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  • il y a 21 heures
Au coeur du Congrès du PCF d'Aubervilliers, à quelques semaines de la sortie du livre intitulé "Sans domicile fisc"qu'il co-signe avec Alain Bocquet, son frère député, le sénateur communiste du Nord Eric Bocquet explique en quoi la lutte contre l'évasion fiscale représente un enjeu politique fondamentale en Europe et dans le monde.

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Transcription
00:02Eric Bocquet, bonjour.
00:03Bonjour.
00:04Alors vous êtes sénateur du Nord et vous avez été le rapporteur de différentes commissions d'enquête sur l'évasion
00:09fiscale.
00:09C'est un sujet qui vous tient vraiment à cœur.
00:12Donc vous expliquez, vous démontrez, vous tempêtez depuis des années pour nous dire que si l'évasion fiscale n'existait
00:19pas, le déficit de la France n'existerait pas non plus.
00:22C'est ce que vous appelez l'argent d'un monde meilleur existe.
00:26La question c'est comment fait-on pour aller le chercher ?
00:28Alors on a fait des propositions bien sûr dans ces commissions d'enquête parce qu'au-delà de l'analyse
00:33de l'état des lieux, on fait bien sûr des propositions.
00:36On en a formulé 95 précisément.
00:39En fait il y a deux axes prioritaires.
00:41Le premier axe c'est la transparence.
00:43Il faut tuer l'opacité.
00:46Les paradis fiscaux c'est le monde idéal de l'opacité.
00:49Il faut par exemple créer un fichier des comptes bancaires européens.
00:52Il existe en France le fichier des comptes bancaires, le FICOBA.
00:55Eh bien il faut généraliser ça à l'ensemble de l'Union Européenne.
00:58Par exemple, commençons à l'échelon européen.
01:00Il faut également créer un registre des trusts.
01:02Les trusts c'est par excellence l'outil de l'opacité pour cacher des avoirs, des tableaux, des lingots, des
01:07yachts, on y met ce qu'on veut.
01:09À Jersey par exemple, il faut instituer, obliger le registre des trusts par exemple.
01:15Après le deuxième axe c'est bien sûr travailler à l'harmonisation fiscale parce que le monde permet l'évasion
01:21fiscale,
01:21parce qu'il y a une concurrence fiscale terrible entre tous les États, y compris au sein de l'Union
01:25Européenne.
01:26Au sein de l'Union Européenne il y a aussi des paradis fiscaux, on le sait, qui ne sont pas
01:30forcément membres de l'Union, mais qui sont des paradis fiscaux.
01:32On peut citer Andorre, on peut citer Monaco, on peut citer le Liechtenstein, Jersey à nos portes, 40 km du
01:37Contentin, Jersey.
01:38Voilà, il faut absolument s'attaquer à tout ça, arrêter le discours hypocrite.
01:43Troisième axe, une vraie volonté politique, unanime, mais au-delà des discours, parce que dans les discours aujourd'hui,
01:48tout le monde prétend combattre l'évasion fiscale en décrétant la faim, etc.
01:52Mais on est dans l'hypocrisie.
01:54Et le quatrième axe, il faut absolument cloisonner le monde politique et le monde de la finance.
02:00Aujourd'hui, les passerelles sont trop nombreuses, on voit les uns passer dans le domaine de l'autre et réciproquement,
02:05ça ne peut pas aller.
02:06Mais le régulateur, celui qui contrôle, celui qui sanctionne, doit être complètement indépendant des marchés financiers et des banques.
02:13Ce n'est pas le cas aujourd'hui, y compris dans notre pays.
02:15Donc il faut veiller à savoir, les quatre axes en gros d'action, je n'ai pas détaillé les procédures,
02:19les propositions sont faites,
02:21elles sont accessibles sur le site du Sénat dans le rapport, mais voilà, il faut absolument s'attaquer à ce
02:25sujet.
02:26Pourquoi une telle motivation ? Parce qu'on nous explique de partout, depuis des années, qu'il n'y a
02:30plus d'argent pour les grands besoins de la société,
02:32le logement, l'éducation, la santé, etc.
02:35Et on impose l'austérité à tous les États du monde.
02:38En Europe, on voit ce qu'il advient de la Grèce, du Portugal, de l'Espagne, l'austérité chez nous,
02:43les collectivités qui ne sont plus en capacité d'assumer les missions pour lesquelles les gens les ont élus.
02:48On nous prend des milliards parce que nous serions responsables de l'endettement.
02:52C'est un scandale, c'est un mensonge, parce que de l'autre côté du mur, il y a tout
02:55ce monde de l'offshore,
02:56où les milliards se placent et se déplacent en fonction de leurs intérêts égoïstes, au détriment de l'intérêt général.
03:03Donc c'est un enjeu fondamental.
03:04Moi, je pense qu'il doit être au cœur de la prochaine campagne des présidentielles législatives.
03:08Si on ne s'attaque pas à ça, on ne va rien régler.
03:10On va faire semblant d'agir.
03:12Voilà, l'enjeu, il est central, encore une fois.
03:14Il y aura 60, 80 milliards d'euros chaque année que la France perd,
03:171000 milliards au sein de l'Union Européenne.
03:19Il faut arrêter ce scandale absolu.
03:21Juste une question sur le rôle des médias, le rôle des lanceurs d'alerte.
03:25Parce que vous avez cité tout à l'heure le discours de François Hollande,
03:29qu'on peut trouver très beau, effectivement.
03:31Il est magnifique.
03:31Mais en même temps, ce n'est qu'un discours.
