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Entre vents violents, fermetures anticipées et ventes spectaculaires, la semaine de l’art à Paris aura été mouvementée. Pour sa première édition sous la direction de Karim Crippa, Art Basel Paris a enregistré plusieurs transactions autour de 10 millions d’euros. En parallèle, quatre grandes maisons de ventes aux enchères ont cumulé près de 300 millions d’euros d’adjudications. Mais cette dynamique profite-t-elle à l’ensemble du marché ou reste-t-elle concentrée sur les œuvres les plus prestigieuses ? Décryptage avec Cécile Colleville, directrice des acquisitions chez Matis.

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Transcription
00:04Entre vents violents, fermetures anticipées et ventes spectaculaires, la semaine de l'art à Paris aurait été particulièrement mouvementée pour
00:12cette édition marquée par l'arrivée de Karim Kripa à la direction d'Art Basel Paris.
00:17Alors quel bilan tirait de cette semaine ? Les collectionneurs étaient-ils au rendez-vous ? Et que disent les
00:22ventes de l'état du marché de l'art pour en parler ? Je suis ravie d'accueillir Cécile Colville.
00:26Bonjour.
00:26Bonjour Cybille.
00:27Vous êtes directrice des acquisitions au sein de Matisse, donc une société d'investissement dans l'art. Tout d'abord,
00:33est-ce que vous pouvez nous donner votre sentiment général d'Art Basel quand vous y êtes entrée, quand vous
00:38êtes retournée ? Qu'est-ce que vous avez ressenti ?
00:43Y retourner est toujours un très agréable sentiment, je pense, pour l'ensemble du marché de l'art, les professionnels
00:48et les collectionneurs. On peut noter que cette année a été effectivement mouvementée à plusieurs égards.
00:55Mais surtout, on voit que Paris résiste au contexte. Donc c'est un très bon signal pour le marché de
01:01l'art.
01:01On va bien sûr détailler toutes ces ventes. Sur le plan artistique, est-ce que vous avez senti des prises
01:06de risques particulières de la part des galeries ?
01:09Ou est-ce qu'on reste sur des artistes majeurs encore du XXe, XXIe siècle ?
01:16Ce qui est assez incroyable avec cette semaine de l'art, on cite bien sûr Art Basel Paris, mais c
01:20'était une diversité des foires qui étaient également en parallèle.
01:24Asiana, Aka, Modern Art Fair, Miami Design. Donc en fait, on avait une grande diversité de propositions.
01:34Les collectionneurs pouvaient aller voir vraiment un ensemble d'objets très riches.
01:37Mais effectivement, on en revient aux ventes qui ont été effectuées et celles-ci se concentrent sur les blue chips.
01:44Oui, donc les ventes sont sur les blue chips, mais juste en termes de propositions, on trouve que c'est
01:50toujours très...
01:52C'est encore assez uniforme dans la proposition des galeristes à Art Basel Paris.
01:58Art Basel Paris est construit autour de trois secteurs.
02:03Effectivement, on passe beaucoup de temps au rez-de-chaussée, mais il ne faut pas oublier que tout le premier
02:07étage est concentré avec des galeries émergentes,
02:10mais également avec de jeunes artistes, de jeunes propositions.
02:13Et c'est ça qu'il faut aller également voir à Art Basel Paris.
02:16Et la première édition de Karim Kripa est à noter, bien évidemment, l'arrivée de 32 nouvelles galeries au sein
02:25des 211 exposants.
02:27Oui, ça c'est un très renouvellement quand même.
02:28Exactement. Donc on voit que la volonté de ce nouveau directeur était d'aller et de regarder cette nouvelle création
02:34et cette nouvelle proposition.
02:36Et ça, c'est vraiment quelque chose qu'il va falloir faire perdurer dans le temps pour qu'il y
02:40ait un renouvellement petit à petit de ce qu'on peut proposer à nos collectionneurs
02:44et pas qu'une concentration seulement sur une dizaine de noms, ce qui pourrait appauvrir finalement le marché dans un
02:50sens.
