- il y a 13 heures
Au sommaire de l'édition du 8 juin, Patrick le Hyaric réagit aux sujets suivants : la réforme à marche forcée du code du travail ; la suppression des cotisations sociales remplacées par une hausse de la CSG ; la situation du photojournaliste Mathias Depardon retenu depuis un mois dans les geôles turques, la révolte sociale des habitants Rif au Maroc ; le dynamisme du jeune cinéma palestinien à l’honneur au festival Ciné-Palestine.
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00:00Générique
00:05Bonjour et bienvenue dans Regards sur l'actualité.
00:08Bonjour Patrick Le Yerry.
00:09Bonjour.
00:10Alors l'actualité de la semaine est évidemment marquée par la réforme à marche forcée du Code du Travail.
00:16Plafonnement des indemnités prud'homales, fusion des instances représentatives,
00:21négociation d'entreprises au détriment des accords de branche,
00:24le gouvernement a dévoilé mardi 6 juin sa feuille de route.
00:28La loi d'habilitation à légiférer par ordonnance sera examinée en Conseil des ministres le 28 juin,
00:33puis par le Parlement au cours de la semaine du 24 au 28 juillet, avant son adoption le 20 septembre.
00:40Alors Patrick, dans ce contexte, quel va être le pouvoir des parlementaires que nous allons élire ce dimanche ?
00:45Ce qu'il faut bien comprendre c'est que le gouvernement ne dit pas la vérité.
00:51Le gouvernement cache ses intentions.
00:54Il a été publié dans plusieurs journaux des notes de travail
00:59qui en fait reprennent le projet de loi initiale du printemps précédent.
01:08Ce qu'on a appelé la loi El Khomri,
01:11qui évidemment n'est pas passée dans son intégralité,
01:13parce qu'il y a eu un mouvement,
01:15parce que les députés du Front de Gauche et une partie des députés socialistes
01:19s'y sont opposés, donc ils ont été obligés de leur aboter, mais ceci revient avec force.
01:24Et donc, il y a là quelque chose dont les électrices et les électeurs doivent s'emparer,
01:31sur lesquels ils doivent réfléchir.
01:33Parce que ce n'est pas anodin.
01:35Par exemple, dire qu'on va faire un accord par entreprise,
01:40Ça veut dire quoi exactement ?
01:42Ça veut dire que dans une société comme celle-ci,
01:45où il y a un volant extrêmement élevé de chômeurs,
01:49chacun comprend bien que dans un contexte comme ça,
01:53si ce n'est pas la loi qui décide pour tout le monde,
01:56à partir des conventions collectives,
01:59même s'il y a des négociations entre les employeurs, les syndicats et l'État,
02:03s'il n'y a pas une loi qui fixe le cadre,
02:06et bien c'est la possibilité pour chaque employeur de faire ce qu'il veut,
02:11puisqu'il pourra faire pression sur les salariés.
02:15Et il a la possibilité en plus,
02:17on nous annonce ça comme une innovation démocratique,
02:20mais en fait, c'est un piège infernal.
02:23Comment des salariés dans une entreprise à qui on va dire,
02:26si vous n'acceptez pas de baisse de salaire,
02:29si vous n'acceptez pas d'augmenter votre temps de travail,
02:33l'entreprise va fermer.
02:35Mais ils n'ont pas d'autre choix que de voter pour ce que va demander le patronat.
02:39Donc la modification qui est là en cours
02:43vise à modifier aussi le rapport de force,
02:46mais en faveur des employeurs,
02:49en faveur du grand patronat,
02:50parce que, je dis le grand patronat,
02:53parce qu'on sait très bien que,
02:56de leur orientation,
02:57de ce qu'ils impriment à la société et à l'économie,
03:00ça a des conséquences sur les petites et moyennes entreprises
03:03qui, elles-mêmes, sont victimes de ce système.
03:05Je prends un autre exemple.
03:07La diminution des indemnités prud'homales,
03:09ce n'est pas une petite affaire.
03:11Si on diminue les indemnités prud'homales,
03:13ou s'il n'y a plus de système tel que nous le connaissons aujourd'hui,
03:18que se passera-t-il ?
03:19Eh bien, ça ne deviendra pas cher de licencier.
03:24De licencier abusivement, en l'occurrence ?
