- il y a 2 heures
A la Libération en 1945, Marseille fait une nouvelle fois preuve de singularité. La cité phocéenne vit l'après-guerre dans un climat de passion et de conflits exacerbés. Ces luttes de pouvoir opposent les communistes proches de Moscou, l'AMGOT (Allied Military Government of Occupied Territories), qui inclut les représentants du général de Gaulle et les socialistes avec à leur tête une personnalité montante : Gaston Deferre. Année de Production :
Catégorie
📺
TVTranscription
00:05A Marseille, comme dans toute la France, à l'annonce du signal attendu depuis près de six ans, les sirènes
00:11ont hurlé la joie de la victoire.
00:18Marseille retrouve enfin sa liberté ce 29 août 1944.
00:22Mais derrière les scènes de liesse populaire se jouent en coulisses des luttes bien plus sombres.
00:27Car quand la ville se libère, elle le fait à sa manière.
00:31Et parmi les acteurs pronds à revendiquer la ville se trouvent les hommes forts de la pègre.
00:40C'est grâce à ces hommes de main, d'une part que la ville est en partie libérée,
00:45et d'autre part que le clan de Defer, avec les mouvements Unis de Résistance et tout un tas d
00:52'autres alliés,
00:53vont prendre le contrôle de la ville, en quelque sorte, à la fin de l'été 1944.
00:58Ce nous, à partir de là, des relations de services rendus, de complémentarité d'action, etc.,
01:09qui vont perdurer, qu'on le veuille ou non, au-delà de la guerre,
01:16parce qu'on ne peut pas évacuer le fait qu'à un moment donné,
01:20ils ont rendu services, et des services que tout le monde ne pouvait pas rendre,
01:26aux uns ou aux autres.
01:32Gaston Defer, désigné chef de la délégation municipale,
01:36occupe une place centrale sur l'échiquier politique de Marseille.
01:39Le jeune avocat Sévnol fait déjà partie des élites de la Libération
01:43et s'affiche, comme ici, aux côtés du général de Montsabert.
01:47À l'instar de ses prédécesseurs,
01:49il a conscience qu'il devra composer avec le milieu pour diriger la ville.
02:20Sous-titrage MFP.
02:30Derrière le mythe de l'unité nationale, de la renaissance d'un pays,
02:34l'heure est à la partition des pouvoirs.
02:36Comment réinventer un système alors que le précédent se fut perdu dans un bain de sang ?
02:42Pour comprendre les enjeux immédiats de la Libération,
02:45il faut remonter quelques années auparavant.
02:47Gaston Defer, alors jeune militant socialiste,
02:50se fait remarquer au sein du réseau de résistance Brutus.
02:53On raconte que c'est là qu'il rencontra Barthélémy Guérini, dit Mémé.
02:59Le réseau Brutus, c'est un réseau qui s'appuie essentiellement sur les socialistes.
03:04Et Defer, donc participe à ce réseau qui fait toute une série d'actions,
03:10Defer est un véritable résistant,
03:13qui fait toute une série d'actions et qui va être reconnue d'ailleurs.
03:18Il lui demanderait à être plus reconnu que ce qu'il est,
03:21mais qui va être reconnu quand même par la France libre.
03:25Donc c'est un peu une nouvelle génération qui s'affirme.
03:37Lorsque le jeune, très jeune dirigeant socialiste Gaston Defer
03:44organise ses propres réseaux de résistance,
03:48enfin dont il est partie prenante dans le sud de la France,
03:51on appelle ça les murs, mouvements unis de résistance,
03:54et bien il va fédérer autour de lui des équipes.
03:58Et autour de Gaston Defer vont progressivement s'agréger
04:02toute une kyrielle de personnages assez sulfureux.
04:08Et en l'occurrence, Mémé Guérini fait le coup de feu.
04:22A l'instar de l'alliance entre l'influent premier adjoint au maire de Marseille,
04:27Simon Sabiagne, et le clan Carbone et Spirito,
04:30Gaston Defer rejoue le couplet d'ententes parfois douteuses.
04:34Le système mafieux mis en place précédemment n'est plus.
04:37L'épuration des collabos ayant fait le ménage,
04:39ses dirigeants, comme ici Simon Sabiagne, sont en fuite,
04:44d'autres sont morts.
04:45Marseille est une place à prendre pour ceux qui ont résisté.
04:48Les milices socialistes de Defer s'appuient dans l'ombre
04:51sur le clan des Guérini pour assurer leurs basse besogne.
