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  • il y a 8 heures
Fondée il y a 15 ans par Pauline Laigneau, Gemmyo s’est fait une place dans le paysage de la joaillerie française en bousculant certains de ses codes, avec un modèle pensé dès l’origine autour du digital, une production à la commande et une approche plus contemporaine du bijou. À l’occasion de cet anniversaire, Pauline Laigneau revient sur les débuts de la marque, son évolution et les nouvelles attentes des consommateurs, mais aussi sur les transformations du goût et du marché de la joaillerie, au micro de Sibylle Aoudjhane dans ART DE VIVRE.

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Transcription
00:04Comment créer-t-on une marque de bijoux à partir d'une page blanche ?
00:08Gemio fête cette année, c'est 15 ans.
00:10Et en 15 ans, la marque française de joaillerie a réussi à se faire une place dans le secteur particulièrement
00:15concurrentiel de la joaillerie.
00:16En misant notamment sur le modèle pensé autour du digital, aussi de la production à la commande et d'une
00:23joaillerie forcément plus contemporaine.
00:25Pour cette première grande interview d'art de vivre de la saison, je vous emmène dans l'une des boutiques.
00:30De Gemio à Paris et je suis ravie de recevoir sa fondatrice et directrice artistique, Pauline Légnot.
00:36Bonjour.
00:36Bonjour.
00:37Merci beaucoup d'être avec nous pour cette première interview.
00:3915 ans, ça se fête.
00:41Ça se fête évidemment, en grande pompe.
00:44En grande pompe.
00:45Alors si vous pouviez parler à la Pauline Légnot d'il y a 15 ans, qu'est-ce que vous
00:51lui diriez aujourd'hui ?
00:52Est-ce qu'il y a des erreurs que vous aimeriez refaire ou des erreurs que vous lui diriez là
00:57?
00:57Peut-être qu'on aurait fait un petit détour.
00:59Alors je pense qu'en 15 ans, j'ai fait mon lot d'erreurs.
01:01On en a fait évidemment.
01:02En même temps, c'est ce qui nous a amenés là où on en est aujourd'hui.
01:05Et donc, je ne les regrette pas.
01:06Je pense que c'est ce qui nous a appris aussi le métier.
01:09Parce que vous savez, moi, je ne venais pas du monde de la joaillerie.
01:11On a créé l'entreprise avec mon mari pour une histoire personnelle quand on cherchait notre bac de fiançailles.
01:16Et donc, on a tout appris en faisant sur le tas.
01:20Donc, j'ai fait des erreurs en design, j'ai fait des erreurs en images, en retail, à peu près
01:24dans tous les domaines, j'ai fait des erreurs.
01:26Mais je pense que c'est aussi le fait qu'on venait de l'extérieur, en fait, de ce monde
01:30-là, qui fait qu'on a apporté un regard neuf.
01:32Oui.
01:33Et qu'on a une certaine indépendance d'esprit chez Gemio.
01:35Et on fait les choses de notre manière.
01:36Donc là, on est dans notre boutique qui n'est pas Place Vendôme, qui est juste comme un très bel
01:40appartement où les gens prennent rendez-vous pour passer un bon moment.
01:43Ça, c'est quelque chose d'assez étonnant, par exemple.
01:45Quelque chose de plus intime.
01:46Plus intime, qu'on essaie de rendre chaleureux, d'ailleurs, où vraiment les gens vont pouvoir prendre le temps d
01:52'essayer des pièces, d'être conseillés par nos équipes,
01:54qui d'ailleurs connaissent vraiment très, très bien à la fois le monde de la gemmologie, des pierres, de la
01:59fabrication, pour vraiment avoir un conseil très personnalisé et pertinent.
02:03Et donc, ça, c'est quelque chose qui était assez novateur, en fait, dans le monde de la joaillerie.
02:05Donc voilà, c'est pour dire que, oui, des erreurs, bien sûr, j'en ai fait beaucoup, mais je pense
02:09que c'est ça aussi, avec le recul, qui nous a permis de faire les choses à notre manière et
02:15finalement d'avoir ce succès.
