00:01Comme on le sait, le Premier ministre a eu recours à l'article 49.3 pour passer en force à
00:07l'Assemblée nationale et faire adopter la loi El Khomri sans vote et sans discussion sur les amendements.
00:13C'est un acte évidemment antidémocratique et inacceptable. C'est la troisième fois que le gouvernement y a recours alors
00:19que, historiquement et avant d'être au pouvoir, il combattait farouchement cette disposition constitutionnelle.
00:25Mais le pire, c'est que Manuel Valls n'a pas peur des contradictions. Au moment où il passe en
00:31force et où il passe contre la volonté de l'Assemblée, contre la volonté des syndicats, des deux principaux syndicats
00:37du pays, contre la rue, contre le pays même qui est opposé à 70% à cette loi,
00:42et bien Manuel Valls y voit dans le recours à 49.3 et dans l'adoption de la loi un
00:48acte de confiance dans le dialogue.
00:51C'est un bon texte pour le pays et c'est notre vision de la démocratie sociale.
00:57Donc la démocratie pour Manuel Valls, c'est tout simplement passer outre la volonté des Français, c'est passer outre
01:03la position des deux plus grands syndicats du pays,
01:06c'est passer outre l'UNEF, c'est passer outre les manifestations, passer outre la rue et passer, en dernière
01:11instance, par-dessus la représentation nationale dont on sait qu'elle était majoritairement opposée à ce texte.
01:17Alors, face à cela, il est bien évident que le gouvernement a pris une lourde responsabilité, celle de fracturer encore
01:24plus une gauche déjà divisée,
01:26et par là de compromettre singulièrement les chances de la gauche dans les mois qui viennent.
01:32Mais au-delà, on pourrait simplement, pour ironiser, parce qu'il faut toujours garder un petit peu de distance, lui
01:39rappeler cette phrase de Bertolt Brecht en 1953,
01:43quand après des manifestations d'ouvriers, le gouvernement est-allemand ne voulait rien entendre.
01:48Et Brecht qui disait ironiquement, au fond, que sans doute ce peuple-là ne méritait pas le bon gouvernement qu
01:57'il avait,
01:57et donc, disait Bertolt Brecht, ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d'en élire un
02:03autre.