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  • il y a 15 minutes
Regardez le décryptage de Amy Green, politologue spécialiste des États-Unis, enseignante à Sciences-Po et dans les universités de Boston et de Californie, Éric Fassin, professeur émérite de sociologie et d'études de genre à l'université Paris 8, et Arnaud Tousch, correspondant de RTL aux États-Unis.

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Transcription
00:0118h, 20h, RTL Soir, avec Anne-Sophie Lapix.
00:08Cette jeune femme a déjà subi quelque chose d'atroce.
00:11Et ensuite, à chaque étape, elle a été lâchée par des gens ou par des institutions.
00:15Aucun responsable public n'a le droit de fermer les yeux.
00:18En tant que gouverneur, je ne laisserai personne étouffer cette affaire.
00:23Gouverneur de l'état de New York aux Etats-Unis, c'était vendredi dernier.
00:27C'est l'histoire glaçante d'un viol collectif sur un campus, une université américaine.
00:32Cela s'est passé il y a deux ans, à Cornell, dans la prestigieuse université de Cornell.
00:41Sept hommes sont suspectés d'avoir abusé d'une étudiante de 20 ans et n'ont pas été poursuivis.
00:47La victime avait pourtant porté plainte.
00:49Deux ans plus tard, la révélation de cette affaire provoque un tollé, une révolte et un mouvement
00:53qui prend une ampleur inédite sur les réseaux sociaux.
00:56L'affaire Cornell est-elle le nouveau MeToo ?
01:00On vous répond dans la preuve par trois.
01:02Bonsoir Arnaud Touche.
01:04Bonsoir.
01:04Vous êtes notre correspondant aux Etats-Unis.
01:06Que s'est-il passé en octobre 2024 dans cette université de Cornell qui se trouve dans l'état de
01:11New York ?
01:12Dans la nuit du 19 au 20, une étudiante de 20 ans se rend dans la maison de la fraternité.
01:17La jeune femme affirme avoir consommé beaucoup d'alcool mais aussi de la drogue.
01:20Dans une chambre, elle aurait d'abord eu des rapports sexuels consentis avec un étudiant.
01:24Mais ensuite, d'autres hommes seraient entrés dans la chambre.
01:27Ce qui choque également dans le dossier, c'est un message envoyé à 1h42 du matin sur le groupe Snapchat
01:32de la fraternité qui comptait 57 membres.
01:35L'un des étudiants indique qu'une femme se trouve à l'étage et laisse entendre qu'elle est disponible
01:39pour des rapports sexuels.
01:40Selon la plainte, plusieurs hommes rejoignent ensuite la chambre et participent aux agressions qui se poursuivent jusqu'au petit matin.
01:47Mais la victime a porté plainte, il y a bien eu une enquête.
01:50Alors oui, environ trois semaines après les faits, la jeune femme signale ce qui s'est passé à la police
01:54de l'université Cornell.
01:55Elle est ensuite entendue pendant deux jours et dans ses auditions, elle est très claire.
02:00Elle affirme être certaine à 100% d'avoir été violée.
02:03La police de l'université transmet alors des éléments du dossier au procureur du comté.
02:07Mais il y a alors un problème. Le procureur affirme ne jamais avoir reçu les transcriptions intégrales des auditions.
02:13Et avec les éléments dont il disposait, le procureur décide de ne pas engager de poursuite pénale
02:18car il estime ne pas avoir suffisamment de preuves pour poursuivre.
02:22De son côté, l'université mène sa propre enquête disciplinaire.
02:25Deux étudiants sont définitivement expulsés, deux autres sont suspendus.
02:29Pourquoi cette affaire est ressortie deux ans plus tard ?
02:32Parce que la jeune femme décide de saisir la justice au civil.
02:35Ça c'était le 16 septembre dernier.
02:36Elle dépose une plainte contre les sept anciens membres de la Fraternité mais aussi contre Cornel.
02:41Cette plainte contient 101 pages dans lesquelles elle raconte en détail cette nuit de 2024.
02:46Elle accuse notamment l'université Cornel de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour la protéger
02:51et ne pas avoir réagi de manière appropriée.