02:16Justement, vous racontez souvent cette histoire personnelle, que vous cherchez une bague de fiançailles et que vous n'avez pas
02:23vraiment trouvé quelque chose qui vous ressemblait, mais surtout en termes d'expérience aussi.
02:27Et avec ce regard neuf, quel était votre rapport d'étonnement à l'époque ? C'était quoi qui vous
02:33perturbait ? Mais ça, il faut changer absolument.
02:35Écoutez, c'était il y a 15 ans, 2011, on se fiança avec mon mari, on n'a pas de
02:39bague de fiançailles, on n'a pas de bague de famille.
02:41Et je ne connaissais pas bien cet univers. On se dit avec mon mari, on va aller, place Vendôme, on
02:45va aller voir les maisons classiques de joaillerie pour découvrir cet univers rêvé, vivre cette aventure à deux.
02:51Et bien sûr, c'était merveilleux et honnêtement, je suis quand même tombée amoureuse, en fait, des pierres, de ces
02:57objets qui sont comme des sculptures sur les mains.
02:59Donc là, le rapport d'étonnement était très positif parce que je ne connaissais pas cet univers.
03:02Et comme souvent des jeunes femmes, d'ailleurs, on le découvre à l'occasion des fiançailles, vraiment, je suis tombée
03:06amoureuse.
03:07Je trouvais que c'était artistique. Il y a un côté symbolique très intéressant. C'est comme des pierres éternelles,
03:13naturelles, etc.
03:14Et en même temps, effectivement, il y avait ce contraste qui était que je trouvais que c'était froid, pas
03:19très intime, justement.
03:21On avait l'impression de rentrer. Il y avait des touristes qui allaient, qui venaient, qui n'étaient pas français.
03:25Et je me suis dit, mais en fait, est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose, une alternative
03:28où on pourrait avoir une expérience qui est plus sincère dans l'approche ?
03:31Une expérience, bien sûr, haut de gamme, mais où on se sent accueillie presque comme par des amis.
03:36Et donc, c'est parti réellement d'un besoin d'expérience, de plus de sincérité, en fait, dans l'approche.
03:43Et puis aussi, je dois vous le dire, j'avais une deuxième frustration.
03:45C'est qu'étant tombée amoureuse, j'ai adoré, en fait, toutes les pierres précieuses, les diamants, les diamants de
03:50couleur, les staphirs, les émeraudes.
03:52Et j'étais très frustrée parce qu'il n'y avait que du diamant.
03:54Alors, j'adore le diamant, je porte du diamant, mais c'est vrai que j'avais envie de pouvoir avoir
03:58plus de choix.
03:59Parce que je me dis que pour d'autres moments dans la vie, on a peut-être envie aussi d
04:01'avoir, voilà, un saphir, une émeraude, etc.
04:05Et donc, ce manque de choix, en fait, m'a beaucoup frustrée.
04:08Et c'est de là qu'est neigée, mais au final, le fait d'avoir cette expérience qui serait plus
04:12humaine, plus sincère,
04:13et en même temps, vraiment, un très vaste choix de pierres précieuses naturelles.
04:17Et plus de couleurs.
04:18Plus de couleurs.
04:18Et alors, justement, ce qui est intéressant, après, du coup, ça s'est matérialisé dans la construction de votre entreprise.
04:25Et quelque chose d'assez fort chez Genio, c'est le côté pas de stock, commande et production directement après.
04:34Comment est-ce que vous faites le lien, en fait, entre cette structure d'entreprise,
04:38cette presque une business line, et en fait, cette réponse à cette frustration que vous aviez ?
04:45Alors, c'est très drôle parce que maintenant, on rationalise et tout ça est très intelligent,
04:49alors qu'à l'origine, c'était totalement intuitif.
04:51C'est quand on parle 15 ans plus tard et que ça fonctionne bien.
04:54Exactement. Et vous savez, c'était intuitif et c'est ça qui est intéressant, je trouve.
04:56Et c'était aussi parti d'une contrainte qui était qu'on s'est dit avec mon mari,
05:00on veut créer une marque qui soit à notre image un peu différente.
05:03Toutes les marques de joaillerie créent des beaux produits et ensuite les distribuent dans différentes boutiques
05:07et donc ont beaucoup de stocks.
