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  • il y a 1 semaine
Depuis le 19 mars, en Turquie, jour de l’arrestation du maire d’Istanbul, Ekrem Imamoglu, la mobilisation n’a pas faibli. Au contraire. Pas une ville du pays qui ne s’est levée pour dénoncer un pouvoir autoritaire, sourd à toutes les revendications et qui, en guise de dialogue, bastonne et emprisonne.

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Transcription
00:00Vous avez vu ces images, j'imagine, d'un Pikachu qui fuit, qui court assez vite, c'est assez impressionnant,
00:08c'est un petit peu une course éclair.
00:12Vous avez vu ces images-là, et vous vous êtes dit, c'est marrant quand même ce qui se passe
00:16en Turquie.
00:17Il y a des Pikachu qui courent, parfois des petits Batman, c'est quand même assez drôle.
00:23C'est quand même un peu plus sérieux que ça.
00:24Derrière ces images, il y a une véritable lutte sociale qui s'est engagée suite à l'arrestation du maire
00:30d'Istanbul opposant au régime d'Erdogan, de Recep Tayyip Erdogan.
00:34Je pense qu'on prononce comme ça.
00:35Tout à fait.
00:36Je me suis entraînée.
00:38De Recep Tayyip Erdogan qui musèle ses revendications et qui est à la tête du pays depuis quand même longtemps.
00:47Déjà, est-ce qu'on peut faire un petit rappel des événements ?
00:50Est-ce qu'on peut parler de cette arrestation ? Qui a été arrêté et en quoi ça a titillé
00:55le président ?
00:56Tout à fait.
00:57C'est le maire d'Istanbul qui a été arrêté, qui est en gros le principal opposant aujourd'hui à
01:04Erdogan.
01:06Pourquoi ? Parce qu'en fait, déjà, il fait partie du CHP, qui est le parti républicain.
01:11C'est un des principaux partis en Turquie avec l'AKP qui est la formation d'Erdogan et qui est
01:19directement issu d'un parti kémaliste de Mustafa Kemal qui était le fondateur de la première république en Turquie.
01:27Du coup, en fait, ce parti qui est l'un des principaux n'avait jamais été attaqué frontalement par Erdogan.
01:33Il avait attaqué les Kurdes, il avait attaqué par exemple le HDP qui est une formation, on va dire, de
01:37gauche et de kurde et qui mélange aussi des Turcs.
01:41Il avait attaqué un certain nombre de formations comme ça, mais jamais le parti CHP parce qu'il savait que
01:47quand même, c'est s'attaquer finalement à la constitution de la république puisque c'est un de ses partis
01:51fondateurs.
01:53Du coup, Ekrem Imagoglou, qui est donc le maire d'Istanbul, a été arrêté parce qu'aujourd'hui, un contexte
02:02particulier, c'est qu'il y aura une élection d'ici 2028, une nouvelle élection présidentielle.
02:06Et normalement, Erdogan n'a plus le droit de se représenter. La constitution l'empêche à nouveau de se représenter.
02:11Et en fait, le maire d'Istanbul fait partie des grands favoris puisqu'il a réussi déjà à reprendre Istanbul
02:16à l'AKP, puisqu'avant c'était l'AKP qui détenait la capitale,
02:20pardon, la ville principale, puisque ce n'est pas la capitale.
02:24Et du coup, alors que c'est en plus Istanbul, c'est particulier, c'est que c'est la ville
02:28qui a fait connaître Erdogan au début.
02:30C'est là où il a commencé à être célèbre et finalement, c'est petit à petit, après il est
02:34devenu premier ministre puis président puisqu'il a modifié la constitution.
02:37Mais du coup, c'est un vrai opposant aujourd'hui déclaré Erdogan puisqu'il a mis une politique en place,
02:45d'ailleurs qui a fait dissension au sein du CHP.
02:50Puisqu'il met en avant aussi la religion, ce que le CHP ne sait pas, puisque c'est un parti
02:54laïc.
02:56Il parle aussi à des électeurs plutôt, on va dire, conservateurs d'Erdogan.
03:02Et donc, c'est comme ça qu'il a rencontré Istanbul.
03:04Mais on voit que dans les sondages, il est largement en tête.
03:07Et du coup, ça fait peur à Erdogan et à l'AKP parce qu'ils savent très bien que des
03:12résultats économiques étant mauvais,
03:13socialement aussi, ce maire d'Istanbul peut être le prochain président et donc un feu faire ébranler toute la construction
03:21d'Erdogan maintenant ces dix dernières années
03:23et son virage autoritaire, largement autoritaire, autocratique en fait, qu'il a mis en place depuis ce faux coup d
03:29'État en 2016.
03:31Eh bien, on va justement vous le présenter plus en profondeur, ce chef d'État turc.
03:36Je vous propose de regarder une petite vidéo de l'AFP.
03:39C'est un portrait, il a été réalisé il y a dix ans, donc il est un peu anachronique, même
03:42assez.
03:43Et on va revenir derrière parce que c'est important de voir en quoi sa politique a évolué.
03:49Je pense que ça peut être assez intéressant.
03:50On vous laisse quelques minutes avec ce reportage, ce portrait de l'AFP.
03:56C'est dans ce quartier populaire que Recep Tayyip Erdogan a grandi, Kassim Pacha, le long de la Corne d
04:03'Or, en plein Istanbul.
04:04Aujourd'hui, ses voisins et anciens amis ne tarissent pas des loges pour celui qui fait de ses racines populaires
04:10un atout.
04:11Quand ma mère est morte il y a dix ans, il était Premier ministre.
04:14Il m'a appelé à une heure du matin pour présenter ses condoléances.
04:17Quel autre Premier ministre aurait fait ça ?
04:19Je le connais depuis qu'il est bébé, puis après quand il jouait au foot.
04:23C'est un homme honnête.
04:24Car le futur président est tenté par une carrière de footballeur professionnel, alors qu'il étudie dans un lycée religieux.
04:31Finalement, ce sera la politique, lorsqu'il rencontre son mentor, Nekhmetin Erbakan,
04:36qui sera en 1997 le premier chef de l'exécutif islamiste d'un pays traditionnellement laïque.
04:441994, Erdogan quitte son petit appartement de Kassim Pacha pour la mairie du Grand Istanbul, qu'il gère efficacement.
04:52Après un passage de quatre mois en prison en 1999, pour incitation à la haine raciale et religieuse, Recep Tayyip
05:01Erdogan revient en politique.
05:03En août 2001, il crée le parti de la justice et du développement, l'AKP, qu'il préside.
05:11A partir d'aujourd'hui en Turquie, rien ne sera plus comme avant.
05:18L'AKP débute son règne qui dure maintenant depuis 12 ans.
05:21L'économie est en forte croissance, l'armée mise au pas, le discours emprunt de religion plaît à une majorité
05:29du pays.
05:29Erdogan gagne toutes les élections, ses adversaires louent son sens politique, mais critiquent ses pratiques autoritaires.
05:40Il est très fort pour se donner les moyens d'atteindre ses buts et d'éliminer les obstacles.
