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  • il y a 1 jour
Les manifestations qui se succèdent en Turquie après l'arrestation du maire d'Istanbul, marquent-elles une convergence inédite des oppositions au régime de Erdogan ?

Depuis deux semaines, la répression s'abat sur les manifestants qui exigent la libération de Ekrem Imamoglou et des autres prisonniers politiques, et qui dénoncent les interminables attaques commises par le régime turc contre la démocratie et les droits de l'homme. Plus de 1 400 manifestants ont déjà été arrêtés.

Sur place, étudiants, mouvements de la société civile, ONG et organisations politiques, font bloc et se structurent. Pourquoi et comment les Européens doivent-ils les aider ?

Entretien avec la députée européenne Mélissa Camara ( Les Verts ), membre de la Commission parlementaire UE-Turquie au parlement européen.

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Transcription
00:00Bonjour et bienvenue dans cette rencontre au Parlement européen de Strasbourg.
00:04On va parler de la situation en Turquie après l'arrestation du maire d'Istanbul
00:08et des manifestations qui se déroulent depuis.
00:11On en parle avec vous, Mélissa Kamara, bonjour.
00:13Bonjour.
00:14Merci d'être sur le plateau de l'Humanité.
00:17Je rappelle que vous êtes députée européenne, bien sûr,
00:19et que vous êtes aussi membre, sinon vice-présidente,
00:22je me trompe peut-être, la commission parlementaire UE Turquie.
00:25Je suis première vice-présidente de la délégation Union européenne Turquie.
00:29C'est comme ça que ça s'appelle.
00:30C'est comme ça que ça s'appelle.
00:31Alors, depuis l'arrestation du maire d'Istanbul,
00:35Ekrem Imamoglu, il y a une quinzaine de jours,
00:37les manifestations, on le disait, se succèdent pour sa libération.
00:40Il y a plus de, je crois, à l'heure actuelle,
00:441400 manifestants qui ont été arrêtés.
00:46Tout le monde condamne, enfin tout le monde non,
00:48mais les Nations Unies, les associations, les groupes politiques, etc.,
00:51la défense des droits de l'homme.
00:53Il y a un débat au Parlement européen ce mardi.
00:58Qu'est-ce qui peut en sortir, j'allais dire tout simplement,
01:01de ce débat sur la situation ?
01:03Encore une fois, évidemment, on parlera aussi d'autres cas,
01:06parce qu'il y a plusieurs événements en matière d'atteindre le droit de l'homme
01:10et la démocratie qui se superposent en ce moment,
01:12en Turquie comme toujours.
01:14Mais qu'est-ce qui peut sortir d'un débat aujourd'hui au Parlement européen là-dessus,
01:17vous qui connaissez vos collègues ?
01:18Écoutez, je pense qu'il est important d'avoir ce débat aujourd'hui
01:23parce qu'il faut une parole forte de l'Europe.
01:25Aujourd'hui, on a un pays candidat pour être un État membre de l'Union européenne
01:30qui a dépassé plus qu'une ligne rouge.
01:33En fait, c'est un recul majeur de l'État de droit depuis des années en Turquie.
01:37Mais là, avec l'arrestation du maire d'Istanbul,
01:39on a franchi un cap qu'on ne pensait pas voir, si rapidement en tout cas.
01:44Et donc, il est important d'avoir une parole forte de l'Union européenne.
01:48Et on va avoir des paroles fortes, je pense, aujourd'hui au sein du Parlement,
01:53de membres de ce Parlement.
01:55Ce qu'il faut aussi maintenant, c'est une parole forte
01:57à la fois de la Commission et du Conseil, en fait.
01:59Il faut que l'Europe dise clairement à Erdogan
02:03qu'il est allé trop loin
02:05et qu'on ne peut plus être dans un partenariat dans ces conditions, en fait.
02:10Aujourd'hui, la Turquie va à l'encontre de tout
02:14ce qui est État de droit, de tout ce qui est libertés individuelles.
02:18En fait, depuis des années, on voit des reculs sur les droits des femmes,
02:20sur les droits des personnes LGBT, sur les droits de l'opposition.
