- il y a 11 heures
Le monde de l’art et de la culture qui subit depuis des années austérité budgétaire, marchandisation accélérée et précarisation sociale, est désormais en état de suspension du fait de la crise sanitaire. Cela ne peut plus durer ! Les mesures annoncées, très largement insuffisantes, montrent à quel point nos gouvernants tentent de vider nos existences d’art et de culture à un moment où nous en avons plus que jamais un besoin absolu.
Il est donc urgent de susciter à nouveau les conditions d’une permanence artistique et culturelle. Pour cela il faut se mobiliser autour de deux objectifs : - l’action pour obtenir un grand plan de relance de l’art, la culture et l’éducation populaire de la même ampleur que celui qui vole au secours de nos industries ; - organiser une puissante mobilisation sociale et citoyenne pour organiser la tenue de Nouveaux Etats Généraux de la culture, dans tous les territoires et au plan national.
C’est pourquoi l’Humanité et Le Collectif culture du PCF prennent l’initiative e tables rondes publiques en ouverture de la Fête de l’Humanité 2020 pour en débattre et agir ensemble.
Table ronde avec :
Agnès Freschel, Directrice du mensuel Zibline
Clément Valette, Graphiste SNAP-CGT
Julie Brochen, Comédienne, directrice de compagnie
Lucie Sorin, Comédienne SFA-CGT
Un débat animé par Alain Hayot, co-animateur du Collectif culture du PCF.
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Il est donc urgent de susciter à nouveau les conditions d’une permanence artistique et culturelle. Pour cela il faut se mobiliser autour de deux objectifs : - l’action pour obtenir un grand plan de relance de l’art, la culture et l’éducation populaire de la même ampleur que celui qui vole au secours de nos industries ; - organiser une puissante mobilisation sociale et citoyenne pour organiser la tenue de Nouveaux Etats Généraux de la culture, dans tous les territoires et au plan national.
C’est pourquoi l’Humanité et Le Collectif culture du PCF prennent l’initiative e tables rondes publiques en ouverture de la Fête de l’Humanité 2020 pour en débattre et agir ensemble.
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Clément Valette, Graphiste SNAP-CGT
Julie Brochen, Comédienne, directrice de compagnie
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NewsTranscription
00:00:00Bonjour à toutes et à tous, je me répète, mais c'est important.
00:00:04Je veux remercier bien sûr Alexis Lorca, Patrice Bessac et la mairie de Montreuil
00:00:10de nous accueillir au Théâtre Berthelot, un théâtre où j'ai déjà vu des spectacles,
00:00:16un spectacle de Bernard Bloch, c'est ma mémoire, ici.
00:00:21Et nous sommes donc réunis effectivement pour un débat dans le cadre de la fête de l'humanité
00:00:28qui, comme chaque AC, ne se déroule pas à la Courneuve cette année et ne se déroule pas dans le
00:00:33grand format.
00:00:34Il y a des mini-fêtes dans les départements, puis un certain nombre de débats
00:00:43qui ont lieu dans les trois jours qui viennent, un peu partout à Paris et en région parisienne.
00:00:50Et pour autant, vous le savez, l'humanité a encore plus besoin de vous
00:00:57et donc je sacrifie un rituel très volontiers qui est celui de vous appeler à acheter les bons de soutien
00:01:06au journal qui en a un absolu besoin.
00:01:12Nous allons entamer cet après-midi en deux tables rondes.
00:01:17Les contraintes sanitaires nous ont obligés à n'avoir que six personnes sur la scène.
00:01:23Donc, tout à l'heure, deux autres intervenants vont arriver et deux vont nous quitter,
00:01:31mais ils seront là au premier rang et je crois qu'on nous a mis un micro.
00:01:38Et là aussi, c'est les contraintes sanitaires, on ne peut pas avoir de micro-blendeur.
00:01:42Voilà. Mais on va avoir deux tables rondes.
00:01:46Une première qui sera consacrée à ce qu'on a appelé la critique du macronisme culturel.
00:01:54Il s'agit pour l'essentiel de l'analyse de l'existant, de l'état actuel.
00:02:04Et bien évidemment, cet état actuel ne peut pas s'aborder sans une réponse à cela.
00:02:13Nous allons donc discuter dans cette première table ronde de ce que pourrait être un véritable plan de relance de
00:02:20la culture.
00:02:21Je vais en dire deux mots.
00:02:23Je vais, et la deuxième table ronde, pardon, sera consacrée à, au fond, qu'est-ce que peuvent être aujourd
00:02:31'hui de nouveaux états généraux de la culture.
00:02:33Il est évident que 35 ans après les états généraux initiés par Jacques Ralit,
00:02:39qui ont été un grand moment de notre combat et de notre histoire, de l'histoire du mouvement artistique et
00:02:47culturel,
00:02:48il est évident aujourd'hui que 35 ans après, il nous faut inventer, réinventer,
00:02:53et il nous faut réfléchir à la meilleure manière de mobiliser autour de cet enjeu fondamental qui est l'enjeu
00:03:04culturel.
00:03:04D'ailleurs, cet après-midi, elle est consacrée d'une certaine façon à l'idée de savoir comment faire aujourd
00:03:10'hui pour refaire de l'enjeu culturel
00:03:14un enjeu fondamental pour la nation et pour la société dans laquelle nous vivons.
00:03:19Et un des grands problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd'hui, c'est celui-là.
00:03:25La culture n'apparaît plus comme un enjeu de société essentiel.
00:03:31Alors, trois remarques liminaires en essayant d'être le plus rapide possible.
00:03:35D'abord, sur ce que j'appelle le macronyme culturel, il se caractérise par un air du temps qui est
00:03:44très anxiogène.
00:03:46Et je veux commencer par là.
00:03:48Loin de moi l'idée de ne pas penser qu'il faut se battre contre le virus.
00:03:59Mais en même temps, il y a manière et manière de se battre.
00:04:03Or, aujourd'hui, la manière que les pouvoirs publics, nos gouvernements ont choisi, c'est au fond une méthode fondée
00:04:11sur la peur.
00:04:12Et c'est totalement contradictoire avec une vie artistique et culturelle dans notre pays.
00:04:20La peur générée par l'atmosphère autour du combat contre le virus, avec des contraintes sanitaires qui sont décidées par
00:04:29en haut, sont les préfets qui décident.
00:04:31Aujourd'hui, on nous a fait un grand discours sur les maires, mais aujourd'hui, les préfets ne demandent même
00:04:35plus l'avis des maires pour décider.
00:04:38C'est décidé par en haut, mais aussi, c'est de manière très contradictoire et très différenciée.
00:04:43On ne comprend plus très bien le Puy du Fou d'un côté, mais on interdit les grands festivals.
00:04:50Et 9000 personnes au Puy du Fou sont autorisées.
00:04:54Il y a 5000 personnes autorisées dans les stades autour des matchs de foot.
00:04:58Mais pour autant, moi qui suis marseillais, on vient d'interdire la fiesta des Suds parce qu'on voulait les
00:05:09obliger à asseoir tout le monde et à mettre des contraintes qui faisaient que ça n'était plus conforme à
00:05:15l'esprit de ce festival.
00:05:18La peur générée par la croisade d'Armanin, c'est absolument extraordinaire d'entendre aujourd'hui le retour d'un
00:05:30discours quasi-sarkozy sur l'insécurité avec des relents racistes et délatoires.
00:05:37Alors, bientôt, on va appeler effectivement la délation.
00:05:41La peur enfin générée par des médias et certains journalistes du type Zemmour qui n'hésitent plus, et valeurs actuelles,
00:05:50vous l'avez vu, qui n'hésitent plus à afficher des convictions qui mettent en cause aujourd'hui les valeurs
00:05:56universelles de la République.
00:05:58Et ça, c'est une question forte.
00:06:02Or, cette peur, elle sert d'air du temps.
00:06:05Elle, voilà, et je dois dire honnêtement que c'est quelqu'un qui a attiré mon attention dans les réseaux
00:06:14sociaux là-dessus.
00:06:15Je me suis précipité sur le bouquin et effectivement, Machiavel dit quelque part, dans Le Prince d'ailleurs, j'ai
00:06:26vérifié,
00:06:27et je trouve que la phrase est assez étonnante parce qu'elle correspond bien à la période que nous vivons.
00:06:32« Celui qui contrôle la peur des gens devient le maître de leurs âmes ».
00:06:37Nicolas Machiavel dans Le Prince, vérifié, c'est pas mal.
00:06:42Dans ce cadre, deuxième remarque, le monde de l'art et de la culture traverse une période, une sorte d
00:06:49'état de suspension.
00:06:51On ne sait pas très bien quand va-t-il se terminer, cet état de suspension, et qui vient cristalliser
00:07:01sur une longue période,
00:07:03parce qu'on ne sait plus très bien où on va de ce point de vue-là.
00:07:08Une autre longue période, très longue période, qui est une période de régression.
00:07:12Le moment Macron, pour reprendre l'expression de Roland-Gaurier, ce sont de belles paroles, beaucoup d'illusions,
00:07:19mais ce sont des actes qui sont dans la continuité, maintenant tous les observateurs le notent, dans la continuité du
00:07:27sarkozisme.
00:07:28Et la culture n'a pas échappé à la cohérence d'ensemble du macronisme dans tous les domaines,
00:07:34ce bras armé du néolibéralisme, avec la baisse des budgets publics, les nominations en provenance du privé.
00:07:41Bref, je ne développe pas le public invité à mettre en œuvre un management privé,
00:07:46le délitement du ministère et des DRAC, la fin des emplois aidés,
00:07:51les atteintes aux collectivités territoriales et aux formes de décentralisation.
00:07:55On va sûrement y revenir.
00:07:58Et troisième remarque, tout se passe comme si nos gouvernements tentaient de vider au fond
00:08:06nos existences d'art et de culture, à un moment où nous en avons absolument besoin.
00:08:12Alors c'est un état des lieux très pessimiste que je fais.
00:08:17Peut-être qu'on me corrigera, peut-être qu'on va me nuancer, qu'on mettra quelques bémols, il faut
00:08:22bien.
00:08:22Mais il faut aussi penser qu'il est en contradiction avec l'énorme potentiel artistique et culturel qui existe dans
00:08:31ce pays.
00:08:32Et qui n'existe pas uniquement centralement, qui existe partout, dans tous les territoires.
00:08:38Et qui nous...
00:08:41Voilà.
00:08:42Donc, cet énorme potentiel nous permet peut-être d'espérer, c'est peut-être de ça dont il faut débattre,
00:08:51une mobilisation forte pour un plan de relance qui soit au même niveau que celui de l'industrie.
00:08:58Il y a plus d'emplois dans le secteur de la culture que dans le secteur de l'industrie automobile.
00:09:06Or, regardez le nombre de milliards consacrés à l'industrie automobile
00:09:10et regardez les deux misérables milliards consacrés à la culture dans un plan de relance de 100 milliards.
00:09:18Et que Mme Bachelot ne vienne pas nous dire qu'il y a déjà eu un plan d'urgence, c
00:09:23'est elle qui se mêle les pinceaux.
00:09:24Parce que les autres secteurs ont déjà eu, eux aussi, un plan d'urgence qui était dix fois plus important
00:09:34que celui consacré à la culture.
00:09:35Alors qu'on ne vienne pas nous dire que les deux milliards consacrés à la culture constituent quelque chose qui
00:09:46va nous permettre de nous relancer.
00:09:49La question du plan de relance nécessite, je crois, une puissante mobilisation.
00:09:55Voilà.
00:09:55C'est quelques mots liminaires.
00:09:59Après, effectivement, vous avez...
