00:00Europe 1. Pascal Pro et vous.
00:04Eve Wagerland est avec nous, elle est enseignante en collège et lycée.
00:07Elle a écrit le livre « Un prof ne devrait pas dire ça, chose vue et chose tue dans l
00:10'éducation nationale ».
00:11Où est-ce que vous enseignez ?
00:12Alors actuellement j'enseigne sur Paris, dans un petit collège, plutôt tranquille,
00:17donc pas du tout le type d'établissement qui est concerné,
00:20mais j'ai connu par le passé un blocage dans un établissement assez difficile dans l'Essonne.
00:25Donc j'ai vu vraiment comment ça se déroulait avec un élève blessé.
00:30Il y a des élèves qui sont, comme je disais, entièrement victimes,
00:33parce que là en l'occurrence c'était un élève qui voulait accéder à l'établissement pour aller en cours
00:38et qui a reçu un explosif dans la capuche de son souhait.
00:43Ça a explosé au niveau de son oreille.
00:47C'était un drame, la famille était désemparée,
00:50c'était quelqu'un qui faisait en plus des arts martiaux,
00:52qui a perdu des points d'audition, qui a perdu l'équilibre.
00:57Voilà.
00:57Donc il faut penser aussi, parce qu'on nous fait entendre constamment ces jeunes
01:03avec des pseudo-revendications,
01:05et on oublie ceux qui voudraient aller en cours travailler en fait.
01:08Je rappelle que vous êtes enseignante, agrégée et docteure en lettres modernes.
01:12À 16h18 vous êtes sur l'antenne d'Europe 1 et vous enseignez dans plusieurs collèges.
01:16Vous avez enseigné, donc la petit collège, collège c'est 6e, 3e.
01:20Ce qui est toujours intéressant, c'est parfois les anecdotes.
01:23Est-ce que les élèves... 6e, 5e votre classe ?
01:28Cette année ?
01:28Oui.
01:29J'ai essentiellement des 5e et des 4e.
01:31Et combien d'élèves dans la classe à peu près ?
01:36Une petite trentaine.
01:37Est-ce que tout le monde sait lire ?
01:40Non, malheureusement.
01:41Désormais il y a des tests qui sont réalisés en début d'année,
01:44ça permet de bien prendre la température.
01:46D'ailleurs il faudrait peut-être arrêter de prendre la température
01:48et maintenant passer aux actes.
01:50Donc vous avez des élèves de 5e qui ne savent pas lire de manière fluide.
01:55Tout à fait.
01:55Mais qui déchiffrent quand même, j'imagine, les lettres, rassurez-moi.
01:58On en a certains qui anonnent, clairement,
02:02comme on l'attendrait d'un élève de primaire.
02:04Et ils sont français ?
02:05Oui, alors ça dépend.
02:08Ils ne viennent pas de l'étranger ?
02:09Ça dépend, je pense aussi à des élèves,
02:11là en accompagnement particulier,
02:14j'ai des élèves de 6e également,
02:16où là on peut dire qu'ils ne savent pas lire,
02:18parce que vraiment ils vous lisent la phrase et vous ne comprenez rien.
02:21Et pourquoi ils ne savent pas lire ?
02:22Par exemple, si on prend un exemple,
02:24qu'est-ce qui fait qu'un élève,
02:26on va essayer de prendre un exemple pour comprendre,
02:27qu'est-ce qui fait qu'un élève ne sait pas lire ?
02:30Pourquoi ?
02:30C'est un cumul de facteurs,
02:31parce qu'il y a les problèmes de méthode.
02:34On sait que la méthode globale a fait des ravages
02:36et qu'elle n'est pas encore éradiquée.
02:39Mais moi, j'aime bien aussi parler des autres facteurs,
02:42parce qu'effectivement, il y a ce problème lié au pédagogisme,
02:46au fait qu'on n'est plus censé transmettre le savoir à l'école,
02:49mais que l'élève doit être dans une recherche personnelle
02:51avec un prof qui est juste là pour encadrer.
02:54Mais on a aussi le facteur de la discipline,
02:56qui pour moi est déterminant,
02:57c'est-à-dire, je ne cesse de répéter,
02:59qu'une classe où c'est le bazar,
03:01où le prof perd 80% de son énergie
03:03à faire la discipline,
03:04à se faire humilier et insulter par certains,
03:07il n'est plus en train d'enseigner.
03:08Ça vous est arrivé ?
03:09Bien sûr, bien sûr.
03:10Vous avez été insultée ?
03:13L'année dernière, au mois de juin,
03:15j'étais dans un lycée dans Paris,
03:18dans le 16e arrondissement,
03:19et j'ai été insultée le dernier jour,
03:22parce que j'ai voulu faire cours.
03:23Apparemment, le dernier jour de l'année,
03:25j'étais à un groupe d'élèves
03:27que j'avais exclu,
03:28donc je n'ai pas pu trouver en plus le responsable,
03:31il n'y a eu aucune suite,
03:33dans le couloir.