02:23Et donc, on pourra y revenir.
02:25Mais aujourd'hui, il est important d'avoir une parole forte
02:27et de dire à la Turquie, ça suffit maintenant.
02:30Au sein du Parlement européen, avec vos collègues,
02:32vous êtes dans la Commission, donc vous avez des collègues de tous les groupes qui sont là.
02:35Quelle est l'ambiance, j'allais dire, par rapport à cette question-là qui se pose ?
02:38Encore une fois, une fois de plus, ce n'est pas évidemment la première fois.
02:40– Écoutez, en fait, je pense qu'il y a plusieurs positions.
02:43On a bien sûr la position de l'extrême droite qui, de toute façon,
02:46a toujours conspué la Turquie et ne voit pas de destin européen à la Turquie.
02:52Et il y a la mienne, il y a ma position notamment,
02:54qui dit en fait, l'avenir de la Turquie,
02:58l'avenir d'une Turquie démocratique doit être européen.
03:01Et aujourd'hui, je pense qu'il est aussi important d'avoir ces voix
03:03qui sont actuellement minoritaires dans cette institution,
03:06mais de dire que le destin de la Turquie doit se faire avec l'Europe.
03:11Le destin de la Turquie, pourquoi ce destin doit se faire avec l'Europe ?
03:13Parce qu'on a une société civile turque qui est mobilisée depuis des années.
03:17Je vous parlais tout à l'heure des attaques contre les droits LGBT,
03:20contre les droits des femmes.
03:22Depuis des années, on a une Pride d'Istanbul qui a été interdite.
03:26Ça a été la plus grande Pride du monde musulman en 2015.
03:32Elle est interdite et tous les ans, les activistes LGBT tentent de maintenir cette Pride.
03:36Le 8 mars, ça a été interdit.
03:38Tous les ans, les féministes vont dans la rue.
03:40Elles s'activent, elles ouvrent des centres d'accueil pour les femmes victimes de violences.
03:44On a vraiment une société civile florissante.
03:46On pourrait parler des universitaires.
03:48On parlait tout à l'heure de Pinar Selek qui est une universitaire franco-turque.
03:53On a des Pinar Selek partout en Turquie qui font vivre une vie démocratique,
03:58une vie associative, une société vraiment florissante.
04:02Et aujourd'hui, pour cette société civile organisée,
04:05pour ces gens qui se battent dans la rue, il faut rappeler que le destin de la Turquie est en
04:10Europe.
04:11– C'est ça.
04:11Et ce qui semble se produire, un peu à l'heure actuelle,
04:13vous parliez de Pinar Selek, j'en parlais effectivement avec elle hier également,
04:17il semble, et on le voit en en parlant avec les communautés turques ici, etc., progressistes,
04:23il semble qu'il y a ce mouvement de manifestation qui s'est déclaré,
04:27et rappelons-le, de manière absolument spontanée,
04:28venant notamment du milieu étudiant, des jeunes, etc.,
04:32qui s'est amplifié à une vitesse absolument incroyable dans les trois premiers jours.
04:36Il y avait deux millions de personnes dans les rues, quoi.
04:39À Istanbul, c'est pas forcément la même chose dans l'ensemble du pays.
04:42Mais on a l'impression qu'il se passe quelque chose qui vient, comme vous le dites,
04:47du fond de la société turque, et pas simplement des habituelles alliances de partis, de groupes, etc.
04:54C'est quelque chose de nouveau, vous le ressentez comme ça ?
04:56Je ne sais pas si c'est quelque chose de nouveau, mais c'est quelque chose d'assez caractéristique de
05:00la société turque.
05:01Depuis, toujours, il y a eu des coups de butoir de régime autoritaire,
05:05et toujours, cette société, elle a su se lever, elle a su résister,
05:10malgré la pression des militaires, malgré, dans les années 80,
05:15ils ont connu aussi des régimes autoritaires.
05:17Et en fait, cette société civile, elle a toujours été là, elle a toujours été très combative.
05:22Et c'est l'une des caractéristiques de la société turque.