00:10:01Je crois que chacun s'est présenté, si je ne m'abuse, non ?
00:10:05Marion Mazoric, éditrice à Vauvert, que je connais bien,
00:10:14et qui est le fameux Diable, qui n'est pas très loin de Nîmes,
00:10:18qui est une maison d'édition assez remarquable.
00:10:22Clément Vallette, graphiste, on a émis plasticien, mais je sais, les deux, voilà, très bien, plasticien et graphiste,
00:10:30et qui est responsable secrétaire du SNAP-CGT, je le prendrai bien, c'est ça ?
00:10:37Alexis Lorca, qui est un peu notre...
00:10:41Notre...
00:10:41Hôtesse.
00:10:42Notre hôte.
00:10:43Hôtesse.
00:10:44Voilà.
00:10:44Hôtesse.
00:10:45Et qui s'est présenté, qui est adjointe à la culture et à l'éducation populaire.
00:10:52Denis Gravaux, secrétaire de la CGT Spectac,
00:10:55qui est un technicien de l'audiovisuel,
00:10:58ce qui va nous permettre peut-être que tu vas remplacer un peu au pied levé
00:11:02le cinéaste Alain Guirodi, qui s'était engagé et qui n'a pas pu venir,
00:11:09et Agnès Fréchel, qui dirige un mensuel culturel très connu dans le sud de la France,
00:11:15qui s'appelle Zibline, voilà, qui est un très grand mensuel, et elle en est la directrice.
00:11:22J'ai un dernier...
00:11:26Il fallait que ça nous arrive.
00:11:28Il y a quand même parmi les intervenants un cas de Covid,
00:11:31ou un cas de suspicion de Covid.
00:11:34Il s'a dit de Mathieu...
00:11:38Crochemore.
00:11:39Crochemore.
00:11:40Crochemore.
00:11:40Qui est musicien.
00:11:41Crochemore.
00:11:42Crochemore, voilà.
00:11:43Excuse-moi, j'ai eu un trou.
00:11:46qui nous a appelés ce matin pour nous dire qu'il était en quatorzaine
00:11:51et qu'il ne pouvait pas bouger, parce que...
00:11:54Voilà, vous imaginez.
00:11:58On n'a qu'à faire ce...
00:12:00On va commencer par toi, Marion.
00:12:02Très bien.
00:12:03Allez.
00:12:05Bonjour à tous.
00:12:08Oui, parler de culture aujourd'hui, évidemment, c'est...
00:12:13C'est complètement nécessaire.
00:12:16Alors, et...
00:12:17Bon, je vais droit dans le sujet.
00:12:20Sur la situation actuelle, ce que le Covid révèle,
00:12:24c'est quand même des écarts à l'intérieur des pratiques
00:12:28et des mondes actuelles.
00:12:31Ce qui est paralysé, arrêté, c'est tout ce qui est en lien
00:12:34avec le rassemblement public, c'est-à-dire d'abord
00:12:38le spectacle vivant et les représentations.
00:12:41Alors là, ça touche évidemment au premier chef, le théâtre,
00:12:44mais bien plus que ça, on se rend compte que...
00:12:47Par exemple, dans le livre, les salons sont aujourd'hui,
00:12:50les salons du livre, c'est le premier lieu d'achat du livre,
00:12:54avant même la librairie.
00:12:56Alors évidemment, c'est les libraires qui vendent dans les salons.
00:12:58C'est un chiffre d'affaires.
00:12:59Oui, il y a un tout petit peu de temps.
00:13:01Donc, je dis, c'est les libraires qui vendent dans les salons.
00:13:05Donc, on peut penser que le livre est à peu près protégé,
00:13:08puisque hormis les deux mois de non-vente de livres,
00:13:12l'activité a redémarré très fortement en juin.
00:13:15Mais en même temps, ce qu'on voit aussi sur la totalité
00:13:18du chiffre d'affaires de l'année, c'est que justement,
00:13:21les salons, c'est le premier segment,
00:13:23le premier segment d'achat du livre pour le public
00:13:27et donc pour les libraires.
00:13:28Et celui-là est évidemment annulé.
00:13:34Et d'autre part, les auteurs, il y a moins de contrats.
00:13:37Donc, les auteurs sont aussi les plus précaires,
00:13:39sont en situation de plus en plus précaire.
00:13:42Les auteurs non précaires ne sont pas en situation précaire.
00:13:46Ce que je voudrais dire, c'est qu'à partir de ce petit exemple,
00:13:49c'est que le monde culturel aujourd'hui,
00:13:51par rapport au monde culturel, il y a 35 ou 40 ans,
00:13:54au moment des états généraux de la culture de Jacques Ralit,
00:13:58qui sont une très grande référence,
00:14:00et qui a modifié d'ailleurs culturellement
00:14:02le rapport des artistes et des Français
00:14:05à ce qu'est la culture pour tous.
00:14:07Même si ça a été, quelle que soit la forme
00:14:11qu'ont pris les états généraux,
00:14:13je ne sais pas si c'était parfait,
00:14:14moi j'en ai une vision un peu mythologique,
00:14:17vu de mon point de vue, mais peu importe.
00:14:20Le débat qui a eu lieu sur la culture en France
00:14:23portée par Ali était portée par évidemment
00:14:25les communistes, l'exigence d'éducation populaire,
00:14:29mais bien au-delà, par les artistes eux-mêmes
00:14:31et des artistes pauvres,
00:14:33il fait qu'en 40 ans, 35 ans,
00:14:36on a finalement obtenu,
00:14:38dans beaucoup de genres d'activités culturelles,
00:14:44des systèmes de régulation qui ont été efficaces.
00:14:47Dans le livre, par exemple,
00:14:50on a vraiment un système d'aide,
00:14:52par exemple à la librairie indépendante
00:14:54qui s'est mis en place,
00:14:55qui est le premier au monde,
00:14:57qui est très important,
00:14:58qui repose bien sûr sur l'initiative individuelle
00:15:01des libraires,
00:15:01mais avec des réseaux d'aide,
00:15:05une interprofession qui se vit maintenant,
00:15:07qui se pense comme des chaînes,
00:15:09qui fait que, quelque part,
00:15:11l'édition indépendante en a été préservée.
00:15:14Un éditeur comme le Diable,
00:15:15Gauvert, il n'existe que parce que
00:15:18des libraires indépendants existent un peu partout,
00:15:21pas grâce au relais H, si vous voulez.
00:15:24Et donc, on voit bien que dans cette politique de régulation
00:15:29qui a été imposée,
00:15:30et qui maintenant est un agriculturel français,
00:15:33c'est-à-dire que l'idée de la culture pour tous
00:15:36est encore très vive.
00:15:38Si on prend le domaine du livre, par exemple,
00:15:43alors c'est à la fois un point fort,
00:15:45il y a 70% de la population qui lit régulièrement,
00:15:49le point faible, c'est que 30% de la population,
00:15:52et 35, on est en train de militer beaucoup,
00:15:54ne lit plus,
00:15:55il y a 30 ans,
00:15:57c'était 15% de la population qui ne lisait pas.
00:16:01Et l'analphabétisme concernait 5% de la population.
00:16:06Aujourd'hui, on est en régression sur ce plan-là.
00:16:09Et on assiste à une situation
00:16:13où, certes, il y a eu régulation,
00:16:15mais finalement, il y a une population croissante
00:16:17des auteurs qui se sont paupérisés,
00:16:21qui se sont précarisés,
00:16:22et une population, disons, limitée
00:16:27d'auteurs et d'écrivains
00:16:28qui vivent de leurs plumes
00:16:30et qui bénéficient de l'excellence
00:16:34des circuits de diffusion médiatiques, sociétaux, etc.
00:16:37Et donc, ce qu'on constate au bout de 35 ans,
00:16:41c'est qu'il y a, comme dans le reste
00:16:44de la société de marché,
00:16:47en fait, deux mondes.
00:16:48Un monde de la culture qui est excellent,
00:16:51qui est formidable,
00:16:52et puis un monde de la culture
00:16:54qui concerne aussi bien les pratiques des artistes
00:16:57que les pratiques des publics, bien sûr,
00:17:01qui se paupérissent,
00:17:02c'est-à-dire que du point de vue des lecteurs,
00:17:03il y a des zones entières
00:17:04où il n'y a plus d'accès aux livres.
00:17:08Il y a d'ailleurs, ce qui est très intéressant,
00:17:10c'est que les ventes de livres en hypermarché
00:17:12et supermarché en grande surface
00:17:14pesaient 20-25% des ventes du livre
00:17:16il y a 30 ans, 35 ans,
00:17:19qu'aujourd'hui, elles diminuent fortement.
00:17:21Aujourd'hui, les circuits de vente
00:17:23qui progressent et qui ont le vent en poupe,
00:17:24c'est la librairie indépendante.
00:17:26On pourrait dire que c'est très bien.
00:17:28Ça veut dire aussi que la consommation de livres
00:17:30se rapporte de plus en plus
00:17:32au centre ou aux populations centrales
00:17:36parce que cultivées.
00:17:38Je vous envoie à Bourdieu.
00:17:39On a vraiment une pyramide
00:17:41qui s'est consolidée.
00:17:42Et ce que le Covid vient montrer
00:17:45violemment en quelques mois,
00:17:48c'est ces écarts.
00:17:51C'est ces écarts massifs
00:17:52et quelque part presque irréconciliables.
00:17:56Moi, je vis, enfin, on a créé
00:17:58cette maison d'édition à Vauvert.
00:18:00C'est la petite Camargue,
00:18:01c'est entre Nîmes et Montpellier.
00:18:03Le Gard est un des départements
00:18:04les plus pauvres de France,
00:18:06vraiment,
00:18:07et avec des revenus à l'habitant très bas,
00:18:10des taux de non-imposition très hauts,
00:18:13des taux d'immatriculation de voitures
00:18:15de luxe très hauts.
00:18:16Enfin, tout ça va ensemble.
00:18:19Et vous savez ce que ça veut dire.
00:18:21Donc, je le vois.
00:18:22Donc, voilà, c'est un département
00:18:25qui est un département populaire
00:18:27où le tissu industriel a complètement été laminé
00:18:31avec la perte du tissu industriel français,
00:18:34tout simplement.
00:18:35Ce qu'on a vu aussi,
00:18:36ce que le Covid nous révèle.
00:18:37On était dans le pays du verre à soie
00:18:39et des grands pays de fabrication textile.
00:18:44Aujourd'hui, la France,
00:18:45c'est plus faire de masques.
00:18:47Enfin, voilà où on est.
00:18:49Et dans ce département,
00:18:50il y a la proportion des non-lecteurs,
00:18:52des gens qui sont définitivement éloignés du livre,
00:18:54des gens qui se pensent maintenant
00:18:59comme des gens que la culture n'intéresse pas,
00:19:01le livre n'intéresse pas.
00:19:03Et c'est leur dignité.
00:19:04Et c'est leur dignité.
00:19:06Si la racaille, c'est ça,
00:19:09j'en suis.
00:19:10Je vous rappelle la chanson.
00:19:12Si la racaille, c'est ceux qui ne lisent pas,
00:19:15ceux qui ne savent pas,
00:19:16ceux qui ne vont pas à Paris,
00:19:18ceux qui n'ont droit à rien,
00:19:19ceux qui emmerdent le monde,
00:19:21j'en suis.
00:19:23C'est aussi beaucoup ces gens-là
00:19:24qui votent Front National.
00:19:26Sur le même arrivant.
00:19:30Nous, ce qu'on voit très bien,
00:19:31c'est que par exemple,
00:19:32ce n'est pas une statistique à...