03:26Abusivement ou pas.
03:28Abusivement ou pas.
03:29Parce qu'on pourra utiliser n'importe quel argument
03:32pour dire, eh bien, j'en licencie 10, 15, 20, 50,
03:38et je préfère payer des indemnités
03:41qui, évidemment, seront abaissées
03:44dans le cadre d'un rapport de force nouveau.
03:45Donc, ce qu'il faut,
03:47c'est ne pas donner un blanc-seing
03:52au Parlement, au Président de la République.
03:55Si au Parlement, le Président de la République,
03:58il commande l'ordre du jour du Parlement,
04:01il commande dans les 3, 4 mois,
04:03parce qu'on dit qu'il y a de nouveaux visages,
04:05mais la réalité, ce n'est pas le problème des nouveaux visages.
04:09La question qui est posée à chacune et chacun d'entre nous,
04:11c'est quelle politique on va mettre en œuvre ?
04:14Et on sait très bien que plus il y a de nouveaux,
04:17plus on va les rendre dépendants
04:20du pouvoir central.
04:21De surcroît, il y a un argument
04:24qui sera utilisé contre un parlementaire
04:27d'En Marche, on lui demandera toujours
04:29« Toi, qui t'as fait roi ? »
04:31Donc, jamais il ne pourra voter contre,
04:33il votera pour toutes les dispositions
04:35les plus négatives.
04:36Donc, les électrices et les électeurs,
04:38dans un souci de pluralisme,
04:40dans le souci d'être protégés,
04:42dans le souci de rééquilibrer
04:44nos institutions,
04:45et ce scrutin majoritaire
04:48majoritaire à deux tours
04:49qui donnent une prime
04:50au président élu,
04:53c'est de rééquilibrer ça
04:54en ne se donnant
04:55des députés du Front de Gauche,
04:57des députés de gauche
04:58qui n'accepteront pas
05:00ce qu'on veut imposer
05:01dès les semaines et les mois qui viennent.
05:05Autre sujet important
05:07dont on ne mesure peut-être pas la portée,
05:09la suppression des cotisations sociales
05:11et le renforcement de la CSG,
05:14qui est payé notamment par les chômeurs
05:15et les retraités.
05:16Les principaux perdants
05:18de cette réforme fiscale
05:19seront la majorité des retraités,
05:21ce qui touche 1 200 euros par mois
05:23ou plus.
05:24Par contre, les dividendes
05:25seront épargnés grâce à un prélèvement
05:27forfaitaire unique
05:28de l'ordre de 30%,
05:29plus avantageux qu'actuellement.
05:31Derrière cette mesure,
05:32qui certes augmentera
05:34le salaire net des salariés du privé,
05:35il s'agit de dynamiter
05:37le système actuel de financement
05:39de la sécurité sociale
05:40et de l'assurance chômage.
05:42Alors Patrick,
05:43quels sont les dangers
05:43de cet abandon du principe de solidarité ?
05:47La question qui est posée
05:49et que tout le monde veut cacher,
05:51c'est que c'est dans l'entreprise
05:53qu'on crée de la richesse.
05:54C'est le travail humain
05:56qui permet de créer la richesse,
05:59mais aussi de la plus-value,
06:01de la valeur ajoutée.
06:02La question est de savoir
06:03à quoi sert cette valeur ajoutée
06:05et cette plus-value produite.
06:07Cette plus-value sert-elle
06:09à rémunérer les actionnaires
06:10ou sert-elle aux investissements
06:13de demain,
06:14à la formation des salariés,
06:15à la rémunération des salariés ?
06:17Comme le président
06:19de la République actuelle
06:20ne veut pas
06:22d'une autre répartition des richesses,
06:24c'est-à-dire il ne veut pas
06:25que l'augmentation de la plus-value
06:29bénéficie aux salariés
06:30et aux investissements
06:31qui seraient créateurs d'emplois.
06:32Eh bien, il invente
06:34un chemin de traverse
06:35en disant
06:36« Je vais vous donner du salaire,
06:38mais je vais vous donner du salaire
06:39en diminuant
06:40les cotisations sociales. »
06:43Mais la cotisation sociale
06:45est un salaire différé.
