00:02Bonjour, c'est votre collier qui m'a donné envie de vous interviewer. Qui êtes-vous ?
00:06Éric Bourguignon de Munich.
00:09De Munich. Alors vous êtes ce qu'on appelle un Français de l'étranger.
00:12Voilà, c'est ça. Je suis venu pour participer au Congrès, puis contribuer à représenter les Français de l'étranger.
00:19On est 2,5 millions qui vivent à travers le monde, de différentes catégories socioprofessionnelles.
00:26Je suis juste l'un d'entre eux.
00:28Ça veut dire que vous votez aux élections européennes ? Ça veut dire que vous votez à tous les moments
00:33de la vie politique française ?
00:35Alors je vote de deux façons différentes. Pour les élections européennes, je vote sur les listes en Allemagne, puisqu'on
00:41n'a pas le droit de voter deux fois.
00:42Donc je ne vote qu'en Allemagne aux élections européennes, en tant que citoyen européen.
00:47Par contre, sur des élections qui ont eu lieu en France, puisque je suis toujours inscrit sur la liste électorale
00:52à Strasbourg, c'est là-bas que je vote.
00:54Par exemple, quand il y a eu un référendum sur la fusion des deux départements, j'ai voté à Strasbourg.
00:59Contre.
01:00D'accord.
01:02Votre présence ici au Congrès, d'abord, comment vous le vivez ce Congrès du Parti communiste français à Aubervilliers ?
01:08Moi, c'est mon premier Congrès du PCF.
01:11Et mon point de repère, pour comparer, ce sont les Congrès de D-Link, puisque je suis aussi membre de
01:16D-Link.
01:17Et il y a un certain nombre de points intéressants de comparaison.
01:21Eh bien, lesquels sont-ils ?
01:23Par exemple, je trouve qu'à D-Link, nous avons une discipline de temps de parole pour faire en sorte
01:30que les femmes prennent plus la parole, qui est beaucoup plus forte.
01:33Je considère qu'avec les règles statutaires de D-Link, les femmes peuvent plus facilement accéder au premier tour de
01:39parole sur les débats généraux.
01:41C'est ce qu'on appelle en allemand le Mindesquotierung. Et les gens qui tiennent la tribune doivent s'y
01:46tenir.
01:47Un autre point, c'est que dans les Congrès de D-Link, c'est plus facile, semble-t-il, d
01:51'organiser la prise en charge des enfants pour ceux qui viennent avec des familles.
01:56Par contre, j'ai pu apprécier hier le repas, et encore cet après-midi, qui est un temps de discussion
02:00politique typiquement français, et qu'il n'y a pas dans les Congrès de D-Link.
02:05Dites-moi, vous savez que vous n'ignorez pas qu'il y a un mouvement social très fort en France
02:10contre une loi travail qui va casser le code du travail, je résume.
02:13Est-ce qu'en Allemagne, dans les médias allemands, par exemple, il en est question ?
02:19Il en est question. Et en fonction, si c'est un journal libéral ou conservateur, ou si c'est un
02:25journal de gauche, il y a tout simplement la même division, avec soit des sympathies,
02:30soit une vision caricaturale pour se rassurer de critiquer la France, toujours comme étant un pays où on ne peut
02:37pas avancer, pas faire les réformes,
02:39qui, soi-disant, auraient amélioré la situation en Allemagne, alors que là-bas se développe aussi la pauvreté.
02:44Vous savez que pour le gouvernement actuel, l'Allemagne est un modèle social, et au niveau du dialogue social, par
02:52exemple,
02:53la co-gestion dans les entreprises, des syndicats avec le patronat, quel est votre sentiment sur ce mode de fonctionnement
02:59allemand ?
03:00Est-ce qu'il doit être un modèle ?
03:04Je connais un texte fondamental pour l'outil de la co-gestion en Allemagne, c'est la loi sur les
03:12B-Trips-Rat, les conseils d'entreprise, qui datent de 1972,
03:16et qui est le point d'appui pour les syndicats pour essayer d'organiser des conseils d'entreprise élus par
03:23les salariés en Allemagne.
03:25Et quand on lit la loi El Khomri, c'est très intéressant de voir que, justement, c'est aussi sur
03:32l'un de ces points-là
03:34où la loi El Khomri essaie de casser les rapports de force favorables aux représentants du personnel,
03:41et de ne pas aller vers le modèle allemand.
03:43Parce que, justement, le modèle allemand donne beaucoup plus de pouvoir aux salariés,
03:47une fois qu'ils sont élus dans les conseils d'entreprise, pour avoir un mot à dire sur le cours
03:53de l'entreprise, y compris des entreprises privées.
03:56C'est pour ça que, moi, je dis que la loi El Khomri, elle est aussi une loi pas européenne,
04:02puisqu'ils essaient de ne pas aller vers le modèle allemand,
04:07qui, pour le coup, pourrait nous être utile aussi aux travailleurs français, pour gagner des droits dans l'entreprise.
04:14Il y a une question que je ne vous ai pas posée et qui vous tient à cœur ?
04:19Non, moi, je suis toujours ouvert à toutes les questions diverses et variées.
04:22Je suis un passeur entre l'Allemagne et la France.
04:26Passeur d'immigrants, vous avez été plutôt satisfait ou plutôt mécontent de la manière dont Angela Merkel a réglé la
04:35question de la...
04:36Enfin, réglé. En tout cas, comment elle s'est positionnée par rapport aux migrations ?
04:42Je dirais que nous l'avons forcée à se positionner de cette façon-là.
04:46Elle ne l'a pas choisie de libre-cœur.
04:49C'est quand elle s'est aperçue qu'il y avait un mouvement populaire fort pour aider les réfugiés,
04:54que d'un seul coup, elle s'est dit « je vais aller dans ce sens-là aussi »,
04:57puisqu'elle prépare elle-même sa réélection en 2017.
05:01Et elle s'est aperçue que le peuple allemand, d'un seul coup,
05:06une partie du peuple allemand était favorable à l'accueil des réfugiés dans une situation d'extrême urgence,
05:11et elle a voulu suivre ça.
05:13Et ce n'était pas sa politique pendant des années, des années et des années.
05:17Et d'ailleurs, les réfugiés qui sont actuellement en Allemagne,
05:20qui doivent faire maintenant une demande de dossier pour être reconnus comme demandeurs d'asile,
05:26ont des difficultés majeures parce que l'administration qui s'en occupe
05:30n'a pas été réformée en faveur du droit d'asile pendant au moins une décennie, voire plus.
05:35Donc nous avons à régler aussi les contradictions de Mme Merkel
05:39parce que nous nous sommes engagés pour accueillir les réfugiés.