05:08Et en fait, on s'est rendu compte, nous, on était jeunes à l'époque,
05:11on n'avait pas d'argent particulier, on n'avait pas d'héritage familial.
05:13Et donc, on s'est dit, mais en fait, on ne va pas pouvoir fabriquer des bijoux en diamant,
05:17en pierre précieuse et en or, en mettre dans plein des boutiques, porter tout ce socle.
05:21Ça coûte très, très cher.
05:22À l'époque, j'étais tombée sur un chiffre, ça m'avait quand même rendu un peu folle.
05:26Je m'étais dit, mais c'est fou.
05:27Un joailler en France, à l'époque, détient un bijou 646 jours avant de réussir à le vendre.
05:33Donc, c'est-à-dire deux ans à peu près.
05:42Deux ans à peu près.
05:43Et de pratiquer des prix qui sont aussi très importants.
05:46Parce qu'en fait, naturellement, il y a tout ce socle à porter.
05:48Et donc, nous, ce n'était pas possible.
05:49On s'est dit, mais si on fabrique les bijoux à la commande,
05:51si on arrive à imaginer une chaîne de fabrication artisanale dans laquelle,
05:55et donc on fabrique 100% en France,
05:57vraiment, chaque bijou est fabriqué pour chaque client qui aura passé commande chez nous.
06:02Ce qui est formidable, c'est que de notre côté, on n'a pas de stock.
06:05Et donc, on peut se permettre de proposer des prix qui sont beaucoup plus respectueux des clients.
06:08Et d'autre part, un autre bénéfice, c'est qu'on peut proposer un choix beaucoup plus large de pierre.
06:12Parce que la réalité, c'est que quand vous avez des stocks,
06:15vous allez concentrer le stock sur quelques best-sellers.
06:17Vous n'allez pas pouvoir proposer autant de possibilités.
06:20Dans notre cas, en fait, il n'y a pas de problème.
06:21Puisqu'en réalité, le stock n'existe pas.
06:24Le bijou est fabriqué à la commande pour le client.
06:26Et c'est ce business model, en fait, assez fou,
06:29qui est né, en fait, de ces contraintes,
06:31qui a fait que Genio continue à exister et très bien se porter aujourd'hui.
06:35Mais pourquoi, du coup, les joailliers traditionnels avaient ce business model ?
06:39Et peut-être, vous, est-ce que c'était très compliqué à mettre en place ?
06:41Parce que si ça n'existe pas, surtout dans des systèmes d'approvisionnement de la joaillerie
06:46avec des pierres précieuses, ça doit être beaucoup plus compliqué.
06:48Je vais vous faire une réponse pas politiquement correcte, mais qui est vraie.
06:51C'est très difficile parce que vous êtes en flux tendu.
06:53Vous fabriquez en permanence, alors que sinon, vous fabriquez 10 000 fois la même pièce
06:57qu'ensuite, vous dispatchez dans toutes nos boutiques mondiales.
07:00C'est quand même passé quelque chose dans les années 80.
07:02Le luxe est énormément développé, c'est massifié.
07:04Et donc, en concentrant sur des produits qui sont des best-sellers,
07:08qui sont du coup plus fabriqués de manière artisanale, mais en général en usine,
07:11pour justement limiter les coûts et donc pour avoir des quantités plus importantes.
07:15Aussi, pourquoi ? Parce qu'en fait, la clientèle n'est en général plus une clientèle locale.
07:18C'est une clientèle de touristes qui, quand ils passent dans un dutiferé dans l'aéroport,
07:22veulent acheter un bijou coup de cœur qui est un bijou icône.
07:25Et ce que je comprends, il n'y a pas de problème pour le faire.
07:27Mais donc, en fait, si vous voulez, c'est un état d'esprit qui est complètement différent.
07:30Quand nous, on dit que Gemio est une joaillerie d'intention, c'est-à-dire que le client va acheter
07:35un bijou
07:35parce qu'en fait, il l'a rêvé, il a une intention, il a une occasion, un mariage évidemment,
07:40un anniversaire, un anniversaire de mariage, une victoire personnelle.
07:43Vous changez de job, vous avez envie de le célébrer.
07:45Et donc, va pouvoir vraiment personnaliser le bijou, choisir la pierre, le métal.
