Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 minutes
Tous les jours, actualité, débats et bonne humeur rythment L'Heure des pros. Ce vendredi, Pascal Praud reçoit Arnaud de Bertier à l'occasion de la sortie de son livre "Un prof venu d'ailleurs".

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Arnaud de Berthier est avec nous et justement ça fait la transition avec ce qu'on vient de voir, un
00:03prof venu d'ailleurs.
00:04Ce livre raconte ma tentative pour réaliser un pont, écrivez-vous, du monde des dirigeants des grandes entreprises
00:09à celui des élèves de l'éducation prioritaire de mon bureau sur les Champs-Elysées au collège d'une cité
00:13de banlieue.
00:14Après 30 ans passé à conseiller des dirigeants du CAC 40, j'ai décidé d'exercer le plus beau métier
00:21du monde.
00:21Je le disais tout à l'heure, vous êtes polytechnicien et vous écrivez également, j'ai eu la chance d
00:26'être très bien rémunéré dans mon métier précédent.
00:28J'ai donc la liberté d'interrompre ma carrière et d'aller gagner le salaire d'un professeur contractuel,
00:33c'est-à-dire nettement moins que la rémunération d'une assistante dans mon ancienne entreprise.
00:38Mais au-delà de ces aspects rationnels, ce qui m'a vraiment poussé est simplement le désir, une envie très
00:44forte
00:44de travailler dans la banlieue, au milieu des élèves et des profs.
00:47Comme je vous comprends, et ça va peut-être vous surprendre, mais je suis sûr que tous les journalistes aimeraient
00:52faire ça,
00:53être en immersion pendant un an pour essayer de comprendre.
00:56Qu'est-ce que vous avez compris ?
00:59Alors, j'ai compris beaucoup de choses auxquelles je m'attendais un peu,
01:04parce qu'on a tous vu les films, les reportages, etc.
01:08Mais se plonger dedans, ce n'est pas pareil.
01:13Je pense qu'il y a des mythes que j'ai envie tout de suite de contredire.
01:21Je vais vous en prendre deux.
01:23Le mythe qu'il n'y a plus d'autorité, que c'est n'importe quoi,
01:26que les élèves ne se lèvent plus quand les profs entrent et tout ça.
01:29Ce n'est pas vrai, ce n'est pas vrai.
01:31Dans l'école publique, j'étais en collège public en éducation prioritaire.
01:35Vous étiez où ?
01:36J'étais à Massy, dans l'Essonne.
01:39Massy, comme beaucoup de villes de la région parisienne, il y a des quartiers chouettes,
01:43il y a des quartiers plus difficiles.
01:45Moi, j'étais dans le quartier plus populaire de Massy.
01:49Donc, les élèves sont debout quand les profs entrent dans la pièce.
01:53Après, il faut que le silence s'installe, les installer, etc.
01:58Deuxième mythe, les téléphones portables sont partout, etc.
02:02Au collège, le téléphone portable, il est éteint au fond du sac.
02:07Vous y étiez quand ?
02:09J'y étais 5 ans, entre 2019 et à partir de 2019.
02:17Donc, j'y étais vraiment très récemment.
02:20Alors, par contre, il y a toutes les difficultés.
02:23Je vous en cite quelques-unes.
02:25Une première, c'est l'extrême hétérogénéité des niveaux dans la même classe.
02:28Donc, vous vous adressez à une classe de quatrième,
02:31vous avez des enfants qui sont au niveau de ce que vous enseignez
02:36et d'autres qui sont 4 ans, 5 ans en retard.
02:40Donc, avec certains, vous pouvez discuter du théorème de Pythagore.
02:43D'autres ne savent pas que 10 divisé par 4, ça fait 2,5.
02:46Ils n'ont pas du tout...
02:47Vous étiez prof de maths.
02:48Prof de maths, oui.
02:51Et donc, vous jonglez, vous essayez de faire la classe pour tout le monde
02:54et c'est hyper difficile.
02:56Donc, il faudrait des classes de niveau.
02:58C'est la conclusion que vous avez...
03:00Donc, moi, dans mon livre, je plaide pour des classes de niveau
03:05et il y a deux arguments forts qui sont contre.
03:11Le premier argument, c'est que les élèves plus forts tirent vers le haut
03:14les élèves plus faibles.
03:15Et donc, si vous faites des classes de niveau, vous cassez ce phénomène-là.