00:19:35Enfin, si vous prenez la statistique
00:19:36de la France qui lit
00:19:38et la statistique de la France qui vote FN,
00:19:40c'est exactement deux cartes
00:19:42qui ne se chevauchent pas.
00:19:44C'est-à-dire que dans toutes les zones
00:19:45qui sont les plus grandes consommatrices de livres,
00:19:48il y a un électorat FN très bas.
00:19:53Voilà.
00:19:54Donc, on est dans cette France-là
00:19:55et du point de vue des artistes,
00:19:58on se retrouve là.
00:19:59Pour moi, ce que le Covid a révélé,
00:20:03c'est un espèce de...
00:20:04Et Macron d'ailleurs,
00:20:05parce qu'il est un cynisme.
00:20:06Moi, je pense que c'est un petit Poutine.
00:20:09Tu as tout à fait raison, je crois,
00:20:11sur la peur.
00:20:12On est allé voir des corridas à Béziers en août.
00:20:16Il y avait l'armée avec des mitrailleuses.
00:20:18Alors, je ne sais pas s'ils étaient là
00:20:19pour protéger les toins des anticorridas
00:20:22ou le contraire,
00:20:25mais l'armée avec des mitrailleuses,
00:20:26ça, ce n'est pas le maire.
00:20:28Ça, c'est l'armée.
00:20:30C'est le préfet.
00:20:31Donc, si vous voulez, il y a...
00:20:34Et partout, enfin, chez nous,
00:20:35je ne sais pas, à Paris,
00:20:36c'est la première fois que je reviens depuis huit mois,
00:20:38mais on voit la police partout,
00:20:41les gendarmes, etc.
00:20:44Donc, il y a ce climat d'insécurité,
00:20:46il y a ce climat de, sous-entendu,
00:20:48le peuple fait peur depuis les Gilets jaunes.
00:20:51Il y a vraiment un...
00:20:53Et alors, dans la culture,
00:20:55un cynisme totalement affiché
00:20:56qui fait qu'effectivement,
00:20:58alors que c'est la première,
00:20:59enfin, une première économie de France
00:21:01et d'en gros, on a le moins d'aide,
00:21:03et qu'en particulier, les réponses
00:21:05pour les zones d'urgence
00:21:07de la culture,
00:21:09des artistes qui sont vraiment...
00:21:11qui n'ont plus rien pour le faire.
00:21:12Parce qu'en fait, il faut dire
00:21:13qu'un artiste normal,
00:21:15il travaille,
00:21:17il fait des petits boulots pour se nourrir.
00:21:19Donc, d'un côté,
00:21:20il a comme commande professionnelle
00:21:22des boulots qui sont justement liés
00:21:25souvent à la réception du public,
00:21:27les bars, les événements culturels,
00:21:31les spectacles un peu techniques,
00:21:33enfin, vous voyez,
00:21:34des boulots alimentaires
00:21:35qui ont complètement disparu.
00:21:37Et d'un autre côté,
00:21:38il a ses revenus artistiques.
00:21:40Et donc, la plupart ont totalement disparu.
00:21:42Par exemple, même dans le domaine de l'écrit,
00:21:45si les livres continuent à se vendre,
00:21:47les ateliers d'écriture,
00:21:49les animations scolaires,
00:21:51etc., etc.
00:21:53Alors là, on mesure, en fait,
00:21:55qu'au moment du Covid,
00:21:58que les écarts sont phénoménaux.
00:22:00Et alors, si je prends, bon,
00:22:01le secteur que je connais mieux,
00:22:02le livre, il y a eu en particulier
00:22:04des choses qui l'ont montré
00:22:06très symboliquement.
00:22:07Je pense aux journaux de confinement
00:22:08des écrivains bourgeois,
00:22:10où on se croyait il y a quelques siècles.
00:22:13Et puis, au contraire,
00:22:14la paupérisation d'artistes
00:22:16qui ont vraiment plus rien
00:22:18pour manger, payer leur loyer, etc.
00:22:20C'est-à-dire qu'ils font partie
00:22:21de ceux qui ne mangent pas.
00:22:24Et alors moi, je ne sais pas si c'est...
00:22:27Enfin, la notion de nouveaux états généraux,
00:22:29elle est...
00:22:30Il faut faire quelque chose,
00:22:31mais j'ai l'impression que...
00:22:33Il y a deux choses.
00:22:34D'une part, reprendre l'offensive
00:22:36sur toutes les mesures de régulation
00:22:39du système marchand
00:22:40qui était active
00:22:42et sur lesquelles il faut absolument
00:22:44réclamer les mêmes plans d'urgence
00:22:45que pour la librairie,
00:22:48les artistes,
00:22:49les producteurs de spectacles.
00:22:50mais qu'au-delà de ça,
00:22:53on fait un bilan sur la culture
00:22:55qui est quand même très inquiétant.
00:22:57C'est que le fait que la culture
00:22:59et toutes les cultures,
00:23:01parce que le foot, la cuisine,
00:23:02toutes les cultures,
00:23:04au sens même le plus large,
00:23:06soient dans ce système marchand,
00:23:09soumises aux lois capitalistes,
00:23:14on est clavés,
00:23:18comme on dit chez nous.
00:23:19on est piégés totalement
00:23:22vers d'un côté
00:23:24une demande sociale
00:23:25qui se concentre
00:23:26sur des artistes
00:23:28qui vont effectivement être
00:23:29comme des footballeurs
00:23:30qui gagnent des millions
00:23:30et de l'autre côté,
00:23:32tout un lumpen prolétariat
00:23:34de l'art et de la culture
00:23:35qui ne peut absolument plus vivre,
00:23:37alors que la demande sociale,
00:23:39elle est globale.
00:23:40mais la demande sociale,
00:23:42elle est immédiatement convertie
00:23:43en marché.
00:23:45Et quelque part,
00:23:47symboliquement,
00:23:48quand on a perdu la bataille
00:23:50de la gratuité en bibliothèque,
00:23:51c'est symbolique,
00:23:53parce que c'est vrai
00:23:53que ce n'est pas très cher,
00:23:54mais quand même,
00:23:55c'était très important.
00:23:58Moi, je pense qu'il y a beaucoup de...
00:24:01Je pense qu'une des réponses,
00:24:03alors peut-être pas dans...
00:24:05En tout cas,
00:24:05dans la représentation,
00:24:07elle peut s'orienter
00:24:10dans les économies de la gratuité.
00:24:12On a déjà vu
00:24:12ce qu'au niveau des transports,
00:24:14à quel point au niveau des transports,
00:24:15c'était rentable.
00:24:17Il ne s'agit pas pour autant
00:24:18d'en revenir à des modes
00:24:21d'artistes financés
00:24:22par la chose publique,
00:24:27parce qu'on sait où ça mène.
00:24:29Mais enfin,
00:24:30pour finir,
00:24:31et pas m'étendre plus,
00:24:33les questions que je me pose actuellement,
00:24:35c'est que le Covid
00:24:35nous rappelle de façon très cruelle
00:24:39qu'en économie de marché,
00:24:42les problématiques de la culture
00:24:44et de l'art
00:24:47sont corrompues de l'intérieur.
00:24:50Voilà.
00:24:52Merci Marion.
00:24:54Clément ?
00:24:56Alors moi,
00:24:57je vais repartir un peu plus en arrière,
00:24:58avant la crise du Covid.
00:25:00J'ai passé trois ans
00:25:03en réunion au ministère de la Culture
00:25:05et je me suis demandé
00:25:09ce qu'était le ministère de la Culture,
00:25:10parce qu'à chaque fois,
00:25:12il y avait quelqu'un
00:25:14du ministère de la Santé,
00:25:15il y avait d'autres ministères
00:25:16qui étaient là pour guider notre ministère,
00:25:18ou le budget, plus souvent.
00:25:22Aussi,
00:25:23il y avait des interlocuteurs
00:25:25privilégiés par le ministère
00:25:26qui sont les organismes
00:25:27de gestion collective,
00:25:29donc c'est des sociétés d'auteurs
00:25:30qui ne défendent pas l'intérêt
00:25:32de tous les auteurs,
00:25:33mais plutôt de leurs sociétaires.
00:25:35et ça pose un problème
00:25:37de représentativité
00:25:39qui, à mon sens,
00:25:41est évident.
00:25:43Et aussi,
00:25:44ça a posé
00:25:46la question
00:25:47d'un mépris de classe,
00:25:48car on voit
00:25:49qu'il y a des gens
00:25:50qui sont salariés,
00:25:51qui sont un peu plus aisés
00:25:52par rapport aux auteurs
00:25:53qui sont vraiment pauvres.
00:25:54Ce qui nous amène,
00:25:55après,
00:25:56sur la crise du Covid,
00:25:59où là,
00:25:59les réponses du ministère,
00:26:00elle a été terrible pour nous,
00:26:02c'est-à-dire qu'ils ont proposé
00:26:03un plan d'aide
00:26:04qui était à la hauteur
00:26:06de 7,7 euros,
00:26:07je crois,
00:26:07par hauteur,
00:26:09ce qui est ridicule.
00:26:10Et c'était sous condition,
00:26:12donc c'était...
00:26:14Il fallait avoir
00:26:15une exposition annulée,
00:26:16quelque chose d'annulé,
00:26:17pour pouvoir toucher
00:26:18cette aide.
00:26:23Donc nous,
00:26:24en tant que syndicat,
00:26:26on a,
00:26:27dès le lendemain du confinement,
00:26:29on a appelé la DGCA,
00:26:30donc le ministère de la Culture,
00:26:32pour leur proposer un plan
00:26:33pour sauver les artistes,
00:26:35parce que,
00:26:35comme tu viens de le dire,
00:26:37tous les métiers étaient annulés,
00:26:38c'est-à-dire qu'il n'y avait plus
00:26:38de commandes,
00:26:39il n'y avait plus
00:26:40les métiers alimentaires,
00:26:42donc travailler dans les écoles,
00:26:43tous les petits boulots
00:26:44étaient annulés,
00:26:46donc il n'y avait plus d'argent
00:26:47pour la plupart des auteurs.
00:26:50Et donc,
00:26:50on leur a proposé
00:26:51un revenu minimum,
00:26:52donc on pensait
00:26:53à 1 500 euros,
00:26:54basé sur le SMIC,
00:26:55et un plafond
00:26:57à 2 500,
00:26:58si ma mémoire est bonne.
00:27:00Évidemment,
00:27:01il n'en a rien été,
00:27:02et on se retrouve
00:27:03avec une aide
00:27:04qui est toujours
00:27:05au bénéfice des,
00:27:06je ne dirais pas
00:27:07des plus riches,
00:27:07parce que chez les artistes,
00:27:08il n'y a pas vraiment
00:27:08de plus riches,
00:27:09mais des moins pauvres.
00:27:11Et encore une fois,
00:27:12quand on se retrouve
00:27:13avec le projet
00:27:14d'exonération
00:27:16de cotisations sociales,
00:27:19pour des histoires,
00:27:20je crois que c'est
00:27:20des centaines
00:27:21ou cinquantaines d'euros
00:27:22de différence,
00:27:24on exclut
00:27:25les plus pauvres.
00:27:25c'est vraiment,
00:27:27je pense qu'il n'y a que ça,
00:27:28c'est le mépris de classe.
00:27:32Ils,
00:27:32on ne va pas dire on,
00:27:33c'est ils excluent
00:27:34les plus pauvres
00:27:34de la solidarité nationale.
00:27:37C'est assez ignoble.