04:56Dans la mesure où les résistants sont armés,
04:59la première chose qu'ils vont faire,
05:01ils vont s'emparer des lieux de pouvoir importants.
05:04Parmi ces lieux de pouvoir, il y a la presse.
05:06Les groupes armés du Parti socialiste occupent le Petit Provençal,
05:10qui va devenir le Provençal,
05:13et les groupes communistes occupent le Petit Marseillais,
05:16qui va devenir la Marseillaise.
05:25Quand Defer prend le Petit Provençal,
05:29la première fois qu'il se présente dans les locaux,
05:32c'est en force.
05:33Il arrive une espèce d'équipe de choc
05:38qui, arme à la main, rentre dans les locaux,
05:43s'en aime pas, relance les machines
05:46et le transforme en un outil de,
05:51non pas de résistance, mais de propagande
05:53pour la France Nouvelle qui est en train de s'organiser.
05:56Parce qu'il répand chaque année 100 millions d'exemplaires
05:59et qu'il imprime 500 000 lignes de petites annonces,
06:02le Provençal et son frère Le Soir,
06:05champion des quotidiens de province
06:06et deuxième grand journal de France,
06:08sont un énorme outil au service du public,
06:11le véritable aimant des affaires.
06:17Gaston Defer apparaît comme l'homme fort de la cité phocéenne.
06:21Chef de la délégation municipale,
06:23alliance de toutes les gauches au sortir de la guerre,
06:25il dispose désormais d'un organe de presse à son service
06:28et peut se prévaloir de l'appui discret des guerrines
06:31qui oeuvrent dans l'ombre.
06:33Tout semble désormais en place
06:35pour asseoir la continuité de son pouvoir.
06:39Ce qu'il faut avoir en tête,
06:41c'est que le Parti Socialiste a préparé
06:43la transition de pouvoir.
06:47Il y a eu des accords qui ont été passés au niveau national,
06:50il y a une commission qui a travaillé là-dessus
06:52au niveau du Conseil National de la Résistance,
06:55et par exemple, la municipalité de Marseille est déjà constituée
06:58avant même la libération.
07:01On sait que c'est Gaston Defer qui sera à sa tête.
07:04Le comité départemental de libération est en direction socialiste.
07:09C'est Francis Lénard, dit Lionel, qui le dirige.
07:13Le préfet des Bouches-du-Rhône,
07:16Vérin et aussi autant socialiste.
07:18C'est tout un ensemble socialiste là
07:20qui a préparé la transition de pouvoir.
07:26Le retour à l'ordre habituel
07:30se fait avec le renouvellement des élites politiques
07:37qui se sont fait les dents pendant l'occupation,
07:43pendant la résistance,
07:45et qui ferraillent pour prendre le pouvoir
07:48une fois que tout ça est mis en ordre.
07:51Tout va se compliquer pour le courant socialiste à ce moment-là
07:54parce que vous allez avoir un affrontement
07:57des jeunes dont fait partie Gaston Defer
07:59et des anciens,
08:01en particulier avec Pierre Fieri-Pizani,
08:04qui est un socialiste historique
08:06et qui a été déporté,
08:09qui revient de déportation,
08:10et qui, bon, lui n'est pas d'accord
08:12avec l'orientation de Gaston Defer.
08:17Pris dans le tumulte de leurs divisions internes,
08:19les socialistes en oublieront la toute-puissance
08:22de leurs opposants politiques,
08:24communistes et gaullistes,
08:25bien décidés eux aussi à s'emparer du pouvoir.
08:29La ville exubérante ne peut pas être en reste, bien entendu.
08:31Et la cannebière crie « Vive De Gaulle ! »
08:34C'est ainsi que le général De Gaulle est en visite à Marseille
08:37ce 15 septembre 1944
08:39afin d'affirmer son hégémonie dans le sud de la France.
08:43Et si Gaston Defer est alors présent à ses côtés,
08:46en coulisses,
08:47la guerre du pouvoir est déclarée.
08:50Ce qui se passe sur la scène marseillaise,
08:53c'est un petit peu à l'image du pays.
08:55C'est-à-dire que les deux forces principales
08:56qui ont émergé de la guerre,
08:58c'est d'une part les communistes,
09:00d'autre part les gaullistes.
09:01Entre les deux,
09:03les socialistes, les démocrates chrétiens
09:05sont un petit peu étouffés.