05:46Je ne peux pas dire que j'approuve, mais c'est vrai, c'est un leader efficace.
05:52Mais malheureusement, pendant ces 12 dernières années, il a dirigé le pays comme une dictature déguisée en démocratie.
06:02Fermeture de Twitter et de Youtube, journalistes et critiques envers le gouvernement censurés, pour l'opposition, ces pratiques sont dignes
06:10d'un despote.
06:11Sur la scène internationale, Erdogan veut faire de son pays un modèle pour le monde musulman.
06:16Il n'hésite pas à hausser le ton, comme lors du Forum économique mondial de Davos en 2009,
06:22où il s'en prend violemment au président israélien Shimon Peres.
06:27Pour moi, Davos, c'est terminé aujourd'hui. Je ne reviendrai plus jamais. Que ce soit bien clair.
06:34En 2013, la révolte de Taksim ébranle celui que certains appellent le sultan,
06:39qui continue à imposer ses grands travaux comme le tunnel sous le Bosphore.
06:42Malgré les critiques, il est élu président dès le premier tour.
06:47La preuve qu'à 60 ans, Erdogan reste le dirigeant turc le plus populaire et le plus charismatique du pays
06:52depuis Mustafa Kemal Ataturk, l'emblématique père de la République.
07:02Et on est de retour. Est-ce que ce petit portrait vous a plu ?
07:05Est-ce que vous avez découvert Erdogan sous un autre angle ?
07:10En tout cas, dans le reportage, on parle d'économie en forte croissance.
07:13Le reportage a été fait il y a 10 ans. On en est loin ?
07:17On en est loin. On en est loin. Puisque maintenant, depuis 3-4 ans au moins, l'économie turque va
07:24mal.
07:24En fait, il y a une forte inflation. Et du coup, ils n'arrivent pas, malgré toute une politique économique,
07:31ils n'arrivent pas à s'en sortir.
07:34Donc oui, c'est le gros point noir aujourd'hui d'Erdogan. Et c'est pour ça, d'ailleurs, qu
07:38'ils ont perdu les dernières municipales il y a plus d'un an.
07:41Plus d'un an, l'AKP a perdu pas mal de grandes villes qui ont été reprises par l'opposition.
07:49Donc c'est un marqueur aujourd'hui fort de la fin de mandat d'Erdogan.
07:55Et donc c'est pour ça que face à ça, vu que sa politique économique et sociale pour l'instant
07:59ne fonctionne pas du tout,
08:01eh bien, il va en avant dans la répression.
08:04Puisqu'aujourd'hui, en fait, on est dans un cas de figure particulier.
08:10C'est que normalement, oui, pour cette présidentielle en 2028, il ne veut pas se représenter.
08:14Donc est-ce qu'il va tordre la Constitution ? Est-ce qu'il va inventer quelque chose ?
08:17Parce que ça peut toujours être le cas. Au début, c'était quand même un régime parlementaire.
08:22Il a changé la Constitution pour en faire un régime présidentiel.
08:24Il s'est taillé une Constitution sur mesure.
08:27Exactement. Et du coup, en fait, c'est comme ça qu'après, il a été élu.
08:30Président. Et désormais, normalement, il ne peut plus se représenter.
08:34On discutait ensemble pendant la vidéo.
08:37Et je te posais la question, on va dire, de cette balance entre mécontentement
08:43avec les problèmes économiques que connaît le pays et aussi la gestion du séisme.
08:50Là, très récemment, c'était l'année dernière.
08:52Oui, c'était l'année dernière.
08:54où on a vu que les pouvoirs publics, la santé, que tout n'était pas prêt à accueillir un événement
09:03pareil.
09:05Et de l'autre côté, un Erdogan qui reste populaire.
09:09Comment est-ce qu'on arrive à maintenir cette équilibre ?
09:12Oui, mais c'est un peu à chaque fois comme...
09:13Alors, dans une moindre mesure, par exemple, avec Vladimir Poutine ou d'autres dirigeants de ce type.
09:18C'est qu'en fait, il est à repouvoir très tôt, en 2003.
09:22Il est Premier ministre.
09:22Il bénéficie d'une économie qui fonctionne.
09:24Et du coup, il va développer le pays, lui assurer une croissance, etc.
09:31Et donc, forcément, les gens se souviennent de cette période, comme d'une période, on va dire, fertile.
09:37Et puis, en plus, il a mis la religion aussi, puisque son parti, alors l'AKP, reste un parti islamiste.
09:44Moins que ses prédécessants, il a fait de la prison parce que lui a fait des forces beaucoup plus, on
09:50va dire, extrémistes.
09:51Mais du coup, il y a ce mélange, en fait, de réussite économique, aussi de mettre en avant la religion,
09:57ce qui n'était pas le cas précédemment.
09:59Et donc, il garde un électorat quand même conservateur qui est attaché à ses promesses.
10:04Et aussi, toute la bourgeoisie, toute une bourgeoisie conservatrice dans un certain nombre de villes et de régions de Turquie,
10:10sur lesquelles il peut s'appuyer, les marchands et d'autres, sur lesquelles il a une base électorale forte.
10:15Et donc, c'est pour ça qu'il lui assure au moins, des fois, 30 à 40 % des voix.
10:19Et donc, ça, oui, il reste populaire auprès de ses populations.
10:23Et c'est pour ça que le maire d'Istanbul est un vrai danger parce qu'il tient aussi ce
10:28genre de discours.
10:30Et du coup, il arrive à adhérer à un certain nombre d'électorats aussi conservateurs au sein du CHP.
10:37Et donc, ça inquiète véritablement l'AKP, puisque aujourd'hui, est-ce que c'est Erdogan qui se présenterait ?
10:41Est-ce que c'est quelqu'un d'autre ?
10:42En tout cas, aujourd'hui, la personnalité après Erdogan qui apparaît comme la plus populaire, c'est le maire d
10:48'Istanbul.
10:48Et du coup, il s'est senti peut-être un petit peu menacé par un Erdogan bis dans l'idée
10:53de la popularité,
10:54dans l'idée de la gestion d'Istanbul, dans l'idée de, on va dire, encore une fois, d'engouement
11:02populaire.
11:04Et surtout que le maire d'Istanbul s'appuie sur les nouveaux, puisqu'il est plus jeune.
11:07Il s'appuie sur les réseaux sociaux énormément.
11:09On l'a vu depuis son arrestation, malgré tout, sur X par exemple, même si c'est compliqué d'accéder
11:15au réseau,
11:16puisqu'ils ont tout de suite, quand il y a eu des arrestations, ils ont coupé les réseaux sociaux.
11:21Donc, il faut pouvoir y accéder.
11:22Mais en tout cas, lui, il arrivait à communiquer sur X notamment.
11:26Et ça fonctionne, alors que, par exemple, Erdogan n'est pas, je veux dire, ils ne sont pas à l
11:31'avant-garde de la communication,
11:32comme peut l'être aujourd'hui le maire d'Istanbul.