00:27:39Ensuite,
00:27:40j'aimerais rebondir
00:27:40quand même
00:27:40sur un problème
00:27:43plutôt lié
00:27:43aux réformes
00:27:45des retraites,
00:27:46à tout ce qui s'est passé
00:27:47avant,
00:27:47parce qu'il s'est quand même
00:27:47passé beaucoup de choses
00:27:48cette année,
00:27:49sans parler des Gilets jaunes,
00:27:50mais on va en parler aussi.
00:27:53C'est d'un point de vue culturel,
00:27:55il y a eu quelque chose
00:27:55de très fort
00:27:56qui s'est fait
00:27:56avec les Gilets jaunes,
00:27:58qui ont,
00:28:00moi je trouve,
00:28:00en tant qu'artiste plasticien,
00:28:02ils ont investi
00:28:03les ronds-points,
00:28:04c'est un lieu d'art,
00:28:06ils ont créé des choses
00:28:07sur ces ronds-points,
00:28:09ils ont réussi
00:28:10à inverser un peu
00:28:11le rapport de force,
00:28:12c'est-à-dire que ce n'était pas
00:28:14les Gilets jaunes
00:28:14qui cassaient,
00:28:15mais c'était plutôt
00:28:15le gouvernement
00:28:16qui venait casser
00:28:16les œuvres d'art
00:28:17que les Gilets jaunes
00:28:18construisaient.
00:28:18Il y a eu tout un,
00:28:22de la culture créativiste,
00:28:24de revendication
00:28:24que j'ai trouvé
00:28:25très intéressante
00:28:26et je me demande
00:28:26pourquoi nous,
00:28:29les syndicats
00:28:30et aussi les partis,
00:28:32on n'arrive pas
00:28:37à rebondir
00:28:38sur cette culture populaire
00:28:39qui est juste excellente.
00:28:42On a été obligé,
00:28:44moi je vois pendant
00:28:44la réforme des retraites
00:28:45en tant que graphiste,
00:28:46de créer un collectif
00:28:48avec des camarades graphistes
00:28:49qui sont militants
00:28:49depuis des années,
00:28:51en dehors du syndicat
00:28:53qui s'appelle
00:28:53Forme des luttes,
00:28:54où on a produit
00:28:54des images
00:28:55pour avoir du monde.
00:28:56Si je le faisais
00:28:57avec le SnapCGT,
00:28:59on aurait beaucoup
00:28:59moins d'écho.
00:29:00C'est un truc terrible.
00:29:03Alors après,
00:29:03on arrive à créer du lien,
00:29:05on a recréé du lien
00:29:05justement avec cette lutte
00:29:08qui a duré bien longtemps,
00:29:09mais ça me pose quand même
00:29:11ces questions
00:29:11de comment est-ce
00:29:14qu'on s'organise
00:29:14pour la suite.
00:29:15Parce que si on continue
00:29:17comme ça,
00:29:19j'ai peur
00:29:19qu'on n'y arrive pas.
00:29:22Voilà,
00:29:22c'est sur ces mots d'espoir.
00:29:27Bien,
00:29:28sur ce propos pessimiste,
00:29:30on va essayer de rebondir.
00:29:32On va essayer de rebondir.
00:29:34Alexis ?
00:29:35Oui, alors moi,
00:29:38déjà je voulais remercier
00:29:39la première chose
00:29:40que je voulais faire
00:29:41c'était remercier,
00:29:42vous êtes ici donc à Montreuil
00:29:43au théâtre municipal
00:29:45Berthelot-Jean Guérin
00:29:46et je voulais vraiment
00:29:48remercier l'équipe
00:29:49de notre théâtre,
00:29:50nos agents du service public
00:29:52dont on dit souvent
00:29:53tellement de mal,
00:29:53vous savez,
00:29:53les fonctionnaires
00:29:54qui font fonctionner
00:29:56nos équipements culturels
00:29:57et les remercier
00:29:58de leur accueil
00:29:59et qui ont été
00:30:00extrêmement réactifs
00:30:01pour nous accueillir.
00:30:03Voilà,
00:30:03donc moi je suis adjointe
00:30:04au maire de Montreuil,
00:30:06Patrice Bessac,
00:30:07donc déléguée à la culture
00:30:08et à l'éducation populaire
00:30:10et vice-présidente
00:30:12du Territoire Est Ensemble,
00:30:13c'est la communauté
00:30:14d'agglomération,
00:30:16pareil,
00:30:16culture et éducation populaire.
00:30:20Alors pour faire,
00:30:20pour essayer de faire
00:30:23quelque chose
00:30:23d'un peu global,
00:30:24moi je voulais revenir
00:30:24un petit peu
00:30:25sur les politiques culturelles
00:30:27et rappeler
00:30:27que les politiques culturelles
00:30:29en France
00:30:29sont financées
00:30:31à 70%
00:30:32par les collectivités locales,
00:30:35par les collectivités territoriales
00:30:37et qu'à l'intérieur
00:30:38de ces collectivités,
00:30:39plus des deux tiers
00:30:40des financements
00:30:42ont les doigts
00:30:43aux communes.
00:30:44Donc ça je pense
00:30:45que c'est quelque chose
00:30:45aussi à rappeler
00:30:46et notamment
00:30:47quand on voit
00:30:48la misère
00:30:50qui s'abat
00:30:51sur les collectivités
00:30:52territoriales
00:30:54régulièrement,
00:30:55les baisses
00:30:57des dotations,
00:30:59on voit
00:31:00ce que ça peut donner
00:31:00d'autant que
00:31:01la culture
00:31:02n'est pas une compétence
00:31:03obligatoire en France,
00:31:04c'est une compétence
00:31:06qui est partagée
00:31:08mais qui n'est pas
00:31:08obligatoire.
00:31:09Qu'est-ce que ça veut dire ?
00:31:10C'est que quand
00:31:12l'État
00:31:13et l'État
00:31:13le fait depuis des années
00:31:14et avant Macron,
00:31:16quand l'État
00:31:17fait en sorte
00:31:18que les collectivités
00:31:20locales
00:31:21aillent vers
00:31:22leurs compétences
00:31:23obligatoires
00:31:23et plus sur les compétences
00:31:25qu'elles partagent
00:31:26en plus,
00:31:27dont la culture,
00:31:28ça veut dire quoi ?
00:31:29Ça veut dire que
00:31:29quand on est obligé
00:31:30de construire
00:31:31des groupes scolaires,
00:31:32quand on est obligé
00:31:33de faire fonctionner
00:31:35les établissements
00:31:38scolaires
00:31:38qui sont une compétence
00:31:40obligatoire,
00:31:41il y a moins d'argent
00:31:41pour le reste
00:31:42et notamment
00:31:43pour la culture.
00:31:44Alors à Montreuil,
00:31:45c'est un effort
00:31:45qui est fait énorme
00:31:47parce qu'on y croit
00:31:48et qu'on pense
00:31:49que les politiques culturelles
00:31:50sont un vrai choix
00:31:51de société
00:31:51et qu'on en a besoin.
00:31:53On n'a pas baissé
00:31:54le budget
00:31:55de la culture,
00:31:57on l'a même
00:31:58un petit peu monté,
00:31:59mais c'est laissé
00:32:00c'est au gré
00:32:04des équipes municipales.
00:32:06Donc ça,
00:32:07il faut le savoir
00:32:07et alors ça,
00:32:08on y reviendra
00:32:09et peut-être
00:32:09que c'est un sujet
00:32:10qu'il faudra travailler
00:32:11notamment,
00:32:12je pense que peut-être
00:32:13que Denis Gravouille
00:32:14en parlera,
00:32:15mais de rendre
00:32:17la compétence,
00:32:18de rendre la culture
00:32:19une compétence obligatoire
00:32:22parce que c'est un danger
00:32:24qui est extrêmement important
00:32:26pour notre pays.
00:32:29Vous êtes ici donc
00:32:30à Montreuil,
00:32:30je le disais,
00:32:31vous êtes sur un territoire
00:32:32Est-Ensemble
00:32:33et dans un département
00:32:34qui s'appelle
00:32:35la Seine-Saint-Denis
00:32:36et ce territoire
00:32:38dont on parle beaucoup
00:32:38dans les médias,
00:32:39rarement pour en dire
00:32:40du bien,
00:32:42c'est un territoire
00:32:43qui est très pauvre également,
00:32:45qui est un territoire
00:32:45très riche,
00:32:47riche de sa jeunesse
00:32:48puisqu'on a énormément
00:32:49de jeunes en Seine-Saint-Denis,
00:32:52le taux de natalité
00:32:53est très important,
00:32:55riche aussi
00:32:56de ces multiples cultures
00:32:58et moi je pense vraiment
00:33:01que sur ce territoire,
00:33:03sur ce département,
00:33:04dans cette ville,
00:33:05les politiques culturelles
00:33:07et éducatives
00:33:08depuis des décennies
00:33:10ont été extrêmement exigeantes,
00:33:12ambitieuses
00:33:12et ont été un vrai moteur
00:33:16des politiques publiques
00:33:17en général
00:33:18et je pense que si
00:33:19face aux difficultés
00:33:21qui sont les difficultés
00:33:23de notre ville,
00:33:24de notre territoire,
00:33:25de la Seine-Saint-Denis,
00:33:27si ce département
00:33:28tient debout
00:33:29quoi qu'en disent les médias
00:33:30et s'il est si riche
00:33:32de ses artistes également
00:33:34parce que c'est un territoire
00:33:35qui attire les artistes
00:33:37et pas uniquement
00:33:38parce que les loyers
00:33:38ou le foncier est moins cher,
00:33:41mais bien évidemment
00:33:42parce que les artistes
00:33:43y trouvent aussi
00:33:44je pense en termes humains,
00:33:49en termes de diversité
00:33:50des sources extrêmement importantes
00:33:53pour leur création,
00:33:54c'est grâce,
00:33:55si ce département
00:33:57et ces territoires
00:33:58tiennent debout,
00:33:59c'est grâce à ces politiques culturelles
00:34:01qui ont été distillées
00:34:06par ce qu'on a appelé
00:34:08la banlieue rouge
00:34:09pendant très longtemps,
00:34:11mais par des politiques culturelles
00:34:13et éducatives extrêmement fortes
00:34:15et ambitieuses
00:34:15avec évidemment
00:34:16tout un tissu associatif,
00:34:18tout un tissu militant autour,
00:34:20mais je pense que c'est très important
00:34:22à rappeler également
00:34:23parce que la culture en France
00:34:26bien sûr c'est le facteur économique certes,
00:34:30mais il faut rappeler aussi
00:34:31que c'est bien autre chose
00:34:33et que c'est aussi
00:34:34ce qui est un ciment social
00:34:36extrêmement important
00:34:37et un ciment d'émancipation individuelle
00:34:40et collectif très très important.
00:34:45Alors, je dirais, oui,
00:34:47alors la difficulté pour les artistes,
00:34:49nous à Montreuil,
00:34:50la particularité de Montreuil,
00:34:52c'est que plus de 10% de la population
00:34:57travaille dans les arts ou la culture.