06:47La cotisation sociale,
06:48c'est ce que paye l'employeur
06:50et ce que paye le salarié
06:52sur le travail réalisé,
06:54mais pour son assurance maladie,
06:57pour ses congés payés,
06:59pour sa retraite de demain,
07:01pour se protéger
07:02en fin de compte.
07:03Or, c'est l'astuce
07:05qui a été trouvée
07:07pour, une fois de plus,
07:09protéger les détenteurs
07:10du capital.
07:11Ça, c'est également
07:13une question fondamentale
07:15qui est posée
07:16à chacune et chacun.
07:17Je ne crois pas
07:18qu'il faille
07:19pour un salarié aujourd'hui,
07:21pour un chômeur,
07:22pour quelqu'un
07:23qui est dans la précarité.
07:24Je ne crois pas
07:25que le bon choix pour lui
07:26soit d'appuyer cela.
07:28Parce qu'en apparence,
07:31il peut avoir
07:32une petite augmentation
07:33de sa rémunération demain,
07:35mais laquelle augmentation
07:37de rémunération
07:37sera de toute façon
07:39avalée
07:40parce qu'elle ne sera pas
07:43revalorisée
07:44au fil des mois
07:45et des années,
07:46mais surtout,
07:47au bout du bout,
07:49on perdra
07:50en sécurité sociale.
07:52Or,
07:53on le regrettera demain
07:55parce qu'il faudra
07:56payer plus
07:57pour sa sécurité sociale.
07:58même,
07:59on nous demandera
08:00d'accepter
08:00la privatisation
08:02de la sécurité sociale
08:03et on aura
08:04moins de retraite
08:05ou bien
08:06on reculera encore
08:07l'âge donnant
08:08droit
08:09à la possibilité
08:11d'aller
08:12en retraite.
08:13Donc,
08:13il ne faut pas
08:14laisser passer
08:15ce piège-là.
08:16Il faut,
08:17à l'occasion
08:17des élections législatives,
08:19faire un vote
08:20qui permette
08:22d'empêcher ça
08:22et qui réclame
08:24une autre répartition
08:26des richesses
08:26et une autre manière
08:28de produire
08:28ces richesses,
08:29c'est-à-dire combiner
08:30le pouvoir d'achat,
08:33l'amélioration
08:34de ces conditions sociales
08:36et le progrès écologique.
08:38On passe à l'homme
08:39de la semaine,
08:40c'est Mathias Depardon,
08:41arrêté il y a
08:42pile un mois,
08:43le 8 mai dernier,
08:44alors qu'il effectuait
08:45un reportage
08:46au sud-est de la Turquie
08:47pour le magazine
08:48National Geographic.
08:49Le photojournaliste
08:50a été aussitôt envoyé
08:51dans un centre
08:52de rétention
08:52pour migrants
08:53à Gaziantep,
08:55près de la frontière syrienne.
08:57Depuis,
08:57ses proches,
08:58ses collègues
08:59et l'organisation
09:00Reporters sans frontières
09:01se mobilisent
09:02pour tenter
09:03de le faire libérer.
09:04Une manifestation
09:05était organisée
09:06mercredi
09:06pour alerter
09:07l'opinion
09:08et l'État
09:09sur l'incompréhensible
09:10durée de sa détention.
09:12On écoute sa mère
09:13et le secrétaire général
09:14de Reporters sans frontières.
09:16Ça va,
09:16moralement,
09:17il est fort,
09:17mais voilà,
09:19il faut que ça se termine
09:20parce qu'après un mois
09:21d'enfermement,
09:21il peut sortir 10 minutes
09:22dans la journée
09:24et il est derrière
09:25des barreaux
09:26et il est souvent seul
09:28donc il est isolé
09:28et il ne sait pas
09:29ce qui se passe
09:29à l'extérieur.
09:30Le consul a pu le voir
09:31une fois
09:32donc je veux de la fermeté
09:33de la part du gouvernement français.
09:35Normalement,
09:36ce genre de mobilisation
09:37avec des banderoles
09:38devant des bâtiments publics,
09:39c'est pour des prises d'otages
09:41par des groupes armés,
09:43par des groupes de malfrats.