07:49Et on le fabrique ensuite pour lui.
07:51Ce n'est pas si long que ça, ça prend quatre semaines à peu près.
07:53Mais tout ça pour dire que c'est en fait très réfléchi, si vous voulez, comme acte d'achat.
07:57Et le bijou devient un symbole.
07:59Ce qui n'est pas tout à fait la même chose que quand on veut avoir un bijou statutaire,
08:03qui est un bijou de marque iconique, reconnaissable.
08:07Et donc, en ça, le business est différent, puisque là, on a besoin d'avoir beaucoup de quantités
08:12un peu dispatchées dans de nombreux pays.
08:14Ça veut dire que, est-ce que vous pensez que la manière d'approcher le bijou aujourd'hui,
08:19en tant que consommateur aussi plus jeune et qui vous adressez, est très différente ?
08:22C'est-à-dire qu'avant, on voulait avoir cette marque, ce bijou reconnaissable,
08:26ces grands modèles que tout le monde connaît.
08:28Aujourd'hui, on veut quelque chose d'un peu plus personnel, qu'on a choisi ?
08:31Disons que je pense qu'il y a les deux qui coexistent.
08:33Je pense qu'il y a un certain nombre de populations qui souhaitent avoir un bijou
08:36pour le statut social.
08:38Et donc, ils souhaitent que ça soit reconnaissable et qu'ils souhaitent montrer qu'ils ont réussi.
08:41Et c'est le cas notamment dans les pays émergents.
08:43Très honnêtement, ce qui est aujourd'hui le cœur de la clientèle des maisons classiques de luxe.
08:48En France, en fait, ça n'est pas le cas.
08:50En France, on souhaite avoir un objet.
08:52Le luxe, je pense qu'il est plus intime parce que c'est quelque chose qui nous touche.
08:56Il y a une sensibilité, c'est quelque chose qui nous ressemble.
08:59On a envie de le porter.
09:00On se dit, ça me ressemble.
09:01C'est un symbole, en fait, de quelque chose que personne ne sait peut-être.
09:05Et donc, ça, c'est beaucoup plus mon approche avec Gémeo.
09:07C'est ce lien avec la joaillerie d'intention.
09:10Et donc, je dirais que les deux coexistent.
09:11On peut vouloir aussi parfois avoir un objet pour du statut quand on est dans cette démarche-là.
09:15Donc, je ne dis pas que les deux sont incompatibles.
09:17Je dis juste qu'en général, c'est des populations différentes.
09:19Et que c'est vrai que nous, on s'adresse clairement beaucoup plus aux personnes qui souhaitent avoir un objet
09:24avec du sens.
09:26Alors, vous avez dit que vous voulez tout produire en France.
09:28Est-ce que ça, c'est quelque chose de plus difficile aujourd'hui ?
09:31En ces 15 ans qui sont passés, vous avez l'impression que c'est peut-être difficile à tenir ?
09:36Non, je vais vous dire que c'est plus facile.
09:38Ce qui est assez étonnant.
09:38Quand on a commencé Gémeo en 2011, trouver des ateliers qui fabriquaient en France, c'était très dur.
09:44La plupart des marques avaient beaucoup délocalisé pour des raisons de coût.
09:48Et donc, ce n'était pas très simple de trouver des ateliers qui acceptent de fabriquer en plus.
09:51Enfin, plus dans notre cas, des bijoux à la commande avec à chaque fois des pierres, des tas et des
09:55métaux différents.
09:56Parce que vous pouvez choisir à chaque fois la pierre, le métal, donc de l'or blanc, de l'or
09:59jaune, de l'or rose, du platine, diamant chocolat, saphir.
10:03Enfin, vous avez un vaste panel de pierres.
10:04Ce qu'il faut savoir, c'est qu'un certisseur ne certit pas de la même manière un diamant et
10:08un saphir, par exemple, parce qu'ils n'ont pas le même indice de dureté.
10:10C'est peut-être un peu technique, mais en fait, c'est une capacité, si vous voulez, de production et
10:14de fabrication artinale qui n'est pas la même.
10:16Et donc, ce n'était pas si facile de trouver.
