00:00Elia Samarbak, bonjour.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes responsable des relations internationales au PCF
00:06et vous êtes bien sûr à l'origine avec Pierre Laurent de cette grande conférence pour la paix et le
00:13progrès.
00:15Qu'est-ce qui a motivé l'envie de faire cette journée ?
00:20Il y a deux raisons principales.
00:22La première, c'est la conduite de la politique internationale de la France
00:28qui a participé à la remilitarisation des relations internationales
00:33et à l'emprise du pouvoir financier et marchand sur les relations entre les peuples et les États.
00:42La deuxième raison tient au fait qu'il y a de très nombreuses forces en France, en Europe, dans le
00:49monde
00:49qui résistent à cette logique dominante, à des politiques d'austérité, à des politiques qui écrasent les peuples
00:57qui sont très diverses.
00:59Elles partagent une ambition commune qui est celle de l'émancipation humaine, de la justice, de l'égalité, de la
01:05paix
01:06et que ces forces-là ont besoin de plus de liens mais surtout, elles sont invisibles dans les grands médias.
01:13Et des grands médias qui ne sont pas des médias, disons, objectifs, pour reprendre un terme,
01:18qui revient souvent dans la presse parce que ce sont des médias qui appartiennent à des grands groupes financiers,
01:25à des transnationales, à des multinationales, donc qui ont des partis pris, qui ont des intérêts à défendre.
01:31Et la plupart du temps, ces intérêts entrent frontalement en contradiction avec ceux des peuples et des citoyens.
01:37Donc nous avons voulu réunir à Paris, dont le président parle beaucoup trop de guerre.
01:43Et le Drillan, notre ministre des Affaires étrangères, encore la semaine dernière, dit « nous sommes en guerre, nous sommes
01:48en guerre ».
01:49La France fait la guerre à l'étranger, mais sur son propre territoire, elle n'est pas en guerre.
01:55Et surtout, elle devrait réorienter sa politique dans un souci de coopération internationale, en s'attaquant aux problèmes de fonds,
02:07pour travailler réellement à des solutions politiques, diplomatiques, économiques et sociales, qui construisent un monde de paix.
02:15Voilà les deux raisons pour lesquelles nous avons pris, enfin Pierre Laurent a pris cette initiative.
02:20– Alors la guerre, on l'a fait avec des armes. On ne cesse de se vanter des gros contrats
02:27avec l'Égypte, avec l'Arabie saoudite, etc.
02:31La France vend des armes, elle est même en pointe sur ce front-là. Qu'est-ce qu'on peut
02:36dire de ça quand on prône la paix par ailleurs ?
02:39– Alors le président et son gouvernement, enfin les plus gouvernements successifs, ne prônent pas la paix.
02:47Ils incluent dans un discours extrêmement belliciste le vocable de paix, mais pour eux la paix se gagnerait par la
02:54guerre.
02:55Ça c'est très vieux comme conception. C'est affligeant pour répondre à votre question en réalité.
03:00C'est terriblement affligeant que la France, par la voix de son ministre des Affaires, pardon, de la Défense, M.
03:09Le Drian,
03:10se vante en 2014 que les ventes d'armes de la France participent à redynamiser le commerce extérieur de notre
03:19pays.
03:19C'est d'autant plus affligeant que des pays comme la France, les États-Unis ou la Russie vendent des
03:26armes aux pays du Sud
03:27qui sont dans les situations les plus instables ou les plus tendues.
03:33Où un pays vend aujourd'hui des armes à l'Arabie saoudite, au Qatar, à Israël, au Tchad,
03:41s'est contribué à faire de ces puissances régionales, des puissances qui aujourd'hui, dont les politiques aujourd'hui
03:49sont des politiques extrêmement agressives dans leur région, s'est contribué à leur donner encore plus de poids
03:54et continuer à déstabiliser encore plus des situations régionales et globales qui méritent un traitement de fond de la situation.
04:02Si le terrorisme se développe en Irak et en Syrie avec l'État islamique aujourd'hui,
04:07mais c'est une affaire, un processus qui aura quand même débuté il y a 40 ans presque.
04:15C'est parce que les États se sont effondrés, parce que les peuples ont vu leur situation sociale et économique
04:22totalement ruinée.
04:27Donc tout ça, toute cette situation appelle à la fois des réponses politiques, des réponses diplomatiques,
04:36des réponses d'ordre socio-économique et pas uniquement des réponses militaires sans vision politique du lendemain.
04:44On a l'impression que la réponse militaire est la solution à tout.