09:45Cette fois-ci,
09:46c'est pour une prise d'otages
09:48institutionnels
09:48par un État,
09:50la Turquie,
09:51qui depuis un mois
09:53détient arbitrairement
09:54Mathias Depardon
09:55en gardant
09:56deux procédures ouvertes,
09:58une procédure judiciaire
09:59mais où le juge
10:00a considéré
10:01qu'il n'y avait pas lieu
10:01à détention provisoire,
10:02une procédure administrative
10:04qui, au fond,
10:05n'est pas elle-même respectée
10:06puisqu'un arrêté d'expulsion
10:07a été prononcé
10:08il y a près d'un mois
10:09et qui n'a jamais été
10:10mis à exécution.
10:10Alors la situation
10:12de ce journaliste
10:12nous confirme
10:13ce que l'on sait déjà
10:14de la liberté d'expression
10:16et de la presse
10:17en Turquie
10:17mais à votre avis,
10:18est-ce que l'on peut aussi
10:19y voir un message
10:20de défiance
10:21de la part d'Erdogan
10:22vis-à-vis de la France
10:23et de l'Europe ?
10:24D'abord, il est incarcéré
10:26parce qu'il est journaliste,
10:28parce qu'on lui reproche
10:30son métier
10:32qui est d'informer
10:33ses concitoyennes
10:34et ses concitoyens
10:35et de faire des photos
10:36pour que nous visionnions,
10:40que nous visualisons
10:41une réalité là-bas
10:43qui a beaucoup d'aspects terribles.
10:46Secondement,
10:48vraisemblablement,
10:49il y a un jeu,
10:50une sorte d'otage
10:53pour faire pression
10:55sur l'Union européenne
10:56et sur la France.
10:57Et il ne faut pas céder à cela,
10:59il faut continuer
11:02à renforcer la mobilisation,
11:04pas seulement celle de la profession,
11:06celle de la profession
11:07est indispensable,
11:08mais c'est toutes les citoyennes
11:10et les citoyens
11:10parce que dès lors
11:11que la liberté d'informer
11:14est mise en cause,
11:15c'est notre propre liberté
11:17de disposer des éléments
11:19pour nous faire
11:20notre propre opinion
11:21qui est aujourd'hui
11:23également menacée.
11:24Par conséquent,
11:25à tout point de vue,
11:26il faut amplifier
11:28la mobilisation
11:29pour qu'ils sortent
11:31des prisons turques.
11:32On se rend maintenant
11:33au Maroc
11:34où une révolution
11:35couvre peut-être
11:36dans le rif.
11:37Depuis la mort
11:38le 28 octobre dernier
11:39de Moussin Fikri,
11:40ce jeune poissonnier
11:42broyé par une benne à ordures
11:43où il tentait
11:44de récupérer sa marchandise saisie,
11:46la colère n'est pas retombée.
11:47Le roi est même mis en cause.
11:49La contestation ne s'est pas éteinte
11:51avec l'arrestation
11:52de dizaines de militants
11:54dont Nasser Zeph Zafi,
11:56porte-voix du mouvement.
11:57Dans tout le pays,
11:59les sittings de solidarité
12:00avec les protestataires rifins
12:01sont brutalement réprimés.
12:03Alors, on parle très peu
12:05de cette révolte
12:06qui révèle,
12:07comme ça a été déjà le cas
12:08en Tunisie,
12:09des failles profondes
12:10dans cette société inégalitaire.
12:12Alors, à votre avis,
12:13pourquoi ce mouvement
12:14suscite-t-il si peu de réactions
12:16en France et dans le monde ?
12:18Vraisemblablement,
12:19c'est lié à l'actualité,
12:21c'est-à-dire les déclarations
12:23du président nord-américain,
12:25les grandes conférences
12:26qui ont lieu
12:27en début de semaine dernière,
12:31également ce triste paysage
12:36marqué par le terrorisme,
12:37ici sur le sol européen,
12:39notamment chez nos amis anglais,
12:42mais surtout dans les pays
12:43du Proche et du Moyen-Orient
12:45où on en parle aussi
12:48vraisemblablement très insuffisamment.
12:50Il y a des attentats
12:51en Afghanistan, en Irak
12:53et il y a très peu
12:54de répercussions médiatiques,
12:56malheureusement.
12:57Donc, ça, c'est...
12:58Il est possible que ça se fonde.
