00:02Eric Bocquet, bonjour.
00:03Bonjour.
00:04Alors vous êtes sénateur du Nord et vous avez été le rapporteur de différentes commissions d'enquête sur l'évasion
00:09fiscale.
00:09C'est un sujet qui vous tient vraiment à cœur.
00:12Donc vous expliquez, vous démontrez, vous tempêtez depuis des années pour nous dire que si l'évasion fiscale n'existait
00:19pas, le déficit de la France n'existerait pas non plus.
00:22C'est ce que vous appelez l'argent d'un monde meilleur existe.
00:26La question c'est comment fait-on pour aller le chercher ?
00:28Alors on a fait des propositions bien sûr dans ces commissions d'enquête parce qu'au-delà de l'analyse
00:33de l'état des lieux, on fait bien sûr des propositions.
00:36On en a formulé 95 précisément.
00:39En fait il y a deux axes prioritaires.
00:41Le premier axe c'est la transparence.
00:43Il faut tuer l'opacité.
00:46Les paradis fiscaux c'est le monde idéal de l'opacité.
00:49Il faut par exemple créer un fichier des comptes bancaires européens.
00:52Il existe en France le fichier des comptes bancaires, le FICOBA.
00:55Eh bien il faut généraliser ça à l'ensemble de l'Union Européenne.
00:58Par exemple, commençons à l'échelon européen.
01:00Il faut également créer un registre des trusts.
01:02Les trusts c'est par excellence l'outil de l'opacité pour cacher des avoirs, des tableaux, des lingots, des
01:07yachts, on y met ce qu'on veut.
01:09À Jersey par exemple, il faut instituer, obliger le registre des trusts par exemple.
01:15Après le deuxième axe c'est bien sûr travailler à l'harmonisation fiscale parce que le monde permet l'évasion
01:21fiscale,
01:21parce qu'il y a une concurrence fiscale terrible entre tous les États, y compris au sein de l'Union
01:25Européenne.
01:26Au sein de l'Union Européenne il y a aussi des paradis fiscaux, on le sait, qui ne sont pas
01:30forcément membres de l'Union, mais qui sont des paradis fiscaux.
01:32On peut citer Andorre, on peut citer Monaco, on peut citer le Liechtenstein, Jersey à nos portes, 40 km du
01:37Contentin, Jersey.
01:38Voilà, il faut absolument s'attaquer à tout ça, arrêter le discours hypocrite.
01:43Troisième axe, une vraie volonté politique, unanime, mais au-delà des discours, parce que dans les discours aujourd'hui,
01:48tout le monde prétend combattre l'évasion fiscale en décrétant la faim, etc.
01:52Mais on est dans l'hypocrisie.
01:54Et le quatrième axe, il faut absolument cloisonner le monde politique et le monde de la finance.
02:00Aujourd'hui, les passerelles sont trop nombreuses, on voit les uns passer dans le domaine de l'autre et réciproquement,
02:05ça ne peut pas aller.
02:06Mais le régulateur, celui qui contrôle, celui qui sanctionne, doit être complètement indépendant des marchés financiers et des banques.
02:13Ce n'est pas le cas aujourd'hui, y compris dans notre pays.
02:15Donc il faut veiller à savoir, les quatre axes en gros d'action, je n'ai pas détaillé les procédures,
02:19les propositions sont faites,
02:21elles sont accessibles sur le site du Sénat dans le rapport, mais voilà, il faut absolument s'attaquer à ce
02:25sujet.
02:26Pourquoi une telle motivation ? Parce qu'on nous explique de partout, depuis des années, qu'il n'y a
02:30plus d'argent pour les grands besoins de la société,
02:32le logement, l'éducation, la santé, etc.
02:35Et on impose l'austérité à tous les États du monde.
02:38En Europe, on voit ce qu'il advient de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne, l'austérité chez nous,
02:43les collectivités qui ne sont plus en capacité d'assumer les missions pour lesquelles les gens les ont élus.
02:48On nous prend des milliards parce que nous serions responsables de l'endettement.
02:52C'est un scandale, c'est un mensonge, parce que de l'autre côté du mur, il y a tout
02:55ce monde de l'offshore,
02:56où les milliards se placent et se déplacent en fonction de leurs intérêts égoïstes, au détriment de l'intérêt général.
03:03Donc c'est un enjeu fondamental.
03:04Moi, je pense qu'il doit être au cœur de la prochaine campagne des présidentielles législatives.
03:08Si on ne s'attaque pas à ça, on ne va rien régler.
03:10On va faire semblant d'agir.
03:12Voilà, l'enjeu, il est central, encore une fois.
03:14Il y aura 60, 80 milliards d'euros chaque année que la France perd,
03:171000 milliards au sein de l'Union Européenne.
03:19Il faut arrêter ce scandale absolu.
03:21Juste une question sur le rôle des médias, le rôle des lanceurs d'alerte.
03:25Parce que vous avez cité tout à l'heure le discours de François Hollande,
03:29qu'on peut trouver très beau, effectivement.
03:31Il est magnifique.
03:31Mais en même temps, ce n'est qu'un discours.
03:32Voilà, ce n'est qu'un discours et il a ce défaut, à mon sens,
03:36c'est de considérer la finance, le monde de la finance, un peu comme Dieu, un peu comme une abstraction.
03:41C'est-à-dire qu'il nomme pas.
