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  • il y a 1 semaine
« Déjà, durant le premier confinement, on a perdu 4 mois. C'est très intense comme formation. Je m’en suis fait des cheveux blancs ! » L'Humanité a rencontré les étudiant.e.s du Centre national de danse contemporaine d'Angers, qui témoignent de leurs craintes, mais aussi de leurs aspirations, face à cette crise sanitaire qui chamboule l’apprentissage de ce qui devait être la concrétisation d’un rêve.

Alors se former à la danse en pleine crise sanitaire, en confinement, qu’est-ce que ça change ? « La danse, le théâtre, les arts vivants ne peuvent pas se passer de la présence », explique Noé Soulier, directeur du Centre national de danse contemporaine d’Angers : « Il y a des choses qui ne peuvent pas passer à distance dans la danse. Il y a une précision dans la perception du mouvement, une interaction, une rapidité des échanges, des corrections à apporter qui ne sont pas possibles à distance. »

Et comment ce moment influencera-t-il les mouvements, le rapport à la société de ces artistes en construction ? « L’art et la société n’ont toujours fait qu’un. Là, on voit que l’on arrive au bout d’un système et, en tant qu’artiste, on sait que l’on va devoir se ré-acclimater, réinventer, parce que la société ne sera plus ce qu’elle était », nous racontent Joséphine et Pauline, toutes deux étudiantes. Joséphine est en train de construire un projet que le Covid ne pourra lui ôter.

Mais partout en France, le monde du spectacle vivant est gravement impacté par la situation sanitaire et les mesures de confinement.

Face à ce confinement sans (a)ménagement de la culture, des initiatives, des actes de résistance, se manifestent. Comme celle-ci à Toulouse où un public nombreux a manifesté samedi 28 octobre devant la Cave Poésie pour réclamer l’ouverture au public des lieux de spectacle.

Il y a urgence à soutenir un secteur culturel en grand danger. C'est pourquoi deux débats de la Fête de l'Humanité 2020 se sont tenus tenus afin de lancer l’idée de nouveaux états généraux de la culture, 33 ans après ceux initiés par Jack Ralite (à retrouver ici en vidéo).