03:21Et le deuxième argument, c'est que ça serait stigmatisant pour les élèves les plus faibles.
03:28Alors, moi, je crois que quand vous avez une telle différence de niveau,
03:33ils ne tirent plus vers le haut.
03:34C'est-à-dire que les plus faibles, ils regardent les autres,
03:36ils ne savent même pas de quoi ils parlent.
03:37Donc, je pense qu'il faut une certaine différence de niveau,
03:40mais pas des années-lumière, sinon ça ne sert à rien.
03:43Et sur la stigmatisation, deux choses.
03:46La première, moi, mes élèves les plus faibles,
03:49forcément, ils avaient deux ou trois de moyenne toute l'année.
03:53Entre parenthèses, les plus forts, ils avaient 18,
03:56alors qu'en fait, ils n'étaient pas à 18.
03:58Ils auraient dû être à 14.
04:01Et donc, je trouve ça extrêmement stigmatisant.
04:02Pourquoi vous leur donniez 18, alors ?
04:03Pourquoi vous leur donniez 18 s'ils étaient à 14 ?
04:06Vous donnez 18, parce que vous allez à une certaine vitesse,
04:10et donc, ils ont tout compris ce que vous faisiez.
04:12Donc, vous ne pouvez pas les pénaliser.
04:15Mais si vous aviez une classe de niveau,
04:16vous auriez beaucoup plus loin et beaucoup plus d'ici.
04:18Je comprends.
04:20Deuxième, donc, mes élèves les plus faibles,
04:23ils sont extrêmement stigmatisés.
04:24Ils ont deux ou trois toute l'année, c'est totalement décourageant.
04:27Deuxième argument, mes élèves, ils sont assez bons en sport,
04:31et ils font beaucoup de sport.
04:33Moi, j'ai fait du foot, vous arrivez dans un club de foot,
04:35qu'est-ce qu'on fait ?
04:36On vous regarde jouer 10 minutes,
04:37et on vous dit, très bien, tu joueras en équipe 3,
04:40tu vas jouer avec des gens de ton niveau,
04:41et puis, si ça marche, peut-être l'année prochaine,
04:43tu seras en équipe 2.
04:45Donc, je trouve que c'est absolument naturel,
04:47dans le reste de la société,
04:50d'étudier, d'apprendre selon son niveau.
04:52Pourquoi est-ce qu'on ne le fait pas à l'école ?
04:54Mais parce que l'idéologie a tout mangé,
04:56et le pédagogisme et l'idéologie,
04:58et on le sait.
04:59Alors, il y a 50 ans d'éducation nationale
05:02qui a infiltré avec le pédagogisme et l'idéologie.
05:08Ce que vous dites est tellement évident.
05:09Et c'est ce qui se passait jadis,
05:11les classes de niveau.
05:13Et je pense, Pascal,
05:15que si on parle 2 minutes des chefs d'établissement,
05:19si vous êtes d'accord,
05:20parce que j'en parle pas mal dans mon bouquin,
05:22je pense que la première réforme la plus importante à faire,
05:25c'est leur redonner le pouvoir.
05:26Je vous prends un exemple.
05:27Moi, dans l'établissement où on était,
05:29on a pas mal discuté avec le chef d'établissement,
05:31on a décidé de faire pas mal de choses
05:33pour promouvoir l'excellence.
05:35Et bien, dans cet établissement,
05:36le chef d'établissement mettait au mur
05:38tous les élèves qui avaient eu des bonnes mentions, etc.
05:41On avait une cérémonie où le maire venait, etc.
05:45Donc, on donne de la liberté au chef d'établissement.
05:48Il fait des trucs qui marchent dans son établissement.
05:50Prenez cette histoire de classe de niveau.
05:52Peut-être qu'il y a des chefs d'établissement
05:53qui vont dire, non, mais chez moi, ça peut pas marcher.
05:55Ça marchera pas.
05:56Mais très bien qu'ils le fassent pas.
05:57Laissons les gens...
05:59Aujourd'hui, c'est possible dans le cadre
06:00de l'éducation nationale, aujourd'hui,
06:02de laisser à des chefs d'établissement,
06:04par exemple, mettre en oeuvre des classes de niveau.
06:06Ils ont le droit ?
06:06Alors, ça, non.
06:09Choisir ses profs, non.
06:11Afficher les bons élèves sur les murs, oui.
06:13Donc, il y a un gradient, si vous voulez.
