval,
08:27Ex-Thompson à Alcatel, avec qui on leur a dit
08:30« Nous, on va faire ça ».
08:31Ils ont créé une ligne de production, ils ont recruté.
08:34On s'est débrouillé pour acheter des composants électroniques en France.
08:37Donc on a fait vivre également un écosystème de sous-traitants.
08:39Et c'est là où, dans la commande publique,
08:41aujourd'hui, si on ne tient pas compte de tous ces critères,
08:44ils vont continuer à acheter le moins dix ans.
08:46Alors moi, en plus, je vais vous dire,
08:48je porte une deuxième casquette au type du MEDEF,
08:49c'est que je suis dans le bureau de la Commission nationale
08:52de la réforme de la sphère publique et de la commande publique.
08:54Donc à ce titre-là, on a audité le président du GAP,
08:56le président de la CANU, tous ces gens-là.
08:58Et quand vous demandez même au président du GAP
09:02acheter auprès des entreprises françaises,
09:03même lui, il est incapable de nous le dire.
09:05– Et Christophe Réguerre, au-delà de la commande publique,
09:07il y a quand même aussi, bien sûr, les entreprises.
09:08Est-ce qu'elles, elles se prêtent au jeu du MEDEF ?
09:12Est-ce que ça résonne presque...
09:14J'imagine que ça ne résonne pas aussi fort que le MEDEF,
09:16qu'on a mis tant de temps aussi à instaurer en France,
09:19dans les mentalités ?
09:20– Oh si, globalement...
09:21– MEDEF, ça a quand même un impact fort ?
09:24– Oui, oui, oui.
09:25– Les entreprises se préoccupent de ça ?
09:26– De plus en plus.
09:28On voit en tout cas, moi, sur les thématiques
09:30que j'ai portées au niveau de l'électrification,
09:31c'était un...
09:32Il n'y avait pas de MEDEF, il y avait un MEDEF.
09:35Voilà, bon, déjà, c'est déjà une première bataille gagnée.
09:39Après, au-delà des commandes publiques,
09:40il y a un sujet de capacité de production.
09:42Il faut savoir que les usines en moyenne, en Europe,
09:45tournent à 75-78% de leur capacité nominale.
09:4960% pour le secteur automobile actuellement, malheureusement.
09:51L'acier est à 65%.
09:52– Mais ça, c'est lié à la consommation ?
09:54– Non, ce n'est pas lié obligatoirement à la commande.
09:56Nous, on le voit très bien chez Oliver Weyman.
09:57Aujourd'hui, c'est lié à beaucoup de dispersion, en fait.
10:00Beaucoup de marchés, sous-marchés, de clients, d'offres.
10:03Et en fait, on n'a plus les économies d'échelle
10:06qu'on avait auparavant,
10:08de par un peu la fragmentation des marchés.
10:11Et le travail qu'on fait actuellement avec les équipes,
10:14c'est un travail de simplification.
10:15C'est-à-dire, quel est mon marché cœur,
10:17mes produits cœur, mon offre cœur,
10:19pour recentrer vraiment et retrouver, en fait,
10:21cette productivité un peu perdue du fait de la fragmentation.
10:24Il ne faut pas tout mettre sur le dos de l'État,
10:26les commandes publiques.
10:27On a perdu beaucoup de productivité
10:28et on a perdu l'export, par contre.
10:31Et ça, c'est un enjeu sur lequel il faut se recentrer
10:35sur un pays ou nos pays les plus limitrophes.
10:38Là, on peut gagner et retrouver, justement,
10:40cette productivité perdue.
10:42– Oui, parce qu'en plus, il peut y avoir aussi
10:43une dynamique interne européenne.
10:45– Bien sûr.
10:45– Qui peut porter tout ça.
10:46– Les coûts logistiques sont déjà beaucoup moindres
10:48que d'aller exporter en Chine ou aux États-Unis.
10:50– Thierry Bonin, quand vous avez parlé de votre relocalisation,
10:53justement, comment est-ce que vous, vous avez fait
10:54pour rester compétitif ?
10:57– Alors, déjà, quand on décide de relocaliser,
11:00c'est une décision manageriale.
11:01Il faut que tout le monde soit aligné
11:03pour se dire, OK, on va le faire.
11:06Deuxièmement, on a pris les aspects
11:09d'assemblage ou de fabrication,
11:11le transport, le carbone.
11:13On a regardé comment on allait diminuer
11:14les coûts carbone aussi.