02:50Vous, en tant que directrice des acquisitions, c'est ce genre de choses que vous allez voir en premier, les
02:55nouvelles galeries qui s'installent dans ces rendez-vous qui sont quand même mondiaux ?
03:00Effectivement, notre métier, c'est vraiment de comprendre tous les différents mécanismes du marché de l'art, que ce soit
03:05au niveau des foires, aux ventes aux enchères,
03:06quels ont été le parti pris de ces professionnels du marché pour envisager les collectionneurs et aborder les collectionneurs de
03:13demain.
03:13Et donc, effectivement, ce sont des signaux hyper importants, hyper fondateurs que nous allons étudier par la suite pour voir
03:20où est-ce que et à qui on va s'adresser demain pour travailler.
03:23D'accord. Et là, vous avez des choses qui vous ont particulièrement marqué à ce niveau-là ou plus généralement
03:29dans la foire ?
03:29Je pense qu'au niveau de Art Basel Paris, ce qu'on a vu, c'est le parti pris de
03:33la foire de continuer l'ouverture en anticipé le mardi pour les ultra-vip.
03:41Oui, ça, c'était la deuxième année.
03:43C'était la deuxième édition, effectivement, depuis l'année dernière et qui a à nouveau montré le bénéfice que les
03:51galeries et marchands ont tenu à avoir cette journée extra avec leurs collectionneurs,
03:58avec un temps privilégié à leur proposer des œuvres également qui étaient cachées du grand public, puisque les galeries pouvaient
04:05demander des petits offices qui étaient cachés en coulisses, j'allais dire, à l'intérieur.
04:13À l'intérieur du stand, mais également en dehors du stand, dans certains couloirs, on pouvait voir des œuvres cachées
04:18qui appartenaient à certains galeristes.
04:21Ce sont des œuvres dont personne n'a connaissance, qui représentent une confidentialité et une intimité,
04:27tout en étant sur un lieu de concentration des plus grands collectionneurs.
04:30Donc, c'est un avantage en plus que le Grand Palais donne à ces exposants et qui a montré, encore
04:37une fois, que ça fonctionnait auprès de la clientèle.
04:39Donc, on voit qu'il y a beaucoup de différentes propositions et offres qui sont proposées pour, encore une fois,
04:48faire de ce rendez-vous,
04:50le rendez-vous des collectionneurs presque, j'allais dire, privilégiés par rapport à la semaine qui a précédé, celle de
04:57Fries, Fries Masters.
04:58Et même, on entend un petit peu sur le remplacement, alors pas du tout demain, mais peut-être après-demain,
05:06d'un Art Basel Basel,
05:07qui est la foire historique depuis les années 70.
05:10Mais l'expérience que propose Paris devient de plus en plus appréciée.
05:14Oui, c'est ça, qui joue encore plus sur, déjà, l'écran parisien.
05:17Et puis, cette exclusivité qui est encore toujours plus recherchée, c'est ce que vous ressentez par les collectionneurs, ce
05:24qu'on appelle les high net worth individuals,
05:26cette exclusivité, cette intimité avec l'œuvre et le galeriste.
05:29Exactement. Et cette expérience, elle se fait en foire, à ce moment-là de la semaine d'art à Paris,
05:35mais également en vente aux enchères,
05:37où on voit qu'en parallèle, des œuvres de collection très prestigieuses sont mises en vente.
05:41Et ça se fait, effectivement, avec l'expérience totale, qui sont les expositions en institutions publiques, privées,
05:49mais également, effectivement, tout l'environnement parisien, nos hôtels, les restaurants qu'on peut proposer à ces collectionneurs,
05:55et qui sont vraiment appréciés d'eux.
05:57Mais même avec une semaine, et on va sûrement en reparler, réduite, les collectionneurs ont été présents en début de
06:03semaine,
06:04lundi, mardi, mercredi, jeudi, la plupart ont déjà commencé à repartir.