05:25Et ce qu'on voit aujourd'hui, vraiment, effectivement, c'est ce qu'on pourrait appeler une convergence des luttes
05:29entre les oppositions, les oppositions pro-curdes, les oppositions plutôt proches de Moustapha Kamal,
05:38les oppositions aussi, enfin, je parlais des mouvements LGBT, les mouvements féministes,
05:42les mouvements étudiants, les ONG qui sont aujourd'hui ciblées,
05:47les ONG des droits humains, les professions qui sont aussi ciblées,
05:52je pense aux barreaux des avocats qui subissent aussi les coups de butoir,
05:58les juristes, universitaires, etc.
05:59En fait, tout le monde subit aujourd'hui les assauts du pouvoir d'Erdogan.
06:04Et donc, on a vraiment cette convergence des luttes qui est assez impressionnante,
06:07enfin, c'est personne dans la rue, et c'est pour ça aussi qu'il était important d'avoir ce
06:11débat aujourd'hui,
06:12parce que vraiment, il faut tendre la main à la société civile turque.
06:16J'étais la semaine dernière à New York pour aller au comité sur les droits des femmes des Nations Unies,
06:22et j'ai rencontré des activistes féministes turques.
06:25Et ce qu'elles m'ont dit, c'est, nous avons besoin d'une Union européenne
06:28qui ait une parole forte sur la Turquie, et surtout qui ne nous abandonne pas.
06:31Fermer la porte aujourd'hui de l'Union européenne à la Turquie,
06:34c'est abandonner cette société civile.
06:36C'est abandonner cette société civile qui travaille depuis des années,
06:39et qui espère un jour un destin commun avec l'Union européenne.
06:42Et donc, je pense qu'il est vraiment important de ne jamais fermer cette porte et cette perspective.
06:47Alors, c'est vrai, on le disait tout à l'heure, l'Europe est molle, on va le dire comme
06:50ça,
06:50c'est pas beau le mot, pas beau, mais vis-à-vis de la Turquie,
06:53bien qu'effectivement les négociations d'adhésion soient interrompues maintenant depuis 2018,
06:58si je ne me trompe, mais en dehors de ça, c'est toujours un peu les pétitions de principe,
07:02des grandes phrases, retour de la démocratie, etc.
07:06Mais ça va guère plus loin. Est-ce que vous sentez aujourd'hui, au sein de l'Union européenne,
07:12quelque chose, et notamment de la Commission européenne,
07:15quelque chose qui aurait l'air de vouloir, on va en parler des mots très précautionneusement,
07:19être un peu plus dur, un peu plus marquant vis-à-vis d'Erdogan et du régime à l'heure
07:25actuelle au pouvoir ?
07:26Et j'allais dire, par ailleurs, c'est la seconde partie de ma question,
07:28qu'est-ce qui empêche finalement aujourd'hui qu'on soit un peu plus dur,
07:31dans une Union européenne qui, par ailleurs, se revendique défenseuse de la démocratie,
07:36des droits de l'homme, etc.
07:37– Vous savez, je pense que l'Union européenne est prisonnière de peur,
07:42de peur assez surréaliste, et notamment, il y a la question migratoire.
07:48En fait, l'un des enjeux dans notre relation à la Turquie aujourd'hui,
07:51c'est le financement qu'on apporte à la Turquie pour gérer les flux migratoires européens.
07:55– Le robinet à migrants, oui.
07:57– Et je pense qu'on est vraiment prisonniers, mais dans plein d'endroits du monde,
08:01que ce soit avec nos partenaires turcs, mais on pourrait parler de la Libye,
08:05on pourrait parler de la Tunisie.
08:06En fait, on a été dans des compromissions,
08:11nous sommes dans des compromissions avec nos valeurs,
08:13les valeurs fondamentales de l'Union européenne,
08:15pour une soi-disant vague migratoire.
08:19Et en fait, je pense qu'il faut qu'aujourd'hui, l'Europe se pose les bonnes questions.
08:22Quelle relation elle veut entretenir avec ses partenaires ?
08:25Et surtout, quand est-ce qu'elle dit « assez, c'est assez ».