04:47Depuis quasiment proposer d'envoyer l'armée dans les manifestations à l'intérieur,
04:52qu'envoyer l'armée ou une agence qui ressemble aux frontières extérieures de l'Europe pour stopper l'arrêt des
05:00migrants,
05:01il y a une militarisation quand même du discours aussi et du réflexe, le réflexe diplomatique a disparu ?
05:08Il y a même, alors si on va par là, il y a peut-être même, on peut se poser
05:12la question,
05:13une militarisation des esprits des dirigeants de droite et socio-démocrates.
05:19Il y a une poussée quand même de l'extrême droite sur le plan international qui est extrêmement préoccupante,
05:24avec une pénétration de leurs idées au sein des classes dirigeantes qui est extrêmement préoccupante.
05:32Ces gens sont enfermés dans des visions archaïques.
05:36Quand on pense les rapports internationaux en termes de « je tire d'abord et je discute après »,
05:42ça nous ramène au Moyen-Âge et le Moyen-Âge, ça a duré longtemps pour en sortir.
05:51Moi, comme beaucoup de gens qui sont investis dans l'engagement et la solidarité internationale,
05:58nous voyons bien que la situation est préoccupante parce que les foyers de conflit ont tendance soit à s'étendre,
06:07soit à, je dirais, à se multiplier, mais en tout cas à s'étendre.
06:14Mais au fond, l'ère dans laquelle nous sommes entrés, j'allais dire l'humanité,
06:22c'est une ère de paix, de coopération, de partage, d'égalité et de solidarité.
06:31Seulement pour s'y engager pleinement, les forces qui se battent pour cette émancipation humaine
06:39ont besoin, je dirais, de plus de solidarité internationale
06:46et d'élargir leur mobilisation pour qu'elles deviennent des mobilisations réellement populaires.
06:53Je crois que dans notre pays, en réalité, massivement, même si les Français, à un moment donné,
07:01ont approuvé les interventions françaises au Mali, en Centrafrique,
07:06parce que le gouvernement expliquait qu'il n'y avait pas d'autre solution
07:09et que les Maliens étaient vraiment dans une situation d'appel à l'aide.
07:14C'est une réalité.
07:16Mais massivement, les Français aspirent à un monde de paix
07:20et se disent que la France qui jouerait un rôle comme ça, sans naïveté, sans angélisme,
07:26enfin, ce sont des termes que la droite aime bien employer pour justifier la guerre et la compétition.
07:31Une vraie politique de paix, ce n'est pas une politique angélique,
07:36c'est une politique où on se respecte en tant que partenaire
07:39et puis on cherche des solutions et on tente d'expérimenter ces solutions,
07:43qu'ils soient des solutions qui soient au bénéfice de tous.
07:46C'est une politique de paix.
07:48Dernière petite question ou remarque.
07:50On a parfois l'impression, évidemment, quand vous avez parlé de solidarité,
07:53d'inventer un système, un autre système.
07:56On pense aux Kurdes, évidemment.
07:57Et puis on pense aussi à la négation de ce peuple au niveau diplomatique international.
08:03On pense aux relations entre la France et Erdogan.
08:07Plein de choses qui peuvent nous choquer, nous révolter.
08:10Et quand je vous entendais parler de la construction d'un monde de paix et de solidarité,
08:15j'ai un peu l'impression que quand on fait la guerre,
08:17on fait aussi la guerre à des alternatives progressistes.
08:20Absolument.
08:20C'est même peut-être la première chose qu'on fait.
08:23Mais la guerre, l'engagement militaire, c'est d'abord une profonde défaite du politique.
08:31Et la première guerre, il faut se souvenir,
08:34maintenant c'est passé de mode dans le discours dominant,
08:37mais dans les années 90,
08:41quand ce qu'on appelait la guerre froide et le bloc de l'Est,
08:48enfin soviétique, socialiste, je ne sais plus,
08:50pas vraiment comment on peut le qualifier aujourd'hui.
08:53En tout cas, il s'appelait comme ça à l'époque, c'était effondré.
08:57Nous sommes entrés dans une ère où on était censés instaurer la paix et la démocratie
09:03à travers le monde grâce à la guerre économique.
09:0830 ans plus tard, on a enlevé le mot économique et nous sommes dans la guerre.
09:13Parce qu'il y a des intérêts économiques, encore une fois d'une minorité,
09:191% qui domine la planète, qui possède, qui exploite et qui s'accapare ces richesses,
09:26qui ne les lâchera pas sans que nous nous battions,
09:29les peuples et les forces progressistes pour les arracher,
09:33et qui sont prêts à utiliser la guerre pour ça.
09:36Mais Jaurès l'a dit beaucoup mieux que moi en 1914.
09:41Merci beaucoup.
09:42Merci à vous.
09:43Sous-titrage Société Radio-Canada