00:015h, 7h, Europe 1 bonjour, Europe 1 il est 5h42, votre invitée, Alexandre Lemaire, c'est Eve Wagerland, essayiste, enseignante
00:09à Paris, autrice de l'ouvrage, un prof ne devrait pas dire ça, chose vue et chose tue, aux éditions
00:15de l'Artilleur.
00:16Bonjour Eve Wagerland, les blocages de lycées et les violences qui les accompagnent ont encore pris de l'ampleur hier,
00:23donnant le sentiment d'ailleurs que la situation est hors de contrôle.
00:25Les forces de l'ordre ont recensé 900 actions sur tout le territoire, Sébastien Lecornu a tenu une réunion d
00:31'urgence à Matignon, comment sortir de cette crise qui dégénère partout en France ?
00:37Eve Wagerland, vous avez aussi enseigné dans l'Essonne, dans des lycées plutôt difficiles, d'abord première question que j
00:43'ai envie de vous poser, comment en est-on arrivé là ?
00:46Est-ce qu'il y a à ce point une colère sourde que vous sentiez grondée ou est-ce que
00:50c'est pour vous la surprise totale ?
00:51Alors, ça n'est pas du tout une surprise, en même temps je ne parlerai pas de colère, je n
00:56'ai pas envie de reprendre ce terme qui est le terme qui est en train de s'imposer dans le
01:01langage médiatique pour parler de l'attitude des lycéens.
01:04Je ne vois pas de quelle colère il s'agirait, je ne vois pas pourquoi ces lycéens seraient en colère.
01:10Mais qu'il faut-il dire alors ?
01:11Il n'y a aucune raison de l'être, ils sont agressifs, ils saccagent, disons qu'il n'y a
01:19aucune raison légitime, voilà c'est pour ça que je refuserai le mot colère, c'est qu'il me semble
01:25que ce terme tend à justifier, à légitimer.
01:29Mais en même temps vous n'êtes pas surprise dites-vous ?
01:31Non, pas du tout parce qu'en fait on a là le résultat de décennies de laxisme en fait total.
01:38Si l'on vous suit, la mobilisation des lycéens dans leurs revendications d'origine, qui serait devenues inaudibles de fait,
01:43mais dans leurs revendications d'origine, est-ce que vous diriez qu'elle est sincère ?
01:47Manque d'enseignants, classe surchargée, absence de moyens pour les établissements ?
01:50Pas du tout, c'est une mascarade orchestrée par quelques personnes d'extrême gauche qui reprennent des mantras du monde
01:58syndical sur le monde de moyens, mais tous les élèves qu'on entend être interviewés en pensant qu'ils sont
02:05en train de réciter un discours et ils ne comprennent même pas ce qu'ils disent.
02:10C'est tout simplement hallucinant en fait d'entendre des élèves réclamer des profs et en même temps les agresser
02:16dans la rue et ils croient sincèrement qu'ils vont les faire venir.
02:21Les profs vont fuir ce genre de zone de plus en plus et ce type de revendication ne va certainement
02:28pas améliorer la situation.
02:29Par ailleurs, les images sont extrêmement parlantes. On voit des élèves qui prétendument réclament davantage de moyens jubiler devant l
02:39'incendie de leur établissement.
02:41Oui, il y a tout le moins un paradoxe.
02:43Oui, c'est plus que paradoxal.
02:46Oui, les violences, les violences, Eva Guerlant, des lycées incendiées en effet, des professeurs attaqués, les proviseurs d'au moins
02:53six lycées agressés hier, ainsi que les forces de l'ordre à Marseille.
02:57Voilà d'autres images particulièrement frappantes. On a vu des jeunes pillés et incendiés un camion des marins pompiers.
03:03Vous avez l'impression qu'un cap a été franchi en tant qu'enseignante, en tant que professeure ?
03:08Oui, oui, mais encore une fois, c'est vraiment dans la stricte continuité de ce que j'observe depuis très
03:13longtemps.
03:16Et simplement, à chaque fois, effectivement, on franchit un palier en matière de violence.
03:21Moi, je répète depuis des années qu'on appelle le lycéen parfois des jeunes délinquants qui sont scolarisés, mais qui
03:30n'ont rien à voir avec des élèves, qui ne méritent absolument pas ce titre.
03:34Quand on a affaire régulièrement à la police, quand on est un mineur violent, on passe l'été à commettre
03:43des méfaits envers la police notamment.
03:46Évidemment, on n'a pas sa place dans un établissement scolaire, tout simplement, mais ça, on ne veut pas le
03:53voir.
03:53Le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, va recevoir aujourd'hui les associations de parents d'élèves, les associations lycéennes
04:01également.
04:02Mais la question, c'est comment sortir de la crise ?
04:04Moi, j'ai peur qu'encore une fois, on essaie de gagner du temps.
04:09Là, le ministre va calmer le jeu en faisant mine de prêter l'oreille aux pseudo-revendications qui vont lui
04:17être présentées.