08:29Et en fait, cette peur irrationnelle d'une vague migratoire supposée,
08:35elle nous fait perdre en fait la raison,
08:38et elle nous fait perdre ce besoin d'avoir une parole forte.
08:41Il y a aussi la question géopolitique, la place de la Turquie en ce moment dans la région,
08:47la place de la Turquie au sein de l'OTAN,
08:49et avec la menace russe.
08:53Et donc, il y a toutes ces questions à avoir en tête,
08:57mais l'Europe ne peut pas, sur l'autel de cette situation géopolitique,
09:03sur l'autel de cette question migratoire,
09:05en fait, aller contre ces valeurs fondamentales.
09:08Et à un moment, il faut vraiment qu'on se pose cette question,
09:11et on ne peut pas ici faire des résolutions
09:15pour appeler à la démocratie dans le monde,
09:17pour appeler au respect des droits humains partout,
09:19et ne pas avoir de relations extérieures qui vont dans ce sens.
09:24Et j'appelle vraiment l'Europe,
09:25et c'est parce que j'ai une grande opinion de ce que nous devons être dans le monde,
09:30et ce que doit être la place et le rôle de l'Union européenne,
09:34justement pour la société civile,
09:35justement pour les droits humains,
09:37pour les droits des femmes, pour les droits des minorités,
09:38que nous devons être fermes.
09:41Et j'ajouterais qu'il est compliqué, ensuite, au sein des États membres,
09:47quand on piétine ailleurs les droits humains,
09:52d'avoir une parole d'autant plus forte,
09:54quand certains États membres, sans citer personne,
09:57piétinent ensuite les droits de leurs citoyens et citoyennes.
10:01– Alors, d'autant que là, vous y viez allusion,
10:04on a un contexte turc, aussi bien d'ailleurs politique intérieure,
10:08que, évidemment, en politique extérieure, pour les raisons que vous indiquez,
10:11on a un contexte extrêmement complexe,
10:14avec des couches de problèmes qui se superposent,
10:17qui s'entrecroisent, etc.
10:18Rappelons au niveau de la répression,
10:19mais pour parler des événements récents,
10:20et pour parler des maires,
10:22dans la foulée de l'arrestation du maire d'Istanbul,
10:26que, depuis quelques semaines,
10:27on en est, je ne sais plus le compte exactement aujourd'hui,
10:30mais on a 15 ou 16 maires qui ont été démis de leur fonction en Turquie.
10:33– Depuis des années même.
10:34– Depuis des années, mais là, très récemment,
10:36on parle du maire de Vannes, par exemple, etc.
10:38Donc, on est dans une situation de répression
10:42de la fonction élective basique, locale, qui est énorme.
10:46Ça aussi, comment vous entendez réagir,
10:50les députés, sur cette question-là,
10:51qui est quand même une question de base ?
10:53Mettre un administrateur nommé par le gouvernement
10:56à la place du gars qui a été élu il y a quelques mois,
10:58c'est quand même une atteinte majeure
11:00et presque caricaturale, surréaliste, comme vous dites.
11:03– Depuis des années, on a donc des maires pro-kurdes
11:07qui, sous couvert de lois antiterroristes,
11:09sont démis de leur fonction,
11:10et ça s'est accéléré depuis plusieurs mois, effectivement.
11:13On a eu un débat ici, il y a quelques semaines,
11:18sur ces maires qui ont été remplacées,
11:20parce qu'aujourd'hui, effectivement,
11:22être élu en Turquie, ça ne vous donne pas le droit
11:25d'exercer ce pouvoir.
11:26– Non, pas pour longtemps.
11:28– La question centrale,
11:29donc on a eu une parole forte ici au Parlement,
11:32et effectivement, peut-être qu'il faudrait
11:34une parole plus forte, unitaire,
11:38de toute l'Union européenne,
11:41mais en fait, la question aussi qui va se poser,
11:43c'est qu'on voit qu'il y a ce processus de paix
11:46qui est établi avec le PKK.
11:49– Un tout début, oui.
11:50– Un tout début de processus, on va voir ce que ça va.
