00:00Je dirais que dans cette affaire, il n'y a pas non plus de violence de la police.
00:03Ce n'est pas ça le sujet de cas qui nous concerne aujourd'hui.
00:08Jeudi soir, moi je suis amené à faire une visite au commissariat pour rencontrer les gardés à vue.
00:15Et ce que je vois, ce sont des gamins, des gamines qui sont apeurés, qui pleuraient, qui étaient inquiets.
00:23Amjad, lui on va le dire, il était beaucoup plus relax dans la cellule.
00:27Mais néanmoins, je dis à l'officier de police, puisque je l'avais déjà croisé lors d'une assemblée générale,
00:33et j'avais vu qu'il jouait plutôt le rôle de calmer que d'exciter, d'inviter à ne pas
00:42avoir de violence, à ne pas utiliser de mortier.
00:45Et je dis à l'officier de police judiciaire, franchement, Amjad, normalement, il devrait être l'un de vos interlocuteurs
00:50pour aider à apaiser,
00:52plutôt que de le mettre en cellule pour énerver.
00:58Et de fait, le lendemain, il y a eu un blocage devant le lycée Michelis qui n'était pas prévu.
01:04Le lendemain, il est déféré au parquet, et bientôt, il y aura un procès pour t'intimider.
01:13Je dis que dans le cas qu'on a là, on a une violence, qui est une violence politique et
01:19qui est une violence judiciaire.
01:21C'est un choix du gouvernement de ne pas apporter de réponse politique, mais d'apporter une réponse policière, une
01:26réponse judiciaire,
01:29et avec un gâchis aussi de l'autre côté. Parce que quand je passe, on regarde à vue, et que
01:35les agents me disent que ce qu'il y a d'autre,
01:38c'est des violences conjugales, je leur dis, ben voilà, ça c'est votre boulot.
01:41Mais ramasser des gamins, ça c'est pas votre travail.
01:45Et il faut voir l'immense gâchis, les heures qui sont passées, les journées d'officiers de police,
01:52de juges pour traiter ces dossiers, plutôt que les dizaines de milliers de cas de viol et d'inceste
01:59qui ne sont pas poursuivis aujourd'hui, qui font pas l'objet d'investigations.
02:03Donc quel est le rôle de la police, quel est le rôle de la justice, quelle est sa priorité aujourd
02:08'hui ?
02:09Et ce qu'on observe aujourd'hui à Amiens est vrai pour tout le pays, puisqu'on en est à
02:13près de 8 000 gardes à vue.
02:14C'est-à-dire qu'en 15 jours d'un mouvement lycéen, on a autant de gardes à vue qu
02:19'en un an de mouvement gilet jaune.
02:22Gilet jaune qui avait connu la même histoire, c'est-à-dire que faute d'une réponse politique,
02:26il y avait eu une réponse policière, et avec à l'arrivée des mains arrachées, des yeux crevés et des
02:32vies brisées.
02:33Nous, on est là pour demander que ça, ça n'advienne pas.
02:36Je reviens aux revendications des lycéens.
02:39À l'Assemblée générale à Amiens à laquelle j'ai assisté, le mot qui est le plus revenu, c'est
02:43moisissure.
02:45Moisissure dans les salles de classe, moisissure dans les douches, dans les internats, c'est le mot moisissure, c'était
02:50sur le bâti.
02:51Et avec, évidemment, le fait qu'il y ait trop d'élèves par classe, 36 élèves par classe, et parcours
02:57sup, qui brisent, disent-ils, notre avenir.
03:00Je vous livre une autre anecdote. Pendant mon passage à la garde à vue, un policier me dit, bon ben,
03:07monsieur Ruffin, je voudrais vous voir pour des raisons personnelles.
03:10Ma fille a été refusée deux fois de parcours sup.
03:12On a fait un appel devant la commission. On n'a pas eu de réponse. Est-ce qu'on pourrait
03:19au moins comprendre pourquoi ?
03:20Ce qui prouve que la question de parcours sup, c'est un sujet pour les jeunes qui sont mobilisés, mais
03:27pour des millions de familles aujourd'hui dans notre pays.
03:30Nous, ce qu'on demande, c'est une réponse politique. Nous disons, abandon des poursuites, abandon de parcours sup, et
03:39abandon d'un budget qui prévoit de supprimer encore 1588 postes d'enseignants.
03:45Dire enfin que chaque génération a son mouvement lycéen, étudiant, et ça appartient à notre pays, ça appartient à la
03:54démocratie, et il me semble que nous sommes ici aussi pour protéger ça.