10:18Et d'ailleurs, ça a été un vrai challenge au début.
10:20On a commencé avec un seul atelier.
10:21Et maintenant, on a plusieurs ateliers.
10:23D'ailleurs, on a même pris une participation dans un atelier en France à Nice pour ancrer davantage notre savoir
10:28-faire, s'installer, le maîtriser encore davantage aussi.
10:31Et puis, être au plus près, si vous voulez, des artisans.
10:33Mais je dirais que ce n'est pas plus difficile, puisque maintenant, un certain nombre de marques, justement, ont choisi,
10:39peut-être, je ne sais pas, à notre initiative,
10:42de se rapprocher de la France et de revenir un petit peu plus sur la fabrication française.
10:46Et donc, vous avez commencé la marque en étant totalement digitale.
10:49Maintenant, vous avez ouvert des boutiques physiques.
10:52Ça, même si vous ne le saviez pas forcément à l'époque, ça fait partie des clés de votre réussite,
10:57de cette flexibilité que vous aviez au début.
10:59Oui, c'est vrai qu'on avait, déjà pour des raisons de contrainte, pas la possibilité d'avoir des boutiques
11:04à l'époque.
11:05Et puis, j'avais ce rêve un peu de se dire, on va essayer de révolutionner la joaillerie, donc de
11:11plein de manières différentes, et notamment en étant très digitaux.
11:13Et on voyait bien qu'aux Etats-Unis, c'était possible, etc.
11:16Et un jour, je me rappelle très bien, j'adore parler, moi, à mes clients, et on continue très souvent
11:20avec mon mari associé à venir en boutique pour voir nos clients.
11:23Pas aussi souvent que j'aimerais, mais quand même, on le fait.
11:26Et donc, je parle à des clientes et je leur dis, mais finalement, qu'est-ce qui vous manque ?
11:29Ou qu'est-ce qui vous freine ? Pourquoi est-ce que, voilà, vous n'avez pas encore passé commande
11:32?
11:32Et elles me disent, mais en fait, c'est simple, moi, j'ai besoin d'essayer.
11:35J'adore ce que vous faites, mais je sens qu'en plus, les prix sont assez imbattables, mais j'ai
11:40besoin de venir essayer.
11:41Et donc, ça a été un des clics. Je me suis dit, mais on se coupe toute une frange de
11:44la population qui n'est pas à l'aise, et je comprends totalement, à l'idée d'acheter un bijou
11:48uniquement d'une manière digitale.
11:50Et donc, maintenant, dites-vous que le digital représente quand même une très grosse partie encore de notre chiffre d
11:55'affaires, puisque c'est 40% du chiffre d'affaires.
11:57On a 20% en hybride, c'est-à-dire globalement des personnes qui passent en boutique, mais qui ensuite
12:02passent commande chez eux.
12:03Ah d'accord, ce n'est pas l'inverse.
12:05Non, ça peut être les deux en réalité, et le reste qui est fait uniquement en digital.
12:12Donc, les deux coexistent, mais voilà, c'est très fluide pour le client et finalement, il peut choisir ce qu
12:16'il veut.
12:16Alors là, vous avez récemment choisi une directrice générale et vous restez donc présidente, mais vous gardez cette casquette de
12:24directrice artistique.
12:27Tout d'abord, est-ce que vous vous souvenez du premier modèle sur lequel vous avez contribué et participé en
12:33tant que directrice artistique ?
12:35Le premier modèle sur lequel j'ai travaillé en tant que directrice artistique, c'est une bonne question.
12:41J'ai retravaillé, j'ai retravaillé, quelle collection ?
12:47Je vous pose une question.
12:47Si ? Non, pas du tout, c'est la collection Alter Ego.
12:50Oui.
12:50C'est la collection Alter Ego qui est juste ici, où je porte d'ailleurs là.
12:53Je peux peut-être pour ça d'ailleurs que je la porte parce que ça me fait un souvenir.
12:56C'est une collection où justement, je voulais, donc elle porte un très joli nom d'ailleurs,
13:00c'est deux pierres qui se complètent de deux formes différentes.
13:03Donc vous avez une pierre ovale ou poire et un rond.