09:06Donc le fait que Gaston Defer ait pu émerger
09:10sur la scène en 1944-1945,
09:13ça lui a donné déjà un premier tour de piste,
09:16mais pas d'essai de force
09:18par rapport aux deux partis principaux
09:20qui dominent la scène politique à l'époque.
09:22Novembre 1946.
09:24Après huit années de régime d'exception,
09:26les Marseillais recouvrent leur liberté communale.
09:29Monsieur Christofolle est proclamé maire.
09:31À la surprise générale,
09:33le communiste Jean Christofolle
09:35devance Gaston Defer
09:36et devient maire de Marseille en 1946.
09:39Son mandat ne durera que quelques mois,
09:42car en 1947, à la suite de grèves massives,
09:44les ministres communistes du gouvernement ramadier
09:47sont révoqués
09:48et de nouvelles élections municipales sont convoquées.
09:51Defer s'entête à vouloir faire cavalier seul.
09:53Il essuiera une nouvelle défaite aux élections de 1947.
09:57Battu dès le premier tour,
09:59il appelle à l'abstention au second.
10:00« Systématiquement, Defer ne pouvait pas,
10:04ne voulait pas,
10:05entendre parler d'une cohabitation
10:08avec les communistes.
10:09Et donc, c'est un troisième larron,
10:13en quelque sorte,
10:14qui a à la profiter,
10:15qui est Carlini,
10:16et qui, lui,
10:19se rapproche
10:21du gaullisme modéré,
10:23en quelque sorte,
10:24de l'époque,
10:25et va devenir maire,
10:27va souffler la mairie,
10:28en quelque sorte,
10:30et à Defer et à Christophol.
10:31La première décision de la municipalité Carlini,
10:34c'est d'augmenter le prix du ticket de tramway.
10:37Il y a des manifestations
10:39qui sont appelées par le CGT
10:40et par le Parti communiste
10:42pour protester contre cette augmentation
10:44du prix du tramway.
10:45Alors, il y a une hésitation.
10:46Pendant toute une journée,
10:47le 10 novembre,
10:49on monte sur les tramways,
10:51on refuse de payer, etc.
10:52Bon, même on arrête les machines.
10:54C'était pratique à l'époque.
10:55Les tramways, vous aviez des perches.
10:57Il suffisait de taper la perche,
10:59pof, le tramway s'arrêtait.
11:00Et puis, le 12 novembre,
11:02il y a une manifestation monstre.
11:04Et le soir,
11:06les manifestants,
11:06parmi lesquels beaucoup de jeunes,
11:08vont dévaster le quartier de l'Opéra.
11:11Le quartier de l'Opéra,
11:12qui est le quartier chaud,
11:13qui est le quartier de la prostitution.
11:14Et là,
11:16c'est aussi
11:18quelque chose qui est un peu scandaleux,
11:20considéré comme scandaleux à l'époque,
11:22en disant,
11:22la presse communiste
11:23a mené toute une campagne
11:25en disant,
11:25regardez ces gens-là,
11:26ils boivent du champagne,
11:27alors que nous,
11:28on est toujours dans les pénuries.
11:29C'est vrai.
11:30Jusqu'en 1950,
11:31vous avez toujours des tickets de rationnement.
11:33Donc, il y a là
11:33une colère populaire
11:35qui va s'exprimer.
11:36Et puis,
11:38il y a des gangsters
11:39qui tirent dans la foule
11:40et qui tuent,
11:41en particulier,
11:42le jeune Vincent Voulan,
11:43qui est ouvrier
11:44aux Assyries du Nord.
12:00On a dit
12:01que c'était
12:02les frères
12:03Guérini
12:03qui avaient tiré.
12:06Il y a eu un procès
12:08après,
12:08il y a eu une enquête
12:10qui n'a pas abouti.
12:13Les Guérini
12:14semblent intouchables,
12:15blanchies dans cette affaire
12:16qui se conclut
12:17par un non-lieu.
12:18Leurs divers soutiens politiques
12:20ont-ils permis
12:20cette impunité ?
12:21C'est la théorie
12:22que va défendre
12:23le parti communiste.
12:25Jean-Christophe Holle
12:26qui représente
12:26les communistes,
12:28évidemment,
12:29accuse
12:31Gaston Defer
12:32d'être lié
12:33à ces gangsters
12:34qui ont tué
12:35ce manifestant
12:35Vincent Voulan.