02:53Les médias nationaux s'emparent alors de l'affaire.
02:56Et l'université Cornel est désormais sous pression.
02:59Des milliers d'étudiants se mobilisent sur le campus pour dénoncer la gestion de cette affaire
03:03et réclament la démission des responsables.
03:05Une enquête indépendante sur la gestion de l'affaire vient d'être annoncée par l'université.
03:09Sur les réseaux sociaux, la colère se propage dans tout le pays.
03:12Un hashtag est devenu viral.
03:14I am Jane Doe, je suis Jane Doe.
03:16C'est le pseudonyme utilisé pour protéger l'identité de la jeune femme.
03:20Et les mouvements de soutien s'étendent à d'autres campus aux Etats-Unis.
03:23En soutien à la victime.
03:25Merci Arnaud Touche.
03:26Alors on va essayer de comprendre ce qu'il se passe dans les universités américaines
03:29avec Amy Green, politologue et spécialiste des Etats-Unis,
03:33enseignante à Sciences Po et dans les universités de Boston et de Californie.
03:37Bonsoir Amy Green.
03:38Bonsoir.
03:39Vous êtes également l'auteur de cet essai de la virilité en Amérique aux éditions Thalendien,
03:44un essai qui sort aujourd'hui.
03:46Y a-t-il un problème de violence sexuelle et de sexisme dans les universités américaines ?
03:51Alors, les universités américaines ne sont pas du tout épargnées des phénomènes
03:55de la société dans sa généralité, dans sa globalité.
03:58Donc oui, évidemment, il y a des problèmes récurrents de violence sexuelle et sexuelle
04:03qui s'expriment dans les universités aux Etats-Unis, mais aussi ailleurs d'ailleurs,
04:07avec l'université qui se positionne dans une sorte d'espace tierce,
04:13parce que démunée des mêmes pouvoirs de la justice,
04:17mais en même temps dans l'obligation de protéger justement sa communauté étudiante.
04:20Donc c'est vrai qu'on va voir la difficulté institutionnelle
04:24dans lesquelles se trouvent certaines universités,
04:27mais effectivement, on voit dans cette affaire la grande présence,
04:32omniprésence de ce genre de violence pour les jeunes femmes dans les universités,
04:35mais pas uniquement, bien entendu.
04:37Mais que sont les fraternités qui sont mises en cause dans l'affaire Cornell ?
04:41On a l'impression que les membres de ces fraternités sont souvent intouchables.
04:46Oui, alors il s'agit d'une communauté effectivement fraternale,
04:50et ça existe également pour les femmes des sororités aux Etats-Unis,
04:54mais ce sont des clubs privés où d'autres étudiants doivent inviter leurs camarades
05:02justement d'y rejoindre, mais pour y entrer.
05:04Il y a très souvent des traditions de bizoutage, du très grand alcoolisme,
05:08d'abus sexuels aussi qui peuvent se trouver dans ces processus de bizoutage.
05:12Et puis en général, pour des universités qui disposent des grandes maisons,
05:17des résidences étudiantes, c'est souvent des jeunes hommes qui habitent ensemble
05:21dans des maisons où ils étudient, évidemment ils vivent,
05:25et ils accueillent des fêtes.
05:27Et effectivement, ce sont des fêtes qui sont très connotées,
05:29effectivement pour la présence et l'abus d'alcool,
05:32et effectivement aussi la présence et l'abus de jeunes camarades.
05:36Alors cette affaire suscite une grande colère, une grande mobilisation.
05:40Est-ce qu'elle pourrait faire changer les règlements des universités, voire la loi ?
05:45Alors la loi, c'est tout à fait autre chose.
05:47Donc effectivement, la première question qui se pose, c'est en effet des universités.
05:51Ce n'est pas nouveau que les étudiants et les étudiantes dénoncent des violences sexistes
05:56dans les universités, voire pire que les violences type harcèlement,
06:00mais évidemment il y a des agressions les pires.