11:52– Mais parce qu'il y a une tentative aussi
11:55de diviser l'opposition aujourd'hui du pouvoir turc,
11:58c'est-à-dire qu'on a ce parti pro-kurde,
12:04et on voit que, par exemple,
12:06les accusations de terrorisme envers le maire d'Istanbul
12:10ont été écartées justement pour diviser l'opposition,
12:13en disant, en fait, il y a la corruption d'un côté
12:16et il y a, de l'autre côté, ces accusations de terrorisme
12:22en lien avec le PKK, etc.
12:23Donc, on va voir ce que ça va donner.
12:24Pour l'instant, l'opposition reste assez compacte,
12:30et ça, c'est plutôt une bonne chose.
12:32Je ne sais pas ce qui va se passer dans les prochaines semaines,
12:33mais ça va vraiment être cette question aussi,
12:36parce qu'effectivement, il faut que cette opposition
12:39reste absolument unie,
12:41parce que ça a commencé effectivement par le Dem-Partier,
12:44et maintenant, ça arrive jusqu'au parti du maire d'Istanbul.
12:48Pour l'instant, si on écoute ce que disent les responsables d'Edem,
12:51effectivement, du parti pro-kurde,
12:54ils sont assez d'accord pour maintenir une unité
12:57avec le CHP, le parti Kemaliste,
13:00dont fait partie le maire d'Istanbul,
13:03Ekremi Mamoğlu,
13:04ça a l'air de tenir pour l'instant,
13:06ce qui est effectivement aussi assez exceptionnel,
13:07ça, on peut le dire.
13:08C'est une nouveauté de la situation, tout de même.
13:11Il y a eu, au départ, quelques paroles malheureuses,
13:14notamment de membres du CHP,
13:15et je pense qu'ils ont compris,
13:17enfin, ils savent là qu'il y a absolument besoin
13:20de résister ensemble et d'être unis,
13:22d'être unis à la fois avec les personnes dans la rue,
13:26la société civile organisée,
13:27mais les simples manifestants,
13:28qui, aujourd'hui, en fait, ce qui se passe en Turquie,
13:31c'est un peuple à qui on ne peut pas faire croire
13:33qu'il y a une vraie affaire de corruption,
13:35de terrorisme, en fait,
13:37ça ne marche pas sur les Turcs.
13:38Et ils savent exactement ce qui se passe,
13:40et ils savent qu'aujourd'hui,
13:43si Erdogan réussit son coup,
13:45en fait, c'est la fin,
13:46c'est vraiment la fin
13:47de tout processus démocratique en Turquie.
13:51– Qui est lié, effectivement,
13:52comme vous le disiez aussi,
13:52au processus de paix,
13:54dont on a l'impression que Erdogan,
13:57on va le dire comme ça encore,
13:58il faut être très circonstancé,
13:59a tendu un peu la main en tous les cas,
14:01admis qu'il pouvait y avoir des négociations,
14:03d'où la déclaration d'Otchalan, etc.
14:05Otchalan a eu la visite,
14:07il me semble, hier d'ailleurs,
14:09de son neveu et de son frère,
14:11si je ne me trompe,
14:12donc on desserre aussi un peu
14:15la pression qu'il y avait
14:16sur la prison d'Imrali
14:17où est incarcérée Otchalan,
14:19mais on sait aussi que c'est le contraire,
14:21c'est-à-dire qu'à l'heure actuelle,
14:22dans le nord, dans le Rojava,
14:24dans la frontière,
14:25l'armée du re-continue à tirer sur les Turcs.
14:28C'est ça la situation,
14:29cette situation extrêmement complexe, bizarre,
14:30et aussi difficile à comprendre pour nous,
14:32il faut bien le dire.
14:33– Oui, c'est absolument complexe,
14:35il y a à la fois la situation des Kurdes en Syrie
14:37et la situation des Kurdes en Turquie.
14:41Ce qu'il faut comprendre aujourd'hui,
14:43c'est qu'on a un pouvoir
14:44qui sait qu'il doit diviser l'opposition
14:47et qui tente coûte que coûte de la diviser,
14:49ce qui ne fonctionne pas pour le moment.