12:37Et donc,
12:37à la tribune
12:38de l'Assemblée nationale,
12:40Gaston Defer
12:41est accusé
12:42d'être lié
12:43au gangsters,
12:44au Guérini.
12:45Et il a cette phrase
12:46absolument stupéfiante,
12:47d'un mensonge éhonté.
12:51Il est absolument faux
12:52que M. Guérini
12:53soit à Marseille
12:54un ami du Parti Socialiste
12:56et en particulier
12:57mon ami.
12:58Je ne connais pas
12:59M. Guérini
13:00et si je le rencontrais
13:02dans la rue,
13:02je serais incapable
13:03de le reconnaître.
13:05Vous le savez
13:06et vous essayez
13:07par tous les moyens
13:08d'attaquer les dirigeants
13:09du Parti Socialiste
13:10de Marseille.
13:11Ça ne trompe personne,
13:13ça crée une polémique.
13:14Mais dans le fond,
13:15tout le monde sait
13:16à Marseille,
13:16tout le monde rit
13:17à Marseille
13:17de cette phrase
13:19complètement délirante
13:20de Gaston Defer.
13:28Cette polémique
13:29a des conséquences directes
13:30sur les ambitions politiques
13:32de Defer
13:32qui n'accédera
13:33à l'Amérique
13:34en 1953.
13:35Pour préparer
13:36cette échéance,
13:37il s'attaque
13:38à tous les domaines
13:39où se nichent
13:40les leviers de pouvoir.
13:41En partie détruit
13:42par les Allemands
13:43pendant leur déroute,
13:45le port de Marseille
13:46constitue une pièce
13:47maîtresse
13:47sur l'échiquier
13:48de la reconstruction
13:49du pays.
13:50Ce lieu,
13:52théâtre de nouvelles batailles,
13:54révèle les tensions
13:54internationales
13:55qui s'affirment alors.
14:11Le climat international
14:13a changé.
14:14On rentre
14:15dans la guerre froide.
14:16On rentre
14:17dans une période
14:18où la crainte
14:19d'émeutes
14:20communistes,
14:22même de coups
14:23d'État
14:23communistes
14:24en France
14:24commence à affoler
14:27les dirigeants
14:28du pays.
14:28Or,
14:29c'est le moment
14:29où les États-Unis
14:30lancent ce qu'on appelle
14:31le plan Marshall,
14:32donc une aide massive
14:33à l'Europe de l'Ouest,
14:35un peu pour,
14:36dans le fond,
14:36enrichir l'Europe de l'Ouest
14:37face au bloc communiste
14:39qui est en train
14:39de se former.
14:40Le plan Marshall
14:41n'est plus aujourd'hui
14:42un projet,
14:43c'est maintenant
14:43une réalité.
14:44À Washington,
14:45le président Truman
14:45a signé la loi
14:46votée par le Congrès
14:47et qui assure
14:48aux nations participantes
14:49d'Europe
14:50quelques 6 milliards
14:51de dollars,
14:51soit 1 800 milliards
14:53de francs.
14:54Grâce à cette aide,
14:55dont l'idée fut lancée
14:56et voici 10 mois,
14:56l'Europe compte
14:57se redresser définitivement.
14:591947.
15:00L'année du plan Marshall
15:01voit aussi naître
15:02la création
15:03des services secrets américains,
15:04communément appelés
15:05la CIA.
15:07Irving Brown,
15:08qui fut en charge
15:09de préparer
15:10le débarquement de Provence,
15:11est envoyé à Marseille
15:12comme agent d'infiltration.
15:14Sa mission,
15:14assurer la bonne mise
15:16en œuvre du plan
15:16en affaiblissant
15:17la mainmise communiste
15:18sur les docks.
15:21Le plan de Marseille
15:22est un majeu stratégique
15:23en Méditerranée.
15:24à la fois du point
15:26de vue militaire
15:28et du point
15:28de vue économique.
15:30Le deal,
15:31on dirait,
15:32en anglais,
15:33c'est,
15:33bon,
15:34on apporte
15:34des marchandises
15:35et puis on réduit
15:36l'influence communiste.
15:37C'est à peu près
15:39explicite.
15:39La déclaration
15:40des conseillers
15:41de Marshall,
15:42c'est dit tel quel.
15:43On ne peut pas laisser
15:44se développer la misère
15:45parce que le communisme
15:46se nourrit de la misère.