06:08Et finalement, la fermeture précipitée, ça a été un désavantage pour le grand public, de manière certaine,
06:14mais pas pour les collectionneurs qui étaient venus en amont.
06:17Et ces collectionneurs-là, est-ce que vous savez qui étaient ces collectionneurs ?
06:21Est-ce que c'était du monde entier, principalement des Américains ? Est-ce qu'il y avait des Européens
06:24?
06:24Beaucoup d'Américains, au dire des marchands et des galeries, beaucoup d'Américains, quelques Asiatiques,
06:30et beaucoup d'Européens qui sont restés venus et qui ont enchaîné, j'allais dire, les deux semaines entre Londres
06:37et Paris.
06:38Mais les Américains ont été particulièrement très présents.
06:41Et alors, justement, en termes de grandes ventes, qu'est-ce qu'on a comme bilan ?
06:45Est-ce qu'on peut dire que c'est une édition 2026 réussie ?
06:49Sur l'ensemble du marché, des oeuvres qui ont été vendues sur le marché la semaine dernière,
06:54on peut effectivement dire que c'est une réussite pour les non-blue-tips.
06:59Donc, effectivement, les noms des artistes blue-tips.
07:03Puisqu'en effet, on a entendu parler de ce magnifique monnaie qui a été vendu chez Sosbiz à 50 millions
07:13d'euros,
07:14Iris, et qui représente l'oeuvre la plus chère jamais vendue en vente aux enchères française.
07:19Donc, c'est une vraie fierté.
07:21On montre que le marché se renforce encore une fois en France.
07:24Il y a eu beaucoup de collections, que ce soit chez Sosbiz, même chez Arcurial,
07:29avec des noms et toute une collection sur les peintres Nabi,
07:33qui étaient vraiment exceptionnels, d'une grande qualité,
07:36qui ont été mis en avant à ce moment-là de l'année.
07:38Mais en vente, et donc ça représentait environ 300 millions de résultats de vente aux enchères.
07:43Donc ça, ce sont des résultats publics et c'est facile d'y accéder.
07:46Pour ce qui est des ventes durant les foires,
07:50il y a toujours une problématique de l'opacité de ces ventes qui sont de gré à gré.
07:55Toutefois, sur la base d'une déclaration volontaire de certains marchands et galeristes,
08:00on a déjà comptabilisé plus de 150 millions de dollars d'oeuvres vendues.
08:04C'est environ 300 oeuvres qui ont été notées comme vendues lors de la foire d'Arbazol Paris.
08:09Ce n'est pas juste Arbazol ?
08:10Exactement, seulement Arbazol Paris.
08:12Et on va voir que ça touche effectivement Fontana, des artistes comme Fontana, Richter,
08:19des artistes qu'on voit, Calder, bien évidemment, Modigliani,
08:23qui fait son retour l'année dernière, cette année, avec une oeuvre à plus de 100 millions.
08:28Elle a été vendue alors ?
08:29Non, en tout cas, elle n'a pas été déclarée vendue à la fin de la foire.
08:32Mais effectivement, c'était l'oeuvre qu'il fallait absolument passer voir,
08:36puisque dans les mains de la même collection depuis 1920,
08:40c'était toutefois un grand rendez-vous du marché de l'art
08:42pour voir des oeuvres exceptionnelles, rares,
08:45que l'on retrouve seulement dans des musées normalement
08:47et qui sont aujourd'hui accessibles dans un lieu public.
08:50Oui, et donc dans les grands prix, on va dire, en foire, en dehors des enchères,
08:54ce serait ces 10 millions pour Basis, Richter.
08:58Ce serait ça les prix, parce que l'année dernière, c'était quand même un 23 millions pour une oeuvre
09:01de Richter.
09:02Là, on n'a pas atteint ce record.
09:03Alors, sur les oeuvres, il y a eu beaucoup d'oeuvres sur des montants autour des 10 millions et quelques.
09:08Effectivement, encore une fois, il y a des ventes qui se sont faites en coulisses
09:12et dans lesquelles on n'a pas les montants.