06:15Il y a plus de pouvoir.
06:17Plus génie.
06:17Oui.
06:18On a un vrai problème aujourd'hui,
06:19c'est aussi le niveau des professeurs.
06:21Vous êtes politique nicien,
06:22vous avez décidé de devenir professeur de maths.
06:24Aujourd'hui, par exemple,
06:24on sait qu'on a énormément de mal
06:26à recruter des professeurs de maths
06:27parce que, tout simplement,
06:28les gens qui sont bons en sciences,
06:29ils vont pas devenir professeurs.
06:30Ils vont aller faire de l'économie,
06:31travailler dans l'intelligence artificielle.
06:33Comment on fait pour résoudre ce problème
06:34pour avoir des bons profs ?
06:35Parce que c'est ça aussi
06:37une des faillites de l'éducation nationale.
06:40qui n'ont même pas le niveau
06:41d'enseigner les maths au collège.
06:42Arnaud Debertier,
06:43qui a écrit un prof venu d'ailleurs,
06:46il est avec nous ce matin,
06:46on est sur Europe 1,
06:47on est sur CNews,
06:48c'est édité chez Fayard,
06:50et il nous répond.
06:53Je me souviens d'un colloque
06:54où j'avais entendu
06:55un haut fonctionnaire singapourien.
06:57Alors, Singapour, c'est petit,
06:58c'est en Asie, etc.
06:59Mais il disait un truc intéressant.
07:01Donc, lui, il avait accompagné
07:02le système scolaire de Singapour
07:04de l'analphabétisme
07:05jusqu'à être un des meilleurs du monde.
07:07Il disait,
07:08on a fait le tour du monde
07:08pour comprendre ce qui marchait.
07:10On a été en Finlande,
07:10on a été en Nouvelle-Zélande, etc.
07:13Et on s'est aperçu qu'en fait,
07:15toutes ces réformes
07:16que les gens faisaient,
07:17ça n'avait pas d'impact.
07:18La réforme des rythmes scolaires,
07:20la réforme des programmes, etc.
07:21La seule chose qui compte,
07:23c'est la qualité des profs.
07:24Et donc, il disait,
07:25nous, depuis 30 ans,
07:26on ne travaille que sur une chose,
07:28sur la qualité des profs.
07:29Le recrutement,
07:30la rémunération,
07:32la formation, etc.
07:34Donc, moi,
07:35j'ai vu des profs formidables,
07:37plein de bonnes volontés,
07:38très bons, etc.
07:39Et plutôt âgés, non ?
07:40Non, les deux.
07:43Moi, j'étais en éducation prioritaire
07:44avec beaucoup de profs jeunes.
07:47Et j'ai vu des profs
07:49qui étaient aussi malheureux.
07:51J'entends bien,
07:52mais on va prendre le cas
07:52d'Eugénie Bastier.
07:54Eugénie, elle sera
07:54une merveilleuse professeure
07:56de français.
07:56Elle pourrait l'être.
07:57Je n'ai pas beaucoup de patience.
07:58Oui, mais...
07:59Non, mais c'est...
08:01Mais quand il a fallu choisir,
08:04combien...
08:04Quel était votre salaire
08:05quand vous étiez prof de maths ?
08:07Je ne sais plus où j'étais ça.
08:09J'étais prof contractuel,
08:10donc je n'étais pas beaucoup
08:11au-dessus du SMIC.
08:12Bon.
08:12J'étais la dernière...
08:13Donc, forcément,
08:14quand Eugénie,
08:14qu'elle a la qualité qu'elle a,
08:16l'intelligence qu'elle a,
08:17la culture qu'elle a,
08:18forcément,
08:19si vous lui proposez
08:21une place de journaliste
08:22au Figaro,
08:23une possibilité
08:24d'écrire des livres,
08:25une possibilité
08:26d'être médiatisée
08:27et d'avoir
08:28un certain revenu
08:30et qu'en face,
08:31vous n'êtes pas capable
08:32de lui dire
08:33« Tu vas gagner
08:34dans l'éducation nationale
08:36un très bon salaire
08:37parce que tu es excellente
08:39et parce qu'on a besoin
08:40de toi
08:41et de gens comme toi »,
08:42elle choisit
08:43une autre carrière.
08:44Il y a aussi le prestige.
08:45Et peut-être que ça aurait pu
08:46l'intéresser
08:47d'être prof de français.