13:05Et en fait, c'est pour montrer que deux êtres peuvent faire un tout, mais sans forcément être les mêmes.
13:11Et que justement, en fait, c'est cette somme des deux qui fait, en fait, qui est un peu sublimée
13:15et qui fait, si vous voulez, une somme encore meilleure, qui fait que c'est beau.
13:19Et donc, on a évidemment beaucoup de mamans qui choisissent ce bijou quand elle tombe enceinte
13:22parce qu'on peut choisir la pierre du mois de naissance de son enfant, par exemple,
13:26donc je trouvais que la symbolique était très jolie.
13:27Et j'adorais cette idée de revisiter un toit et moi.
13:30Donc ça a été ma première pièce.
13:32Et puis maintenant, je commence à monter un petit peu plus en puissance.
13:35En puissance.
13:35Mais justement, alors comment est-ce que vous faites pour vous…
13:38Parce que déjà, ce n'était pas quelque chose que vous faisiez avant.
13:41Vous n'avez pas forcément fait d'études en gémiologie, etc.
13:45Vous êtes formée, comment vous faites pour vous inspirer, pour créer tout ça ?
13:49Alors, ça faisait 15 ans que je travaillais dans la joaillerie.
13:51Donc, je commençais à m'y connaître un petit peu.
13:53Et puis, vous savez, quand vous créez votre entreprise, au début, il faut tout faire vous.
13:56Quand vous êtes de personne, c'est moi qui ai acheté des pierres avec mon mari.
13:59Alors, je n'étais pas directrice artistique à l'époque, mais je passais par des dessinateurs, etc.
14:02C'était un peu tout comme, c'est juste que dans l'état d'esprit, je ne m'étais pas
14:06dit que j'allais travailler sur l'image, j'allais travailler sur le produit.
14:09J'avais plus un rôle plus business.
14:11Et en fait, le fait de me focaliser là-dessus, déjà, ça me plaît énormément.
14:14Je pense qu'il y a beaucoup, notamment de femmes, mais des hommes aussi parfois, qui mettent un peu une
14:19dichotomie, en tout cas une opposition entre la créativité et le business.
14:22Et moi, je pense au contraire qu'on peut être un peu des artistes entrepreneurs.
14:26Je pense que c'est très intéressant justement de lier les deux et que d'ailleurs, même dans le business,
14:29on peut être très créatif.
14:30Et donc, je suis très heureuse de pouvoir plus exprimer ma créativité au quotidien, au travers à la fois des
14:36produits, de l'image.
14:37Parce qu'en fait, quand on dit direction artistique, c'est à la fois le produit, c'est la communication,
14:40c'est l'image.
14:41C'est quand même un spectre qui est très intéressant et assez large.
14:45Vous voyez une différence de goût déjà en ces 15 ans d'évolution de la personne à qui vous vous
14:53adressez ?
14:53Oui, c'est rigolo.
14:54Quand on a commencé à lancer Gémiot, je me rappelle, l'or blanc était très à la mode.
14:59Et on vendait beaucoup du platine et de l'or blanc, notamment pour des bacs de fiançailles, etc.
15:03Et j'ai remarqué qu'ensuite, on a eu une grande période d'or rose.
15:06Et maintenant, c'est l'or jaune, depuis quelques années, qui est revenu à la mode.
15:09Donc voilà, il y a des cycles.
15:11Certainement, l'or blanc va revenir derrière.
15:12On voit bien d'ailleurs au Japon que le platine, parce qu'on a une boutique également à Tokyo,
15:15que le platine et l'or blanc, pour le coup, sont beaucoup plus présents là-bas.
15:19Donc déjà, en termes de métal, puis en termes de pierres aussi.
15:23C'est vrai que nous, par exemple, on voit bien le saphir bleu-gris,
15:26qui est une des pierres sur lesquelles on est très référents.
15:29On arrive à trouver une pierre qui est non chauffée, magnifique, qu'on fait tailler à partir de brutes.
15:33C'est vraiment un savoir-faire incroyable.
15:35On a une très, très grande demande sur du saphir bleu-gris.
15:38On a une très grande demande sur du saphir vert, sur du diamant chocolat.
15:41Donc des pierres assez atypiques, qui, il y a quelques années, n'étaient pas très connues.