11:35Et on voit que ça fonctionne notamment auprès des jeunes.
11:39D'ailleurs, on le voit dans les manifestations depuis 15 jours.
11:42C'est vraiment aussi les jeunes qui ont pris le relais pour défendre, en gros, leur voix et leur rêve
11:48démocratique
11:49qui est en train de pérécliter en Turquie.
11:53Et justement, est-ce qu'on peut parler d'un régime autoritaire quand on voit que,
11:58on va dire que le pouvoir est concentré sur une personne, pas vraiment sur une fonction ?
12:03C'est vraiment Erdogan qui, de par sa popularité, aussi en contrepoint de la tentative de coup d'État,
12:11a progressivement, et après la tentative de coup d'État, c'était beaucoup plus une opération coup de poing,
12:18mais flouté la barrière entre le pouvoir exécutif, législatif,
12:22il s'est un peu approprié la majorité des pouvoirs disponibles.
12:28Est-ce qu'on peut parler d'autoritarisme en Turquie aujourd'hui ?
12:32Oui, on peut en parler, puisque depuis, même avant 2016, mais en tout cas,
12:37je crois que ça fait maintenant depuis 15 ans, où une de ses principales cibles,
12:41ça a été d'abord les journalistes, la presse.
12:42Je crois que la Turquie fait partie du principal pays où le nombre de journalistes est incarcéré.
12:48On pense à Rashoggi aussi, qui a été...
12:51Des membres sur place, mais il faut se dire, dans un consul.
12:54D'Arabie saoudite, je crois.
12:56Et du coup, il y a vraiment une volonté de faire taire déjà la principale...
13:01Une des principales possibilités démocratiques, donc c'est la presse.
13:06Et après, oui, en effet, il s'est attaqué à tout ce qui est institutions judiciaires.
13:11Il a fait une réforme constitutionnelle, on l'a dit, qu'il a mis à sa patte.
13:16Et après, il a réformé aussi l'armée, puisque le coup d'État lui a permis...
13:21Puisque c'était un coup d'État de quelques généraux qui auraient dû passer à l'action,
13:27qui ne sont pas passés à l'action.
13:28En tout cas, ça a été le flou, mais ça lui a servi de reprendre en main aussi l'armée.
13:33Donc on voit aujourd'hui qu'il a tout un tas de forces constitutionnelles et militaires à sa botte,
13:40et que du coup, il s'en sert.
13:42Et l'AKP, du coup, lui est l'AKP, puisque l'AKP aussi avait une mainmise,
13:46juste à encore 2-3 ans, aussi localement.
13:50Et donc il pouvait s'appuyer sur son parti et ses différentes institutions
13:53pour imposer ses choix politiques.
13:57Donc une purge dans l'armée, la police, la fonction publique,
14:03et les journalistes, il y a aussi maintenant des milliers de manifestants
14:09qui se retrouvent emprisonnés.
14:11Là, on est sur la page d'Amnesty International,
14:14qui titre « Manifestation en Turquie, un mouvement réprimé dans la violence.
14:18L'arrestation du maire d'Istanbul et principal leader d'opposition
14:21a provoqué une vague de contestation dans le pays ».
14:23On parle d'arrestation massive d'étudiants, de personnalités qui travaillent, d'élus.
14:33On commence à viser un peu tout le monde, n'importe qui,
14:36qui émet un peu un début d'opposition, finalement.
14:40Oui, mais en fait, il a commencé dès le début, en arrêtant des journalistes.
14:45Après, il avait arrêté des militaires, mais là aussi, il a toute sa guerre contre les Kurdes.
14:49Il y avait quand même une possibilité, on va dire, de sortir de ce conflit,
14:54un accord qui était en préparation.
14:57Finalement, à partir de 2016, ça a volé complètement en éclats.
15:00Et donc, il n'y a toujours pas d'accord avec les Kurdes.
15:03Et on voit qu'en fait, ces arrestations qui sont multipliées contre ces partis politiques,
15:08qui n'étaient pas d'une ampleur du CHV, mais en tout cas, il y a des élus de ces
15:13partis,
15:13du HDP et autres, qui ont été clairement ciblés.
15:16Et en fait, petit à petit, à force de s'attaquer à ces partis ou aux syndicats,
15:21et bien, petit à petit, aujourd'hui, c'est des partis plus importants qui visent des élus.
15:25Par exemple, parce qu'il y a le maire d'Istanbul qui a été arrêté,
15:28mais avant lui, en fait, il y a un certain nombre d'élus qui ont été arrêtés depuis 2-3
15:31mois du CHP.
15:33Donc, il s'est attaqué d'abord à ces élus-là, puis après, il a visé le maire d'Istanbul.
15:37Donc, on voit, en fait, il monte en gradation, en fait, ces dix dernières années.
15:41La répression a visé d'abord des personnes, mais il faut, on va dire, de contestations possibles,
15:47puisqu'on a vu en 2013, il y a eu un vrai mouvement de contestation qui aurait pu faire basculer
15:51le pays.
15:52Il a été réprimé extrêmement durement.
15:54Et d'ailleurs, trois ans après, il y a le faux coup d'État en 2016,
15:57ce qui permet justement de réprimer encore plus sévèrement tout un plan de la société.
16:01Et limite de justifier, en fait.
16:03C'était un petit peu une façon de légitimer cet usage disproportionné de la force dans la répression des oppositions.
16:09Exactement. Et du coup, aujourd'hui, on arrive à ça avec, finalement, le bout du bout,
16:15c'est-à-dire qu'on peut arrêter un opposant et le maire quand même d'Istanbul.
16:19C'est la principale ville du pays et sans qu'il y ait une remise en cause de la justice
16:24pour l'instant.
16:25Oui, l'image, c'est un petit peu qu'on a cassé des maillons d'une chaîne et là, on
16:29s'est attaqué au pendentif.
16:30C'était le plus symbolique qu'il pouvait y avoir, mais c'est clairement pas le premier maillon de la
16:37chaîne à laquelle Erdogan s'est attaqué.
16:40Encore une fois, on vous prend vos questions, si vous en avez, sur ce qui se passe actuellement en Turquie,
16:47sur ses manifestations, leur répression, sur le personnage même de Recep Tayyip Erdogan.
16:54C'est toujours intéressant de revenir un petit peu sur les personnages et avant de contextualiser les actualités qu'il
17:04y a.
17:05J'ai une question sur la vie de l'Union européenne, sur cette dérive.
17:09Il y a un côté un petit peu amour-haine entre l'Union européenne et la Turquie.
17:14On parle d'un pays qui a longtemps voulu intégrer l'Union européenne.
17:24Et voilà l'UE qui disait « bon, on est assez amie, mais en fait, c'est un peu compliqué
17:28».
17:28C'était très très long, ça a duré, ça a traîné pas mal en longueur.
17:32Il se trouve que la Turquie est également sur une route migratoire,
17:35ce qui est très intéressant pour l'Union européenne dans le cadre, on va dire, de diplomatie amicale.