11:15La France étant notre premier marché,
11:18tout faire venir à chaque fois de Roumanie
11:20ou d'ailleurs en France pour repartir
11:24après de côté, puisqu'on avait notre centre logistique
11:26Europe qui était en Ile-de-France.
11:28On a trois centres logistiques,
11:29Hong Kong pour l'Asie, les États-Unis.
11:32Et puis, donc, on a regardé tous les aspects économiques.
11:35On a regardé comment, en adaptant et en modifiant
11:38la façon dont on travaillait avant,
11:40on allait pouvoir être à éco-périmètre
11:42et à coût similaire.
11:44Et puis, surtout, on a trouvé une usine
11:45qui était une ancienne usine
11:46qui a été reprise par des anciens d'Alcatel.
11:48Donc, on avait quand même une petite fierté
11:50de se dire, tiens, les années de choc du Fabless,
11:53on va essayer de ramener un peu de fabrication en France.
11:55Et en fait, on a travaillé à livre ouvert.
11:57Et là, on est tombé sur des gens très pragmatiques,
11:59des terriens, des gens qui sont à l'aval,
12:03qui ont une très bonne connaissance du secteur,
12:05du marché.
12:06Et on a travaillé main dans la main, livre ouvert,
12:08pour se dire, ben voilà, nous,
12:09ce qu'on veut obtenir, c'est ce prix-là.
12:11Soit on est capable de le faire, on relocalise,
12:13soit on n'est pas capable de le faire.
12:14Et malheureusement, on choisirait la solution de facilité
12:17qui était de renégocier un marché de 5 ans
12:19avec un acteur américain.
12:20Et donc, nous, on a réunissourcé au niveau des achats
12:23à tout un tas de services.
12:24Donc, on a recruté des personnes
12:25dans notre campus d'Elkirch,
12:27donc c'est à Strasbourg,
12:28c'est le berceau historique du groupe,
12:31donc on a réintégré.
12:32On a été soutenu par la région Grand Est,
12:34donc à l'époque, Jean Rottner.
12:36On a retravaillé le design des châssis,
12:40et ainsi de suite,
12:40pour qu'on ait moins de complexité.
12:43Et au final, depuis 2023,
12:46on sort en gros 2 000 châssis par mois,
12:50dont 70% partent à l'international
12:52et 30% restent en France.
12:54Et en France, maintenant,
12:55on utilise essentiellement le train
12:55et les camions pour aller amener ça.
12:59On a réduit surtout aussi
13:00les délais de fabrication
13:01et les délais d'évraison.
13:03Avant, on était sur des délais
13:03à 4 semaines,
13:04maintenant, on est capable
13:05de les vendre en une semaine.
13:06Donc, voilà,
13:07il y a toute une économie d'échelle,
13:08il y a le côté CO2,
13:09c'est très important,
13:10le coût carbone, ainsi de suite,
13:11comment on a réussi
13:12à baisser tout ça.
13:13Donc, voilà,
13:13c'était un programme complet
13:15et ça a mis 15 mois à éclore.
13:17C'est extrêmement rapide ?
13:18Oui, parce qu'en fait,
13:19quand vous trouvez une usine
13:20qui a déjà un savoir-faire,
13:21qui a les compétences,
13:22qui a l'espace pour le faire,
13:24parce que c'est là, en fait,
13:24ce qu'on ne se rend pas compte en France,
13:25c'est qu'il y a beaucoup d'usines,
13:26comme tu le disais,
13:28qui ont des savoir-faire,
13:29qui ont des compétences,
13:30qui ont de l'espace
13:30et qui ne demandent que ça.
13:32Donc, là, on parle du coup de la France,
13:33mais je me dis,
13:34sur le Made in Europe,
13:35on peut quand même essayer
13:36de trouver des complémentarités
13:37qui sont intéressantes.
13:38C'est ça aussi qui pourrait rendre
13:39le Made in Europe puissant
13:40par rapport aux États-Unis
13:42et à la Chine,
13:43faire une complémentarité industrielle
13:45au sein de l'Europe ?
13:46Est-ce que c'est possible ?
13:47C'est un peu,
13:48quand je relis un peu l'IA,
13:49c'est un peu l'objectif,
13:50parce qu'aujourd'hui,
13:52l'industrie européenne,
13:52c'est 30 millions d'emplois.
13:53Ils ne disent pas,
13:54on va sauver 30 millions d'emplois.
