00:25Le Pêcheur Mexique
00:30Les amis, nous buvons du vin et nous jouons de la guitare. J'ai une vie bien remplie. Écoutez-moi.
00:37Commencez par pêcher plus longtemps.
00:40Avec les bénéfices, vous achèterez un gros bateau.
00:43Vous ouvrirez votre propre usine.
00:45Vous quitterez votre village pour Mexico, puis New York, d'où vous dirigerez toutes vos affaires.
00:50New York.
00:52Et après ?
00:54Après, vous introduirez votre société en bourse et vous gagnerez des millions.
00:57Des millions.
00:59Et après ?
01:00Après !
01:01Vous pourrez prendre votre retraite, habiter un petit village au bord de la mer, faire la grasse matinée, pêcher un
01:07peu, jouer avec vos enfants, faire la sieste avec votre femme et passer vos soirées à boire et à jouer
01:12de la guitare avec vos amis.
01:20Peut-on imaginer plus absurde ?
01:26Aucun Mexicain ne porterait ça.
01:35Supposons qu'à un moment donné, un certain nombre de gens travaillent à fabriquer des épingles.
01:40Ils fabriquent autant d'épingles qu'il en faut dans le monde entier en travaillant, disons, huit heures par jour.
01:46Quelqu'un met au point une invention qui permet au même nombre de personnes de faire deux fois plus d
01:50'épingles qu'auparavant.
01:52Bien.
01:54Mais le monde n'a pas besoin de deux fois plus d'épingles.
01:58Les épingles sont déjà si bon marché qu'on en achètera guère davantage, même si elles coûtent moins cher.
02:03Dans un monde raisonnable, tous ceux qui sont employés dans cette industrie se mettraient à travailler quatre heures par jour
02:10plutôt que huit et tout irait comme avant.
02:14Mais dans le monde réel, on craindrait que cela ne démoralise les travailleurs.
02:24Les gens continuent donc à travailler huit heures par jour.
02:27Il y a trop d'épingles.
02:30Des employeurs font faillite.
02:32Et la moitié des ouvriers perdent leur emploi.
02:36Au bout du compte, la somme de travail est la même dans ce cas-ci que dans l'autre.
02:42Sauf que la moitié des individus concernés en sont réduits à l'oisiveté totale,
02:45tandis que l'autre moitié continue à trop travailler.
02:49On garantit ainsi que le loisir, par ailleurs inévitable, sera cause de misère pour tout le monde,
02:53plutôt que d'être une source de bonheur universel.
02:59Peut-on imaginer plus absurde ?
03:03Et d'abord, qu'est-ce que le travail ?
03:06Il existe deux types de travail.
03:09Le premier consiste à déplacer une certaine quantité de matière se trouvant à la surface de la Terre ou dans
03:13le sol.
03:15Le second, à dire à quelqu'un d'autre de le faire.
03:22Le premier type de travail est désagréable et mal payé.
03:25Le second est agréable et très bien payé.
03:30Le second type de travail peut s'étendre de façon illimitée.
03:33Il y a non seulement ceux qui donnent des ordres,
03:36mais aussi ceux qui donnent des conseils sur le genre d'ordre à donner.
03:42Normalement, deux sortes de conseils sont donnés simultanément par deux groupes organisés.
03:46C'est ce qu'on appelle la politique.
03:49Il n'est pas nécessaire pour accomplir ce type de travail de posséder des connaissances dans le domaine où l
03:53'on dispense des conseils.
04:02Ce qu'il faut, par contre, c'est maîtriser l'art de persuader par la parole et par l'écrit,
04:06c'est-à-dire l'art de la publicité.
04:10Il existe une troisième classe d'individus, plus respectée que ne l'est aucune des deux autres.
04:14Ce sont des gens qui, parce qu'ils possèdent des terres,
04:17sont en mesure de faire payer aux autres le privilège d'être autorisés à exister et à travailler.
04:24Ces propriétaires fonciers sont des oisifs.
04:26Et on pourrait donc s'attendre à ce que j'en fasse l'éloge.
04:30Malheureusement, leur oisiveté n'est rendue possible que par l'industrie des autres.
04:35En fait, leur désir d'une oisiveté confortable est, d'un point de vue historique,
04:38la source même du dogme du travail.
04:41La dernière chose qu'ils voudraient serait que d'autres suivent leur exemple.
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