03:43Ce qu'il faut aussi, c'est dire qu'il y a des personnes, il y a des sociétés.
03:47Il faut détailler.
03:48Oui, je suis d'accord.
03:49J'ai cité délibérément ce discours.
03:51Le monde qui n'a pas de visage, il n'y a pas de nom.
03:53Avec l'expérience que j'ai maintenant au Sénat, je vous dis que ce monde, il a des noms, il
03:56a des visages.
03:57Il y a des banques.
03:58Il y a des banques qui pratiquent ça.
03:59On l'a vu, les Panama Papers l'ont révélé.
04:01Il y a des individus.
04:03M. Bruno Bézard, le directeur général du Trésor,
04:05vient de démissionner de la direction du Trésor à Bercy.
04:08C'est le cœur de la machine financière française.
04:10Il vient de démissionner pour rejoindre un fonds d'investissement chinois
04:13qui s'appelle Cataï Capital et qui a des activités aux îles Caïman.
04:18Comment c'est possible ?
04:19Comment on autorise ça ?
04:20Qu'un haut fonctionnaire de l'administration fiscale française fasse ça.
04:24Et d'autres cas, je pourrais en citer de nombreux.
04:26On peut revenir sur la Société Générale, par exemple.
04:28La Société Générale, qui a, avec sa filiale au Luxembourg,
04:32créé 979 sociétés offshore au Panama.
04:35Et on parle des Panama Papers.
04:37C'est un paradis fiscal avec un cabinet, Mossack Fonseca.
04:41Il y a 50 territoires dans le monde qu'on peut considérer comme des paradis fiscaux.
04:45À Chypre, par exemple, et Chypre c'est l'Union Européenne,
04:48il y a 20 000 avocats fiscalistes.
04:5020 000, ça vous dit ?
04:51Voilà.
04:52Donc écoutez, ça passe par des gens, ça passe par des complicités.
04:55Pour l'évasion fiscale, il faut quelques ingrédients.
04:57Il faut un paradis fiscal, il faut un demandeur, un client.
04:59Il faut des professions du chiffre, comptables, avocats fiscalistes, et puis une banque.
05:05Et des instruments financiers dédiés.
05:06Des instruments financiers.
05:08Alors ils appellent ça l'optimisation fiscale pour réduire l'impôt.
05:11Tout à l'heure, Patrick Le Yeric citait Google, on pourrait citer Starbucks,
05:15on pourrait citer Apple, voilà, qui sont plus puissants que les États.
05:20Ces groupes sont devenus plus puissants que les États.
05:22Apple a une capitalisation boursière supérieure au PIB du Portugal, par exemple.
05:26Alors où est le pouvoir dans ce monde ?
05:28Le pouvoir n'est plus dans les États, n'est plus dans l'intérêt général,
05:31n'est plus dans les institutions, il est dans la finance, c'est une réalité.
05:34C'est pour ça que ce discours était magnifique.
05:35Malheureusement, ça n'est resté qu'un discours.
05:37Il ne s'est jamais attaqué à ça.
05:38Tout reste à faire.
05:39Et Sarkozy, et Hollande.
05:41Donc voilà, il y a un champ ouvert devant nous, qui rassemble largement
05:44des gens qui ne pensent pas comme nous le disent, le constatent, le dénoncent.
05:48Il est temps d'agir, il faut sortir de l'indignation.
05:51Mon indignation est intacte depuis ces travaux.
05:53Il faut passer à l'indignation, vous voyez ?
05:55Et il y a des moyens d'agir, il faut que le politique reprenne la main.
05:58La loi, c'est les États qui l'ont fait, y compris l'impôt.
06:01Ce ne sont pas les groupes qui décideront de l'impôt qu'ils vont payer.
06:04C'est la loi de la République.
06:05Vous dites que la finance est plus puissante que les États, mais peut-être pas que les peuples.
06:09Absolument. Non, non, ils sont puissants, mais ils représentent 1% du monde.
06:131% de l'humanité.
06:14Et alors, pour être informé de tout ce qui se passe, vous publiez en mois de septembre, je crois ?
06:18Au mois de septembre, sorti le 8 septembre, au Cherche-Midi.
06:21Un ouvrage qu'on a intitulé « Sans domicile fisc », avec mon frère.
06:25Donc, député du Nord, et moi-même, donc sénateur, on a co-écrit ce bouquin depuis un an et demi.
06:30Donc, il est quasi prêt. On le finalise demain.
06:32Demain, on s'enferme tout le dimanche pour revoir la dernière mouture qu'on va envoyer à l'éditeur.
06:37Et il sortira, effectivement, le 8 septembre, à la veille de la fête de l'Humar.
06:40Et après, on va développer un plan comme autour de ça.
06:43Pas pour des raisons mercantiles, évidemment.
06:44C'est un outil militant.
06:46On va créer une exposition autour de ça, animer des réunions et faire connaître.
06:50C'est une contribution au débat citoyen sur ce sujet qui devient incontournable.
06:54Ça ne doit pas s'arrêter au G20, qui est en cause, mais qui n'agit pas.
06:57Il faut que tout le monde s'empare de ce sujet, parce qu'on est tous concernés.
07:01Les impôts qui ne sont pas payés par ces grands groupes, c'est nous tous qui les supportons.
07:04C'est fondamentalement injuste et inacceptable.
07:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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