08:48C'est les deux.
08:48C'est vrai dans tous les domaines.
08:50C'est les deux.
08:50C'est-à-dire ?
08:51C'est vrai dans la justice,
08:53c'est vrai dans la politique,
08:54Le point indice des profs
08:56a été gelé pendant 30 ans.
08:57Je veux dire,
08:58mon beau-père
08:58est professeur d'économie
09:00pendant 30 ans
09:00sur salaire d'appel
09:01et ça n'aide pas
09:02pour recruter.
09:04Arnaud Deberquet,
09:04et votre livre est passionnant
09:05et votre témoignage éclairant.
09:07Ah oui.
09:09Ce haut fonctionnaire
09:10de Singapour
09:11me disait,
09:11je n'ai pas vérifié le fait,
09:13que l'attractivité
09:14du métier de prof
09:15à Singapour
09:15était passée
09:16de 95e du pays
09:18dans le top 10
09:20au bout de 30 ans.
09:21Parce que,
09:21vous avez raison,
09:22c'est de la rémunération,
09:23c'est de la reconnaissance.
09:25La reconnaissance.
09:25La violence,
09:26vous en parlez,
09:26au-delà du volume sonore,
09:27c'est aussi le contenu
09:28de ces réprimandes
09:29qui m'a heurté.
09:30Bien entendu,
09:30ces adolescents
09:31peuvent être très insolents
09:32et exaspérants,
09:33mais se montrer très agressifs,
09:34menaçants ou méprisants
09:35envers eux
09:36n'est pas acceptable.
09:37Je me suis souvent demandé
09:38si nous n'avions pas
09:39d'une certaine manière
09:39remplacé les châtiments
09:40corporels
09:41par de la violence verbale.
09:46Moi,
09:47j'ai travaillé dans le monde
09:47des grandes entreprises.
09:49On peut se dire
09:50des trucs durs,
09:51mais en général,
09:53c'est dit avec les formes,
09:54c'est poli,
09:55il n'y a pas trop
09:55d'éclats de voix,
09:56ça peut arriver,
09:57mais pas trop.
09:59J'ai été frappé,
10:00effectivement,
10:00au collège
10:01par le niveau sonore.
10:02Il m'est arrivé,
10:03moi aussi,
10:03de crier,
10:04je n'étais pas fier,
10:05c'était un vrai échec
10:06quand vous finissez
10:06par crier sur votre classe.
10:10Mais voilà,
10:11moi,
10:11j'ai essayé
10:12de leur montrer
10:12l'image
10:13d'un adulte bienveillant
10:14à l'écoute
10:15qui ne punit pas.
10:17Oui,
10:18parce que vous dites
10:18les punitions,
10:19ça ne sert à rien.
10:20Vous dites ça d'ailleurs,
10:21vous dites
10:21des punitions contre-productives.
10:23Une étude menée en 2018
10:24par le chercheur
10:24Éric de Barbieux
10:25montre que le nombre
10:27de punitions par élève
10:27en France
10:28est plus élevé
10:28qu'en Allemagne
10:29et qu'elles sont
10:29globalement contre-productives.
10:31Ainsi,
10:31par exemple,
10:32chez certains garçons,
10:33l'accumulation
10:34des punitions
10:34renforce la réputation
10:35de Caïd,
10:36l'époussant donc
10:37à plus de transgressions.
10:38Oui,
10:39je suis un vrai mec,
10:40je suis vachement puni,
10:41je suis un vrai mec.
10:44Après,
10:45le niveau sonore
10:46et la violence verbale,
10:47est-ce que ce n'est pas dû
10:48justement
10:49au rétrécissement
10:50du vocabulaire
10:51des élèves ?
10:53Alors,
10:54il y a un énorme sujet
10:56sur le langage,
10:58j'en parle pas mal,
10:59d'ailleurs,
10:59je fais une petite parenthèse,
11:01très souvent,
11:02les problèmes
11:02que j'ai trouvés
11:03en maths,
11:04en fait,
11:04c'est des problèmes
11:05de difficulté
11:06de compréhension
11:06de l'énoncé.
11:07Donc,
11:08en fait,
11:08c'était un problème
11:11de mots,
11:11un problème de langage,
11:13un problème d'articulation,
11:14de compréhension
11:15de l'articulation
11:15de la phrase.
