00:00En vrai, les acteurs, on ne travaille pas énormément.
00:01L'enquête explosive a été présentée à la quinzaine des cinéastes du Festival de Cannes 2026
00:07où il concourait pour la caméra d'or.
00:09Dans ce film de Sarah Arnold, Vincent De Dien incarne un gendarme un peu bené
00:13qui enquête sur la disparition bizarre d'un agriculteur sous fond de tensions rurales.
00:18A cette occasion, nous avons rencontré Vincent De Dien cette année à Cannes.
00:22Voici son entretien.
00:24J'ai adoré la lecture de ce scénario.
00:26J'étais très enthousiaste et très dépité à la fois
00:28parce que j'ai lu un scénario qui m'a énormément plu
00:31et que je savais que j'allais refuser
00:33parce que j'ai tout sui, il y a un problème de casting,
00:35il y a un malentendu, c'est vraiment pas un rôle pour moi,
00:37je comprends pas pourquoi on veut que je joue ça, je saurais pas le faire.
00:40Il était question d'un personnage quand même
00:42qui était en prise avec une sorte de masculinité un peu bête et...
00:45pas bête et méchante, mais bête et gentille, quoi.
00:47C'est-à-dire un peu macho, un peu bête, un peu brutale,
00:50vraiment ardenné en plus, machin.
00:52C'est bizarre de proposer ça à un acteur parisien homosexuel
00:57que les gens disent un peu précieux ou je sais pas, bon bref.
01:00J'adorais tellement les scénarios que c'était vraiment très triste
01:02et je suis allé au rendez-vous pour rencontrer Sarah Arnold
01:04et je lui ai dit, c'est un des meilleurs scénarios que j'ai reçus.
01:08C'est vraiment un appel à la désobéissance, à la liberté, à la joie.
01:12C'est exactement ce que j'avais envie de lire et de voir au cinéma aujourd'hui, quoi.
01:15Je trouve que c'est une très belle réaction à l'époque
01:17qu'on est en train de vivre, à cette espèce de retour de l'ordre moral.
01:19Je me suis dit, on a besoin d'un film comme ça en plus.
01:22Le genre, tellement bizarre.
01:23Je pensais pas que c'était possible de réunir Paul Thomas Anderson
01:26et Louis de Funès dans Les gendarmes à Saint-Tropez.
01:29Donc tout me plaisait.
01:32En fait, le rendez-vous, elle m'a convaincu
01:33qu'elle voulait vraiment que ce soit moi qui le joue.
01:35Elle m'a dit, non, je trouve que c'est pas intéressant
01:38de le faire jouer à quelqu'un qui serait plus proche de ce personnage.
01:42La distance entre le personnage et toi m'intéresse.
01:44Et normalement, j'aurais dû dire non
01:45si j'avais senti que je pouvais ne pas avoir totalement confiance en elle.
01:50Mais j'ai tellement senti une cinéaste,
01:52j'ai tellement senti un regard,
01:53j'ai tellement senti une intelligence, une sensibilité
01:55que je me suis dit, si tu t'abandonnes pas à elle et à ce projet,
01:59t'es un débile profond.
02:02Oui, il a un peu bené et un peu premier degré.
02:04Or, moi, j'adore le deuxième, le troisième, le quatrième, le cinquième degré.
02:07Mais donc, j'ai travaillé, j'ai pas travaillé.
02:10J'ai appris mon texte.
02:11En vrai, les acteurs, on travaille pas énormément.
02:12Enfin, sauf quand on est Virginie Effira
02:14et qu'on apprend le japonais pour un film.
02:16Mais sinon, le gros du travail, c'est de se rendre disponible
02:19et de faire en sorte que le réalisateur ou la réalisatrice
02:22puisse faire de nous ce qu'elle veut et ce qu'il veut.
02:23Je trouve que les gens qui font bien ce métier,
02:25c'est les gens qui sont faciles,
02:26qui sont faciles à travailler,
02:28qui sont pas compliqués, qui sont pas emmerdants
02:30et qui sont curieux d'essayer des choses,
02:33de se planter, de bon bref.
02:35Donc, j'ai essayé de faire ça
02:36et surtout, je me suis vraiment remis totalement
02:38à Sarah Arnold, la réalisatrice.
02:40Je lui ai fait confiance.
02:41J'ai jamais autant fait confiance à quelqu'un qu'à elle.
02:43Je me suis dit, c'est vraiment ton travail,
02:45c'est de t'abandonner totalement.
02:50Non, Sarah, elle m'a fait voir
02:52Iner and Weiss de Paul Thomas Anderson.
02:54Ma référence, c'était le scénario
02:55parce qu'en fait, il y avait quand même
02:56une langue assez précise.
02:58C'est vraiment écrit, il y a vraiment des dialogues.
03:00Ça, ça me plaisait beaucoup
03:01d'aller faire une recherche
03:02qui soit pas du naturalisme et tout
03:04parce que souvent au cinéma,
03:05il faut qu'on joue un peu comme dans la vie
03:06et là, elle ne voulait pas que ça sonne
03:08comme dans la vie,
03:08elle voulait que ça sonne comme au cinéma.
03:10Et ça, je trouve que c'est intéressant
03:11parce que c'est souvent un travail
03:13que je fais au théâtre,
03:14mais au cinéma,
03:15ce n'est pas si souvent
03:16qu'il y a un intérêt pour la langue,
03:19presque pour une certaine musique,
03:21pour une certaine forme d'esthétisme
03:24qui ne soit pas naturaliste.
03:27Non, moi, j'ai pu rêver
03:28et je rêve encore d'être détective,
03:30d'être Sherlock Holmes.
03:31C'est-à-dire que l'ordre, l'autorité,
03:34tout ça, ça m'a toujours déplu.
03:35Mais les enquêtes, le mystère...
03:38Non, ce que j'aime chez les détectives,
03:39c'est la solitude aussi.
03:41J'aime la solitude du détective.