17:43C'est toujours intéressant d'avoir quelques amis sur la route migratoire pour pouvoir la bloquer au plus tôt, finalement.
17:50La question, c'est est-ce que l'Union européenne devrait montrer les dents
17:57et ne se montre pas plutôt conciliante en ce moment avec ce qui se passe en Turquie ?
18:02Si elle se montre consciente, parce qu'il y a déjà des accords, comme tu l'as rappelé, migratoires,
18:06qui ont été signés avec l'Union européenne, qui datent de la période avec la guerre en Syrie,
18:14où il y avait tout un tas de flux de réfugiés qui étaient bloqués finalement en Turquie,
18:20puisque ça a été aussi le marchandage de la part d'Erdogan,
18:22c'est-à-dire qu'il s'est passé tout un tas de réfugiés jusqu'à avoir un accord finalement
18:27avec l'Union européenne,
18:28puisque économiquement déjà, ce n'était pas une super année pour la Turquie,
18:32en échange de millions d'euros.
18:35Ils ont signé un accord avec l'Union européenne pour bloquer ces flux de réfugiés,
18:41comme d'ailleurs l'Union européenne l'avait fait avec la Libye ou d'autres.
18:43C'est vraiment des accords...
18:44L'Égypte aussi, c'est ce qui a fait que le gouvernement égyptien renvoie des personnes
18:52qui avaient demandé l'asile en Égypte, alors qu'il y avait une...
18:55En fait, il y a ce conflit au Soudan qui est très meurtrier,
19:00et la plupart des personnes qui fuyaient vers le nord en Égypte,
19:06si elles étaient des vieillards, des personnes âgées, des enfants ou alors des étudiants,
19:12pouvaient aller se faire soigner, etc., en tout cas temporairement.
19:15Et certains ont été renvoyés littéralement sous les bombes en raison de cet accord qui a été signé.
19:22On se souvient de la photo de la poignée de main entre le président égyptien et Herschel Avon d'Orléans.
19:28Voilà, la Turquie n'est pas le seul pays sur une route migratoire à obtenir...
19:34Signer des accords.
19:35Et obtenir de l'argent de l'Union Européenne pour devenir une porte hermétique aux routes migratoires.
19:40Exactement, tout à fait.
19:42Et du coup, voilà, Erdogan a signé tout un tas d'accords.
19:44Et en effet, sur la question des réfugiés, c'est encore le cas.
19:47La Turquie fait le boulot pour l'Europe.
19:49Après, là où ils ont du mal, c'est que la Turquie aujourd'hui est un des piliers dans la
19:55région,
19:56un acteur important dans tout le Moyen-Orient.
19:58C'est une puissance qui compte, c'est en plus un membre de l'OTAN.
20:01Donc, ça donne aussi pas mal de poids à la politique d'Erdogan.
20:06On le voit aujourd'hui en Syrie, par exemple, tout un tas de mouvements viennent, ont été financés par les
20:14Turcs,
20:14ont joué un rôle dans la Syrie dans le renversement de Bachar el-Assad.
20:17On sait que le pouvoir en place a des liens aussi privilégiés avec la Turquie.
20:21Donc, c'est-à-dire se mettre à dos la Turquie, ça veut dire aussi se mettre à dos une
20:25partie du pouvoir syrien.
20:26Donc, on voit que c'est des jeux à plusieurs interactions et c'est compliqué aujourd'hui pour l'Union
20:32européenne de se passer d'un dernier comme la Turquie.
20:34Donc, c'est pour ça qu'il n'y a pas de sanctions.
20:36Mais comme, je veux dire, la même politique vis-à-vis d'Israël, on voit que rien n'est fait,
20:39alors que ce qui se passe à Gaza, c'est dramatique.
20:41Il y a des dizaines de milliers de morts.
20:43Et on voit que l'Union européenne ne prend aucune sanction contre Israël et pareil sur la Turquie.
20:50Donc, voilà, en fait, il faut un calcul cynique de savoir l'avantage qu'ils peuvent tirer de leur partenariat,
20:56par exemple, avec Israël ou avec la Turquie,
20:58au détriment de ce qui se passe dans ces pays-là ou de crimes de génocide comme ça peut l
21:02'être à Gaza.
21:03Oui, je pense que c'est important de, encore une fois, mais j'aime bien schématiser avec des métaphores.
21:08On peut considérer que pour l'Union européenne, la Turquie, c'est une porte sur tous les conflits du Moyen
21:14-Orient
21:14et sur tous les flux migratoires qui peuvent y avoir et que l'argent ferme la porte.
21:19Entre guillemets, je pense qu'on peut le résumer comme ça.
21:21On a des questions du tchat.
21:22Évidemment, on ne vous oublie pas.
21:24Il y a Déméter et ensuite, on prendra la question de Djibourne.
21:28Déméter nous demande sur quelle base ont-ils arrêté le maire d'Istanbul ?
21:31Je viens d'arriver, j'ai entendu cette histoire de diplôme nécessaire pour se présenter.
21:37Quelle a été, on va dire, l'excuse, la justification de l'arrestation du maire d'Istanbul ?
21:43Il y avait deux choses.
21:45Il y avait l'aspect corruption et financement.
21:50En fait, c'était juste des prétextes.
21:52En gros, ils ont estimé que, par exemple, sur le financement de la campagne, sur pas mal de choses comme
21:56ça,
21:58ça avait été illégal.
22:01Et du coup, ils ont servi de ces prétextes-là ou d'organisation de corruption,
22:06donc carrément, voilà, pour mettre en péril la candidature d'Istanbul.
22:10Non, sur la question des diplômes, en fait, c'était qu'en effet, pour pouvoir se présenter à une élection,
22:16en Turquie notamment à l'élection présidentielle,
22:18puisqu'en fait, il devait être le même week-end voté comme candidat à la présidentielle par son parti,
22:21il faut avoir un diplôme universitaire, ce que le maire d'Istanbul a,
22:27mais qui a été remis en cause par, je ne sais pas si c'est par l'université,
22:32en tout cas par un des postes clés qui est proche de l'AKP.
22:36Et donc, en estimant que son diplôme n'était pas valable,
22:40l'empêchait de concourir à la présidentielle.
22:43Et ça, ça avait été décidé quelques jours avant son arrestation,
22:49mais quelques semaines avant aussi la décision d'investir le maire d'Istanbul
22:54comme candidat pour le CHP à la présidentielle.
22:57Oui, après ne pas être éligible ne justifie pas une arrestation.
23:03Non, il y avait deux affaires différentes.
23:04C'est vraiment sur la candidature en elle-même,
23:07et après sur le fait, sur un tas de financements,
23:11que l'AKP, en tout cas la justice, a estimé
23:14qu'il y avait une organisation criminelle de...
23:16Je ne sais plus exactement le terme exact,
23:18je pense qu'on peut peut-être Pierre le met dans son papier,
23:20je ne sais plus exactement.
23:21Dans celui-ci ?
23:21Oui, je pense, parce que c'était sur les manifestations, mais...