11:19Donc,
11:20classe de niveau,
11:20pour résumer,
11:21il faudrait donc des classes de niveau
11:22et ça,
11:22ça me paraît...
11:23Bon,
11:23est-ce que vous pensez
11:24qu'il faut un examen de passage
11:26et tant que l'élève
11:28n'a pas réussi
11:29cet examen de passage,
11:30ben,
11:30il passe pas,
11:31si j'ose dire,
11:31c'est-à-dire qu'entre
11:32le CM2 et le 6e,
11:34entre le 3e et la 2e,
11:35et évidemment,
11:36avec un bac,
11:37un vrai examen de passage.
11:39Alors,
11:39Pascal,
11:40je vous ai déjà souvent entendu,
11:41enfin,
11:41plusieurs fois entendu dire ça,
11:43je suis pas sûr
11:44qu'à notre époque,
11:45parce qu'on doit être
11:46un peu contemporain,
11:47d'avoir des redoublants
11:48qui avaient deux ans,
11:49trois ans de plus
11:50que les autres,
11:51qui étaient toujours en échec
11:52au fond de la classe,
11:53était une solution
11:54très satisfaisante non plus.
11:55Moi,
11:56ce que je crois,
11:56si vous voulez,
11:57c'est que des classes de niveau,
11:58ça vous permet d'emmener
12:00des enfants
12:02vers un certain objectif
12:04qui est différent
12:05pour les uns
12:05et pour les autres.
12:07Donc,
12:07des élèves de 6e
12:08qui ont un niveau
12:09extrêmement faible,
12:11je les mets dans une classe
12:12de niveau adaptée,
12:13peut-être que je les dirige
12:14plus vers le lycée pro,
12:16sauf s'il y en a qui émergent,
12:17à ce moment-là,
12:18bien sûr,
12:18je les fais aller
12:19dans d'autres classes.
12:20Mais vous voyez,
12:21plus qu'un système
12:21de redoublement
12:22qui,
12:23à mon avis,
12:23n'était pas non plus
12:24très satisfaisant
12:25à notre époque,
12:26je préférais des itinéraires.
12:28Est-ce que vous pensez
12:29que c'est possible,
12:29au-delà de ces théories
12:32et de cette analyse,
12:33est-ce que vous pensez
12:33que c'est vraiment possible
12:34ou est-ce que c'est le mammouth
12:35et que c'est impossible ?
12:36Ce que je disais tout à l'heure,
12:38Pascal,
12:38si vous donnez l'autorité
12:39au chef d'établissement,
12:40ça ne coûte rien.
12:42D'accord.
12:43Et là,
12:43c'est le chef d'établissement.
12:44Alors,
12:45vous parlez du racisme aussi.
12:45Un parent d'élève
12:46se plaint au principal
12:47qu'une professeure est raciste
12:48parce qu'elle semble
12:49s'acharner sur son enfant.
12:50Le principal lui-même
12:51de couleur,
12:51lui rétorque,
12:52je connais bien la situation
12:53et je suis complètement d'accord
12:54avec la professeure,
12:55je suis donc raciste moi aussi,
12:56réplique du parent,
12:57non,
12:57vous ne pouvez pas être raciste,
12:59vous.
13:01Scène de la vie quotidienne,
13:02c'est vu,
13:03c'est chose vue de Victor Hugo.
13:05Oui,
13:05scène de la vie quotidienne,
13:06bien sûr,
13:07mais vous savez,
13:09ce collège
13:10en région parisienne,
13:11c'est un mélange
13:12de toutes origines
13:15qui est en fait,
13:16qui fonctionne pas mal.
13:17Donc en fait,
13:18la tolérance,
13:19elle s'apprend pas mal
13:20aussi dans ces établissements-là.
13:23Alors j'ai arrêté
13:24parce que j'avais
13:25plusieurs autres projets
13:27et quand vous êtes prof,
13:28vous avez un peu de temps
13:29pendant les vacances,
13:30etc.
13:30Mais par contre,
13:31c'est hyper rigide.
13:32Donc les 4 heures de cours
13:33du mardi matin,
13:34vous ne pouvez pas les...
13:35Par rapport au travail
13:37que vous faisiez avant,
13:37vous travaillez plus ou moins ?
13:39Alors,
13:41je ne sais pas
13:42si la question se pose
13:43comme ça,
13:45Pascal,
13:45mais...
13:46Pourquoi je les pose comme ça
13:46la plus simple du monde ?
