00:00Si on regarde le nombre d'interpellations, il y a plus d'interpellations face à des lycéens qui bloquent des
00:05lycées
00:05qu'il y en a eu pendant les émeutes de 2023 suite à la mort de Naël.
00:08Donc il faut bien se rendre compte de ça.
00:11Dans le bilan du Sénat des émeutes de 2023, il y a 1000 pillages de magasins.
00:15Là, il n'y a pas de pillages de magasins.
00:17Il n'y a aucun commissariat qui ont été attaqués.
00:26Jean Lémarie vient d'évoquer les réponses possibles du gouvernement.
00:28La réponse policière est-elle une réponse ?
00:32Oui, la réponse policière, le maintien de l'ordre, c'est de la politique.
00:39Dans toutes les activités de police, c'est celle qui est le plus directement pilotée par l'exécutif.
00:44Le ministre de l'Intérieur est à la manœuvre.
00:46Son directeur de cabinet suit tous les incidents.
00:49Tout lui remonte.
00:50C'est lui qui fixe les modalités d'intervention.
00:52On a entendu sur TF1 Laurent Nunez garantir à l'extrême droite
00:58qu'il n'y avait aucune retenue dans l'usage des armes intermédiaires,
01:02c'est-à-dire des LBD et des grenades.
01:05Donc vraiment, le cadre en France, on a une police centralisée, police et gendarmerie,
01:09le cadre, c'est celui-là.
01:11Donc c'est de la politique en action.
01:13Je trouve que les réseaux sociaux en la matière, comme dans beaucoup d'autres choses,
01:17ont tout changé.
01:17C'est-à-dire que la prolifération de petites vidéos non contextualisées,
01:23on ne comprend pas ce qui se passe, bref,
01:25qui veulent démontrer une chose ou son contraire,
01:28ont également rendu la question encore plus explosive.
01:31Vous ne trouvez pas ?
01:32Alors, on appelle ça, dans la sociologie de la police,
01:36la nouvelle visibilité policière.
01:38Avant, il n'y avait que les policiers, en fait, qui étaient témoins
01:41et qui pouvaient parler devant un magistrat
01:43et dont la parole prévalait sur celle des autres.
01:46On était dans la phase d'avant les médias sociaux.
01:49Et puis, maintenant, on a des petits fragments.
01:51Mais ce qu'on voit, c'est qu'on a tellement de petits fragments
01:54qu'on peut reconstituer des scènes complexes.
01:56C'est par exemple ce que fait Index, qui travaille pour des tribunaux
01:59et qui reconstitue en 3D les situations.
02:02Par exemple, comme le tir de grenade lacrymogène
02:06qui, à Marseille, en 2018, avait tué une dame dans son appartement.
02:10Donc on a aujourd'hui cette capacité.
02:12Et ce qui est intéressant, c'est de voir que le ministre de l'Intérieur
02:15fait comme si ça n'existait pas.
02:17Il nous dit qu'il n'y a pas de violence policière
02:19ou le Premier ministre également.
02:21Alors qu'on a les grenades explosives lancées en cloche
02:25qui sont filmées.
02:27Alors qu'on a les tirs de LBD ou les tirs au lance-grenade
02:30qui sont filmés dans des positions complètement non réglementaires.
02:33Donc c'est intéressant de voir cette documentation.
02:35Et c'est intéressant de voir que le pouvoir ne comprend pas
02:37ou ne semble pas comprendre que tout le monde peut voir.
02:40Mais Sébastien Rocher, ça fait longtemps que je lis vos travaux.
02:44Et j'ai l'impression qu'au fil des années,
02:46vous êtes devenu de plus en plus critique
02:49de l'attitude de la police.
02:52Est-ce vous qui avez changé ?
02:53Est-ce la police qui a changé ?
02:55Alors, pour ce qui me concerne, je préfère laisser d'autres répondre.
02:59Mais non, je veux dire, la fonction...
03:01Est-ce que le maintien de l'ordre est de plus en plus dur en fond ?
03:05Oui. En fait, la gestion des foules, la police des foules
03:08a complètement changé entre les années 2010 et aujourd'hui.
03:15Dans la décennie 2000-2010, on est dans la fin de la période de pacification
03:21des méthodes de gestion des foules.
03:23On est à l'apogée de ce qu'on a appelé la mise à distance.
03:27C'est-à-dire qu'en fait, la police absorbe les coups, absorbe la colère.
03:32Elle met en place des unités professionnalisées,
03:35CRS, gendarmes mobiles,
03:36et elle utilise peu les LBD.
03:40Elle utilise toujours un petit peu les grenades.
03:42Et aujourd'hui, on a basculé où c'est le tout venant de la police urbaine
03:46qui est en maintien de l'ordre.
03:47Ce ne sont plus les professionnels qui sont en première ligne
03:49où les tirs de LBD sont multipliés.
03:52C'est-à-dire quoi ? Ils sont mal formés ?
03:55Oui, alors on a en fait des gens peu, pas formés à la gestion des foules.
03:58Les BAC, c'est des gens qui font du saute dessus,
04:00qui arrêtent des criminels.
04:01On les envoie en gestion des foules avec leur LBD.
04:05Donc, qu'est-ce qu'ils font ?
04:06Ils font ce qu'ils savent faire.
04:07Et on leur demande de faire beaucoup d'interpellations
04:09pour que le ministre puisse venir présenter des chiffres.
04:12Justement, j'allais vous demander à quoi ça sert les interpellations ?