13:00L'humanité s'est fait un devoir
13:02de traiter de cette question au fond
13:05et ce qui se passe vraisemblablement,
13:08c'est que l'aspiration
13:09à la démocratie et à la justice
13:11qui s'est manifestée
13:12pendant ce qu'on a appelé
13:13les printemps arabes
13:14est toujours vivante.
13:16Ces braises sont toujours brûlantes,
13:19sont toujours rougissantes
13:20et qui ne demandent qu'à reprendre
13:22parce que ces problèmes-là,
13:26le problème de la justice,
13:27de la démocratie,
13:29de la possibilité de s'émanciper,
13:31sont loin d'être réglés.
13:32C'est pour ça que c'est les ceux
13:34qui luttent ont évidemment
13:36notre soutien, notre solidarité.
13:39Et de ce point de vue,
13:40l'Union européenne et la France
13:42qui donnent souvent des leçons
13:44en se tournant vers certains lieux
13:47de la planète,
13:48pour le coup, ce sont des pays proches,
13:51c'est tous les pays de l'imitrophe
13:54de notre mer commune,
13:56la mer Méditerranée.
13:57Il faudrait en permanence,
13:59dans les relations que nous avons,
14:02il faudrait d'une part
14:04qu'à la fois nos peuples
14:06et nos institutions
14:09protestent, contestent
14:09le fait qu'il y ait ces répressions,
14:12mais en même temps,
14:13il faut aider à y apporter
14:15des solutions,
14:15c'est-à-dire dans tous les projets
14:17de coopération et de partenariat
14:19que nous avons.
14:20Ça devrait être des projets
14:21de co-développement
14:22qui visent à la fois
14:24plus de justice,
14:25le travail pour chacune
14:28et chacun,
14:28et la démocratisation des sociétés.
14:31On termine avec une page culture,
14:34le festival Ciné Palestine
14:35se tient jusqu'au 11 juin
14:37à Paris et en Seine-Saint-Denis.
14:39L'édition 2017 marque
14:41le 50e anniversaire de la Naxa
14:43avec un focus intitulé
14:45« Regards croisés » sur 1967.
14:48La programmation met aussi en valeur
14:50la jeune création palestinienne.
14:52On écoute Patricia Relétif,
14:54co-fondatrice de ce rendez-vous
14:56unique en France.
14:57Il y a la difficulté quotidienne
14:59de ceux qui ont à quoi faire
15:01avec l'occupation
15:03dans le sens de présence physique,
15:06checkpoint, mur,
15:07parce qu'il faut faire la queue
15:08à 2h du matin
15:09pour pouvoir traverser le checkpoint
15:11et aller de l'autre côté
15:12juste pour aller travailler.
15:14Il y a l'occupation
15:16qui s'infiltre dans la vie intime
15:18des couples,
15:19donc ça rend tout assez difficile.
15:22Dans la famille,
15:23et donc les familles qui sont séparées
15:26parce qu'ils habitent
15:27d'un côté ou de l'autre du mur,
15:29donc chacun porte son expérience.
15:32Et je dois dire
15:33qu'il y a quelque chose
15:35qui est assez typique
15:36de ce cinéma,
15:37et c'est que c'est jamais sans humour.
15:40Il y a un humour typique palestinien
15:42qui est génial.
15:44Et même quand on a la larme
15:47qui commence à couler,
15:48il y a un petit moment ironique
15:51qui fait que toute la situation
15:53remonte.
15:53Et ça, c'est vraiment typique
15:55de ce cinéma.
15:56Il y a un focus
15:59sur l'anniversaire
16:01de la Naxa,
16:02c'est-à-dire le 50e anniversaire,
16:04on l'a évoqué tout à l'heure,
16:04de la guerre de 1967,
16:06la guerre des Six Jours,
16:06qui a amené
16:08encore plus d'occupations.
16:10L'idée, c'est de donner
16:12un éclairage historique
16:12sur cette occupation ?
16:15L'idée, c'était plutôt
16:17de faire une édition spéciale.
16:23Comme on s'est rendu compte
16:25que ça tombait sur cet anniversaire,
16:26on a dit,
16:27il faut que c'est bien
16:29qu'on puisse mettre en avant
16:32ce sujet.
16:34Comment on peut le faire ?