13:48Est-ce que vous aviez
13:49deux mois de vacances,
13:49etc.
13:50Et c'est parce que
13:51c'est un peu un sujet tabou
13:51parfois.
13:52Est-ce que vous trouvez
13:52que vous travaillez
13:53plus ou moins ?
13:54Je pense que je faisais...
13:56J'ai exercé des muscles
13:57très différents.
13:59Donc...
13:59Mais c'est dur.
14:01Je dépensais énormément
14:01d'énergie.
14:02Je suis d'accord avec vous.
14:03C'est ce qu'il y a
14:03de plus dur de parler
14:04pendant 4 heures.
14:05Et à 55 ans,
14:06changer complètement
14:08de sport,
14:08si je peux appeler ça
14:09des sports,
14:11ça ne manquait pas énergie.
14:11Et avec les autres,
14:12vous voyez comment ?
14:13Parce que vous étiez
14:14d'un milieu,
14:16pour dire les choses
14:18puisque vous veniez
14:18du CAC 40,
14:19d'un milieu en plus
14:21de la finance,
14:22de l'entreprise
14:22qui n'est pas toujours
14:23peut-être bien perçu
14:24dans l'éducation nationale.
14:26Comment ça s'est passé ?
14:26Est-ce que vous êtes
14:27allé dîner chez eux ?
14:28Est-ce que vous vous êtes
14:29fait des amis ?
14:30Est-ce que vous avez
14:30été bien accueilli ?
14:31Ça s'est passé
14:33formidablement bien.
14:33J'y étais d'ailleurs
14:34hier après-midi
14:35pour signer mon livre
14:36à mes anciens collègues.
14:37Mais ça ne m'étonne pas
14:38parce que c'est vous aussi.
14:39Parce que vous,
14:41moi je ne vous connais pas
14:42mais on voit bien
14:42que les gens
14:43doivent vous apprécier.
14:45En tout cas,
14:47c'est difficile
14:48d'enseigner
14:48dans ces collèges.
14:49Donc en fait,
14:50on ne passe pas
14:51tellement de temps
14:51à discuter
14:52qu'est-ce que tu faisais
14:53il y a deux ans,
14:54qu'est-ce que tu viens,
14:54etc.
14:55On est complètement
14:56focalisés sur nos élèves.
14:58Comment tu gères celui-là ?
14:59Investir, engager,
14:59vous avez une idée ?
15:00Comment tu gères celui-là
15:01qui est compliqué ?
15:02Ah bah attends,
15:03je vois les parents
15:03la semaine prochaine.
15:04Ah bon,
15:04alors tu ne peux pas
15:05leur dire ça
15:05parce que moi
15:06je n'y arrive plus
15:07avec celui-là.
15:07C'est ça les conversations.
15:08C'est le plus beau métier du monde,
15:13un peu idyllique.
15:14Non, ce n'est pas idyllique,
15:15je vous dis,
15:15c'est difficile Pascal.
15:17Oui, mais quand même
15:18avec des solutions
15:18et des résultats.
15:19Avec des solutions
15:19qui sont, à mon avis,
15:21au plus près du terrain.
15:23Et les parents,
15:24paraît-il que les parents
15:25c'est l'enfer aujourd'hui,
15:26plus encore que les enfants ?
15:27Alors,
15:27c'est intéressant
15:28la question des parents
15:31parce que
15:32en discutant
15:32avec mes collègues,
15:33moi je connais surtout
15:34l'éducation prioritaire.
15:35J'ai enseigné un petit peu
15:37dans un autre collège
15:38une demi-année,
15:39mais ils me disent
15:41en fait les parents
15:41sont beaucoup plus compliqués
15:43lorsqu'ils sont
15:44dans des endroits
15:45plus aisés,
15:45plus éduqués.
15:47Parce que souvent,
15:48le parent,
15:49entre guillemets,
15:50sait mieux que le prof
15:51ce qu'il faut faire,
15:52etc.
15:52Moi, en éducation prioritaire,
15:54ce que j'ai vécu,
15:55c'est le contraire.
15:55C'est des parents
15:57qui...
15:57Alors,
15:58il y en a qui sont désinvestis,
15:59il y en a qui sont investis.
16:00Ceux que j'ai vus,
16:01ils étaient,
16:01ils avaient énormément confiance
16:03dans l'école.
16:04C'est-à-dire que
16:04l'école,
16:04c'est un espoir.