15:47donc si on veut
15:48endiguer
15:49l'expression
15:50contenir,
15:52contenir le communisme,
15:54il faut apporter
15:55des marchandises.
15:56Rien ne se passe
15:57sur les quais
15:58sans que la CGT
16:00soit impliquée.
16:02Ce qui explique
16:03à ce moment-là
16:05qu'on va essayer
16:06de forger
16:06une arme anti-CGT
16:08qui est faux,
16:09qui se détache
16:11de la CGT
16:12et qui en fait,
16:14on l'a su plus tard,
16:16est encouragée
16:17et financée
16:18par l'Amérique.
16:20À Paris,
16:21au fond d'une cour
16:22de la rue Mademoiselle,
16:24dans un logis de fortune,
16:25vient de s'installer
16:26la CGT
16:27Force Ouvrière
16:28autour de M. Léon Jouot
16:30et des quatre secrétaires
16:31confédéraux
16:32qui l'ont suivi.
16:33M. Bouzanquet,
16:34au cours de la première réunion,
16:36a insisté
16:36sur leur volonté
16:37de retrouver
16:38la force du syndicalisme
16:40d'autrefois.
16:40L'indépendance
16:42à l'égard
16:42de tous les partis politiques.
16:44Pierre Ferré-Pizani,
16:45en tant qu'ancien syndicaliste,
16:47va jouer la carte
16:48des Américains
16:49de la CIA
16:50et va aider,
16:52dans le fond,
16:52à briser le monopole
16:54syndical de la CGT
16:54dans le port de Marseille.
16:55Et il va le faire
16:56en soutenant
16:57la création
16:59de forces ouvrières,
17:00de tous les syndicats
17:01forces ouvrières
17:02qui est donc
17:03une scission de la CGT
17:04qui se passe
17:05au niveau national
17:06mais qui se passe
17:06aussi au niveau local
17:07et qui va,
17:08dans le fond,
17:08permettre
17:09en scindant
17:10le mouvement syndical,
17:12une division
17:12de ce clan
17:13et de favoriser
17:16l'émergence
17:16d'un syndicalisme
17:17qui ne soit pas
17:18communiste
17:19dans le port de Marseille.
17:25Alors les Guérinis
17:26sont partagés
17:27parce que l'un des frères
17:28les plus proches
17:29de Gaston Deferre
17:30donc va continuer
17:31de rester proche
17:31de Gaston Deferre
17:32au cas où
17:33et l'autre frère
17:35va plutôt jouer
17:36la carte
17:36de Ferry Pisani,
17:37Antoine,
17:39et va rester
17:40très proche de lui.
17:41Avec la création
17:42de sa propre société
17:43de gestion portuaire
17:44la Socoma,
17:45Gaston Deferre
17:46prend le dessus
17:46sur son rival
17:47Ferry Pisani.
17:48Il s'inscrit ainsi
17:50dans le jeu
17:50de la bataille du port
17:51face à la dualité
17:52qui oppose la CGT
17:54à force ouvrière.
17:56La Socoma,
17:57c'est une petite société
17:59qui va permettre
18:00de recruter
18:01des ouvriers
18:02dockers
18:03sur le port
18:03et qui va permettre
18:04aussi de financer
18:05les campagnes politiques
18:06de Gaston Deferre.
18:08Il met des hommes
18:08de main à lui
18:09et il reste proche
18:10des Guérinis.
18:11Donc les Guérinis
18:12ont misé
18:13sur les deux chevaux,
18:14les deux chevaux socialistes.
18:16Pierre-Ferry Pisani
18:17d'un côté
18:17avec la CIA
18:18et le clan Deferre
18:20avec sa Socoma,
18:21cette petite société
18:21qui financera
18:22ses campagnes.
18:23Et dans les deux cas,
18:24ils seront gagnants.
18:27Les Américains
18:28ont une connaissance
18:28parfaite
18:29des collusions
18:29qui existent
18:30entre le milieu marseillais
18:31et ses politiques.
18:33Des rapports de la CIA
18:34mettent en évidence
18:35ces relations
18:35dès les années 30,
18:37notamment celle
18:38du clan Carbone
18:39et Spirito
18:39avec Simon Sabiani,
18:41alors premier adjoint
18:42de Marseille,
18:43puis Antoine Guérini
18:44qui aidera
18:45le maire Henri Tasso
18:45à accéder au pouvoir
18:47en 1935.