00:34:59C'est-à-dire que face
00:35:00dans un territoire
00:35:01qui est extrêmement populaire,
00:35:03on a ce mélange
00:35:05et cette mixité,
00:35:06alors qui n'est pas l'idéal
00:35:07comme on le souhaiterait,
00:35:08mais en tout cas
00:35:09qui fonctionne plutôt bien,
00:35:11d'artistes
00:35:12et qui ne sont pas
00:35:15des artistes riches
00:35:18pour la plupart,
00:35:19il y a un petit peu de tout,
00:35:20mais on a beaucoup
00:35:21notamment de jeunes artistes
00:35:22qui s'installent
00:35:23ou d'artistes plus vieillissants
00:35:25qui sont de nouveau dans la galère
00:35:27puisque vous connaissez
00:35:28la précarité de la vie des artistes
00:35:31et notamment d'ailleurs
00:35:34parce que Clément en parlait,
00:35:35des auteurs
00:35:36et des plasticiens
00:35:40qui n'ont pas de statut
00:35:41très défini
00:35:43et qui en tout cas
00:35:44n'ont pas de,
00:35:44il n'y a pas de dispositif
00:35:46qui leur permet
00:35:46d'être un petit peu moins précaires
00:35:49comme peuvent l'être
00:35:50les intermittents par exemple,
00:35:53que sur ce territoire
00:35:55donc où les artistes
00:35:59en plus viennent vraiment,
00:36:00je le disais par choix
00:36:01et ont vraiment envie
00:36:03de travailler,
00:36:04notamment de partager
00:36:05que ce soit
00:36:06des interventions
00:36:07dans les écoles,
00:36:08bien évidemment
00:36:09des propositions de spectacles
00:36:10dans nos théâtres,
00:36:12des propositions d'expositions
00:36:14dans nos centres d'art,
00:36:17mais ce sont des gens
00:36:19qui vivent réellement
00:36:21sur le territoire
00:36:22en scolarisant leurs enfants
00:36:24dans nos écoles publiques
00:36:26et ça c'est un,
00:36:27c'est extrêmement important
00:36:29dans nos villes,
00:36:31dans une ville comme Montreuil,
00:36:33c'est d'avoir des parents
00:36:33qui sont aussi artistes
00:36:34et qui peuvent venir
00:36:36présenter ce qu'ils font,
00:36:37peuvent venir,
00:36:39c'est,
00:36:39tout ça est extrêmement important.
00:36:44La crise sanitaire
00:36:46que nous traversons toujours
00:36:48bien évidemment
00:36:49a précarisé de façon
00:36:53galopante
00:36:54la vie de nombreux artistes
00:36:56du territoire.
00:36:59Moi j'en ai eu beaucoup
00:37:00pendant la période de confinement
00:37:03puisque j'appelais régulièrement
00:37:05les organisations professionnelles,
00:37:07les lieux culturels
00:37:08et puis également des artistes,
00:37:09on a eu d'ailleurs des visioconférences
00:37:12avec le maire
00:37:14ou avec quelques artistes
00:37:17comme ça à chaque fois
00:37:18pour parler avec eux
00:37:19et voir un petit peu
00:37:19comment ils vivaient tout ça.
00:37:22Certains d'entre eux
00:37:23m'ont dit
00:37:24pendant le confinement
00:37:25on est en train de regarder
00:37:26comment opérer une reconversion
00:37:28parce que là
00:37:29on ne s'en sortira pas
00:37:30et quand bien même
00:37:32pour les intermittents
00:37:33il y a cette année blanche,
00:37:34comme de toute façon
00:37:35on ne voit pas
00:37:36quand de nouveau
00:37:37on va avoir la possibilité
00:37:39de travailler
00:37:39là il faut qu'on se reconvertisse
00:37:41parce qu'on vient d'arriver
00:37:42on est jeune
00:37:43on a des enfants
00:37:43il va falloir à un moment
00:37:45voilà
00:37:46les choses deviennent
00:37:48extrêmement compliquées
00:37:49donc ça marque
00:37:50évidemment
00:37:53ce que disait Marion
00:37:55tout à l'heure
00:37:56on voit bien
00:37:56que cette crise
00:37:57a marqué
00:37:59a élargé encore plus
00:38:00le fossé
00:38:02entre les gens
00:38:03entre ceux qui peuvent
00:38:05à peu près s'en sortir
00:38:06et les autres
00:38:07on voit aussi
00:38:08que les artistes
00:38:09et ça moi je le dis
00:38:09très souvent à Montreuil
00:38:10parce que comme en général
00:38:12quand on parle de Montreuil
00:38:13et de la Seine-Saint-Ny
00:38:14en tout cas de Montreuil
00:38:15c'est pour dire
00:38:15soit qu'il y a des problèmes
00:38:16parce que c'est le 9-3
00:38:17donc il y a des problèmes
00:38:17soit pour dire
00:38:18que c'est une ville de bobos
00:38:21c'est une ville
00:38:24qui se gentrifie
00:38:25à quelques endroits
00:38:26mais je le rappelle aussi souvent
00:38:29et peut-être que Denis
00:38:30pourra en parler
00:38:32les artistes finalement
00:38:33qui vivent à Montreuil
00:38:35sont souvent dans
00:38:36de grandes difficultés financières
00:38:38et ont souvent
00:38:38beaucoup à dire
00:38:39en termes de difficultés financières
00:38:42avec beaucoup
00:38:43des populations
00:38:43qui habitent
00:38:44dans nos cités
00:38:46l'assiste financière
00:38:48et la précarité
00:38:49est souvent
00:38:49assez proche
00:38:51alors bien évidemment
00:38:52qu'un artiste
00:38:53il a en lui
00:38:56ce savoir-faire
00:38:58ces connaissances
00:38:59qui lui permettent
00:39:00de rebondir
00:39:01et quand vous avez
00:39:02des artistes
00:39:02qui disent
00:39:02on va changer de métier
00:39:04bien évidemment
00:39:05que dans les cités
00:39:06c'est souvent
00:39:06beaucoup plus compliqué
00:39:07de changer de métier
00:39:08mais il n'empêche
00:39:10qu'au jour le jour
00:39:11il y a vraiment
00:39:12des concordances
00:39:13de vie quotidienne
00:39:15qui sont
00:39:16qui sont
00:39:17assez
00:39:18assez fortes
00:39:21et moi
00:39:22ce qui m'inquiète
00:39:23beaucoup
00:39:23si nous perdons
00:39:25des compagnies
00:39:26si nous perdons
00:39:26des artistes
00:39:27puisque
00:39:28on le verra
00:39:29on va voir
00:39:29où vont aller les aides
00:39:31qui est des aides
00:39:32pour les grandes maisons
00:39:33on en a aussi
00:39:34sur les territoires
00:39:35et on est très contents
00:39:36mais est-ce que ces aides
00:39:37vont aller aux petites compagnies
00:39:38à ceux qui en ont
00:39:39le plus besoin
00:39:40et c'est ce que disait Clément
00:39:41parce que qu'est-ce que ça veut dire
00:39:42alors bien évidemment
00:39:43il y a quelque chose
00:39:44qui est scandaleux
00:39:45c'est que
00:39:45il y a les riches
00:39:46et les pauvres
00:39:47il y a un prolétariat
00:39:50artistique
00:39:50et culturel
00:39:51bien évidemment
00:39:53mais ça veut dire aussi
00:39:54que ces petites compagnies
00:39:55qui font d'abord
00:39:56qui font le travail
00:39:57sur les territoires
00:39:58à côté des grandes maisons
00:39:59mais qui font ce travail-là
00:40:01ça veut dire aussi
00:40:02une diversité de la création
00:40:04qui va s'effondrer
00:40:06et ça
00:40:07c'est quand même
00:40:09extrêmement préoccupant
00:40:10en termes de démocratie
00:40:12parce que
00:40:13la création artistique
00:40:14la création culturelle
00:40:15la création du jus de crâne
00:40:17c'est quand même aussi
00:40:18ce qui permet
00:40:19de penser différemment
00:40:21d'ouvrir des pistes
00:40:22et des entrées
00:40:23sur des pistes
00:40:24de réflexion différentes
00:40:25c'est ce qui peut faire vivre
00:40:27la démocratie
00:40:28tout simplement
00:40:29en faisant vivre
00:40:30en aidant
00:40:31à cette émancipation
00:40:33individuelle
00:40:34et collective
00:40:35donc si on a plus
00:40:36cette diversité
00:40:37de création
00:40:39je pense qu'en termes
00:40:41de démocratie
00:40:41c'est quelque chose
00:40:42qui est extrêmement
00:40:43préoccupant
00:40:45je voulais aussi
00:40:47parler
00:40:47alors des maladresses
00:40:49du gouvernement
00:40:49comment dire
00:40:52à plusieurs reprises
00:40:53bon alors ça c'était
00:40:54déjà le cas avant
00:40:55mais là pendant
00:40:56l'été culturel
00:40:57qui a été lancé
00:40:58par le ministère
00:40:59à plusieurs reprises
00:41:01moi j'étais
00:41:01une visioconférence
00:41:04avec les acteurs
00:41:06culturels et artistiques
00:41:07du territoire
00:41:08de Seine-Saint-Denis
00:41:10où en gros
00:41:11on leur dit
00:41:12bon ben
00:41:12allez les artistes
00:41:14là il faut bouger
00:41:14il faut aller sur le terrain
00:41:16parce que les gens
00:41:17ont besoin de vous
00:41:17et tout ça
00:41:18mais c'est juste
00:41:19insupportable
00:41:19parce que quand vous êtes
00:41:20élu local
00:41:22vous
00:41:22enfin les artistes
00:41:23vous les voyez
00:41:24mais H24
00:41:25sur le territoire
00:41:26dans les EHPAD
00:41:27les hôpitaux
00:41:27dans les écoles
00:41:28en train de faire ce travail
00:41:30donc je trouve
00:41:31et qui paye
00:41:32ce sont les collectivités
00:41:33territoriales
00:41:34c'est pas
00:41:35en l'occurrence
00:41:36c'est rarement
00:41:37c'est rarement
00:41:37l'État
00:41:38bon peu importe
00:41:39c'est bon
00:41:40mais leur dire
00:41:41je trouve
00:41:42qu'il y a quand même
00:41:44une espèce
00:41:45de déconnexion
00:41:46entre l'État
00:41:47et ce qui est
00:41:47la réalité
00:41:50artistique
00:41:50et culturelle
00:41:51du pays
00:41:52qui est
00:41:55encore une fois
00:41:57inquiétante
00:41:58et qui est souvent
00:41:58faire injure
00:42:00à nos artistes
00:42:02et puis alors
00:42:03pour conclure
00:42:03ce que j'aimerais dire
00:42:04aussi
00:42:05c'est qu'on balance
00:42:06et moi la première
00:42:07souvent l'argument économique
00:42:08en disant
00:42:09il faut défendre la culture
00:42:11parce que la culture
00:42:12c'est quatre fois plus
00:42:13au PIB
00:42:14que l'industrie automobile
00:42:16mais moi
00:42:17j'ai envie de redire
00:42:18quand même
00:42:18en tant qu'élu local
00:42:19pourquoi on défend
00:42:20les arts et la culture
00:42:21on défend les arts et la culture
00:42:23pour ce que c'est
00:42:24dans un choix de société
00:42:26c'est-à-dire
00:42:27pour ce gros mot
00:42:28puisque c'est un gros mot
00:42:29maintenant de parler
00:42:29d'émancipation individuelle
00:42:31et collective
00:42:31mais moi
00:42:32en tout cas
00:42:33en tant qu'élu
00:42:33si ça fait du fric
00:42:35en plus
00:42:35et bien tant mieux
00:42:36mais en tout cas
00:42:37en tant qu'élu local
00:42:39je défends