16:05C'est comme ça
16:06qu'on peut progresser
16:08dans la vie.
16:09Donc,
16:09ils avaient confiance
16:10et j'ai trouvé
16:12très touchant,
16:13en fait,
16:13la confiance
16:13qu'ils nous donnaient.
16:15Dernier mot,
16:16Jésus-Christ.
16:16Vous avez donc été
16:17dans ces collèges difficiles,
16:18la banlieue.
16:19On sait qu'on a beaucoup
16:20augmenté les budgets
16:21de l'éducation prioritaire
16:22ces dernières années.
16:22Ça a doublé en moins de 10 ans.
16:24Est-ce que vous ne pensez pas
16:24que l'immigration incontrôlée
16:26est quand même un facteur,
16:27aujourd'hui,
16:28de difficulté pour l'école ?
16:30Effectivement,
16:30quand on a des populations
16:31qui viennent,
16:32qui sont issues de l'immigration,
16:33c'est plus difficile,
16:33peut-être,
16:34de les intégrer
16:35dans le modèle éducatif français.
16:37Alors,
16:38sur le doublement
16:39du budget,
16:40je ne pense pas
16:41que ça se pose
16:42exactement comme ça.
16:42C'est-à-dire que
16:43en éducation prioritaire,
16:45ce qu'on donne,
16:45c'est un budget supplémentaire
16:47en heures supplémentaires,
16:48un peu en cash, etc.
16:49Le budget a doublé,
16:50c'est la preuve.
16:52On est en retard.
16:54Vous avez fini de...
16:56Vous avez répondu ?
16:58Oui.
16:58Attendez,
16:59c'est évident
16:59que des enfants
17:00dont la langue maternelle
17:02n'est pas le français,
17:05donc c'est plus difficile
17:07pour eux
17:09d'apprendre
17:09tout ce qu'ils doivent apprendre.
17:10Trois questions pour terminer,
17:11vous répondez par oui ou par non.
17:12Vous n'avez pas le choix.
17:13Mais le livre est formidable
17:14et vous-même,
17:15on vous écouterait vraiment
17:16pendant une heure
17:17parce qu'on apprendrait
17:19plein de choses.
17:20Oui ou non ?
17:21Parcoursup,
17:21on arrête ou pas ?
17:22Oui ou non ?
17:23Parcoursup,
17:24c'est le lycée,
17:24Pascal.
17:25J'étais en collège.
17:26Je pense qu'il faut améliorer
17:27Parcoursup.
17:28D'accord.
17:29Contrôle continu,
17:30on arrête ou pas ?
17:32Contrôle continu en lycée,
17:33moi je pense que
17:34c'est une bonne chose
17:35parce que ça met
17:36de la rigueur
17:37à chaque étape
17:38de la vie lycéenne.
17:39Bon,
17:39écoutez,
17:40voilà.
17:41Moi j'ai envie de voir ce film.
17:43Oui,
17:43le film.
17:44Du livre,
17:45l'adaptation.
17:46Oui,
17:46mais c'est vrai que...
17:47Non mais c'est vrai.
17:49Et oui,
17:49troisième chose que je voulais demander,
17:51collège unique,
17:51on arrête ou pas ?
17:54Ce que je vous ai décrit
17:55sur des classes de niveau,
17:57c'est,
17:58alors je ne sais pas
17:58si ça veut dire
17:59arrêter le collège unique,
18:00j'en sais rien politiquement,
18:01mais en tout cas,
18:02pragmatiquement,
18:02ça me paraît la bonne solution.
18:04Lisez ce livre,
18:05Cheffaillard,
18:05Arnaud de Berthier,
18:06j'espère que vous allez
18:07être invité partout.
18:08On a parlé pendant
18:10un petit quart d'heure,
18:11mais c'est passionnant
18:12de vous écouter
18:12et puis votre aventure
18:13est passionnante
18:14parce que vous avez
18:15vous-même voulu comprendre
18:16et il faut toujours
18:17essayer de comprendre,
18:18bien sûr,
18:19c'est presque une démarche
18:19journaliste.
18:20C'est une enquête.
18:21Arnaud de Berthier,
18:22un prof venu d'ailleurs
18:23du CAC 40
18:23au collège de banlieue,
18:24c'est Cheffaillard.
18:27Merci beaucoup.
18:28Est-ce qu'on a une...
Commentaires

Recommandations