23:30Non, peut-être que c'était un autre, mais ce n'est pas grave.
23:34Mais oui, en fait, c'était des prétextes
23:37qui avaient été mis en avant pour arrêter le...
23:40Parce qu'il n'y a pas que lui,
23:43je crois qu'il y a une centaine d'élus du CHP
23:46qui ont été arrêtés le même jour, des journalistes.
23:49C'était vraiment un coup de filet.
23:50C'était une opération coup de filet.
23:52Ok, super, j'espère qu'on a répondu à ta question.
23:56Ensuite, Djibourne, l'arrestation à l'époque...
23:58Ah oui, c'est ça, je me rappelle maintenant.
23:59Et c'était parce que dans le cadre des municipales,
24:06en fait, il y avait des alliances entre le CHP
24:09et par exemple des partis comme le HDP.
24:11Donc, c'est-à-dire qu'ils ont prétexté aussi
24:13que les Kurdes et notamment le PKK
24:16sont considérés comme une occasion terroriste en Turquie.
24:19Et comme en gros, il y a des...
24:21Même si le PKK n'a pas des liens directs
24:23avec le HDP ou d'autres,
24:24en fait, ils ont estimé que l'alliance politique,
24:27puisqu'en co-candidat n'était en concurrence du HDP,
24:30n'était en concurrence avec celui du CHP,
24:31ce qui a permis justement ces victoires municipales.
24:35Ils ont estimé que cette alliance,
24:36du coup, c'était une alliance avec une organisation terroriste.
24:39Donc, en gros, il y avait moyen de poursuivre finalement le CHP
24:44et notamment le maire d'Istanbul.
24:46Peut-être qu'on peut faire un petit aparté
24:48avant de répondre à la question de Djibourne
24:51et de parler des Kurdes comme force politique en Turquie
24:55et de leur importance.
24:57Oui, c'est tout un...
25:00Alors, je ne sais plus en termes de population,
25:02mais en tout cas, c'est un conflit maintenant
25:05qui y a eu depuis des années
25:08qui a été avec notamment le PKK,
25:10qui est une des forces armées.
25:13Il y a Ocalan, qui est un des principaux dirigeants,
25:15qui est enfermé en prison depuis des dizaines d'années.
25:19Aujourd'hui, d'ailleurs, il a lancé un appel
25:20il y a quelques semaines à déposer les armes
25:23pour pouvoir permettre un accord de paix.
25:28Et ça, c'est un vrai tournant,
25:30puisqu'en tout cas, il y a une offre politique
25:32qui a été émise de la part du PKK
25:35à l'AKP et au président Erdogan.
25:38De tête, je ne crois pas qu'il ait encore répondu à cette offre,
25:41mais ça permettrait en tout cas de sortir.
25:43En tout cas, le PKK et les Kurdes font une offre de paix aux Turcs.
25:48Est-ce qu'elle va être acceptée ou non ?
25:50Mais ça serait un vrai tournant
25:51et ça permettrait justement d'avoir des accords,
25:55puisque finalement, c'est ce que réclament les Kurdes
25:56depuis maintenant des dizaines d'années.
26:00Parce qu'Erdogan, à chaque fois, fait traîner les choses.
26:02Il était en négociation avec Ocalan il y a plus de 15 ans.
26:05Il devait abousir un accord.
26:07Finalement, ça n'est jamais arrivé.
26:09Il y a d'autres dirigeants kurdes,
26:10d'ailleurs, Demir Stas et d'autres,
26:11qui ont été arrêtés pendant toute cette période.
26:13Donc à chaque fois, les dirigeants du HDP
26:16et d'autres, du DEM ou d'autres parties comme ça,
26:19qui systématiquement se font arrêter,
26:22mettre en prison juste pour leur mouvement politique
26:25et pour leurs idées, pour défendre un certain nombre de choses
26:28pour la population kurde.
26:29On a regardé en attendant,
26:33il y a l'aménagement linguistique dans le monde
26:35qui parle de 15 millions de Kurdes en Turquie,
26:38soit 24% de la population du pays.
26:40C'est énorme.
26:41Et populairement, ce qui est fou,
26:44c'est que quand on va en Turquie,
26:47politiquement,
26:48l'électorat d'Erdogan est extrêmement persuadé
26:53du côté de PKK, organisation terroriste.
26:57Ça, ça pose vraiment question à très peu de monde
27:00et du reste de la population.
27:02C'est ça qui est fou,
27:03c'est que cette idée-là, elle est vraiment ancrée.
27:05Oui, c'est le récit aussi qu'en fait le pouvoir.
27:09C'est-à-dire, parce qu'il y a eu des conflits,
27:12il y a eu des attentats, etc.
27:13Mais sur ces 20 dernières années,
27:15il y avait une vraie volonté pacifiste
27:17de la part des organisations kurdes.
27:22Aujourd'hui, le récit, forcément,
27:24qui en est fait,
27:25puisque Erdogan défend une seule nation
27:29sans d'autonomie des Kurdes, etc.
27:31Il en fait aussi un bouc émissaire,
27:33comme là, ça va être le CHP.
27:36À chaque fois, il trouve par son récit
27:38des boucs émissaires pour expliquer
27:40sa mauvaise réussite économique ou sociale, etc.
27:43Et les queues en font partie
27:44et là, se sont piégés dans ce cycle politique.
27:47La politique du bouc émissaire,
27:49c'est à peu près partout.
27:50C'est à peu près partout.
27:52Mais ça sera intéressant.
27:53Économiquement, ça ne va pas très bien.
27:54Exactement.
27:54Mais ça sera intéressant,
27:55puisque Pierre Barbancet,
27:56qui sera cette semaine en Turquie,
28:00et justement de voir un peu ce qu'il en est,
28:02puisque véritablement,
28:03ce qui est intéressant,
28:04ce qui est assez triste,
28:06c'est que finalement,
28:06Erdogan s'est servi quand même des Kurdes
28:08comme moyen de répression,
28:11même en arrêtant des élus et tout.
28:13Il y avait quelques contestations,
28:14mais pas non plus énormément de monde en Turquie
28:17qui se soulevait contre ça.
28:18Et on voit qu'en fait,
28:19ça a été le début,
28:20et quelque part un peu un laboratoire politique,
28:22puisque maintenant,
28:23ils visent directement des journalistes
28:24ou des élus du CHP
28:25ou de principaux dirigeants comme ça.
28:28Donc c'est ça où je pense que le problème,
28:31c'est que les Turcs et le CHP notamment,
28:32auraient peut-être eu davantage milité
28:34quand les Kurdes étaient arrêtés.
28:36Dites-nous, Tchad,
28:37si vous avez envie la semaine prochaine
28:39qu'on puisse faire un petit appel vidéo.
28:42Est-ce qu'il y sera aussi lundi prochain, Pierre ?
28:44Moi, je pense qu'on peut voir avec lui.
28:46Ça peut être sympa.
28:47Est-ce que ça vous dirait la semaine prochaine,
28:49Tchad,
28:49de pouvoir directement poser vos questions
28:52à quelqu'un qui est sur place ?