00:42:40les arts et la culture
00:42:41et les politiques culturelles
00:42:42tout simplement
00:42:43parce que
00:42:44c'est un élément
00:42:45de démocratie
00:42:46qui est fondamental
00:42:47et comme dirait Malraux
00:42:49c'est aussi ce qui fait
00:42:50de nous autre chose
00:42:52qu'un incident de l'univers
00:42:54c'est ce qui fait
00:42:54de l'être humain
00:42:55autre chose
00:42:55qu'un incident de l'univers
00:42:57que d'être éduqué
00:42:58que d'être cultivé
00:43:00et de pouvoir côtoyer le beau
00:43:02ou ce qu'on trouve le moins beau
00:43:04mais en tout cas
00:43:04la création
00:43:05voilà
00:43:07merci Alexis
00:43:09tu as raison de rappeler
00:43:11les raisons fondamentales
00:43:12de notre soutien
00:43:14à l'art et à la culture
00:43:14mais je voulais
00:43:16d'une certaine façon
00:43:17répondre de manière
00:43:17un peu polémique
00:43:18à Castex
00:43:20et à Bachelot
00:43:21et d'ailleurs
00:43:22puisque je vais passer
00:43:23la parole à Denis
00:43:24j'ai lu attentivement
00:43:26l'interview de Bachelot
00:43:27dans Le Monde
00:43:28la semaine dernière
00:43:31elle reconnaît que
00:43:33c'est le deuxième secteur
00:43:34le plus sinistré
00:43:36derrière les transports
00:43:37la culture
00:43:40mais après
00:43:42c'est terrible
00:43:43le vide sidéral
00:43:46qu'elle développe
00:43:48dans cet entretien
00:43:49vas-y
00:43:49moi je vais juste
00:43:52revenir un tout petit peu
00:43:53comme Clément
00:43:53en arrière
00:43:55sur deux trois points
00:43:56parce que
00:43:58la question
00:43:59on a la période Covid
00:44:01il y aura un avant
00:44:02et un après
00:44:02dans le bon coup de domaine
00:44:04mais particulièrement
00:44:05dans les professions
00:44:06du spectacle
00:44:06et dans la culture
00:44:07en général
00:44:10mais auparavant
00:44:11il faut effectivement
00:44:13tirer quelques grandes tendances
00:44:15comme vous l'avez fait
00:44:16tous les trois
00:44:18sur la lutte
00:44:19entre le marché
00:44:20et l'action publique
00:44:21dans l'action publique
00:44:23il y a le service public
00:44:23donc effectivement
00:44:24il y a
00:44:25toute la dimension
00:44:29fonction publique
00:44:30territoriale
00:44:30encore une fois
00:44:31une équipe ici
00:44:33bon moi je suis montreuillois
00:44:34mais j'ai un monde national
00:44:35mais enfin
00:44:35on a suivi les batailles
00:44:37pour le cinéma par exemple
00:44:39où des grands groupes
00:44:40ont essayé d'empêcher
00:44:41ça leur va quand il y a
00:44:42un petit cinéma
00:44:43RSA dans un coin
00:44:44qui passe les films
00:44:44qu'ils n'ont pas envie
00:44:45de passer
00:44:45mais quand il y a
00:44:46un cinéma
00:44:47de six salles
00:44:49publics
00:44:49qui est de la même taille
00:44:51qu'un multiplex
00:44:52alors là
00:44:52ils font tout
00:44:53pour l'empêcher
00:44:54donc
00:44:56c'est évidemment
00:44:57ce qu'on continue
00:44:58de revendiquer
00:44:59c'est
00:45:00tout ce qui s'est construit
00:45:03enfin l'essentiel
00:45:03de ce qui s'est construit
00:45:04dans la démocratisation
00:45:06culturelle
00:45:06c'est pas le marché
00:45:07qui l'a créé
00:45:08le cinéma
00:45:09pour faire une autre dimension
00:45:10que le livre
00:45:11mais c'est la même chose
00:45:11dans le livre
00:45:13ça s'est construit
00:45:15ça a été lancé
00:45:16au monde du front populaire
00:45:17mais surtout
00:45:17au niveau de la libération
00:45:18la création du CNC
00:45:19c'est
00:45:21réguler l'économie
00:45:22c'est peut-être pas
00:45:22la remise en cause
00:45:23du capitalisme
00:45:24complètement
00:45:25mais en tout cas
00:45:25c'est la mise au pas
00:45:27d'ailleurs
00:45:28les majors Hollywood
00:45:28ont combattu
00:45:29pendant des années
00:45:31ce système
00:45:32qui leur prend
00:45:33une toute petite part
00:45:34de leurs bénéfices
00:45:35pour créer
00:45:36un système
00:45:38des lois d'aide
00:45:38c'est appelé comme ça
00:45:39au début
00:45:39des fonds de soutien
00:45:41qui ont ensuite
00:45:42inspiré d'autres domaines
00:45:44et la bataille
00:45:45elle est actuelle
00:45:45donc je dis
00:45:46qu'il y aura un avant
00:45:47après le Covid
00:45:47on savait déjà
00:45:48qu'avant le Covid
00:45:49qu'on a une grosse bataille
00:45:51pour arriver
00:45:51à faire évoluer
00:45:53comme elle a su le faire
00:45:55ce système
00:45:57à l'arrivée de la télévision
00:45:59par exemple
00:45:59la télévision d'abord
00:46:00et puis la télévision payante
00:46:02au fait
00:46:03qu'on doive
00:46:04mettre à contribution
00:46:06les plateformes
00:46:07pas seulement
00:46:08les imposer
00:46:08sur leurs bénéfices
00:46:11comme n'importe quelle société
00:46:12qui cherche
00:46:12à délocaliser
00:46:14son siège social
00:46:15dans un paradis fiscal
00:46:16même à l'intérieur
00:46:17de l'Europe
00:46:17mais aussi
00:46:19les faire contribuer
00:46:21à la production
00:46:22de contenu
00:46:23et au partage
00:46:24de la valeur
00:46:24notamment en direction
00:46:26de ceux qui la créent
00:46:27à commencer
00:46:27par les autrices
00:46:28les auteurs
00:46:29les artistes
00:46:30et tous ceux
00:46:30qui se battent là-dessus
00:46:33il suffit de voir
00:46:34comment
00:46:34les GAFA
00:46:35ont tout fait
00:46:36pour essayer
00:46:36de faire capoter
00:46:38la directive
00:46:40droit d'auteur
00:46:41droit d'auteur
00:46:42et droit voisin
00:46:43qui est passé
00:46:44de justesse
00:46:45et qui maintenant
00:46:46il faut se battre
00:46:47pour faire transposer
00:46:48en droit français
00:46:48ce qui est encore
00:46:49une autre bataille
00:46:50parce que là encore
00:46:51on a des puissants
00:46:52lobbies maintenant français
00:46:53qui veulent essayer
00:46:54de limiter le partage
00:46:55de la valeur
00:46:55en direction
00:46:57des artistes
00:46:59donc
00:47:00continuité
00:47:01de l'action publique
00:47:03c'est une réinvention
00:47:05permanente
00:47:05on veut nous faire croire
00:47:07que les services publics
00:47:08c'est has been
00:47:08que ce n'est plus
00:47:09j'ai fait exprès
00:47:10de faire un anglicisme
00:47:11que ça ne sert à rien
00:47:14mais c'est absolument
00:47:16essentiel
00:47:16alors évidemment
00:47:17là dessus
00:47:18je pourrais prendre
00:47:19d'autres exemples
00:47:19en dehors du cinéma
00:47:20mais c'était pour
00:47:22on pourrait parler
00:47:23du réseau labilisé
00:47:24des CDN
00:47:27des CCN
00:47:28de tout ce réseau
00:47:30où on a
00:47:32directeur du service public
00:47:33et puis de l'action publique
00:47:34à travers un réseau subventionné
00:47:36on a un CDN à Montreuil
00:47:37mais un certain nombre
00:47:39et derrière
00:47:40qu'est-ce qu'on en fait
00:47:41alors déjà
00:47:42par exemple
00:47:43il y a des batailles
00:47:43pour l'emploi
00:47:44pour l'activité
00:47:46des auteurs
00:47:47et des autrices
00:47:48mais pour l'emploi
00:47:49des artistes
00:47:50des techniciens
00:47:51parce que
00:47:52derrière
00:47:53on fait des grandes
00:47:54politiques publiques
00:47:54et c'est là
00:47:55que par exemple
00:47:56on est dans une continuité
00:47:57on a une annonce
00:47:57d'un plan de relance
00:47:59bon d'une part
00:47:59il ne suffira pas
00:48:00selon les propres services
00:48:01du ministère de la culture
00:48:02rien que le manque à gagner
00:48:04pour le spectacle
00:48:04de l'évidence
00:48:04c'est 3 milliards
00:48:05et donc
00:48:07là dessus
00:48:07on sort 2 milliards
00:48:08sur 2 ans
00:48:09mais regardons la bouteille
00:48:11à moitié pleine
00:48:12déjà
00:48:12pour au moins dire
00:48:14qu'il y a eu
00:48:15des choses
00:48:15qui ont été faites
00:48:16on va être positifs
00:48:17mais sauf que
00:48:19on nous fait
00:48:20des grandes déclarations
00:48:20donc j'étais au rendez-vous
00:48:22où M. Castex
00:48:23a dit
00:48:24la première fois
00:48:25qu'un premier ministre
00:48:25vient
00:48:26en rue de Valois
00:48:28faire des rencontrés
00:48:30dans le site
00:48:31du ministère de la culture
00:48:31avec Mme Bachelot
00:48:32les acteurs de la profession
00:48:34alors déjà
00:48:35un
00:48:35il a fallu jouer des coudes
00:48:36pour faire en sorte
00:48:37que les acteurs de la profession
00:48:37ne soient pas seulement
00:48:38les patrons du secteur
00:48:39c'était dans le spectacle
00:48:40évidemment
00:48:41mais bon voilà
00:48:41ils ont quand même pris
00:48:42les syndicats de salariés
00:48:43parce qu'on leur a dit
00:48:45vous avez rencontré
00:48:46les professionnels
00:48:46on prétend les représenter
00:48:48bon
00:48:49donc on a eu le droit
00:48:50à 3 minutes de parole
00:48:51et c'était une concertation
00:48:54donc du coup
00:48:55c'est une grande concertation
00:48:56et maintenant
00:48:57on leur dit
00:48:58alors on a été assez prudent
00:48:59on a dit
00:48:59ok d'accord
00:48:59il y a 2 milliards
00:49:00ça ne suffira pas
00:49:01mais on va les prendre
00:49:02c'est absolument nécessaire
00:49:03c'est comme quand ils filent
00:49:05en moyenne
00:49:067,70€ à l'auteur
00:49:07il y a tellement des gens
00:49:08qui ont besoin de manger
00:49:09qu'on va les prendre quand même
00:49:10même si ce n'est pas ça
00:49:12vivre dignement
00:49:14pareil
00:49:14la prolongation des droits
00:49:15des intermittents
00:49:16on avait
00:49:17d'oublier
00:49:18tous les entrants
00:49:19tous les jeunes
00:49:20tous ceux qui n'avaient pas encore
00:49:22de droits ouverts
00:49:23et qui sont
00:49:23ah hop
00:49:24ceux-là
00:49:24on va leur filer
00:49:25peut-être une aumône
00:49:26de 1000€ une fois
00:49:28mais pour l'instant
00:49:29ça ne l'a pas encore mis en place
00:49:30ça ne devrait pas tarder
00:49:31mais de toute façon
00:49:33même pour ceux
00:49:34qui ont une prolongation
00:49:35des droits
00:49:36ce n'est que de la survie
00:49:38et donc
00:49:39la question de la politique publique
00:49:40c'est faire autre chose
00:49:41que de maintenir
00:49:43en état de survie