03:34Je ne vous dis pas l'insulte,
03:35parce qu'elle était assez énorme.
03:36Et les autres élèves, qu'est-ce qu'ils disent ?
03:38Ah mais là, c'était après le cours, en fait.
03:40D'accord.
03:41Et que dit la hiérarchie ?
03:42Là, je n'ai même pas essayé de faire remonter.
03:44J'avais fait des rapports pendant toute l'année
03:46sur cette classe,
03:47qui était restée gentiment bongée,
03:50et dans un établissement ghettoisé,
03:53avec les effets de cartes scolaires,
03:54de logements sociaux,
03:55de fuite dans le privé.
03:57Maintenant, dans Paris,
03:59on a ce phénomène.
04:00Mais vous n'avez pas envie d'aller dans le privé, parfois ?
04:01Est-ce que c'est plus calme dans le privé ?
04:03Oui.
04:04Il n'y a pas ce type de...
04:05C'est difficile.
04:06Parce que le privé a le pouvoir
04:07d'exclure un élève.
04:09Que n'a pas le public,
04:10puisqu'un élève prétendument exclu
04:12est toujours replacé,
04:13il ira nuire ailleurs,
04:14y compris des polyexclus,
04:16on les appelle,
04:16qui ont été exclus 4 ou 5 fois.
04:18Vous enseignez depuis combien de temps ?
04:20Depuis 2014.
04:21Donc ça fait 12 ans.
04:22Et ça s'est détérioré depuis 12 ans ?
04:25Je crois, oui.
04:26Moi, j'ai l'impression, tous les ans,
04:27de voir que ce soit sur le plan du niveau,
04:31du comportement,
04:32et aussi l'abandon, en fait.
04:34Mais il y a des bons élèves, quand même ?
04:36Oui.
04:37Ça c'est important, il y a des bons élèves.
04:38Et ces bons élèves, ils sont bons
04:40parce que les parents sont présents,
04:41parce qu'ils les accompagnent,
04:43parce qu'entre guillemets,
04:44ils sont bien élevés, comme on disait jadis ?
04:46Bien sûr, il y a le suivi des familles,
04:48des parents qui sont soucieux, etc.
04:50Puisqu'en fait, maintenant,
04:51avec une école qui exige très peu des enfants,
04:54et où il y a très peu de cadres disciplinaires
04:55qui est posé,
04:56il faut que ça se fasse à la maison,
04:57parce que ça ne se fera pas à l'école.
04:59Et c'est pour ça que notre école
05:00reproduit les inégalités sociales,
05:02parce qu'en fait,
05:02un enfant qui n'a pas eu la chance
05:04de recevoir la culture,
05:05un minimum d'éducation et de cadres à la maison,
05:08il ne l'aura pas à l'école.
05:11Formidable témoignage à l'instant
05:14de Ève Vaguerland,
05:15qui est avec nous,
05:16enseignante au collège-lycée,
05:17je le disais,
05:18on va être avec Imad peut-être,
05:20ou avec Armand,
05:21Armand qui nous écoute.
05:23Bonjour Armand,
05:23vous avez quel âge Armand ?
05:25Bonjour, j'ai 15 ans.
05:27Ah, vous avez 15 ans Armand.
05:29Alpes-Maritime.
05:30Vous êtes en quelle classe Armand ?
05:32En première.
05:33Première.
05:34Première générale.
05:35Bon, est-ce que vous êtes un bon élève ?
05:38Je me qualifierais comme étant un bon élève,
05:41oui.
05:42Bon.
05:43Pas perturbateur à l'écoute.
05:44Bon, est-ce que vous diriez
05:46que vous avez une bonne maîtrise
05:48du français,
05:49de l'orthographe,
05:50du vocabulaire
05:50et de la grammaire ?
05:52Oui.
05:53Ben c'est bien.
05:54Bon, ça c'est bien.
05:55Est-ce que par exemple,
05:56en ce moment,
05:56vous êtes en train de lire un roman,
05:58un essai,
05:58un récit,
05:59une biographie,
05:59que sais-je.
06:00Est-ce qu'il y a un livre en chantier ?
06:02Alors, dans le cadre scolaire,
06:04oui,
06:04mais dans le cadre plus privé,
06:08non.
06:09Je ne suis pas un très grand lecteur.
06:10Ça veut dire que vous ne lisez pas du tout ça,
06:12je ne suis pas un très grand lecteur.
06:13Ça veut dire,
06:14est-ce que par exemple,
06:15cet été,
06:15est-ce que cet été,
06:16vous avez ouvert un livre ?
06:19Euh, non.
06:21Non.
06:24Je suis...
06:25Bon, je vous rassure,
06:27je ne vais pas faire le malin,
06:29je ne lisais pas à 15 ans
06:30la chartreuse de Parme sur la plage.