15:44On veut être différents.
15:44Et on veut être un peu différents, je crois.
15:46Et vous avez créé cette nouvelle collection, Variation.
15:49Donc ça, c'était à partir de vos modèles, en fait, iconiques.
15:52Comment est-ce que vous l'avez travaillé ?
15:54Qu'est-ce qu'on retrouve comme forme ?
15:56Justement, à quel besoin ça répond ?
15:57Toute l'idée des Variations, c'est de se dire, on fait des très belles choses chez Gémyo.
16:02On a des motifs, maintenant, qui sont assez reconnaissables.
16:04Donc, par exemple, le motif Everbloom, qui est un motif autour de l'univers floral,
16:09du feuillage, avec beaucoup de naturalité.
16:11Et on s'est dit, si jamais on essaie de créer une pièce qui n'est pas de la haute
16:14joaillerie.
16:15Pourquoi ? Parce que la haute joaillerie, souvent, n'est pas portable.
16:17Elle est là pour être admirée.
16:18Elle est mise dans des vitrines et elle est magnifique, mais elle est assez inconfortable.
16:21Elle est très lourde.
16:22Elle a besoin d'être accrochée, peut-être, quand c'est un pendentif par quelqu'un d'autre.
16:26Et donc, c'est de se dire, on va essayer de créer une nouvelle catégorie,
16:29ces Variations, qui font varier un modèle emblématique de la maison,
16:32en le rendant plus haut de gamme, plus créatif, surtout,
16:35mais qui reste éminemment agréable à porter, un peu pour sublimer le quotidien, si vous voulez.
16:39Et donc, j'ai repris, par exemple, le motif Everbloom pour en créer une bague
16:43en faisant un camailleu de verre avec de la tourmaline mint, avec un saphir vert,
16:48qui reprend le côté un peu floral et végétal.
16:50Et puis, comme une liane, en fait, autour de...
16:53Qui dit tout ça.
16:54Qui va lier un peu tout ça, et des petits diamants, en fait, comme des gouttes de rosée.
16:58Donc, un peu une manière stylisée, si vous voulez, de réinterpréter.
17:01C'est assez évocateur.
17:02J'ai essayé de rendre ça assez poétique.
17:04Ça me correspond, je crois, dans ce que je voulais avoir comme traitement.
17:07On a aussi un très joli collier Everbloom qui se porte un peu.
17:10Donc, c'est un collier Torque, c'est-à-dire qu'il est assez haut,
17:12parce que je me suis dit, quand on est une femme,
17:14on n'a pas envie d'avoir quelque chose de trop bas,
17:16qui peut parfois être un peu vulgaire, en fait, quand ça tombe trop bas.
17:19Et donc là, ça peut même se mettre sur une petite chemise, etc.
17:21Alors, c'est très habillé, je ne vous cache pas, pour aller au bureau.
17:23Oui.
17:23Mais ça peut quand même se porter.
17:26Et donc, ça peut s'enfiler seule, parce qu'en fait, le modus operandi est assez simple.
17:30En fait, on peut le mettre tout simplement, voilà, toute seule en tant que femme.
17:33Et donc, c'était un peu cette idée de se dire, j'ai envie de faire des très belles pièces
17:36que les femmes peuvent porter, peuvent mettre seule, sans l'aide de quiconque,
17:40et assumer, et remettre de la joaillerie dans un quotidien un peu sublimé.
17:45Et vous, qui avez plusieurs boutiques à l'international,
17:47toutes ces réflexions-là, ça fonctionne partout.
17:51Est-ce que vous proposez les mêmes modèles, notamment au Japon, etc. ?
17:54Ça, c'est quelque chose d'assez universel, finalement.
17:56Vous savez, déjà, les Japonais, pardon, les Japonais surtout, adorent la France.
18:00Donc, ils n'ont aucune envie, c'est de venir à la boutique de Paris
18:03pour aller voir et avoir les mêmes modèles que les Parisiennes.
18:05Et d'ailleurs, je le crois qu'une de leurs frustrations, parfois, c'est de se dire,
18:08maintenant, certaines maisons font des modèles pour les pays asiatiques ou du Golfe,
18:12et plus tellement pour les Français.