00:49:44un certain nombre de secteurs
00:49:46alors en tout cas
00:49:47par rapport au plan de relance
00:49:49on a dit
00:49:50ok bon
00:49:51c'est peut-être pas suffisant
00:49:52mais tout ce qui est mis sur la table
00:49:53il faut que ce soit
00:49:55fléché
00:49:56en direction
00:49:57de l'emploi
00:49:58et quand on dit emploi
00:49:59c'est
00:50:00y compris l'activité
00:50:01des autrices
00:50:01et des auteurs
00:50:02je le redis
00:50:03parce que
00:50:04évidemment
00:50:04il n'y a pas que
00:50:05l'emploi salarié
00:50:08et il n'y a pas que
00:50:08l'emploi intermittent
00:50:09parce qu'on pourrait croire
00:50:11que le spectacle
00:50:12c'est que
00:50:12des intermittents du spectacle
00:50:14c'est un grand nombre
00:50:14mais il y a des emplois permanents
00:50:16dans un grand nombre
00:50:18de lieux culturels
00:50:20dans l'audiovisuel
00:50:21dans le spectacle
00:50:22pas besoin de détailler
00:50:24mais c'est bien de le rappeler
00:50:27et là on dit
00:50:28oui oui
00:50:28bien sûr
00:50:29on répond
00:50:30évidemment
00:50:30c'est évident
00:50:32et on fait comment
00:50:33et là ça fait depuis
00:50:35les annonces de Castex
00:50:36et de Bachelot
00:50:36que de réunion en réunion
00:50:39depuis quelque temps
00:50:40on leur dit
00:50:40bon alors voilà
00:50:41concertation
00:50:41et commence quand
00:50:42sous quelle forme
00:50:43avec qui
00:50:44on est invité
00:50:47et comment on flèche
00:50:48vers l'emploi
00:50:49ah bah oui oui
00:50:50pour l'instant
00:50:51il n'y a aucune réponse
00:50:52à ces questions
00:50:53qui ont été posées
00:50:55publiquement
00:50:5515 fois
00:50:56et qui
00:50:58ne viennent pas
00:50:58donc c'est
00:50:59là il y a une grosse bataille
00:51:01déjà
00:51:02ça ne suffira pas
00:51:03ça ne veut pas dire
00:51:04qu'on n'a pas
00:51:06à continuer
00:51:07à la bataille
00:51:08contre les inégalités
00:51:09contre les inégalités
00:51:11notamment entre femmes et hommes
00:51:12parce que
00:51:12la précarité
00:51:13c'est encore pire
00:51:14pour les femmes
00:51:14que pour les hommes
00:51:15c'est valable
00:51:16pour les intermittentes
00:51:17comme pour les autrices
00:51:18mais
00:51:20la durée des carrières
00:51:22tous les problèmes
00:51:23de la diversité
00:51:23évidemment
00:51:24les inégalités sociales
00:51:25et même l'accès
00:51:26aux professions culturelles
00:51:27il faut le dire aussi
00:51:28qu'on a un problème
00:51:31c'est tellement précaire
00:51:33qu'on sait
00:51:33qu'il y a
00:51:34par exemple
00:51:34des familles
00:51:35qui ne vont certainement
00:51:36pas pousser
00:51:36des jeunes
00:51:37à faire des grandes écoles
00:51:40comme le conservatoire
00:51:41ou autre
00:51:41ou la lumière
00:51:42ou la fémisse
00:51:43parce que
00:51:44c'est pour déboucher
00:51:45ensuite vers des métiers
00:51:47précaires
00:51:47ça a même été étudié
00:51:50mais
00:51:51même si tous ces combats
00:51:54doivent absolument continuer
00:51:55parce que les inégalités
00:51:56vont s'aggraver
00:51:56déjà
00:51:57avec ce qui est mis
00:51:58sur la table
00:52:00qu'est-ce qu'on fait
00:52:00et pendant ce temps-là
00:52:02continuent
00:52:03à se dérouler
00:52:03des politiques
00:52:04de destruction
00:52:05de l'action publique
00:52:07on signale
00:52:08bon
00:52:08Cap 2022
00:52:09ils ne l'ont pas abandonné
00:52:10la trajectoire financière
00:52:11pour supprimer des postes
00:52:12à Radio France
00:52:13à France Télévisions
00:52:16la loi 3D
00:52:17c'est un truc
00:52:18qui passe inaperçu
00:52:19la loi 3D
00:52:20mais qui s'appelle
00:52:21la différenciation
00:52:22on est pour la décentralisation
00:52:24la décentralisation culturelle
00:52:25c'est les acteurs
00:52:26du secteur
00:52:27qui l'ont organisé
00:52:28enfin
00:52:28c'est parti avant
00:52:30c'est pas parti
00:52:31des politiques publiques
00:52:32mais là
00:52:32il s'agit de
00:52:34de différencier
00:52:34de différencier
00:52:36et en fait
00:52:36de casser
00:52:38le rôle de l'État
00:52:39comme régulateur
00:52:40de cette action
00:52:42et de démanteler
00:52:45le ministère de la Culture
00:52:45il faut dire les choses
00:52:47clairement à terme
00:52:48donc tout ça
00:52:49ce sont des combats
00:52:51alors moi je ne suis pas pessimiste
00:52:52parce que tant qu'on est vivant
00:52:53on se bat
00:52:57bien sûr
00:52:58il faut l'adapter
00:52:59en permanence
00:52:59bien sûr
00:53:00on a des inquiétudes
00:53:02quand on voit
00:53:02y compris
00:53:03les propres études
00:53:04du ministère de la Culture
00:53:04qui dit que
00:53:05les pratiques culturelles
00:53:06se resserrent
00:53:07et que certains
00:53:09augmentent le nombre
00:53:10de jeunes
00:53:10qui ne vont plus
00:53:11à tel endroit
00:53:12qui ne lisent plus
00:53:12ou autre
00:53:13mais
00:53:13c'est jamais perdu d'avance
00:53:16si ce n'est que
00:53:17en face
00:53:18il faut radicalement
00:53:20changer d'orientation
00:53:21et pas seulement
00:53:22mettre 2 milliards
00:53:23sur la table
00:53:24même si c'est
00:53:24même augmenter
00:53:25les 2 milliards
00:53:25mais les réorienter
00:53:28dans le sens
00:53:29de l'action publique
00:53:30dans le sens
00:53:31de la démocratisation
00:53:32et dans le sens
00:53:34de l'emploi
00:53:35et de l'activité
00:53:36parce que
00:53:3790%
00:53:38je termine là-dessus
00:53:38mais 95%
00:53:39de l'activité
00:53:41c'est nous
00:53:42c'est nous tous
00:53:43qui le faisons
00:53:44c'est l'activité
00:53:45dans le spectacle
00:53:47à part quelques
00:53:48exemples de concentration
00:53:51la richesse
00:53:52c'est le travail
00:53:55merci Denis
00:53:56Agnès
00:53:56c'est pas pour te dire
00:53:57de te restreindre
00:53:58d'accord
00:53:59juste avant moi
00:53:59on dit que ça restreint
00:54:00le temps
00:54:00donc je peux le faire
00:54:02vas-y
00:54:03vas-y
00:54:03m'appelle
00:54:03vas-y
00:54:05donc
00:54:06Alain m'a présenté
00:54:07comme Agnès Fréchel
00:54:09directrice du journal
00:54:10Zibline dans le sud
00:54:11ah oui pardon
00:54:12je t'en prie
00:54:13ça me fait très plaisir
00:54:14que tu me présentes comme ça
00:54:15j'ai oublié de dire
00:54:15que tu viens d'être élu
00:54:16il est directeur de publication
00:54:18de Zibline aussi
00:54:19donc
00:54:20on se connaît bien
00:54:21à ce titre
00:54:21donc c'est notre
00:54:23directeur de publication
00:54:24et
00:54:25et je suis effectivement
00:54:26élue dans le premier secteur
00:54:28de Marseille
00:54:28du printemps marseillais
00:54:30du printemps marseillais
00:54:32voilà
00:54:35et élue métropolitaine aussi
00:54:38donc
00:54:40en fait
00:54:41peut-être
00:54:42peut-être que c'est par là
00:54:43que je vais prendre les choses
00:54:44parce que j'ai entendu
00:54:45ce que vous avez dit
00:54:46et
00:54:47c'est difficile pour moi
00:54:48de concrétiser
00:54:49ce que je veux dire
00:54:50à la lumière
00:54:52de ce que vous avez dit
00:54:54évidemment
00:54:55état généraux de la culture
00:54:57cela nous rappelle
00:54:58des moments
00:54:59où nous avons réfléchi ensemble
00:55:01où nous avons fabriqué ensemble
00:55:04ce qui nous semblait nécessaire
00:55:05comme concept de base
00:55:07pour
00:55:09renouveler
00:55:11de façon nécessaire
00:55:13d'abord notre pensée
00:55:15puis nos structures
00:55:17j'ai l'impression que
00:55:19ce moment est passé
00:55:21c'est-à-dire que
00:55:21grosso modo
00:55:22moi quand je suis avec vous
00:55:25je crois qu'on pense tous pareil
00:55:27que les constats sont faits
00:55:29qu'on n'a plus de grands débats
00:55:31d'opposition
00:55:33sur ce qu'il faut qu'on fasse
00:55:35pour que la culture
00:55:37c'est-à-dire
00:55:38art, culture et éducation populaire
00:55:40soient mis en œuvre
00:55:41on fait le même constat
00:55:43que tout ça
00:55:45on connaît même les chemins
00:55:47pour y aller
00:55:50on voit à quels endroits
00:55:51c'est détruit
00:55:52on voit comment c'est détruit
00:55:55on sait comment mettre en œuvre
00:55:56on saurait quand même
00:55:57comment mettre en œuvre
00:55:58les outils
00:55:59pour que ça ne soit pas détruit
00:56:01quel que soit le contexte
00:56:03c'est-à-dire crise Covid ou pas
00:56:04avant, après, pendant
00:56:07mais en fait
00:56:08notre problème
00:56:09ce n'est pas de savoir
00:56:10et de connaître
00:56:11ce n'est pas d'établir des concepts
00:56:12notre problème
00:56:13c'est d'arriver à
00:56:14se faire entendre
00:56:15se faire entendre
00:56:16à la fois
00:56:18des gouvernements
00:56:19des collectivités
00:56:20mais aussi
00:56:21des électeurs
00:56:22mais aussi
00:56:23dans nos propres rangs
00:56:28on a quelque chose
00:56:30qui est une vraie richesse
00:56:31et qui est un vrai capital
00:56:32c'est le capital symbolique
00:56:35ce qui nous
00:56:36place dans une certaine classe
00:56:40qui n'est pas pratique
00:56:42et dans laquelle
00:56:43on n'est pas très à l'aise
00:56:44c'est-à-dire que
00:56:47on a envie de s'adresser
00:56:48au
00:56:51on a envie de faire
00:56:52de l'éducation populaire
00:56:53pas seulement de l'éducation populaire
00:56:54aussi de mettre
00:56:54les cultures populaires
00:56:55en avant
00:56:56aussi de reconnaître
00:56:57les cultures populaires
00:57:00comme étant des cultures
00:57:00de valeur
00:57:02et ça on sait
00:57:04et on l'a théorisé
00:57:05et on le pense tous maintenant
00:57:07ce qui n'était pas le cas
00:57:07il y a encore quelques temps
00:57:10mais
00:57:10en revanche
00:57:12moi dans ma pratique
00:57:13de campagne
00:57:16quand on parle culture
00:57:17ce n'est pas évident
00:57:19quand on parle culture
00:57:20y compris au printemps marseillais
00:57:23ce n'est pas évident
00:57:24parce que
00:57:25pour les gens
00:57:26c'est la cerise sur le gâteau
00:57:27et ça le reste
00:57:29et cette chose-là
00:57:30ça n'a pas bougé
00:57:31ça n'a pas bronché
00:57:35donc je pense