06:32Bon, je ne vais pas non plus raconter de salade,
06:34mais bon.
06:36Est-ce que vous vous faites grève ?
06:40Non, moi je ne le fais pas.
06:42Bon, ben donc, tout va bien.
06:44Mais votre lycée est bloqué ?
06:46Mon lycée est bloqué.
06:47Et pourquoi il est bloqué, votre lycée ?
06:50Parce qu'il y a des élèves
06:51qui font la manifestation,
06:53qui mettent le feu devant le lycée,
06:55qui cassent...
06:57qui font des casses devant le lycée,
06:58qui jettent des poubelles,
07:00ils mettent feu,
07:01prennent des scooters
07:02et les jettent par-dessus le portail.
07:06Vous êtes dans quelle ville,
07:07Alpes-Maritimes ?
07:08Vous êtes à Nice ?
07:09C'est ça.
07:10C'est un lycée public ou un lycée privé ?
07:13Un lycée public.
07:14Bon, ceux qui mettent le feu,
07:16comme vous dites,
07:17c'est vos petits camarades de classe ?
07:22Pas dans ma classe.
07:23Non, dans ma classe,
07:24je ne crois pas.
07:25Dans ma classe,
07:25ce sont plus aussi des personnes
07:26qui se mettent à l'écart.
07:29Bon, est-ce que vous diriez
07:30que ces jeunes sont politisés,
07:31comme le disait Ève à l'instant ?
07:34Ou manipulés ?
07:36Je dirais que oui.
07:37Ils sont manipulés par qui ?
07:40Politisés par quoi ?
07:42Par qui, par quoi ?
07:43On parle de partis ou de personnes ?
07:45Disons par oui,
07:47par courant politique.
07:50Plutôt du côté LFI, je dirais.
07:52Mais alors, comment ça se passe ?
07:53Il y a des personnes de l'extérieur
07:56qui viennent leur parler,
07:58les manipuler ?
08:00Je pense que ça se passe
08:01beaucoup plus sur les réseaux sociaux.
08:03Les réseaux sociaux sont
08:03beaucoup plus centrés à LFI.
08:08Oui, les réseaux sociaux
08:09sont largement plus centrés à LFI
08:11et comme tous les jeunes aujourd'hui
08:12sont sur les réseaux sociaux,
08:14je n'en fais pas partie,
08:15je n'y suis pas.
08:16Vous n'êtes pas du tout
08:16sur les réseaux sociaux ?
08:18Pas du tout.
08:19Ni sur Twitter,
08:20ni sur Facebook,
08:21ni sur Instagram,
08:22ni sur rien du tout ?
08:23Non plus.
08:24Non, non, non.
08:25C'est rare.
08:25Bah oui, c'est assez fréquent.
08:27C'est rare.
08:29C'est rare.
08:30C'est même unique au monde.
08:31Pourquoi ?
08:32C'est vos parents
08:32qui ont pris cette décision
08:34ou c'est vous ?
08:35Bah, mes parents ne...
08:38À vrai dire,
08:39j'en vois pas trop l'utilité.
08:40Mes parents sont...
08:42pas pour non plus.
08:44Mais en attendant, non.
08:45Donc vous n'êtes pas...
08:46Je ne me sens pas intéresser.
08:47Vous n'êtes pas toute la journée
08:48rivé les yeux sur votre smartphone ?
08:53Non.
08:54Pas sur téléphone, non.
08:56C'est pas un nom franc et massif.
08:57C'est un petit nom.
08:59C'est un petit nom,
09:00mais après, je ne sais pas trop
09:01à qui je me compare.
09:02Si je me compare aux jeunes d'aujourd'hui,
09:04par exemple, non.
09:05Non, non, non, non.
09:06C'est un nom affirmatif.
09:07Qu'est-ce qu'ils demandent ?
09:08C'est quoi la revendication première
09:11de ces jeunes qui manifestent ?
09:14La revendication, je dirais que...
09:15Enfin, j'ai entendu dire
09:17que c'était l'emploi du temps,
09:20une remise en état
09:21de l'internat du lycée
09:23qui est apparemment...
09:26qui est très mal organisée.
09:28Bon, on en parle après la pause.
09:29Mais restez avec nous
09:30parce que c'est passionnant.
09:31D'abord, vous vous exprimez très bien.
09:33C'est agréable.
09:34Vous avez 15 ans.
09:35Armand est avec nous.
09:36Et il y a également
09:37Ève Vaguerland,
09:39enseignante en collège-lycée.
09:40Et avec un élève et avec un prof,
09:43je trouve qu'on apprend plein de choses.
09:44A tout de suite.
09:44Et si comme Armand,
09:45vous avez votre lycée bloqué
09:470 1 80 20 39 21
09:49pour réagir avec Pascal Praud
09:51sur Europe.
09:51Merci.