09:15Mais 150 millions avec plus de 300 oeuvres, c'est un nombre assez appréciable
09:20et surtout qui montre le soutien d'un marché booktip,
09:24mais surtout d'un marché parisien qui a su être à la hauteur.
09:26Et donc, vous parliez justement de ce fait que deux jours ont été amputés à la foire.
09:32Ça, est-ce que de toute façon, les grandes ventes se seraient faites de toute façon le mardi et le
09:38mercredi ?
09:38Est-ce qu'en termes de chiffre d'affaires de la foire, c'est très amputable
09:42ou ça a quand même un vrai poids sur leur business ?
09:46Le poids, il est notable vis-à-vis du grand public, mais pas au niveau des ventes.
09:53David Zwirner, il me semble, déclarait avoir vendu environ 80% des oeuvres sur son stand dans les trois premiers
10:00jours.
10:01On voit que les différents galeries et marchands ont réalisé leurs ventes les plus notables
10:08les deux, trois premiers jours de la foire.
10:11Toutefois, ça concerne seulement Art Basel Paris.
10:14Les collectionneurs qui se déplacent à ce moment-là sont des collectionneurs qui peuvent se déplacer en semaine.
10:19Toutes les foires parallèles qui sont importantes dans le paysage parisien...
10:24Pour la dynamique.
10:25Pour la dynamique.
10:26Malheureusement, le week-end, le vendredi, samedi, dimanche, sont des jours très importants pour ces foires-là.
10:32Et se voir amputés tous deux jours de leur foire, ça a des conséquences très importantes pour les marchands, pour
10:38les galeristes qui ont payé des stands.
10:40Et qui, malheureusement, ont voulu prendre les oeuvres les plus importantes et les montrer à ce moment-là.
10:49Et ça devient quelque chose qui est malheureusement une mauvaise nouvelle pour eux.
10:52Et on espère que les ventes vont pouvoir continuer en off, en digital, pour qu'ils puissent toujours soutenir et
11:00montrer les offres qu'ils voulaient proposer à la vente.
11:03Oui, parce que c'est vrai que vous avez beaucoup parlé d'oeuvres blue-chip.
11:06Là, quand on veut, et surtout un haut du marché très dynamique, quand on regarde un peu plus le moyen
11:11ou plus petit, ou plus proche d'un pouvoir d'achat plus restreint,
11:17ça, pour le coup, puisque vous avez un regard là-dessus, vous savez comment ça a évolué ?
11:23Alors, ça va être un sentiment qui est plutôt personnel, dans le sens où, aujourd'hui, sur certains artistes très
11:30connus des collectionneurs,
11:32que ce soit Alexander Calder, Andy Warhol, des collectionneurs, des professionnels du marché de l'art,
11:38n'ont pas forcément besoin de se déplacer pour voir les oeuvres et s'assurer qu'ils ont en face
11:44d'eux un chef d'oeuvre, un objet qu'ils veulent acheter.
11:47On ne va pas avoir forcément le même comportement sur le premier marché ou sur des oeuvres avec des montants
11:54relativement moins élevés,
11:56puisque les collectionneurs, c'est une vraie rencontre avec l'oeuvre d'art et avec un coup de cœur,
12:02et un besoin de voir l'oeuvre, de se rendre compte physiquement de sa matérialité pour déclencher la volonté d
12:10'achat.
12:11Et effectivement, dans ce cas-là, ça va être dommageable, puisque les personnes n'ont pas pu se déplacer.
12:16Oui, et puis c'est aussi toujours de renouveler ses publics, toucher des gens qui ne sont pas encore venus
12:21à la yalerie, par exemple.
12:22Exactement.
12:23Merci beaucoup, Cécile Colville. Je rappelle que vous êtes directrice des acquisitions au sein de Matisse,
12:27donc une société d'investissement dans l'art. Merci de nous avoir fait le bilan de cette semaine de l
12:30'art.
12:31Et merci à vous toutes et tous de nous avoir suivis. C'était Arrêt Marché.
12:34Sous-titrage Société Radio-Canada

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