00:01Bon, disons que franchement, on n'avait pas très envie de regarder le débat de mardi soir sur BFM.
00:07Pourquoi ? Parce qu'on s'attendait quand même à quelque chose, je dirais, d'assez ennuyeux,
00:11avec des interventions ramenées à 1 minute 30, 1 minute 40,
00:15et donc en pensant que chacun n'aurait pas la possibilité de dire des choses très intéressantes,
00:21et en tout cas d'une certaine profondeur.
00:24Donc on n'était pas enthousiastes, et puis finalement, c'est pas ça qui s'est passé.
00:28Bien sûr, on ne va pas réduire une campagne électorale à des débats télévisés,
00:34ce serait dangereux, ce serait faux, et ce serait surtout nous entraîner vers une forme d'autre médiatisation
00:41que celle qu'on connaît d'habitude.
00:43Donc une campagne électorale, ça suppose du contact, ça suppose des réunions publiques,
00:48ça suppose du porte-à-porte, ça suppose bien autre chose,
00:50et surtout, ça suppose de prendre le temps d'approfondir des idées, d'aller au fond des choses,
00:55et de ne pas en rester à la surface, aux petites phrases qu'on se lance à la tête les
00:59uns des autres.
01:00Mais, en même temps, il y avait quelque chose d'assez réjouissant, oui, dans ce débat de mardi soir,
01:07c'est le fait finalement que la présence de ce qu'on appelle au fond assez abusivement,
01:12les petits candidats, a quelque peu ouvert le champ de ce qu'on a l'habitude de voir à la
01:18télévision,
01:19particulièrement avec soit des débats et des entretiens avec des journalistes
01:23dont certains veulent visiblement pousser les candidats dans leur retranchement,
01:29font assaut de toutes pièces pour les déstabiliser,
01:32ou alors au contraire, quand on a l'impression de débats, de discussions entre soi,
01:37entre gens du même monde qui se comprennent parfaitement, etc.
01:40Donc, mardi soir, on a eu, je dirais, autre chose que ce qu'il nous représentait habituellement,
01:46je dirais, une vision du monde politique beaucoup moins formatée que telle qu'elle apparaît d'habitude.
01:51Pourquoi ? Parce qu'effectivement, il y avait là des paroles fortes
01:54qui, au fond, d'une certaine manière, représentent la diversité de la société,
01:59et non pas telle qu'elle est, polissée, canalisée et formatée.
02:03Et donc, évidemment, on a eu ces moments, je dirais, assez jubilatoires,
02:07et notamment quand Philippe Poutou, qui a bien tenu son rôle, au fond,
02:12a lancé à Mme Le Pen, nous, madame, quand on est mis en examen par la justice,
02:16nous, les ouvriers, nous n'avons pas d'immunité ouvrière.
02:19C'était bien envoyé, et d'ailleurs, il y a eu des applaudissements, et voilà.
02:24Donc, merci d'ailleurs à Philippe Poutou, au passage,
02:26et en tout, amicalement, et je dirais presque fraternellement.
02:30Et donc, en même temps, d'autres, bien sûr, ont tenu bien leur place.
02:34Jean-Luc Mélenchon a été, dans la graphine du précédent débat,
02:39assez clair, prenant du recul et de la hauteur pour approfondir les questions.
02:43Nathalie Arthaud, d'une certaine manière, avec une certaine véhémence,
02:47mais a amené quand même des questions vraies, qu'on ne pose pas d'habitude à la télévision.
02:51Et, chose remarquable aussi, c'est que finalement, les journalistes qui animaient cela,
02:57Ruth Elkrieff et Laurence Ferrari, se sont trouvés finalement ramenés simplement à un rôle de relance, etc.,
03:05mais beaucoup moins que d'habitude, où on a presque l'impression que ce sont les journalistes qui veulent imposer
03:10leur thème, etc.
03:11Mais surtout, et pour aller plus loin, il y a une chose qui était frappante, il me semble, le mardi
03:17soir,
03:18c'est que, alors que depuis des années, le Front National impose ces thèmes de débat à la société française,
03:24qu'on discute autour de ce qu'a dit Mme Le Pen, ce qu'elle va faire, etc.,
03:28elle semblait, je ne dirais pas absente, mais au fond, on se rendait compte qu'à partir du moment où
03:33on entrait dans le vif de la société,
03:35dans le vif de sa diversité, les thèmes du Front National étaient beaucoup moins apparents
03:39et beaucoup moins prégnants sur l'ensemble des choses.
03:41Donc, de même, Emmanuel Macron, au fond, n'a pas franchement crevé l'écran en imposant ces thèmes de débat
03:48et a même semblé, à certains moments, être très proche de François Fillon,
03:51qui, lui, de toute façon, connaît sa partie, mais avec des difficultés qu'on connaît,
03:56donc avec un manque certain de crédibilité.
03:59Et donc, voilà, ce débat, finalement, était très intéressant,
04:04non pas tant par les contenus, parce qu'on sait bien que c'est trop rapide
04:08et que, comme je l'ai dit, il n'y a pas moyen d'approfondir vraiment une idée,
04:11mais plutôt par l'image qu'il donnait d'une autre vision du débat politique,
04:16c'est-à-dire où on s'affronte, où on discute, où on n'est pas dans une discussion, je
04:20dirais,
04:21réglée à l'avance sur les thèmes imposés par les commentateurs ou par les candidats eux-mêmes.
04:26Et au fond, on avait là une vision du débat politique tel qu'Aristote le pensait il y a bien
04:36longtemps,
04:36mais d'une façon très moderne à propos de la cité grecque,
04:40à savoir, comme il disait, que les choses futures ont leur principe dans la délibération et dans l'action.
04:47La délibération, pour Aristote, c'était le débat,
04:50mais c'était plus encore le débat qui ouvre à la liberté,
04:54parce qu'il permet d'aller à la rencontre véritablement des idées de l'autre,
04:58à la confrontation, et que cette liberté-là, elle est effectivement le gage de l'invention du futur.
05:04Sous-titrage Société Radio-Canada