06:02La question c'est comment est-ce que l'université réussit à créer la culture plus générale
06:07qui protège l'ensemble des étudiants et qui sait saisir de ces situations
06:12dès lors qu'elles se présentent ?
06:14Et puis quel est le processus pour à la fois protéger la victime ou les victimes,
06:18mais aussi l'ensemble de la communauté étudiante,
06:21avec une sorte de justice qui n'est pas avec les mêmes outils,
06:25qui n'est pas munie des mêmes armes que la justice classique ?
06:29Et donc effectivement, on voit là que les universités prennent connaissance encore plus
06:35du poison que peuvent représenter certaines fraternités.
06:38Évidemment, tous ces clubs ne sont pas identiques,
06:41ils ne sont pas non plus corrosifs ou toxiques,
06:43mais en tout cas c'est vrai que les universités là,
06:45quand elles se rencontrent des situations très compliquées,
06:50extrêmement violentes, avec autant d'émotions en étudiant,
06:52qui est tout à fait justifiée bien entendu,
06:54ça ne peut faire que de mettre la pression institutionnelle
06:57pour que les choses changent.
06:58Merci beaucoup Amy Green.
07:00L'impact de cette affaire va bien au-delà des universités américaines,
07:03la colère s'est emparée des réseaux sociaux.
07:05Avec nous Eric Fassin, professeur émérite de sociologie et d'études de genre
07:09à l'université Paris 8.
07:10Bonsoir Eric Fassin.
07:12Bonsoir.
07:13Pourquoi on parle de nouveau MeToo avec cette affaire de Cornell ?
07:16L'impact est comparable ?
07:19On ne sait pas encore, mais ce qu'on sait,
07:22c'est d'une part qu'il y a quelque chose qui n'est pas nouveau du tout.
07:27Dans les années 80, on a commencé à parler de Dave,
07:30c'est-à-dire du viol, quelqu'un qui connaît absolument avec qui on a rendez-vous.
07:34Et à ce moment-là, il y avait déjà les mêmes éléments.
07:36Il y avait l'alcool, il y avait la drogue, il y avait la fraternité.
07:39Mais il y a un autre élément, c'est qu'à cette époque-là,
07:42on a commencé à parler de quelque chose qu'on a commentisé en l'air du viol.
07:49Du viol, ça veut dire que c'est pas que les garçons peuvent être en quelque sens habitués
07:55à considérer qu'il est normal de traiter des objets,
07:58mais c'est aussi que les institutions jouent un rôle dans cette affaire.
08:01C'est ce qu'on voit ici avec Cornel,
08:03c'est-à-dire que la police du campus a transmis 6 pages de résumé
08:06sur les 120 pages du document qui avait été initial auprès du campus.
08:13Et ça, ça a été transmis au procureur, donc il n'y a pas eu de poursuite.
08:16Ça veut dire quoi ?
08:16Ça veut dire qu'au fond, l'institution ne comprend pas.
08:19Les garçons qui ont commis ces crimes,
08:23on leur a fait rédiger un essai pour réfléchir sur ce qu'ils avaient fait.
08:27Mais cette jeune femme, elle a quitté l'université à la suite de ça.
08:32Donc en fait, on voit que la culture du viol,
08:35c'est quelque chose qui a été repensé à la lumière de MeToo.
08:37Et ça, c'est assez frappant.
08:39C'est-à-dire que par exemple, on pourrait parler de soumission chimique,
08:42une expression qui n'existait pas à l'époque.
08:45On commence à comprendre mieux qu'il y a un vocabulaire pour penser,
08:49par exemple, le traumisme qui fait qu'une femme qui a subi ce qu'a subi de femme Géo,
08:57Merci.
08:57Je suis obligée de vous interrompre, Éric Fassin,
08:59parce qu'en fait, la liaison est très très mauvaise.
09:02On n'entend qu'un mot sur deux.
09:03Je suis vraiment désolée.
09:05Merci en tout cas d'être intervenu.
09:07On a entendu quelques réponses malgré tout dans cette conversation.
09:11Merci à vous tous.
09:12C'était la preuve par trois.
09:13Sous-titrage Société Radio-Canada
09:15Merci.

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