28:53Surtout qu'il connaît très bien,
28:55ça fait plus d'une vingtaine d'années
28:56qu'il suit,
28:57qu'il se rend en Turquie,
28:59notamment auprès des syndicalistes,
29:00auprès des Kurdes,
29:00puisqu'il s'est rendu aussi
29:01dans toute la partie syrienne.
29:05Notamment quand il y avait la guerre,
29:06ça a été le seul reporter,
29:08d'ailleurs,
29:08à se rendre à Kobané,
29:09il y a plus de dix ans.
29:11Donc il a été au Rojava,
29:13il connaît très bien du coup
29:15la question kurde et la question turque.
29:17Donc je pense que ça pourrait être
29:19une très bonne chose.
29:20Ou on nous dit oui,
29:21yes,
29:22ça serait génial,
29:23oui, oui, oui.
29:24Bon, il faut le dire
29:25si vous ne voulez pas nous voir,
29:26ou alors.
29:27Non, mais c'est tout que Pierre,
29:27en plus,
29:28il s'y connaît très bien.
29:29Ça peut être très intéressant.
29:31Ça pourrait être très,
29:32très, très intéressant.
29:33En vrai,
29:34je pourrais rarement regarder en live,
29:35mais ça sera sûrement
29:36très intéressant en replay.
29:37Mais laissez-moi vous dire
29:38qu'il suffit de prendre
29:39votre petit téléphone,
29:41d'aller sur Instagram
29:42ou TikTok
29:42ou YouTube
29:44et de nous follow.
29:45Et vous aurez accès
29:47à toutes les informations
29:49qu'on vous donne,
29:50à des petits clips
29:51des lives.
29:52On fait ça tout le temps.
29:54C'est mon service
29:54qui me regarde
29:55et que je salue
29:57qui est en train
29:57de faire ça
29:58en ce moment même.
29:58Donc tout ce qu'on dit,
29:59vous pouvez le récupérer plus tard,
30:00le partager,
30:01histoire que, voilà,
30:04que l'info internationale
30:06puisse intéresser tout le monde.
30:08On nous demande,
30:09parce que,
30:10Dibourne,
30:10je n'ai pas oublié,
30:11l'arrestation à l'époque
30:12de Recep Tayyip Erdogan
30:13l'a rendue très populaire.
30:15Celle de Ekrem,
30:16donc le maire d'Istanbul,
30:17ne pourrait-elle pas
30:18le rendre encore plus populaire
30:19qu'il ne l'est déjà ?
30:21Alors,
30:21ce serait faire un peu
30:22de politique fiction
30:23de dire ça ?
30:24Ou alors,
30:24est-ce que c'est...
30:25Non,
30:25je pense que c'est pas,
30:26alors pour le coup,
30:26c'est pas calculé.
30:27Lui s'en sert,
30:28ça c'est sûr,
30:29forcément.
30:29Oui,
30:29ça devient un argument politique
30:30et dans tous les cas,
30:31ils veulent le faire taire.
30:32D'ailleurs,
30:33la preuve,
30:33c'est que le CHP
30:34a maintenu son élection
30:37malgré les interdictions
30:40qui avaient été déclarées
30:41par l'AKP,
30:42donc ils l'ont quand même
30:43maintenu comme candidat
30:44pour la prochaine présidentielle.
30:46Donc on voit que,
30:47oui,
30:48Erdogan,
30:49il s'en est servi,
30:50c'était plus dans les débuts
30:51des années 2000
30:51quand il s'était fait arrêter
30:52et je pense que,
30:54je vais y arriver,
30:55notre schéma d'Istanbul
30:56en fait va aussi s'en servir
30:59et Krem Imaoglou
31:01va forcément s'en servir
31:03pour la suite politique
31:04parce qu'aujourd'hui,
31:05il y a eu 2 millions de personnes
31:06je crois il y a 10 jours
31:07dans les rues d'Istanbul
31:09et d'ailleurs.
31:11On voit en plus que d'ailleurs
31:12les manifestations
31:12avaient pris dans pas mal de villes.
31:14C'est ça qui était assez énorme
31:16en fait,
31:16c'est l'ampleur vraiment
31:17sur l'ensemble
31:18de territoires turcs.
31:19Je l'ai noté,
31:20Istanbul, Ankara,
31:21Adama,
31:22Trabzon,
31:23Izmir.
31:24Donc on voit que c'est un mouvement
31:25général et global
31:26et donc oui,
31:27en fait,
31:28l'inverse
31:29c'est que si jamais
31:30mais le problème
31:32c'est qu'on est
31:32là on fait de la politique fiction
31:33mais c'est sûr
31:35que la popularité
31:36aujourd'hui du maire d'Istanbul
31:37dépasse le cadre
31:38juste d'Istanbul
31:40et atteint maintenant
31:41un niveau national
31:42est-ce qu'il avait déjà
31:42mais on sent que ça prend
31:43encore plus en plein.
31:44Est-ce que
31:45on fait de la politique fiction
31:46après est-ce que lui
31:47sera amené à être candidat
31:48si finalement
31:49les jugements vont dans le sens ?
31:50Aujourd'hui en tout cas
31:52la KPR de Ghan
31:53en ont décidé autrement.
31:54Il nous répond
31:55je ne pensais pas
31:56un calcul
31:56de la part de l'écrême
31:58mais plutôt
31:58à une maladresse
31:59du pouvoir actuel.