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Transcription
00:11L'art et la société, ça ne fait qu'un, tout le temps, ça a toujours avancé ensemble.
00:15Là, on vit une période de crise, mais pas juste dans un pays, mais c'est mondial, tu vois,
00:19donc il y a tout un fonctionnement, on arrive à la fin d'un système.
00:22Toi, en tant qu'artiste, tu vas devoir te réacclimater, tu vas devoir réinventer ce truc-là,
00:27parce que tu sais que la société ne sera plus ce qu'elle était.
00:29Le premier confinement, et toute ma période d'été, ça a été en mode, je me suis des cheveux blancs,
00:33mais vraiment physiquement, j'avais des cheveux blancs qui sont apparus, tu vois, et je me faisais du sang d
00:37'angle.
00:37J'ai perdu 4 mois de formation, c'est quand même hyper intense quand on est danseur,
00:405 mois, c'est quand même de l'entraînement, tu vois, c'est des trucs qui sont hyper importants dans
00:44ta formation,
00:45physiquement, psychologiquement et tout.
00:46Tu sais que si tu pars deux semaines en vacances et que tu ne fais rien physiquement, tu le sens
00:50dans ton corps, quoi.
00:51Il faut être super rigoureux, c'est un médic qui est hyper rigoureux.
00:53Le premier confinement, c'est-à-dire qu'il y avait une fin.
00:56On savait qu'à un moment donné, on allait sortir là-dedans.
00:59Là, comme dit Jéréphine, on est en train de s'installer avec, de travailler avec, de se projeter avec.
01:06Pour moi, ça, c'est super violent, tu vois.
01:08Ce qui est compliqué aussi, c'est le fait d'avoir très, très peu de visibilité, en fait.
01:11C'est-à-dire qu'on ne sait pas exactement ce qui va se passer en décembre, ce qui va
01:14se passer en janvier, ce qui va se passer en février.
01:16Donc, c'est dur de se projeter.
01:17Et c'est dur de se projeter pour tout le monde, pour les théâtres, pour les artistes, pour les étudiants.
01:21On essaye de s'adapter à la situation actuelle.
01:24On a pu maintenir en présentiel les ateliers et les cours qui ne peuvent pas être faits à distance.
01:30Donc, les cours de danse, les ateliers avec les chorégraphes.
01:35Le plus important, quand même, c'est de maintenir cette présence physique.
01:40Parce que c'est vraiment un enseignement qu'on ne peut pas faire à distance, c'est impossible.
01:43Il y a des choses qui ne peuvent pas passer à distance dans la danse.
01:48Il y a une perception, il y a une précision dans la perception du mouvement qui n'est pas possible
01:54à distance.
01:55Et aussi, il y a une interaction, une rapidité de l'échange, de l'aller-retour, des corrections, des indications
02:01qu'on va pouvoir faire
02:02par rapport à ce que vont proposer les étudiantes et les étudiants.
02:07Il y aurait une énorme perte, en fait, dans la qualité et dans ce qui peut être transmis.
02:13Et je pense qu'il y a presque quelque chose de rassurant, en fait, de se dire que tout ne
02:17peut pas être transmissible virtuellement.
02:19Et il y a des choses qui ne peuvent se passer que lorsque les gens sont là, quand les gens
02:24sont présents.
02:25Et je pense que la danse, le théâtre, les arts vivants, justement, ne peuvent pas se passer de la présence.
02:41En fait, on est dans une période où on n'existe plus en tant qu'artiste, en tant que spectacle,
02:44en tant que culture.
02:45Enfin, la culture n'existe plus pendant tout ce temps de confinement.
02:47Toute la société est un peu à l'arrêt et je pense qu'on cherche en tant qu'artiste notre
02:54place, encore.
02:57Moi, je reste convaincu qu'on devrait être acteur de ce changement parce qu'il faut un changement.
03:05Je pense qu'on arrive au bout d'un système global.
03:09Et je pense que l'art et la culture seraient très importants, ce changement.
03:14Moi, je trouve juste dommage que la vidéo devienne le théâtre.
03:19L'audiovisuel prend vraiment la place sur le théâtre.
03:22Et ça, c'est un peu dommage parce que du coup, ça questionne l'art vivant aussi.
03:25Ça fait un peu peur, en tant qu'artiste du spectacle vivant, de voir ces nouveaux canaux d'information et
03:33de diffusion.
03:36C'est bien, mais on a peur que ça mange complètement la scène.
03:41Ça valise aussi vachement.
03:42Oui, je pense. Parce que je pense que le spectacle vivant est fait pour se passer sur la scène, malgré
03:49qu'il peut y avoir des évolutions.
03:51On a un peu peur de ça.
03:53Mais nous, on ne doit pas s'arrêter. On doit prendre les reins du truc.
03:57Il faut réinventer des choses et je pense que c'est une opportunité d'autant plus pour nous, je pense,
04:05artistes, avec ce contexte-là, de trouver des nouvelles choses, de tenter des nouvelles choses.
04:11Je pense que vraiment, il faut être positif parce qu'il n'y a que la positivité et les nouvelles
04:16idées qui feront avancer les choses.
04:19C'est une génération qui traverse vraiment un moment unique. Je ne sais pas ce que ça aurait été pour
04:25moi d'être étudiant dans cette période-là.
04:27Peut-être que ça va les renforcer aussi. Peut-être que ça va leur donner des capacités, des capacités de
04:32résilience, des capacités à affronter des situations que d'autres générations n'ont pas eues
04:39parce qu'elles n'ont pas été confrontées aux mêmes difficultés et qui vont les aider à affronter des situations
04:47inconnues aussi dans l'avenir.
04:50Il y a vraiment des alternatives, mais par contre, il faut les trouver et il faut y réfléchir.
04:53Et je pense que c'est vraiment ce qu'il faut faire et pour tout le monde du spectacle en
04:56ce moment.
04:57Moi, je suis en train de monter un projet pour l'année prochaine.
05:00Tadam !
05:00Tadam !
05:01Je suis vraiment en train de construire mon projet qui peut fonctionner complètement avec le Covid.
05:06Affaire à suivre.

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