03:32Voilà, ce n'est qu'un discours et il a ce défaut, à mon sens,
03:36c'est de considérer la finance, le monde de la finance, un peu comme Dieu, un peu comme une abstraction.
03:41C'est-à-dire qu'il nomme pas.
03:43Ce qu'il faut aussi, c'est dire qu'il y a des personnes, il y a des sociétés.
03:47Il faut détailler.
03:48Oui, je suis d'accord.
03:49J'ai cité délibérément ce discours.
03:51Le monde qui n'a pas de visage, il n'y a pas de nom.
03:53Avec l'expérience que j'ai maintenant au Sénat, je vous dis que ce monde, il a des noms, il
03:56a des visages.
03:57Il y a des banques.
03:58Il y a des banques qui pratiquent ça.
03:59On l'a vu, les Panama Papers l'ont révélé.
04:01Il y a des individus.
04:03M. Bruno Bézard, le directeur général du Trésor,
04:05vient de démissionner de la direction du Trésor à Bercy.
04:08C'est le cœur de la machine financière française.
04:10Il vient de démissionner pour rejoindre un fonds d'investissement chinois
04:13qui s'appelle Cataï Capital et qui a des activités aux îles Caïman.
04:18Comment c'est possible ?
04:19Comment on autorise ça ?
04:20Qu'un haut fonctionnaire de l'administration fiscale française fasse ça.
04:24Et d'autres cas, je pourrais en citer de nombreux.
04:26On peut revenir sur la Société Générale, par exemple.
04:28La Société Générale, qui a, avec sa filiale au Luxembourg,
04:32créé 979 sociétés offshore au Panama.
04:35Et on parle des Panama Papers.
04:37C'est un paradis fiscal avec un cabinet, Mossack Fonseca.
04:41Il y a 50 territoires dans le monde qu'on peut considérer comme des paradis fiscaux.
04:45À Chypre, par exemple, et Chypre c'est l'Union Européenne,
04:48il y a 20 000 avocats fiscalistes.
04:5020 000, ça vous dit ?
04:51Voilà.
04:52Donc écoutez, ça passe par des gens, ça passe par des complicités.
04:55Pour l'évasion fiscale, il faut quelques ingrédients.
04:57Il faut un paradis fiscal, il faut un demandeur, un client.
04:59Il faut des professions du chiffre, comptables, avocats fiscalistes, et puis une banque.
05:05Et des instruments financiers dédiés.
05:06Des instruments financiers.
05:08Alors ils appellent ça l'optimisation fiscale pour réduire l'impôt.
05:11Tout à l'heure, Patrick Le Yeric citait Google, on pourrait citer Starbucks,
05:15on pourrait citer Apple, voilà, qui sont plus puissants que les États.
05:20Ces groupes sont devenus plus puissants que les États.
05:22Apple a une capitalisation boursière supérieure au PIB du Portugal, par exemple.
05:26Alors où est le pouvoir dans ce monde ?
05:28Le pouvoir n'est plus dans les États, n'est plus dans l'intérêt général,
05:31n'est plus dans les institutions, il est dans la finance, c'est une réalité.
05:34C'est pour ça que ce discours était magnifique.
05:35Malheureusement, ça n'est resté qu'un discours.
05:37Il ne s'est jamais attaqué à ça.
05:38Tout reste à faire.
05:39Et Sarkozy, et Hollande.
05:41Donc voilà, il y a un champ ouvert devant nous, qui rassemble largement
05:44des gens qui ne pensent pas comme nous le disent, le constatent, le dénoncent.
05:48Il est temps d'agir, il faut sortir de l'indignation.
05:51Mon indignation est intacte depuis ces travaux.
05:53Il faut passer à l'indignation, vous voyez ?
05:55Et il y a des moyens d'agir, il faut que le politique reprenne la main.
05:58La loi, c'est les États qui l'ont fait, y compris l'impôt.
06:01Ce ne sont pas les groupes qui décideront de l'impôt qu'ils vont payer.
06:04C'est la loi de la République.
06:05Vous dites que la finance est plus puissante que les États, mais peut-être pas que les peuples.
06:09Absolument. Non, non, ils sont puissants, mais ils représentent 1% du monde.
06:131% de l'humanité.
06:14Et alors, pour être informé de tout ce qui se passe, vous publiez en mois de septembre, je crois ?
06:18Au mois de septembre, sorti le 8 septembre, au Cherche-Midi.
06:21Un ouvrage qu'on a intitulé « Sans domicile fisc », avec mon frère.
06:25Donc, député du Nord, et moi-même, donc sénateur, on a co-écrit ce bouquin depuis un an et demi.
06:30Donc, il est quasi prêt. On le finalise demain.
06:32Demain, on s'enferme tout le dimanche pour revoir la dernière mouture qu'on va envoyer à l'éditeur.
06:37Et il sortira, effectivement, le 8 septembre, à la veille de la fête de l'Humar.
06:40Et après, on va développer un plan comme autour de ça.
06:43Pas pour des raisons mercantiles, évidemment.
06:44C'est un outil militant.
06:46On va créer une exposition autour de ça, animer des réunions et faire connaître.
06:50C'est une contribution au débat citoyen sur ce sujet qui devient incontournable.
06:54Ça ne doit pas s'arrêter au G20, qui est en cause, mais qui n'agit pas.
06:57Il faut que tout le monde s'empare de ce sujet, parce qu'on est tous concernés.
07:01Les impôts qui ne sont pas payés par ces grands groupes, c'est nous tous qui les supportons.
07:04C'est fondamentalement injuste et inacceptable.
07:07Sous-titrage Société Radio-Canada
07:11Sous-titrage Société Radio-Canada
07:12Sous-titrage Société Radio-Canada

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