32:01Maladresse
32:01tout dépend
32:02de comment ça va finir
32:03c'est que
32:04ils ont déjà arrêté des gens
32:06ils les ont laissés en prison
32:07pendant des années
32:08donc
32:09si jusqu'en 2028
32:10ils finissent en prison
32:11et qu'après
32:11ils le libèrent en 2029
32:12suite à un accord
32:13c'est possible aussi
32:15mais ça
32:15je n'en sais rien
32:16je ne sais
32:16je ne suis pas dans la tête
32:17des dirigeants de l'AKP
32:18c'est pour ça que
32:20Djibaud
32:20on t'explique
32:22que tout simplement
32:23on ne peut pas prévoir
32:24si cette arrestation
32:27va se traduire
32:29en bon résultat
32:31si au final
32:32il est possiblement
32:35éligible
32:36en revanche
32:37ce qu'on peut dire
32:38mais en revanche
32:39ce qu'on peut dire
32:39c'est que
32:40effectivement
32:40pour ses partisans
32:41ça peut être
32:42c'est toujours
32:43je pense
32:45je pense
32:46à toute
32:48on va dire
32:49à toute opposition
32:50qui a été
32:51entravée
32:51ou arrêtée
32:51ça devient
32:52un argument politique
32:53exactement
32:54et par contre
32:54ça peut déboucher
32:56vu que là
32:56quand même
32:57il y a des défilés
32:57de toutes les forces politiques
32:59ensemble
32:59oui
33:00là ça peut permettre
33:01peut-être un rassemblement
33:03de l'ensemble
33:03des forces politiques
33:04en Turquie
33:05avec les syndicats
33:06créer un vrai mouvement
33:07d'opposition
33:07à Erdogan
33:08avec qui à la tête
33:09est-ce que ce sera
33:10le maire d'Istanbul
33:10s'il est libéré
33:11ou un autre
33:12et par contre
33:12oui d'arriver
33:13et d'être en force
33:14pour combattre
33:15si c'est Erdogan
33:16qui peut se représenter
33:18je ne sais pas
33:18ou le candidat
33:19de l'AKP
33:20et là faire une vraie
33:21bascule politique
33:22puis il est possible
33:23que oui
33:24cette arrestation
33:25l'est érigée
33:25en symbole
33:26de contre-pouvoir
33:28alors on a une autre
33:30question
33:30de Pinguin
33:31qui dit
33:32un départ
33:33une destitution
33:34d'Erdogan
33:34est-elle envisageable
33:37pendant sa présidence
33:38non
33:39je ne pense pas
33:40il a les pleins pouvoirs
33:41aujourd'hui
33:42donc à part
33:42on se pose même
33:43la question
33:44de s'il peut se représenter
33:45alors qu'il ne peut pas
33:45donc
33:47je pense qu'il est bien assis
33:48l'armée
33:49maintenant le suit
33:50donc
33:51oui si
33:52alors après
33:53tout dépend
33:54aujourd'hui
33:55du mouvement
33:56qui est aujourd'hui
33:57en place en Turquie
33:57c'est que
33:58s'il dure
33:59énormément
34:00enfin
34:00si ça dure
34:00dans les semaines
34:01qui viennent
34:02qu'il y a des rassemblements
34:03encore de 4, 5, 6 millions
34:04de personnes
34:05je ne sais pas
34:06là
34:07bon
34:07si
34:08mais
34:08pour l'instant
34:09on en est encore loin
34:10et je ne vois pas
34:11s'il est prêt à arrêter
34:12quand même
34:12le maire d'Istanbul
34:13Erdogan
34:14cédait le pouvoir
34:14aujourd'hui
34:15quoi
34:16et puis la répression
34:17est telle
34:17que
34:19en tout cas
34:20les manifestations précédentes
34:21qui étaient réprimées
34:22de façon aussi violente
34:24c'est quand même
34:25très dissuasif
34:26bon là
34:26il y a quand même
34:27pas mal de personnes
34:27qui sont dans les rues
34:28mais on ne peut pas
34:30je pense qu'on ne peut pas
34:31dire en avance
34:34qu'un départ
34:35ou une destitution
34:35d'Erdogan
34:36est envisageable
34:37on espère qu'on a répondu
34:38à ta question
34:39tant qu'on n'assiste pas
34:40à son arrestation
34:41en direct
34:42nos idées yonues
34:43en vrai je pourrais
34:45je me doute bien
34:46de la réponse
34:46mais qu'en est-il
34:47de la couverture médiatique
34:48en France
34:49des manifestations
34:50en Turquie
34:53on a vu
34:54quelques images
34:54au JT
34:55c'est vrai qu'on l'a
34:56beaucoup pris
34:57sous l'angle
34:58qu'on traitait
34:59au départ
35:02des images
35:02chocs
35:03des manifestations
35:03des photographies
35:05qui ont été prises
35:05des images générées
35:06par l'intelligence
35:07artificielle
35:09en tout cas
35:09sur France 24
35:10j'ai vu des sujets
35:12j'ai vu des sujets
35:13TV5Monde
35:16est-ce que
35:16dans les médias
35:17mainstream
35:18entre guillemets
35:19est-ce qu'on parle
35:19de ça
35:20j'ai envie
35:22d'élargir
35:23parce que
35:23souvent on dit
35:24les médias n'en parlent pas
35:24et les médias en parlent
35:25c'est juste qu'on ne va pas
35:26voir les médias
35:27qui en parle
35:28je vais me permettre
35:30de prendre ta question
35:30et de l'élargir un peu plus
35:31c'est quoi le rapport
35:32France-Turquie
35:33par rapport
35:33à l'actualité
35:36et à quel point
35:37la Turquie intéresse
35:38la France
35:40il y a quand même
35:40une diaspora
35:41turque en France
35:42il y a quand même
35:43des
35:44il y a quand même
35:46diplomatiquement
35:46des intérêts communs
35:48oui non tout à fait
35:49ça pour le coup
35:50il y a des vrais intérêts
35:52d'ailleurs il y a des membres
35:53des personnes de l'AKP
35:55qui sont en France
35:56il y a une forte diaspora
35:56comme tu l'as rappelé
35:57qui participe d'ailleurs
35:59à la vie politique
36:00aussi en France
36:02il y en a énormément
36:03aussi en Allemagne
36:05et ce qui pose d'ailleurs
36:07soucis parce qu'il y a pas mal
36:07de réfugiés politiques
36:09turcs en France
36:10en Allemagne
36:11et qui ont peur
36:13parce que la diaspora turque
36:15qui vote
36:16d'ailleurs qui votait
36:17majoritairement AKP
36:18est un vrai moyen de pression
36:20aussi de la part
36:21du régime d'Erdogan
36:22notamment il y avait aussi
36:23des réfugiés politiques
36:25turcs
36:25mais aussi kurdes
36:26qui sont directement visés
36:28on le sait en France
36:29quand même
36:29il y a eu
36:29une série de meurtres
36:32il y a quelques années
36:35donc on voit
36:36qu'en effet
36:36il y a une vraie pression
36:37de la part des autorités
36:39aussi vis-à-vis
36:39avec leur diaspora
36:41mais sur la question médiatique
36:42je pense que
36:43pour le coup
36:45l'ensemble de la presse
36:46a plutôt fait son travail
36:47en tout cas
36:47je n'ai pas vu
36:48je trouve qu'en tout cas
36:50dans la presse quotidienne
36:50que ce soit le Figaro
36:52le Monde ou d'autres
36:53l'ont traité
36:54et l'ont bien traité
36:57après il faudra voir
36:57comment c'est surtout
36:58comment ils peuvent continuer
36:59à faire leur travail en Turquie
37:00pour l'instant
37:01c'est le cas
37:01des reporters
37:02on va dire
37:03étrangers
37:05à différence
37:06des journalistes
37:08turcs
37:09qui
37:09la plupart
37:10tous les médias
37:11d'opposition