18:13Donc, en fait, ils cherchent des marques pour les Français, ce qui est le cas de Genio.
18:16Ils sont assez à la pointe, c'est assez étonnant, les Japonais.
18:19Mais oui, on a globalement les mêmes modèles qui fonctionnent très bien.
18:22Il y a des petites variations.
18:23Ils préfèrent le platine et l'or blanc.
18:25Ils aiment beaucoup, peut-être encore plus le diamant blanc
18:29et dans des très belles qualités que des Français qui sont plus habitués,
18:33par exemple, à du saphir.
18:33Alors, les Français adorent le diamant aussi,
18:36mais vont plus être ouverts sur des pires de couleurs.
18:38Les Japonais, peut-être, un peu plus.
18:39Donc, il va y avoir des variations.
18:41Par contre, en termes de modèles, franchement, c'est assez similaire.
18:43Et ma dernière question pour terminer cette interview,
18:45c'est vous, vous êtes vraiment l'image de la marque.
18:48Ça, c'est quelque chose qu'on remarque pour les marques aussi
18:50qui ont une petite dizaine d'années.
18:52Je pense à respirer, etc.
18:53Avec ces femmes qui sont les visages, leurs propres égéries,
18:57alors que parfois, avant, les marques de bijouterie,
19:00vous pouviez peut-être se tourner vers, je ne sais pas,
19:01d'autres célébrités, des actrices, etc.
19:04C'est quelque chose qui était important, vous l'avez pensé,
19:09ce fait de porter la marque, d'être le visage, d'être aussi maintenant…
19:12Oui, d'être le visage, on vous voit partout en tant que…
19:15C'est partout, je ne sais pas.
19:15Non, mais vous êtes quand même votre première ambassadrice.
19:18Ça, c'est aussi quelque chose d'assez nouveau.
19:20Oui, alors surtout dans la joaillerie,
19:22notamment parce que c'est un secteur quand même assez secret,
19:24où on met peu en avant, finalement, l'envers du décor,
19:27ce que je trouvais un petit peu dommage.
19:29En vérité, ce qui s'est passé, c'est quand on a lancé la marque,
19:31assez rapidement, la presse a commencé à s'intéresser à nous.
19:34Donc, au début, ce n'était pas forcément l'influence.
19:35Et il a bien fallu décider, entre mon mari et moi,
19:38qui allait prendre la parole pour qu'il y ait une personne
19:40qui se spécialise, en fait, tout simplement sur le sujet.
19:43Et on s'est dit tous les deux que ça serait mieux que ce soit moi qui le fasse.
19:46Donc, en fait, ça, c'était un accord.
19:47Et puis après, sur les réseaux sociaux, etc.,
19:50ça s'est fait d'une manière assez naturelle.
19:51Pas si tôt que ça, en réalité, parce que je pense que j'ai commencé
19:53à prendre la parole sur les réseaux sociaux autour de 2018-2019.
19:56Donc, la marque existait quand même déjà depuis 7 ou 8 ans.
20:00Mais ça s'est fait d'une manière assez naturelle
20:02pour montrer l'envers du décor, pour partager ce que j'appréciais.
20:05Et puis, je pense que c'est ce qui plaît aussi aux personnes qui me suivent,
20:10c'est de voir une manière, en fait, de voir un backstage,
20:13si vous voulez, les coulisses, d'une manière quand même sans filtre,
20:16qui n'est pas évidemment la manière dont la marque en parle,
20:18parce que la marque, elle en parle en tant que marque.
20:20Et donc là, c'est une manière peut-être un petit peu plus spontanée.
20:23Et je pense que c'est intéressant aussi de voir une marque comme ça.
20:26Comme nous, dans nos valeurs, on a la sincérité.
20:27Je pense que ça contribue aussi à ça.
20:30Et d'ailleurs, ça a créé, je pense, un bel élan pour la marque.
20:34Merci beaucoup, Pauline Légnon, d'avoir été avec nous.
20:36Je rappelle que vous êtes fondatrice et directrice artistique de Gémyo.
20:39Et merci à vous tous et toutes de nous avoir suivis.
20:42C'était Art de Vivre.
20:42C'était Art de Vivre.

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