14:51Et cette unité, en fait,
14:54ça va être aussi l'un des moteurs de la suite.
14:57– Oui, bien sûr.
14:58Et vous nous disiez, des représentants des sociétés civiles,
15:01qu'est-ce qu'ils demandent finalement aux Européens,
15:04à nous, à vous, qu'est-ce qu'ils disent ?
15:06Ils ont besoin de quoi ?
15:08– Ils ont besoin surtout en ce moment de fonds.
15:11C'est-à-dire que l'argent, c'est le nerf de la guerre
15:15et on sait qu'aujourd'hui,
15:16notamment avec l'arrivée de Trump au pouvoir,
15:18il y a eu des coupes massives au sein des ONG
15:22et on a des ONG qui, du jour au lendemain,
15:24ont vu leurs fonds disparaître totalement,
15:26ont vu aussi leurs salariés devoir être licenciés
15:29parce qu'il n'y a plus de fonds.
15:30Et en fait, aujourd'hui, il n'y a plus assez de fonds européens.
15:34Et aussi, ce qu'ils nous disent,
15:35c'est qu'ils ont l'impression que, justement,
15:37sur cet hôtel de la lutte contre les migrants,
15:41sur l'hôtel géopolitique de l'OTAN, etc.,
15:44ils ont eu moins de rapports avec l'Union européenne
15:48et que l'Union européenne s'est plus tournée
15:50vers le pouvoir en place.
15:53Et ça, je pense qu'il est urgent
15:54de créer les conditions vraiment d'une société civile florissante
15:59qui survit, en fait, à ses coups de butoir.
16:01Et il n'y a pas mille façons.
16:03Il y a cette question de l'argent.
16:05Aujourd'hui, l'Union européenne doit financer
16:06la société civile organisée qui maintient,
16:10malgré les répressions depuis des années,
16:14l'existence d'une vie démocratique.
16:17C'est l'une des sociétés civiles les plus florissantes
16:20que j'ai rencontrées, en fait.
16:21C'est une société incroyable qui,
16:24malgré des années de recul de l'État de droit,
16:27arrive à lutter, à se maintenir, à essayer de résister.
16:31Et donc, il faut maintenir cette résistance.
16:33Et il y a la création de partenariats
16:36avec des universitaires, avec des universités.
16:39Vraiment, créer les conditions d'un dialogue.
16:42Et ce qu'il me dit, surtout, c'est,
16:44s'il vous plaît, ne perdez pas la perspective
16:48d'une adhésion, un jour, de la Turquie.
16:50– Ça, ça existe aussi dans leur tête.
16:51– Oui, ça existe dans leur tête.
16:52Ils savent que les conditions ne sont pas réunies.
16:55Ils savent que les critères de Copenhague ne sont pas là, en fait.
16:59Il y a eu un recul sévère de l'État de droit, notamment.
17:04Mais ce qu'ils nous disent, c'est qu'en fait,
17:06cette perspective européenne a permis d'avancer un moment.
17:10Et surtout, là, ça leur permettrait, en fait,
17:14d'avoir cette perspective, de faire pression sur le gouvernement,
17:18en disant qu'il faut respecter des critères sur l'État de droit,
17:20sur la justice, sur la démocratie.
17:23Et vraiment, ils nous disent que l'Union européenne
17:26ne doit pas les abandonner.
17:28– Merci, Mélissa Kamara.
17:30Merci beaucoup de cette venue sur le plateau de l'Humanité.
17:32On continuera à suivre ça avec vous.
17:34– Merci à vous.
17:35– Vous êtes en plein dans la question.
17:37– Et je serai le mois prochain à Istanbul
17:39pour l'énième procès de Pinar Selec.
17:41– Ah ben oui, bien sûr.
17:43Elle n'y sera pas, mais vous, vous y serez.
17:45Merci, on en reparlera.
17:46Merci infiniment.
17:47Et puis à très bientôt.
17:49– Merci.
17:49– Et merci à vous qui nous avez suivis.
17:51Au revoir, à bientôt.
17:51Merci.
17:52– Merci.

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