18:51Les États-Unis
18:52s'appuient sur l'alliance
18:53entre la pègre
18:54et les socialistes
18:55pour casser
18:55la mainmise communiste
18:56sur le port.
18:57En échange,
18:58ils ferment les yeux
18:59sur le trafic
19:00de drogue internationale
19:01que les Guérinis
19:02y ont mis en place,
19:03la French Connection.
19:07Il y a énormément
19:08de suspicions
19:09dans les années 50
19:09qui sont impliquées
19:11dans des grosses filières
19:12avec les Américains
19:13et qui organisent
19:16ce qu'on appellera
19:16la French Connection,
19:17c'est-à-dire
19:17un trafic international
19:19d'héroïne
19:19entre venus
19:22de Liban
19:23et de la Turquie
19:24en passant
19:25par les ports
19:25de Marseille
19:26où la morphine base
19:27est transformée
19:27en héroïne
19:29puis expédiée
19:30par des cargaisons
19:31diverses
19:31jusqu'en Amérique du Nord.
19:33Ils sont un des clans
19:35qui vont profiter
19:36et prospérer
19:37de ce trafic
19:38mais ils n'apparaissent
19:39jamais en première ligne.
19:40Enfin, vous,
19:41vous êtes formel.
19:42Oui, oui, oui.
19:44Antoine était contre la drogue.
19:46Et toute la famille
19:46est réunie.
19:47Mais oui,
19:48mais oui,
19:48c'est visible, non ?
19:51Vous avez un train
19:52de vie normale ?
19:53Plus que normale,
19:54vous savez.
19:55Au travail...
19:59Et la même chose
20:01pour les autres membres
20:01de la famille Guérini.
20:03Pareil.
20:04Exactement avant
20:05comme maintenant.
20:05Il n'y a rien changé.
20:07Il n'y avait pas plus
20:08de drogue avant
20:09que maintenant.
20:09Il n'y en a pas plus
20:10maintenant qu'avant.
20:12On n'a ni prostitution
20:14ni tout ça.
20:14On ne s'est jamais occupé
20:15de ces choses-là.
20:16On a des commerçants
20:17qui travaillent.
20:18C'est bizarre.
20:20C'est bizarre
20:20avec un nom comme ça,
20:21mais c'est comme ça.
20:22Et vos autres frères,
20:23qu'est-ce qu'ils pensent
20:24de la drogue ?
20:25Je vous dis,
20:26ils ne sont incapables.
20:28Je ne sais même pas
20:29si la connaissent.
20:29Je ne sais même pas
20:30si ils en ont vu.
20:31Ah, bon.
20:33Alors que les Guérini
20:34ont mis en place
20:35un trafic désormais international,
20:37Gaston Defer accède enfin
20:38à son rêve ultime,
20:39la mairie de Marseille,
20:41qu'il remportera
20:42lors des municipales
20:43de 1953.
20:44On raconte qu'en ce jour,
20:45il aurait déclaré
20:46à ses proches
20:47qu'il y resterait
20:48jusqu'à sa mort.
20:53Pendant les années 50
20:55jusqu'en 1967,
20:57les Guérini
20:58règnent
20:59sur Marseille
21:00et sur le milieu marseillais
21:01de la même façon
21:03que Gaston Defer
21:03règne politiquement
21:04sur la ville.
21:06Ils ont une relation
21:06de dépendance
21:08et de distance.
21:09C'est-à-dire que
21:11Gaston Defer,
21:12c'est parfaitement
21:13ce qu'il doit
21:14aux différents hommes de main,
21:16aux Corses
21:17qui l'entourent
21:18à la mairie de Marseille,
21:19aux services
21:20qu'il peut rendre
21:20dans les campagnes électorales,
21:22aux échanges finalement.
21:24Mais il essaie quand même
21:25de se tenir à distance.
21:26Gaston Defer
21:27était un homme de pouvoir,
21:28fait de toute évidence.
21:29Sinon,
21:30je n'avais pas fait
21:30la carrière
21:32qu'il amenait.
21:33Après,
21:33il a été ministre,
21:35donc il a
21:36patron de presse,
21:37ministre,
21:38quelqu'un qui
21:40a mené
21:41cette carrière politique-là
21:42et toujours
21:43en nous voyant.
21:44Il a tissé
21:46une toile d'araignée
21:47puisque,
21:48au fond,
21:48sa prise de pouvoir
21:50n'est pas le droit
21:52qu'il avait
21:52de plus que les autres,
21:54c'est la volonté
21:56de systématiquement
21:58régler ses problèmes
21:59les uns après les autres.
