00:00Le Brun Akoun, bonjour.
00:02Bonjour.
00:03Alors merci d'accepter de nous répondre aux questions d'Humanité.fr.
00:07Alors vous participez à cette grande conférence pour la paix et le progrès.
00:12La paix dans votre pays, la Côte d'Ivoire, c'est un sujet d'actualité, on va dire, un sujet
00:19en construction.
00:20Quel est le sens de votre présence ici ?
00:22D'abord, remercier nos camarades du PCF pour tout l'accompagnement qui nous apporte aujourd'hui dans l'épreuve que
00:36nous traversons dans notre pays.
00:38Et deuxièmement, témoigner que la paix est une des denrées essentielles pour un développement durable à notre pays, qui est
00:48un pays divisé.
00:49Un pays sous une des dictatures les plus pernicieuses qui soit en Afrique, parce que celui qui est aux affaires
00:58dans notre pays a été installé par ce qu'on appelle, je ne sais pas si c'est une nouvelle
01:06appellation de ce que nous, au Front Populé des Arabes, nous appelons le système politico-financier dominant.
01:19Alors, vous faites allusion bien sûr à Alassane Ouattara, qui a été, disons, on ne va pas dire élu, mais
01:24qui a été promu par l'Occident avant même que les résultats dans votre pays soient connus.
01:32Depuis, c'était en 2011, je crois. Depuis 2011, c'est un fait établi qu'il est le président de
01:39ce pays.
01:40C'est un fait établi aussi qu'on juge Laurent Gbagbo au tribunal pénal international, qu'on juge également sa
01:46femme, Simone Gbagbo.
01:47Et ce dont on parle moins, ce que j'aimerais que vous développez, c'est qu'il y a beaucoup
01:50de prisonniers politiques.
01:51Oui, à ce jour, nous avons plus de 241 prisonniers dans 12 établissements pénitentiels dans notre pays.
02:00A ce jour, nous comptons plus de 100 000 de nos compatriotes qui vivent en exil, principalement au Libéria, nous
02:10avons près de 60 000.
02:11Et à l'est de notre frontière, au Ghana, au Togo et au Bénin, vivent environ 30 000 à 40
02:23000 exilés et réfugiés.
02:27Sans compter qu'il y a, de par le monde, surtout en France, je n'ai pas quantifié parce qu
02:34'on ne connaît pas ceux qui ont pu arriver ici pour sauver leur peau, pour sauver leur vie
02:39et peut-être participer demain lorsqu'ils sont encore vivants et avec toute leur énergie à la reconstruction de notre
02:48pays.
02:48Donc voilà, voici ces pages qui sont clairement connues, mais niées par le régime de M. Ouattara, mais niées aussi
02:58par ceux qui l'ont installée
03:00et qui font comme si tout va bien en Côte d'Ivoire. Ça me rappelle un peu Voltaire et Zadig.
03:08Et le paradoxe, c'est que beaucoup d'Ivoiriens sont reconnus, notamment des journalistes, sont reconnus comme réfugiés politiques en
03:15France.
03:15Donc l'État français leur accorde le statut en reconnaissant qu'ils sont menacés dans leur pays.
03:21Mais néanmoins, l'État français continue aussi de soutenir Alassane Ouattara. Vous voyez quoi ? Ce serait presque drôle si
03:27ce n'était pas tragique.
03:28Au-delà d'être tragique, c'est ça le paradoxe. Puisque les autorités françaises reconnaissent l'existence de réfugiés sur
03:40son territoire
03:41et leur accordent, ce qui n'était pas le cas il y a quelques années, en arrière, lorsque Laurent Gbagbo
03:46était ici,
03:46bon, c'est comme si de rien n'était. Soufouette, je veux dire. Aujourd'hui, au moins, on leur reconnaît
03:53ce droit, là.
03:54Mais au-delà de leur reconnaître ce droit, on faim de ne pas... Tout va bien en Côte d'Ivoire.
04:00L'économie marche. C'est même une économie où, dans la macro, on parle de croissance à plusieurs chiffres.
04:07Je ne peux pas les citer. Et c'est ça, le paradoxe. Mais nous, nous savons très bien que la
04:12balle est dans notre camp.
04:13La balle est dans le camp de ceux et celles qui, pour la résistance, pour la dignité et la liberté,
04:20continuent. Après une période de répression, des plus violentes qui soient, avec des disparitions,
04:28cela continue et continue. Et c'est peut-être ce que nous avons à faire, de faire notre travail,
04:34de dire non à l'oppression, de dire non à leur méta au niveau international et de nous faire entendre.
04:41Fort heureusement, notre diaspora, la diaspora ivoirienne, mais surtout africaine, parle de Bagbo.
04:48On voulait faire de Bagbo une parenthèse. Je peux vous dire, comme d'autres l'ont dit bien avant moi,
04:54que oui, c'est son corps qui est aujourd'hui à Schwenningen, mais son esprit est dans le monde.
04:59C'est-à-dire que cet esprit, c'est celui de la résistance, de la liberté et surtout de la
05:04dignité.
05:05Et surtout aussi de l'autonomie de son pays. Et ce pour quoi on le juge implicitement,
05:11c'est aussi peut-être d'avoir refusé la tutelle.
05:15Oui. Laurent Bagbo et ses camarades qui sont aujourd'hui en liberté,
05:24est fermement pour la souveraineté, pour l'indépendance, bien sûr, dans le partenariat avec les autres peuples
05:33et les autres cultures du monde, mais refusent la soumission.
05:37Et c'est au nom de ce refus-là qu'il est encore dans les geoles de la CPI.
05:43Et nous pensons qu'il va sortir bientôt. Et nous y croyons.
05:48Et alors, est-ce que vous croyez à la paix ? Et à quel terme pour la Côte d'Ivoire
05:52?
05:53La paix chez nous, c'est la reconnaissance de la différence.
05:58Nous sommes un peuple multi-ethnique, multiculturel.
06:03Et c'est dans la reconnaissance de cette altérité, pour que je sois, il faut qu'il y ait mon
06:12altère.
06:13Et c'est cette reconnaissance-là qui va nous permettre de bâtir, mais sur la base du respect de la
06:18loi,
06:20du respect qu'on doit et de la considération qu'on doit à autrui,
06:24pour que soi-même on puisse en bénéficier en retour.
06:27Et c'est cette paix-là que nous devons bâtir, dans les consciences.
06:34Bâtir, parce que c'est une volonté qu'on exprime.
06:38Il ne s'agit pas, je ne peux pas vivre sans autrui.
06:41Et donc si je ne peux pas vivre sans autrui, autrui est tout aussi important et indispensable tel que moi.
06:46Et c'est ensemble qu'on va bâtir quelque chose.
06:49Nous nous refusons la pensée unique.
06:51Et c'est pour ça que nous nous battons et nous continuons de nous battre.
06:53Merci beaucoup Laurent Acquette.
06:55Je vous remercie, merci.