Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 12 heures
Denis Gravouil, secrétaire général de la Cgt Spectacle, réagit aux annonces du président Macron concernant le soutien de l’État au secteur de la culture. Il revendique des mesures fortes et concrètes pour sauver le régime des intermittents du spectacle, et qu'au delà des annonces, l'ensemble des revendications soient satisfaites.

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Bonjour Denis Gravouille.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes le secrétaire général de la CGT Spectacle,
00:06syndicat majoritaire dans le secteur de la culture.
00:09Et le monde culturel est aussi durement touché aujourd'hui
00:14par la crise du coronavirus,
00:15puisqu'il est mis à l'arrêt depuis le 16 mars dernier.
00:18Et les 120 000 intermittents du spectacle en France
00:21revendiquent des mesures fortes pour sauver leur régime.
00:24Et pour rappel, c'est un secteur qui fait vivre
00:27plus d'un million trois cent mille personnes.
00:30Alors ma première question concerne forcément
00:32ce régime de l'intermittence du spectacle.
00:36Comment fonctionne-t-il ?
00:38Juste une petite introduction, c'est que nous,
00:42c'est un secteur qui est à l'arrêt depuis même,
00:44y compris le début mars, puisque les interdictions
00:46ont commencé avant le confinement.
00:48Et bien évidemment, dans le spectacle,
00:49il y a les salariés artistes et intermittents du spectacle,
00:51mais il y a plein d'autres salariés permanents, précaires,
00:54et puis il y a des autrices et des auteurs
00:55qui ne sont même pas salariés.
00:56Le régime, il fonctionne tout simplement,
00:59c'est un régime au sein de l'assurance chômage.
01:02C'est bien d'ailleurs ce qui est souvent dans le collimateur
01:05de ce gouvernement, qui a durci les règles d'assurance chômage
01:08depuis le 1er novembre, mais qui voudrait encore le faire
01:10au 1er septembre.
01:11Donc on est tout à fait solidaires de tous ceux
01:13qui réclament l'annulation de cette réforme.
01:16Et comme tous ceux qui arrivent en fin de droit,
01:19les intermittents du spectacle, c'est un cycle qui se renouvelle.
01:24On travaille et ça permet d'ouvrir des droits,
01:26donc c'est très très précaire, bien évidemment.
01:27Dès que le travail s'arrête, tout s'arrête avec.
01:30Donc un intermittent, il doit faire 5-7 heures de travail
01:33avec des contrats qui sont souvent très courts,
01:35très discontinus.
01:36La majorité des artistes ont des cachets d'un ou deux jours.
01:39Et donc, en accumulant ce temps de travail,
01:44ça permet d'ouvrir une allocation chômage
01:46qui est généralement assez basse.
01:47Il faut dire les choses très clairement.
01:50Elle est à peine au niveau du SMIC net.
01:54Donc c'est pour la très grande majorité des artistes
01:58et des techniciens, et particulièrement des artistes.
01:59Alors les artistes, les techniciens,
02:02tous ces intermittents du spectacle,
02:04se sont de fait retrouvés en arrêt total d'activité
02:06depuis début mars, comme vous nous le soulignez.
02:10Et leur activité ne redémarrera que très doucement
02:14dans les semaines, voire les mois qui viennent.
02:17Alors quelle est leur situation aujourd'hui ?
02:20C'est clair, tout est arrêté.
02:23Personne ne peut travailler, quasiment personne,
02:26tout petit peu dans l'audiovisuel
02:27et encore en matière d'information.
02:29Mais donc les tournages sont arrêtés,
02:32les montages sont arrêtés,
02:34et puis les salles de cinéma sont fermées, par exemple.
02:35Donc c'est valable aussi bien dans le cinéma audiovisuel
02:37que dans le spectacle vivant,
02:39où les théâtres, les lieux sont fermés,
02:41et tous les festivals sont arrêtés pour longtemps.
02:43Parce que là, on nous parle de peut-être reprendre
02:46après le 11 mai la possibilité de faire des répétitions,
02:50par exemple,
02:51mais dans des conditions qui ne sont pas du tout précisées.
02:55Et puis comme tous les salariés,
02:57tout le monde voudrait retravailler,
02:59mais à condition de le faire dans des conditions sanitaires
03:01qui ne mettent en danger personne.
03:03Et en plus de ça, il y a la question de l'accueil du public
03:05dans beaucoup de lieux,
03:09que ce soit même pour les festivals de rue, par exemple,
03:12donc encore plus.
03:13Donc c'est un secteur
03:16où on se retrouve à l'arrêt pour très très longtemps.
03:22On a compris assez rapidement
03:23que les festivals n'auraient pas lieu
03:26et que même la rentrée de septembre est compromise dans beaucoup d'endroits.
03:29Donc il faut des mesures qui sortent du provisoire,
03:32qui soient sur du long terme.