04:19Mais, encore une fois, là, il faudrait être dans une répression extrêmement sévère.
04:25Il faudrait exclure les jeunes qui orchestrent ces blocages.
04:31Ils sont assez peu nombreux, les élèves réellement politisés au sein des établissements.
04:37Une répression extrêmement sévère.
04:39Vous êtes consciente que, compte tenu de cette situation vraiment explosive,
04:43ce qu'il y a dans toutes les têtes et celle des forces de l'ordre au premier plan,
04:47c'est le risque d'un accident, d'un accident dramatique.
04:50Bien sûr, mais en fait, c'est à force d'avoir peur.
04:53Ça fait des années, en fait, qu'on ne fait rien, qu'on laisse les lycéens bloquer les établissements
04:57et faire n'importe quoi, parce qu'on a peur, justement, d'un accident concernant, en fait,
05:02nos politiques sont absolument terrifiées, effectivement tétanisées,
05:06qu'il y ait un accident portant sur un lycéen.
05:09Mais, encore une fois, on a ici des élèves qui sont ultra-violents, pour certains d'entre eux,
05:14qui sont politisés.
05:16L'accident, il va avoir lieu de toute façon.
05:19On a des élèves, déjà, qui sont blessés par des tirs de mortier.
05:25Donc, ça n'est pas toujours en gagnant du temps, en repoussant le moment d'agir fermement,
05:30qu'on arrivera à quelque chose.
05:32Effectivement, nous entendons vos reproches dirigées vers l'exécutif.
05:37Vous rejoignez, ou Matignon vous rejoint, puisque Matignon estime que LFI et ses proxys de l'ultra-gauche
05:43sont à l'origine du mouvement, pour citer les services du Premier ministre, Eva Guerlain.
05:47Tout à fait. En fait, on voit très bien, encore une fois, que la masse des lycéens qui bloquent
05:53ne sont, en fait, que des jeunes un peu ensauvagés, ravis de sécher les cours,
06:00mais qui sont manipulés, entraînés par quelques-uns,
06:03qui, là, sont effectivement politisés, extrêmement militants, voire fanatisés, j'ai envie de dire,
06:10et qui, eux, sont clairement de tendance à la France insoumise.
06:15Ils ont été, de toute façon, les blocages ont été soutenus par les politiques de ce bord.
06:21Oui, parce qu'après le maire de Saint-Denis, Balit Bagayoko,
06:24et malgré l'évidente aggravation des violences,
06:26on a encore entendu hier le député insoumis Aurelien Lecoq dire à son tour
06:30que cette mobilisation était légitime, Eva Guerlain.
06:34Quand le ministre Edouard Geffray demande que les cours soient assurés à distance,
06:39quand des dégradations ou des blocus empêchent l'accueil des élèves en toute sécurité.
06:42Ça vous fait réagir ? Ça ne vous paraît pas possible, déjà ?
06:45En fait, pour moi, c'est encore une reculade,
06:48de prévoir de s'organiser pendant plusieurs jours.
06:51Ça veut dire qu'on est en visage plusieurs jours de blocage.
06:54Moi, j'ai déjà vu un blocage s'organiser.
06:57Encore une fois, les élèves réellement politisés sont très peu nombreux.
07:00Ils arrivent le matin tôt, ils mettent quelques poubelles, quelque chose.
07:04Il faut, à ce moment-là, qu'il y ait un service d'ordre qui les arrête immédiatement
07:11et les suivants rentreront dans l'établissement normalement.
07:15On voit l'inquiétude manifeste au sommet de l'État.
07:18On voit également, par effet de contagion, les universités rejoindre le mouvement des lycéens.
07:23Au point qu'on entend certains commencer à faire le parallèle avec les prémices de mai 68, Eva Guerlain.
07:28Est-ce que c'est ça que vous avez en tête, vous aussi ?
07:31Je pense que c'est bien pire que mai 68, parce que mai 68 était quand même,
07:39même si j'ai une distance critique par rapport à ces événements,
07:43évidemment, un mouvement qui comportait une dimension libératrice, on va dire, un peu positive.
07:49Là, c'est de l'hostilité pure, de la haine des institutions,
07:55du rejet, encore une fois, des professeurs, de l'instruction,
07:58de tout ce qu'on offre à notre jeunesse.
08:00C'est extrêmement inquiétant, extrêmement grave.
08:03Peut-être qu'effectivement, ça pourrait prendre des dimensions comme ça,
08:06très larges à l'échelle nationale, touchant aussi les universités,
08:10mais c'est beaucoup plus grave encore, je pense.
08:13On vous a entendu, Eva Guerlain, essayiste.
08:17Essayiste, enseignante à Paris.
08:18Je rappelle votre livre,
08:19« Un prof ne devrait pas dire ça, chose vue et chose tue »,
08:23c'est aux éditions de l'Artilleur.
08:24Merci d'avoir été avec nous ce matin sur Europe 1.
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