22:00C'est un type
22:01qui a trente et quelques années.
22:03C'est un Macron.
22:08Voilà.
22:09C'est un Macron
22:10qui tisse sa toile
22:11et qui fiche
22:13des coups de pied
22:14tout ce qui passe.
22:15M. Defer,
22:16ministre et député-maire
22:17de Marseille
22:18et M. le préfet
22:18des Bouches-du-Rhône,
22:19en tête des personnalités,
22:21ont admiré
22:22l'attrayante maquette
22:22d'immeubles et de villas
22:23qui va devenir
22:24une réalité.
22:27Tandis que le destin
22:28de Gaston Defer
22:28le porte jusqu'aux
22:29plus hautes fonctions
22:30de l'État,
22:31celui des Guérini
22:32se scelle dans le sang.
22:33La tragédie
22:34qu'ils ont jouée
22:35des années durant
22:35se retourne contre eux.
22:37Une déchéance
22:38qui s'accomplit
22:39avec l'assassinat
22:40d'Antoine,
22:41criblé de balles
22:42dans sa propre voiture
22:42un après-midi
22:43de 1967.
22:45Est-ce là
22:46le fait d'une vendette
22:47à vis-à-vis
22:47de l'assassinat
22:48du commissaire Blément
22:49ou bien l'action
22:50de nouvelles figures
22:50du milieu
22:51qui tentent
22:52de prendre leur place ?
22:55Ils ont les yeux
22:56plus gros que le ventre.
22:57Ils veulent mettre
22:58la main
22:59sur les cercles
23:00de jeux parisiens
23:01et c'est à cause
23:02de ça
23:02qu'ils vont chuter.
23:03Ils ont un associé
23:05qui est devenu
23:05leur pire ennemi
23:06et ce pire ennemi,
23:08ils l'ont tué
23:08et évidemment
23:09les amis
23:10de cet ennemi
23:11veulent évidemment
23:12la peau des Guérini.
23:13C'est ce qui se passe
23:14en 1967
23:15lorsque Antoine Guérini
23:17est assassiné
23:18en plein Marseille
23:20par, dans le fond,
23:21des amis
23:21du commissaire Blément,
23:23de l'ex-commissaire Blément
23:24que les Guérini
23:25avaient fait assassiner
23:26quelques années auparavant.
23:27Alors que Mémet
23:27s'est rendu en Corse
23:28pour l'enterrement
23:29de son frère Antoine,
23:30sa villa marseillaise
23:31est cambriolée
23:32par un petit voyou
23:33du nom de Claude Mondroyant.
23:35En représailles
23:36de cet affront,
23:37Mémet commandit
23:38l'assassinat
23:39de ce jeune délinquant.
23:40C'est cette décision
23:41qui précipitera
23:42sa chute
23:43et celle de son clan.
23:44Ses alliances d'antan
23:45ne lui assurant
23:46alors plus aucune protection.
23:49On vient de rendre
23:50son verdict.
23:5120 ans de réclusion criminelle
23:53pour Mémet Guérini
23:54et son père Pascal.
23:5515 ans de la même peine
23:57pour Dominique Collier
23:58et Henri Rottick.
23:59Seul le cinquième inculpé,
24:01Marcel Sillon,
24:02est relaxé.
24:02Je suis piste !
24:04Je suis piste !
24:05Je suis piste !
24:06Je suis piste,
24:06je suis piste.
24:08Je suis piste à côté,
24:14je suis piste,
24:24je suis piste,
24:31j'écrivais en Correa.
24:36succession sur le port. Gaétano Zampa, qui montrait déjà les dents contre le clan,
24:42s'impose comme le nouveau parrain marseillais. De son côté, Gaston Defer respecte sa promesse
24:48faite en 1953 et dirige la ville jusqu'à sa mort. Il décède le 7 mai 1986, à la suite
24:56d'un malaise, le jour même où il est mis en minorité dans sa propre fédération socialiste.
25:02Jean-Victor Cordonnier le remplace furtivement jusqu'à l'élection non sans fracas de Robert
25:07Vigouroux, ce dernier se présentant contre le candidat officiel de son parti, ce qui provoquera
25:13son exclusion du clan socialiste. Quant aux liens qui continueront d'unir la pègre et les
25:20politiques marseillais, l'histoire reste à écrire.