03:34C'est pour ça qu'il y avait des mesures sur l'assurance chômage,
03:36qui n'est qu'une filée de sécurité,
03:40puisque c'est quand même des revenus très minorés
03:42par rapport à ce qu'on peut gagner,
03:45même si la plupart des gens ne gagnent pas des fortunes,
03:48au-delà d'un tout petit infime pourcentage de stars.
03:52Et puis, bien évidemment,
03:55la question va être de mettre en place
03:58un plan de relance dans nos secteurs.
04:00Alors le président et le ministre de la Culture
04:02en ont parlé aujourd'hui,
04:04mais il va falloir mettre de la chair dans ces annonces
04:06si on ne veut pas uniquement avoir des déclarations d'amour,
04:08mais des preuves d'amour à la culture.
04:10Alors justement, Emmanuel Macron vient de s'exprimer
04:13en tout début d'après-midi en visioconférence de l'Élysée.
04:16Il vient d'annoncer la prolongation des droits
04:19des intermittents d'une année,
04:20cette fameuse année blanche,
04:22jusqu'à fin août 2021.
04:25Alors êtes-vous satisfait ?
04:26Et comment jugez-vous cette annonce ?
04:30Le maître mot, c'est la prudence.
04:32C'est que d'un côté, on peut se féliciter
04:34d'avoir gagné, et quand je dis « on »,
04:37c'est très largement tous ceux qui ont s'immobilisé,
04:39puisqu'il y a eu des pétitions à plus de 200 000 personnes,
04:42il y a eu énormément de gens qui se mobilisaient,
04:44des gens pas connus et des gens connus,
04:46donc cette mobilisation a été très, très, très large.
04:51Mais dans les faits, il va falloir regarder
04:53comment ça se traduit.
04:55Parce qu'effectivement, il y a une annonce
04:57de prolongation des droits jusqu'à fin août 2021,
05:00mais pour qui ?
05:01Dans quelles conditions ?
05:03Est-ce que ce sont des droits égaux
05:07à ce qu'il y aurait dû y avoir en année normale ?
05:10Est-ce que ça s'applique aux nouveaux entrants,
05:14par exemple, qui sont vus brisés dans leur élan
05:19de la constitution de leurs premiers droits
05:21après une première année de travail, par exemple ?
05:23On pense aux jeunes, mais aussi à des gens
05:25qui auraient pu avoir une rupture de droit,
05:27parce que c'est souvent très précaire.
05:28Et puis, évidemment, on est solidaires, encore une fois,
05:31de tous les chômeurs qui se retrouvent dans la même situation,
05:34parce que ce sont souvent des collègues de travail.
05:35Par exemple, il y a des CDD qui travaillent sur les festivals,
05:37et bien, pour l'instant, il n'y a aucune annonce pour eux.
05:39Donc, sur l'assurance chômage,
05:42oui, il y a une mobilisation,
05:43mais ce qu'on dit à tous ceux qui ont signé les pétitions
05:45et qui sont mobilisés d'une façon inédite,
05:46uniquement à travers les réseaux sociaux,
05:47c'est qu'il va falloir continuer la mobilisation
05:50pour que ce soit concret et qu'on n'oublie personne.
05:53Et qu'au-delà des annonces,
05:55on obtienne satisfaction sur toutes nos revendications.
05:59Alors, concernant cette année de lance,
06:01le chef de l'État s'est dit,
06:03à tenu des propos assez surprenants,
06:07il a dit qu'il allait donner suffisamment confiance
06:09pour que quasiment, on n'en ait pas besoin,
06:13si je reprends ces termes exacts,
06:15on va donner avec beaucoup de projets,
06:16les heures qui permettront aux intermittents
06:19de ne pas activer ces dispositifs.
06:22Qu'entendez-vous par là ?
06:24Qu'entend-il lui par là ?
06:25Puisque c'est lui qui l'a dit.
06:27Nous, on aimerait bien être aussi optimiste que lui,
06:32mais il faut arrêter de raconter des sornettes
06:34sur la reprise du travail.
06:35Il nous a été dit qu'on allait faire appel
06:38aux artistes, aux techniciens pour des projets.
06:40Il va falloir inventer des choses.
06:42Mais Emmanuel Macron a l'air de croire
06:44qu'un spectacle, ça se crée en prenant une guitare,
06:46en se posant sur le bord de la route
06:47et puis en inventant une chanson.
06:49Sauf qu'un spectacle, ça se crée longtemps.
06:54Un violoniste, il répète très longtemps.
06:55Une trapéziste, pour prendre des exemples
06:57qu'a déjà été cités,
06:59il faut des mois et des mois de travail
07:01pour pouvoir retrouver le niveau
07:02qui permet de faire un spectacle.
07:03La création d'un film, c'est pareil.
07:06Le tournage, ça ne se fait pas.
07:07Tiens, on va les tourner à droite et à gauche.
07:10Donc tout ça, c'est une question.
07:12Il a été question, par exemple, dans les propos du président
07:15de solliciter les artistes et les techniciens
07:18pour aller faire des activités périscolaires.