13:56Ils ont dit,
13:56on va se refocaliser
13:57sur des secteurs
13:58hautement stratégiques.
13:59C'est ça.
14:01Automobiles, chimiques,
14:01caoutchouc, minerais,
14:02papiers, raffinage
14:03et électrification,
14:04qui représentent à peu près
14:0520% d'entre eux.
14:06La bonne nouvelle,
14:07elle est là,
14:07c'est qu'il y a un choix stratégique.
14:09On ne peut pas tout couvrir,
14:11mais là,
14:11on va mettre le paquet.
14:12Donc, c'est la bonne nouvelle
14:14de l'IA,
14:14alors s'il va au bout.
14:15Et puis, l'exemple de Thierry,
14:16il est intéressant
14:17parce que tout le débat
14:18est sur la qualification
14:20du Made in Europe
14:21parce qu'on ne peut pas
14:22tout sourcer en Europe.
14:25Actuellement,
14:25les batteries électriques
14:26pour automobiles,
14:26il y en a beaucoup
14:27qui arrivent de Chine.
14:27Les semi-conducteurs,
14:28ça vient de Taïwan.
14:30Donc, la question,
14:30c'est pour ça qu'il y a le débat,
14:32est-ce que ça va être
14:32strictement 27 pays européens
14:34et tous les semi-finis,
14:37les produits semi-finis
14:37seront sourcés en Europe
14:38ou il y aura quand même
14:39une ouverture
14:40par rapport à nos partenaires ?
14:41Thierry Bonheur,
14:42notamment justement sur
14:43tout ne peut pas être
14:44sourcé en Europe
14:45en termes de souveraineté numérique
14:46là où ça coerce pas mal
14:48parce que c'est vrai
14:49que pour l'industrie,
14:49bien sûr,
14:49on a besoin de cette
14:50souveraineté numérique
14:51mais il y a encore
14:51des choses
14:54dont toute la boucle
14:55ne peut pas être
14:57réalisée en Europe.
14:58Alors, c'est intéressant
14:59parce qu'en fait,
15:00avec le bail European Act
15:02et le complément de l'IA,
15:06on va demander
15:07que 50% du produit total
15:10soit européen
15:11ou il n'y ait pas plus
15:12de 50% qui viennent
15:13de pays autres que l'Europe.
15:15Pourquoi ?
15:16Parce que, comment on sait,
15:17les composants viennent de Taïwan,
15:19le photovoltaïque
15:20vient essentiellement de Chine,
15:21ainsi de suite,
15:21donc on ne peut pas tout avoir.
15:22Le bail European Act,
15:24c'est intéressant
15:25pourquoi ?
15:25Il veut forcer
15:26les entreprises étrangères,
15:27que ce soit américaines
15:28ou chinoises,
15:29à venir produire en Europe
15:30ou au moins
15:31mettre des centres de R&D,
15:33créer de l'emploi
15:34et faire de l'assemblage
15:35puisque là,
15:36ça va permettre,
15:37un,
15:37créer de la R&D,
15:38c'est le software,
15:39c'est qui contrôle le software
15:40aujourd'hui
15:41puisque, en fait,
15:42la data,
15:42c'est essentiellement le software,
15:44c'est de pouvoir
15:45en créer de l'emploi
15:47et,
15:47troisièmement,
15:48c'est de pouvoir,
15:48donc,
15:49bâtir des solutions
15:52made in Europe,
15:53mais au moins 50% européennes.
15:56L'idée,
15:57enfin,
15:58l'idée,
15:58ce qu'on a discuté
15:59avec le commissaire européen
16:01et autres,
16:01c'est qu'en fait,
16:02eux,
16:02ce qu'ils souhaiteraient demain,
16:03c'est qu'en fait,
16:03on arrive à attirer
16:04des entreprises chinoises
16:05et qu'on fasse le modèle
16:07en Europe
16:08qui est ce qui a été fait
16:08dans les années 80 en Chine,
16:10c'est-à-dire créer
16:10des joint ventures
16:1250-50,
16:1251-49
16:13où la Chine
16:15va pouvoir être capable
16:16de nous importer
16:16des technologies
16:17sur lesquelles
16:18ils sont maîtres,
16:19ça peut être de l'automobile,
16:21ça peut être du robotique,
16:22ça peut être
16:22tout un tas de solutions,
16:24de l'IA,
16:24même demain,
16:25puisqu'ils ont des libraires,
16:26des IA open source
16:27qui sont si performantes
16:28que les américaines,
16:29mais que ceci,
16:30demain,
16:31soit fabriqué en Europe
16:32avec un made en Europe,
16:34de la R&D
16:35et de l'assemblage.
