00:007h, 9h, Europe 1 Matin.
00:03L'édito politique sur Europe 1 avec Le Figaro. Bonjour Alexis Braset.
00:06Bonjour Dimitri, bonjour à tous.
00:08Alexis, ce matin Sébastien Lecornu présente en Conseil des ministres son projet de budget pour 2027.
00:13Vous pensez que ce budget a une chance de passer Alexis ?
00:16C'est tout le paradoxe de la situation Dimitri, un paradoxe tragique d'ailleurs.
00:21La France, probablement depuis la guerre, n'a jamais eu autant besoin d'un budget,
00:27mais il n'a jamais été si peu probable que ce budget soit voté par l'Assemblée.
00:32Alors on ne va pas assister sur la nécessité absolue pour notre pays de pouvoir afficher qu'il sait où
00:37il va.
00:38La France est étranglée par la dette, les marchés financiers sont sur les dents
00:42et alors qu'une crise financière peut nous tomber dessus à tout le monde,
00:45ce serait évidemment désastreux de donner le signal d'une France à la dérive incapable de se doter d'un
00:50budget.
00:50Bon, mais malheureusement, le calendrier politique rend ce vote quasiment impossible.
00:57Pourquoi ? Parce qu'à six mois de la présidentielle, personne, hormis les représentants du bloc central et encore,
01:03ne peut donner son aval explicite ou même son assentiment implicite
01:08à l'acte politique qui résume et qui cristallise toute l'action gouvernementale.
01:12La colère est telle dans ce pays que tout l'enjeu de la bataille présidentielle,
01:17pour LFI, pour le PS, pour le Rennes et même pour LR,
01:20c'est d'incarner la rupture avec les années Macron.
01:24Chaque candidat veut pouvoir dire « je ferai le contraire de l'actuel président ».
01:27Bon, bah évidemment, il vaut mieux ne pas avoir voté son dernier budget.
01:31Bon, donc c'est fichu Alexis, ce budget ne passera jamais.
01:33Alors c'est pas forcément fichu Dimitri.
01:35Parce que si personne, pour les raisons que nous venons de dire,
01:38n'a intérêt à endosser politiquement le budget,
01:42personne, en tout cas personne qui espère gouverner un jour,
01:45n'a intérêt non plus à endosser la responsabilité d'une crise politique
01:50qui pourrait accoucher très vite d'une crise financière gravissime.
01:54Parce qu'apparaître comme le naufrageur de la France,
01:57c'est pas très bon quand on nourrit une ambition présidentielle.
01:59Et si jamais on est élu, ce n'est pas non plus un sort très enviable
02:03de se retrouver sous la tutelle du FMI,
02:05contraint de renoncer à son programme
02:07pour mettre en oeuvre une politique d'austérité.
02:09Donc, si on réfléchit bien,
02:11ce qu'il faudrait, et au fond ça arrangerait tout le monde,
02:15c'est une solution juridique
02:16qui garantisse à la France un budget,
02:18mais qui permette aux partis et aux candidats d'opposition
02:21de s'exonérer de la responsabilité de ce budget.
02:24Alors bon, je sais, c'est un peu technique, c'est un peu compliqué, pardon,
02:26mais cette solution, elle est prévue par la Constitution,
02:30même si elle n'a jamais encore été utilisée.
02:32Ce sont les ordonnances.
02:34Au bout de 70 jours de discussion,
02:36si le budget n'est toujours pas voté,
02:38le gouvernement peut décider de l'appliquer par ordonnance
02:41dans sa version initiale.
02:44Évidemment, les groupes politiques court-circuités
02:46par cette procédure votent la censure,
02:48le gouvernement tombe,
02:50mais le budget, lui, entre en application.
02:52C'est toute la différence avec le 49-3
02:55qui, si la censure est votée,
02:57aboutit, lui, au rejet pur et simple du budget.
02:59Et c'est d'ailleurs ainsi qu'Emmanuel Macron aurait voulu
03:01qu'on procède l'an dernier.
03:02Mais à l'époque, l'an dernier,
03:04donc Sébastien Lecornu n'avait pas voulu recourir aux ordonnances.
03:07Pourquoi est-ce qu'il le voudrait cette année ?
03:09Pour une raison assez simple, Dimitri.
03:10En 2025, s'il avait utilisé le forceps des ordonnances,
03:14le budget aurait été adopté, on vient de le dire,
03:16mais il aurait été contraint, lui, Lecornu,
03:194 mois après sa nomination,
03:20de laisser la place à un autre Premier ministre.
03:22Et c'est la raison pour laquelle
03:23il a préféré la voie de la négociation avec le PS.
03:26Ça nous a tout de même coûté la bagatelle
03:28de l'abandon de la réforme des retraites.
03:30Mais cette année, en 2026, c'est très différent.
03:33D'abord, le PS ne veut plus négocier.
03:34Donc cette voie-là, Dieu merci, est bouchée.
03:36Et puis ensuite, Sébastien Lecornu,
03:38même s'il est censuré,
03:40et dans cette hypothèse, il le saura,
03:42il n'est plus obligé de quitter Matignon.
03:44Parce qu'à 4 mois d'un scrutin présidentiel,
03:47on ne nomme pas un nouveau Premier ministre,
03:49on garde l'ancien jusqu'au bout,
03:51démissionnaire, certes,
03:52mais chargé des affaires courantes.
03:53Et c'est ainsi, grâce à ces ordonnances,
03:56que le bon docteur Lecornu
03:58peut espérer rester dans l'histoire
04:00comme celui qui, sans aucune majorité,
04:03aura fait adopter non pas un, mais deux budgets.
04:05L'édito politique sur Europe 1,
04:07merci Alexis Brézé.
04:08Alors c'est le plan, les ordonnances,
04:09on verra s'il l'entre en application.
04:11À la une du Figaro ce jour, justement,
04:13le budget entre crise et censure,
04:15la voix étroite de Sébastien Lecornu.
04:17Merci beaucoup Alexis, bonne journée.