16:35Donc, on a choisi
16:36des films palestiniens
16:37qui parlent de 1967,
16:42en particulier deux documentaires
16:45« Off-frame Haka Revolution
16:47Until Victory »
16:49dont le réalisateur s'appelle
16:51Mohanad Yacoub
16:52et qui est aussi
16:53un producteur palestinien.
16:54Il a une société de production
16:56qui s'appelle Idiom Film
16:57et « Perpetual Recurrences »
17:00de Rim Shillé.
17:01Ce sont deux documentaires
17:03expérimentaux assez particuliers
17:06où on voit
17:07ce gros, gros boulot
17:10de collage
17:11parce que c'est un documentaire
17:12créé avec un montage
17:15d'images d'archives
17:18tournées entre les années
17:201967 et 1972
17:21qui étaient des années
17:23où le cinéma palestinien
17:25était un cinéma révolutionnaire,
17:27militant,
17:28qui suivait l'Organisation
17:31pour la libération
17:32de la Palestine
17:33et ça jusqu'à
17:34qu'ils ont dû quitter le Liban.
17:38Et ce qui est intéressant
17:40dans ces deux films,
17:42c'est qu'ils retracent,
17:43ils retrouvent des images
17:44de films
17:45qui ont pensé
17:46étaient perdues
17:47parce que quand
17:49l'OLP a été
17:50chassée
17:51et est partie du Liban
17:52à cause de l'invasion
17:53d'Israël,
17:55beaucoup de matériel
17:56a été perdu.
17:57Alors est-ce que vous pensez
17:58qu'il est important
17:59de mettre en lumière
18:00le dynamisme culturel
18:02de ce pays,
18:03la Palestine,
18:03qu'on assimile en général
18:04uniquement à la guerre ?
18:06Oui,
18:07il y a une formidable créativité
18:10dans le monde intellectuel,
18:14le monde culturel,
18:15dans la jeunesse elle-même,
18:16dans les populations elles-mêmes,
18:18à tout point de vue.
18:19C'est de la créativité
18:21dans l'action,
18:23dans le travail,
18:24dans la façon
18:27de produire,
18:28de dire,
18:29de raconter
18:30un certain nombre
18:31d'événements.
18:32Il y a de grands poètes
18:33en Palestine,
18:34de grands cinéastes,
18:36des musiciens
18:37de grande qualité
18:38dont certains coopèrent
18:39ici avec des formations,
18:44notamment l'orchestre
18:46d'Angers
18:46à Al-Kalamantanshi.
18:48Et donc tout ceci
18:50et c'est vrai
18:51un peu sous-estimé
18:54parfois ou en tout cas
18:54méconnu.
18:55Et je trouve que
18:56c'est extrêmement intéressant
18:58que par la culture,
19:02par les arts,
19:03on fasse connaître
19:04à la fois l'histoire
19:05de son peuple
19:05mais aussi la volonté
19:08de s'émanciper,
19:10de ne pas se laisser dominer
19:12par d'autres.
19:13Et en général,
19:14il faut savoir
19:15que les jeunes palestiniens,
19:19malgré des conditions
19:20très difficiles,
19:21y compris à Gaza
19:22où c'est souvent l'ONU
19:23qui protège les écoles
19:25ou qui organise les cours.
19:27On fait des groupes d'enfants.
19:30Des enfants ne peuvent venir
19:31à l'école que le matin,
19:33d'autres l'après-midi,
19:33quelquefois un jour sur deux.
19:35Malgré ces conditions-là,
19:37la jeunesse palestinienne
19:39est une jeunesse
19:40très éduquée,
19:42très créatrice
19:44et une jeunesse
19:45qui va souvent faire
19:46ses études
19:48dans des universités
19:49à l'intérieur de la Palestine
19:52qui sont des universités
19:53de haut niveau
19:54mais aussi à l'extérieur,
19:55ici en Europe,
19:57en France même
19:57et aux États-Unis.
19:59Et ceci est trop
20:01mésestimé
20:02et donc tout ce qui va
20:03dans le sens
20:05de la promotion de cela
20:06doit être encouragé
20:07et soutenu.
20:08Je sais que vous le faites.
20:09Merci Patrick Leyaric.
20:11On se retrouve très bientôt
20:13pour un nouveau numéro
20:14de Regards sur l'actualité.