16:36Si déjà,
16:37on arrive à faire ça,
16:38je ne sais pas
16:39si on pourrait dire
16:39que c'est du made in Europe,
16:40mais déjà,
16:41je pense qu'on aura fait
16:42un gros pas
16:43et en fait,
16:44le bail Européen Act
16:45et les contraintes
16:46qui ont été mises dedans
16:47par le commissaire européen
16:50et qui,
16:51je pense,
16:51aujourd'hui,
16:52va trouver un écho très fort
16:52au Parlement européen
16:53parce que
16:54le Parlement européen,
16:55la semaine dernière,
16:56a voté pareil
16:56sur,
16:57je ne sais plus quel ou non,
16:58sur le même à peu près
16:58le truc,
16:59481 voix pour,
17:0081 contre,
17:01va trouver un très bon écho
17:02parce qu'en fait,
17:03le but,
17:03c'est de renforcer l'Europe,
17:05de relocaliser en Europe
17:06ce qui peut être localisé,
17:08la R&D,
17:08c'est le plus important,
17:09les softwares,
17:10la technologie
17:11parce que c'est ça
17:11qu'on a besoin de maîtriser
17:12et l'emploi.
17:13Vous savez que ça,
17:14ce serait une solution aussi
17:15pour le coût
17:15parce que derrière tout ça,
17:16c'est des coûts,
17:18voilà,
17:19c'est des consommateurs
17:19ou des coûts
17:20auprès des entreprises
17:21qui peuvent être résolvés.
17:23Ce qui est quand même,
17:25si on prend un peu de perspective,
17:26Sybille,
17:27par rapport à ça,
17:27c'est que,
17:28ce qu'a dit Thierry,
17:29c'est qu'on va demander
17:33il y a 30 ans,
17:33pourquoi ?
17:34Parce que maintenant,
17:34le transfert de technologie
17:35se fait dans l'autre sens.
17:36Exactement.
17:37Et pourquoi ?
17:38J'adore cette petite musique
17:39de certains économistes
17:40qui disent
17:41« Oh, mais la désindustrialisation,
17:43ce n'est pas un problème,
17:43on peut vivre sur le savoir-faire
17:45et la conception sans usine. »
17:46Ben non.
17:47La Chine a montré
17:48qu'en 25 ans,
17:50en 30 ans,
17:50ils sont passés
17:51de 3%
17:52de la production manufacturière mondiale
17:54à 30%.
17:55Ils ont accumulé
17:56le savoir,
17:56l'innovation,
17:58les ingénieurs
17:59et aujourd'hui,
18:00ils ont un temps d'avance
18:01technologiquement
18:02que nous avons perdu.
18:04Donc, ça passe
18:04par l'industrie
18:05et on a besoin
18:06de ces transferts.
18:07Et ça permettra également
18:08aussi de mettre
18:08tout le monde
18:08sur les mêmes règles.
18:09Oui.
18:10Parce qu'aujourd'hui,
18:10le problème,
18:11c'est que les entreprises européennes
18:12ne sont pas souvies
18:13aux mêmes règles
18:13que les Américains
18:14ou les Chinois.
18:15Donc, à un moment aussi,
18:16il faut que l'Europe
18:16puisse se protéger là-dessus
18:17et pouvoir être capable
18:18d'imposer des règles
18:20aux entreprises européennes
18:21qui fabriquent déjà
18:22ou qui assemblent déjà
18:23en Europe,
18:24mais aux entreprises
18:25chinoises ou américaines
18:26qui voudraient vendre
18:26en Europe
18:27avoir les mêmes conditions.
18:29Donc, je pense que
18:30le bail européen acte
18:31va dans le bon sens.
18:32Alors après,
18:32avant de mettre
18:33tout le monde d'accord...
18:35Rendez-vous dans quelques mois.
18:36Merci beaucoup Thierry Wannin.
18:37Je rappelle que vous êtes
18:38président d'Alcatel
18:39Lucent Entreprises
18:40Christophe Furgherin,
18:40senior advisor
18:41chez Olivier Weyman.
18:42Merci à tous les deux
18:43d'avoir participé
18:45à notre échange
18:45et merci à vous tous
18:46et toutes de nous avoir suivis.
18:47C'était Smartéco.