00:57:36qu'il faut qu'on travaille
00:57:36à ces deux choses
00:57:37comment on fait passer
00:57:40l'idée que la culture
00:57:41ça n'est pas la cerise sur le gâteau
00:57:43que la culture
00:57:43ça n'est pas l'art
00:57:45mais la culture
00:57:45c'est la culture
00:57:48et que nous ne sommes pas
00:57:50ennemis de classe
00:57:52mais bien des alliés de classe
00:57:57ça c'est la première chose
00:57:58qui est le vrai travail politique
00:58:00en fait
00:58:00il me semble
00:58:02je crois qu'on l'a gagné
00:58:03au parti communiste
00:58:04je crois que maintenant
00:58:06et à un moment
00:58:07ce n'était pas évident
00:58:08au parti communiste
00:58:10la culture
00:58:10est quelque chose d'important
00:58:12reste quelque chose d'important
00:58:14ou est redevenu
00:58:15quelque chose d'important
00:58:16plus exactement
00:58:18en tous les cas à Marseille
00:58:19c'est un communiste
00:58:21qui a pris
00:58:21au sein du printemps marseillais
00:58:25la délégation à la culture
00:58:27c'est Jean-Marco Polant
00:58:28en plus
00:58:28ce n'est pas n'importe quel communiste
00:58:29donc ça veut dire
00:58:31cette chose-là
00:58:32c'est pour nous
00:58:34la culture
00:58:35est un champ
00:58:36qu'on veut investir
00:58:37et on sait
00:58:38l'importance que ça a
00:58:39on a aussi la ville de Martigues
00:58:41qui n'est pas loin de nous
00:58:42qui fait des choses
00:58:43absolument extraordinaires
00:58:44en matière de culture
00:58:45on voit immédiatement
00:58:46ce que ça donne
00:58:46c'est-à-dire
00:58:47ça donne
00:58:47gratuité de musée
00:58:49gratuité des bibliothèques
00:58:51première chose
00:58:51première mesure
00:58:52qui va être prise
00:58:52et qui sont prises
00:58:54ça donne
00:58:56reconnaissance
00:58:56des cultures populaires
00:58:58maison du hip-hop
00:58:59à Marseille
00:59:00première ville de hip-hop
00:59:01de France
00:59:01très clairement
00:59:03on va faire
00:59:04une maison du hip-hop
00:59:04on va faire
00:59:05une maison de l'histoire
00:59:06des migrations
00:59:07on va faire tout ça
00:59:08une ville
00:59:09qui en manquait tellement
00:59:10donc on voit
00:59:11comment on se marque
00:59:11immédiatement
00:59:12quand on prend une ville
00:59:13et on se marque aussi
00:59:14par un soutien
00:59:16à la création
00:59:19mais en fait
00:59:20ça représente
00:59:21honnêtement
00:59:22ça représente
00:59:23presque rien
00:59:24dans un budget culturel
00:59:25cette chose-là
00:59:27dans un budget culturel
00:59:29municipal
00:59:29l'important
00:59:30c'est l'éducation artistique
00:59:32les conservatoires
00:59:34les écoles
00:59:35etc
00:59:35les bibliothèques
00:59:38les musées
00:59:39c'est ça qui mange
00:59:40le budget
00:59:41d'une collectivité
00:59:43enfin d'une commune
00:59:45en tous les cas
00:59:46donc
00:59:48c'est pas très difficile
00:59:49de
00:59:52une fois qu'on est en place
00:59:53dans une mairie
00:59:53d'augmenter la subvention artistique
00:59:55honnêtement
00:59:55c'est largement
00:59:56parce qu'il coûte le plus cher
00:59:59donc
00:59:59si elles sont baissées
01:00:02c'est évidemment idéologique
01:00:05c'est évidemment idéologique
01:00:07et c'est évidemment
01:00:08parce que la création dérange
01:00:10il n'y a pas d'autre motifs
01:00:13possibles
01:00:14donner de l'argent
01:00:15au secteur
01:00:17associatif
01:00:18culturel
01:00:19pour une ville
01:00:20c'est presque rien
01:00:21et même
01:00:22ça l'aide
01:00:23ça prend des missions
01:00:24de service public
01:00:26il y a des associations
01:00:27de lecture
01:00:27qui depuis des années
01:00:28à Marseille
01:00:29pallient
01:00:33j'allais dire
01:00:34la faiblesse
01:00:34mais c'est pas assez
01:00:35des bibliothèques
01:00:37c'est à dire
01:00:38qu'il s'est passé
01:00:39en 25 ans
01:00:39cette chose là
01:00:40on a donné
01:00:41de l'argent
01:00:42aux associations
01:00:42de lecture
01:00:44publiques
01:00:45pour
01:00:47remplacer
01:00:47à moindre coût
01:00:49le service public
01:00:50de lecture
01:00:51donc oui
01:00:52la subvention culturelle
01:00:53ça peut servir à ça
01:00:54puis ça peut servir
01:00:55à faire des choses magnifiques
01:00:56mais en tous les cas
01:00:57quand elles sont coupées
01:00:58c'est idéologique
01:01:00clairement
01:01:01dans les collectivités
01:01:03enfin dans les communes
01:01:04dans les communes
01:01:07donc ça c'est la première chose
01:01:09que je voulais vous dire
01:01:09notre action
01:01:10il faut qu'elle soit
01:01:13il faut qu'elle soit
01:01:14sur le terrain
01:01:14des politiques publiques
01:01:18je pense qu'aujourd'hui
01:01:19on a besoin
01:01:20d'aller
01:01:20dans les politiques publiques
01:01:22de conquérir
01:01:22des territoires
01:01:24d'être dans cette démarche
01:01:25de conquête
01:01:26des territoires
01:01:27et d'être dans cette démarche
01:01:28de construction
01:01:29des politiques publiques
01:01:31culturelles
01:01:31avec des gens
01:01:32qui construisent
01:01:32d'autres politiques publiques
01:01:36donc ça c'est la première chose
01:01:37que je voulais vous dire
01:01:38qu'est-ce que je voulais vous dire
01:01:39d'autre
01:01:39parce que j'ai noté
01:01:40deux ou trois choses
01:01:43la carte du FN
01:01:44dans la région
01:01:47être à côté de Nîmes
01:01:48c'est terrible
01:01:49en fait la carte du FN
01:01:50moi je l'ai faite
01:01:51coïncider
01:01:51très très clairement
01:01:52avec une carte
01:01:53des disparitions
01:01:56des gares
01:01:58voilà
01:01:59donc en fait
01:02:00les petites communes
01:02:01qui votent FN
01:02:02dans toute notre région
01:02:03sont des communes
01:02:04dans lesquelles
01:02:05on a fait disparaître
01:02:06les gares
01:02:07mais c'est incroyable
01:02:09à quel point
01:02:09ça correspond
01:02:10c'est la même chose
01:02:11l'échange
01:02:12oui c'est ça
01:02:13donc en fait
01:02:14on arrête
01:02:15le service public
01:02:16hop
01:02:17le FN apparaît
01:02:18c'est la disparition
01:02:20des services publics
01:02:21oui évidemment
01:02:23donc les bibliothèques
01:02:25donc la lecture
01:02:25oui
01:02:26donc la lecture
01:02:27donc c'est la disparition
01:02:28des services publics
01:02:29et en fait
01:02:31c'est difficile
01:02:32parce que
01:02:34le service public
01:02:35de la culture
01:02:36c'est quelque chose
01:02:40dont on parle
01:02:41dont on parle
01:02:42mais qu'on ne sait pas
01:02:44définir ensemble
01:02:44je pense complètement
01:02:45peut-être que s'il nous manque
01:02:46encore un endroit
01:02:47où on pourrait définir
01:02:49un service public
01:02:49de la culture
01:02:50ce que ça veut dire
01:02:51ce que ça signifie
01:02:52en termes de
01:02:54d'usage
01:02:55de la culture
01:02:56par les gens
01:02:58en fait
01:02:59tout simplement
01:03:02je pense que
01:03:02les gens ne pensent pas
01:03:03que la culture
01:03:04est un service public
01:03:06en tous les cas
01:03:07ce n'est pas une idée
01:03:07commune
01:03:09c'est peut-être ça
01:03:09qu'on a à répandre
01:03:11et à réfléchir ensemble
01:03:12non pas dans ce que serait
01:03:13un service public
01:03:14de la culture
01:03:14parce que je pense
01:03:15que ce travail théorique
01:03:16on l'a fait
01:03:16mais dans comment
01:03:17faire
01:03:20comprendre aux gens
01:03:20que la culture
01:03:21est un service public
01:03:22y compris dans la fabrique
01:03:24pas seulement
01:03:25dans l'usage
01:03:26et dans le fait
01:03:27d'aller au spectacle
01:03:29mais aussi dans le fait
01:03:29de fabriquer
01:03:30et de mettre au jour
01:03:32sa propre culture
01:03:36j'adorerais qu'à Marseille
01:03:37on en vienne
01:03:38au pourcentage
01:03:39de gens
01:03:40travaillant dans la culture
01:03:41de Montreuil
01:03:41j'en serais ravie
01:03:44je pense qu'on n'y arrivera pas
01:03:46parce qu'on n'est pas
01:03:47la banlieue de Paris
01:03:48et que donc
01:03:48les parisiennes
01:03:49ne peuvent pas venir
01:03:49habiter à Marseille
01:03:53c'est pas vrai
01:03:55les parisiennes
01:03:56il y a du monde à Marseille
01:03:57il y a du monde à Marseille
01:03:58où il y a du monde
01:03:59dans la culture
01:04:01c'est moi qui ouvre
01:04:03les choses
01:04:04on n'y arrivera pas
01:04:05parce qu'on n'est pas
01:04:06on n'est pas ça comme ça
01:04:08mais je crois
01:04:09qu'il y a eu cet été
01:04:10depuis qu'on est élu
01:04:11quelque chose
01:04:11et je voudrais terminer
01:04:13là-dessus
01:04:13quelque chose
01:04:14qui s'est vraiment passé
01:04:15à Marseille
01:04:16on est passé d'une ville
01:04:18qui était morte en août
01:04:19où les gens partaient
01:04:21à une ville
01:04:22qui a vu
01:04:24qui est passée
01:04:24de 800 000 habitants
01:04:25à 1 300 000 habitants
01:04:28on a eu
01:04:29des tas de gens
01:04:30qui sont venus
01:04:30alors on a été débordés
01:04:32il y avait des gens
01:04:33partout
01:04:33les plages étaient bondées
01:04:34il y a eu beaucoup
01:04:35plus de délinquance
01:04:37mais qu'est-ce que c'était bien
01:04:41c'était énorme
01:04:42il y avait des gens
01:04:42qui jouaient de la musique
01:04:43partout
01:04:43pas autorisés
01:04:44c'est pas grave
01:04:45sans masque
01:04:46parce qu'on est beaucoup
01:04:46moins disciplinés que vous
01:04:49c'était beau
01:04:50c'était chouette
01:04:52je ne sais pas
01:04:53si c'est moi qui fantasme
01:04:54mais j'ai l'impression
01:04:55que sous les masques
01:04:56il y a des sourires
01:04:56qui sont apparus
01:04:57qui n'y étaient plus
01:04:58on peut regagner ça
01:05:00on peut revivre ça
01:05:01et cette chose
01:05:03qui est née à Marseille
01:05:05je pense qu'on peut
01:05:06la faire diffuser
01:05:07et j'espère que
01:05:08on va y arriver ensemble
01:05:11merci
01:05:11j'espère que
01:05:13j'espère que le conseil scientifique
01:05:18ne va pas nous reconfiner
01:05:20la fin de prochaine
01:05:21puisque c'est la menace
01:05:23qui pèse