37:12ont été fermés
37:12ou certains ont dû
37:14comme Tchad Doudar
37:15donc on accueille
37:16fréquemment
37:16par exemple
37:17la fête de l'humanité
37:18qui était le lanceur
37:19rédacteur en chef
37:20de Tchoumouriette
37:21dès qu'ils ont sorti
37:22des enquêtes
37:23par exemple
37:23sur les financements
37:24par exemple
37:24entre la Turquie
37:26et les forces syriennes
37:28djihadistes syriennes
37:29ceux qui avaient sorti
37:30pas mal de révélations
37:31comme ça
37:32du jour au lendemain
37:32ils ont vu
37:33leur journal fermé
37:33les journalistes menacés
37:35certains ont pu s'échapper
37:36pour éviter la prison
37:38mais c'est plus en Turquie
37:40où c'est très difficile
37:41alors il y a encore
37:42les réseaux sociaux
37:42qui permettent
37:43justement d'accéder
37:44une information
37:45on va dire
37:45non officielle
37:46malgré l'entrave
37:48exactement
37:48mais pour l'instant
37:50les journalistes étrangers
37:51arrivent à faire
37:52leur travail
37:54mais jusqu'à quand
37:55parce que ça peut être
37:56aussi l'étape supplémentaire
37:57c'est de verrouiller
37:57par exemple
37:58comme en Russie
38:00où il y a encore
38:01des journalistes étrangers
38:02mais c'est très très difficile
38:03de faire son travail
38:04on a vu un pigiste du monde
38:06enfin un correspondant du monde
38:07être évincé de Russie
38:09ils n'ont pas renouvelé
38:10son visa
38:12voilà
38:15dans certains pays
38:16c'est comme ça
38:16qu'on fait taire
38:18un certain nombre
38:18de voix critiques
38:21pour l'instant
38:21en Turquie
38:22il semble
38:23qu'il n'y ait pas encore
38:24on n'est pas arrivé
38:25à ce point là
38:26on va dire
38:27il n'y a pas d'autres questions
38:28sur la Turquie
38:29on nous dit merci beaucoup
38:30pour votre réponse
38:32on conclut
38:33tout simplement
38:34en disant
38:34que ces manifestations
38:37ça peut
38:38ça peut avoir l'air lointain
38:40ça peut avoir l'air complexe
38:42mais comme on a pu
38:42l'expliquer
38:44en fait ça touche
38:45réellement à l'Union Européenne
38:47ça touche réellement
38:48à la lutte sociale
38:49dans
38:50on va dire
38:51dans sa première
38:52dans sa première définition
38:55c'est des étudiants
38:56qui sont dans la rue
38:57c'est des forces d'opposition
38:58c'est simplement
38:59des personnes
39:00qui
39:01qui rejettent
39:02le
39:02on va dire
39:03la situation sociale
39:04et économique
39:06du pays
39:07c'est un pays aussi
39:08on l'a rapidement évoqué
39:11qui s'est remis
39:12dans un séisme
39:13il n'y a pas très longtemps
39:13et qui reste profondément
39:16déçu
39:16de la façon
39:17dont ça a été
39:19pris en charge
39:20par le pays
39:22on va continuer
39:23à suivre ça
39:24évidemment
39:24encore une fois
39:25vous avez été
39:26très enthousiaste
39:27à l'idée
39:28qu'on puisse
39:29poser des questions
39:29à Pierre Barbancet
39:31la semaine prochaine
39:32quand il sera sur place
39:34je pense qu'on pourra
39:34aussi lui poser
39:36la question
39:38de
39:40quel rôle
39:41pour la communauté
39:43internationale
39:43face à cette dérive
39:44autoritaire
39:45et est-ce que la société
39:46civile turque
39:47parce que c'est ça
39:47qui est très intéressant
39:48encore une fois
39:48on est là
39:49et puis on discute
39:50depuis Paris
39:50mais il sera
39:52au côté
39:55de
39:56j'aime pas
39:56l'expression
39:57de vrais gens
39:58mais
39:58de force sociale
40:00intéressante
40:01que ce soit
40:02des organisations politiques
40:03mais aussi des organisations
40:06syndicales
40:06voilà
40:07et puis tout
40:08tout bord confondu
40:09c'est-à-dire
40:09aussi bien turc
40:10kurde
40:12des journalistes
40:12des avocats
40:14des élus
40:14parce que c'est surtout
40:15en fait quand même
40:16des élus
40:16qui ont été arrêtés
40:17pour la plupart
40:17c'est ça qui est quand même
40:18qui monte un cap
40:19et que je pense
40:20la capée
40:21c'est pour ça qu'on en revenait
40:22à la question
40:22de est-ce qu'il va
40:23rendre le pouvoir
40:24quand on décide
40:25finalement d'arrêter
40:25des élus
40:27il n'y a pas de retour
40:29en arrière
40:29c'est vraiment
40:29on va plutôt vers un régime
40:31dictatorial
40:31que finalement
40:32abandonner le pouvoir
40:34mais ce qui est intéressant
40:35aussi
40:36sur tous ces pays
40:37c'est où on veut
40:38s'attaquer finalement
40:39à des forces
40:41sociales
40:41ou à des contestations
40:42c'est le récit
40:43qui en est fait
40:44par le pouvoir
40:44et on voit que le pouvoir
40:45en gros
40:46mise sur tout ce qu'ils ont
40:47appliqué contre les Kurdes
40:49pour se servir
40:50en disant
40:50bon voilà
40:50en fait c'est des opposants
40:52mais en fait
40:52ils veulent déstabiliser
40:53le pays
40:54ils soutiennent les Kurdes
40:55qui sont des terroristes
40:56donc en gros
40:56ils veulent mettre en péril
40:58la nation
40:59et c'est en fait
41:00c'est le récit
41:02officiel
41:02et c'est ce que veut
41:03vendre Erdogan
41:04comme d'autres le font
41:05par exemple
41:05en Russie
41:06avec des gens
41:08qui veulent mettre en péril
41:09la nation
41:11donc en gros
41:11c'est normal
41:12qu'on les arrête
41:12parce qu'en gros
41:14ils vont déstabiliser le pays
41:16et on voit
41:17que ça fonctionne
41:18dans énormément de pays
41:19comme on parlait de Corée
41:21juste avant
41:21on parlait de Corée
41:22juste avant
41:23et où la loi Martial
41:23a été déclenchée
41:26avec comme ligne
41:29de réduire le chaos social
41:32c'est comme ça
41:32qu'on appelait le chaos social
41:33comme en Serbie
41:34actuellement
41:34on a récits un mouvement
41:36qui dure depuis plusieurs mois
41:37des étudiants
41:39contre la corruption
41:41j'ai bien envie d'en parler
41:42de la semaine prochaine
41:43de la Serbie
41:43parce que c'est vraiment intéressant
41:46ça fait maintenant plusieurs mois
41:47qu'ils se mobilisent
41:48étudiants d'ailleurs
41:49et ça a gagné énormément
41:50d'autres secteurs
41:52de la société
41:54que ce soit aussi
41:54des mouvements
41:55justement du climat
41:56parce que c'était eux aussi
41:57qui étaient
41:58qui se sont mobilisés
41:59contre le pouvoir en place
42:01et pareil là
42:02on va dire
42:03qu'ils souhaitent
42:03déstabiliser le pays
42:04etc.
42:05donc c'est encore une fois
42:06un récit officiel
42:07qui est mis en place
42:08pour empêcher
42:10toute contestation
42:11de l'opposition
42:14notamment sur la question
42:15aussi de la corruption
42:16qui est importante
42:16en Serbie
42:17de l'apprentissage
42:17de l'apprentissage
42:17de l'apprentissage

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