07:20Mais enfin, quand on voit dans quelles conditions
07:21l'école va pouvoir reprendre,
07:23déjà, ce n'est pas avant septembre.
07:25Et puis, ça ne va pas remplacer un volume d'activités considérable.
07:28Les artistes, en particulier, font des animations,
07:32vont rencontrer le public, et notamment le public scolaire.
07:35Mais ce n'est pas ça qui va remplacer l'activité.
07:39On imagine mal qu'une équipe de tournage
07:42ou qu'une équipe de spectacle
07:43va débarquer à 50 dans des classes
07:45où on n'a pas le droit d'être plus que 10.
07:47Donc tout ça, ça mérite d'être précisé.
07:55Je crois plus à l'idée de commande publique,
07:59mais il faut que ce soit concret
08:00et il faut que ce soit une vraie commande publique
08:04à travers le réseau de ce qu'on appelle
08:08les scènes labellisées et dans l'audiovisuel
08:10à travers l'audiovisuel public
08:11pour faire en sorte qu'on ait à nouveau
08:14des spectacles, des films, des œuvres
08:17à montrer au public.
08:19Et évidemment, on tiendra compte
08:21de la période dans la création.
08:23Alors justement, vous parlez de commande publique.
08:27Il a annoncé son intention d' lancer
08:28un grand programme de commande publique.
08:32Comment vous l'envisagez, celui-ci ?
08:36Là aussi, c'est une question.
08:38Savoir comment on va pouvoir travailler
08:40à ce projet de commande publique.
08:43Parce que, par exemple,
08:44si on prend l'audiovisuel public,
08:46la façon dont le président
08:52a dénigré l'audiovisuel public,
08:55France Télévisions, Radio France,
08:57où il fallait supprimer à tout prix 300 postes,
09:00on voit bien que c'est tout le contraire
09:01qui doit être fait.
09:02Et puis, dans le spectacle vivant,
09:04c'est pareil.
09:05Il y a un réseau de centres dramatiques nationaux,
09:09de centres chorégraphiques nationaux,
09:10de scènes labellisées,
09:13qui sont des structures souvent associatives,
09:17soutenues par le ministère de la Culture,
09:19qui peuvent être le lieu,
09:21on peut le penser,
09:23où on va pouvoir à nouveau produire des spectacles.
09:25Il va falloir largement encourager
09:27en soutenant toutes sortes d'initiatives,
09:30et dans toute la diversité,
09:31que ce ne soit pas uniquement
09:32les plus gros qui s'en sortent.
09:34Mais tout ça, ça mérite de mettre de la chair,
09:37encore une fois,
09:38parce que jusqu'à présent,
09:39on n'avait pas beaucoup d'annonces.
09:40Alors, il y en a eu un peu.
09:41Il y a eu une annonce de 50 millions d'euros,
09:43il était temps pour reconstituer
09:45le budget du Centre National de la Musique.
09:47Il y a des annonces en matière de cinéma
09:49et d'audiovisuel qui ont été faites
09:50de soutien à la reprise de la production.
09:54Mais, encore une fois,
09:56je pense que dans la profession,
09:58on est tous partagés entre soulagement
10:02et inquiétude,
10:04parce qu'on veut être très vigilants
10:06sur la mise en œuvre de ces annonces,
10:07et on a été trop habitués aux effets d'annonce
10:10qui ne sont pas suivis
10:12de réalités concrètes
10:14en matière de, par exemple,
10:17de politique publique, culturelle,
10:19de budget comme d'ambition.
10:22Alors, comment ça va se passer ?
10:24Vous avez un rendez-vous
10:25qui est pris avec le ministre de la Culture.
10:28Vous allez être reçu prochainement ?
10:31Il est question d'un rendez-vous
10:33avec le ministre de la Culture
10:34la semaine prochaine.
10:35J'attends confirmation.
10:37Donc, ça va être l'occasion
10:38de poser toutes ces questions-là.
10:40Et puis, en matière d'assurance chômage,
10:43en particulier,
10:44c'est un combat qui continue
10:45aux côtés de tous ceux
10:46qui demandent au gouvernement
10:47de renoncer à sa réforme
10:49d'assurance chômage
10:49complètement scandaleuse
10:51et d'écrire une autre réforme.
10:54Donc, ça veut dire
10:55entendre toutes nos propositions.
10:57En matière d'annexe 8 et 10,
10:59on a fait quatre pages de propositions
11:02pour être très précis,
11:03pour n'oublier personne.
11:05et on a bien l'intention
11:06de se battre
11:07de façon à ce que ce soit le cas.
11:09Merci, Dominique Dravouille,
11:11de nous avoir accordé
11:11ces quelques minutes.
11:13Et puis, à bientôt.
11:15Bonjour à tous les lecteurs
11:17et spectateurs de l'Humanité.
11:18Merci à vous.
11:19Au revoir.
11:20Au revoir.

Recommandations