04:15Parce qu'on a évoqué le chiffre de 5000 interpellations de jeunes
04:19lors du premier jour de ces mobilisations lycéennes.
04:23Qu'est-ce qu'on en fait de ces 5000 jeunes ?
04:25Alors, on n'en fait rien, justement.
04:27Parce que normalement, une interpellation,
04:29ça se produit quand on a quelque chose à reprocher à quelqu'un.
04:32On va l'interpeller, on le place en garde à vue.
04:34Et puis, à ce moment-là, on consigne les choses qu'on lui reproche
04:38avant de le transférer vers le bureau du procureur
04:41qui, lui, va décider s'il y a une mise en examen.
04:43Mais là, ce qu'on voit, c'est qu'en fait,
04:45on capture des personnes qui sont des manifestants
04:49pour essayer de les sortir de la manifestation
04:52et la faire diminuer.
04:53Mais on ne va rien avoir à leur reprocher
04:55et les procureurs vont massivement faire sortir.
04:58Déjà, on voit que le nombre de gardes à vue
04:59est beaucoup plus faible que le nombre d'interpellations.
05:01Ça veut dire qu'en fait, on ne peut rien reprocher aux personnes
05:04dès la garde-vue.
05:05Et lorsqu'on examinera les preuves,
05:08on va encore voir une bonne moitié des personnes
05:10à qui on ne va rien reprocher.
05:12Donc, c'est un instrument de la communication politique.
05:14Le ministre ne veut pas dire, j'ai apaisé la situation.
05:17Il veut dire, j'ai une police forte
05:19et je peux vous contenir.
05:20On parlait des évolutions des pratiques policières.
05:23Est-ce que dans le même temps, on peut dire
05:25qu'il y a eu une forme d'ensauvagement des jeunes
05:28que les manifestations auxquelles on a assisté,
05:31non pas en totalité bien sûr,
05:33mais pour ce qui concerne ces petits groupes
05:36que vous évoquiez, sont plus violentes qu'hier ?
05:38Alors non.
05:39C'est la stratégie de communication du gouvernement
05:41puisqu'effectivement, l'ensauvagement,
05:43c'est le terme d'Emmanuel Macron.
05:46Retour aux origines ethniques,
05:48c'est celui de M. Retailleau.
05:49Donc là, il y a une sorte de victimisation de la police
05:53et puis d'accusations qui sont portées
05:55sur une jeunesse qui aurait perdu tous les repères.
05:57Bon, ce n'est pas ce qu'on va observer.
06:00Ce qu'on va observer,
06:02c'est si on regarde le nombre d'interpellations,
06:04il y a plus d'interpellations face à des lycéens
06:06qui bloquent des lycées
06:07qui en ont eu pendant les émeutes de 2023
06:09suite à la mort d'Onaëlle.
06:11Donc, il faut bien se rendre compte de ça.
06:13Dans le bilan du Sénat des émeutes de 2023,
06:16il y a 1000 pillages de magasins.
06:17Là, il n'y a pas de pillages de magasins.
06:19Il n'y a aucun commissariat qui a été attaqué.
06:22Donc, je comprends la stratégie de communication
06:24et c'est d'étouffer le mouvement du Premier ministre,
06:26mais ça ne recouvre pas du tout la réalité.
06:30On a un mouvement lycéen classique
06:32qui utilise des méthodes routinisées de blocage
06:34qui partent de leurs conditions de vie,
06:36de leur lieu de travail, entre guillemets,
06:38et qui ne sont absolument pas une menace pour la République.
06:41Pour le gouvernement, oui, parce qu'il est faible,
06:43mais absolument pas pour la République.
06:44Donc, l'explication d'un ensauvagement de la société
06:47est une justification de l'usage des armes,
06:51encore une fois, qu'aucun autre pays européen ne pratique.
06:53Votre mot de la fin, Sébastien Rocher,
06:56sur ces débats qui sont de plus en plus présents
07:00à chaque manifestation en France ?
07:04On a un maintien de l'ordre
07:07qui est devenu, qui a versé,
07:10on a un désapprentissage de la gestion des foules.
07:12On a eu un long processus d'apprentissage,
07:15d'autocontrôle de la police,
07:16de maîtrise de l'usage des armes,
07:18et là, on a un désapprentissage.
07:21Les règles professionnelles ne sont absolument pas respectées,
07:24elles sont toutes contenues dans le schéma national du maintien de l'ordre,
07:27mais on voit le port du masque est interdit,
07:29il est pratiqué,
07:30le port du numéro d'identification est une obligation,
07:35rappelé deux fois par le Conseil d'État,
07:37il n'est pas mis en place.
07:39La grenade qui a mutilé a été tirée en cloche
07:41alors qu'elle devait être tirée au ras du sol.
07:44Absolument rien se passe,
07:46les distances d'usage des armes sublétales ne sont pas respectées.
07:50Je m'arrête là,
07:51donc il y a vraiment un besoin de vous arrêter là.
07:54Vous arrêtez là parce qu'on n'a plus le temps.
07:56Pour ça, Sébastien Rocher,
07:58je rappelle le titre de votre dernier ouvrage,
08:00« La police contre la rue séchée grassée ».
08:04Jésus,
08:05je peux vous remerber à la côte,
08:06vous en avezому un besoin de vous arrêter là pour l'avenir de la violence.
08:22jésus,
08:22j'ai eu un besoin de vous arrêter là pour l'avenir de la mort.
08:26j'avais un besoin de vous arrêter là pour l'avenir de la mort.
08:36Abonnez-vous !