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  • il y a 13 heures
Gérard Le Puill, journaliste à l'Humanité, analyse l'enjeu de la COP 23 qui se tient pour deux semaines à Bonn. Cette 23ème conférence sur le climat tente de convaincre les pays développés de venir en aide aux plus pauvres dans un contexte marqué par les tempêtes, les incendies et la pollution catastrophique des grande villes, sans remettre en cause la mondialisation capitaliste de l’économie responsable de ce désastre. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour Gérard Lepuy. Bonjour. La COP23 se tient à Bonn en Allemagne fédérale depuis lundi dernier
00:11et ça dure jusqu'à la semaine prochaine. Quel est l'enjeu de ces réunions internationales ?
00:19Alors c'est une réunion qui a lieu maintenant tous les ans avec comme thème principal la lutte
00:27contre le réchauffement climatique mais avec des préconisations différentes d'une année à l'autre.
00:35Cette année par exemple ça se tient sous la présidence des îles Fidji mais les îles Fidji sont trop petites
00:41pour organiser la COP et donc ça se tient en Allemagne. Mais ça se tient dans un contexte où on
00:49vient de voir
00:50des catastrophes naturelles en cascade. On a eu les cyclones au Caraïbe, on a eu des typhons en Asie,
01:00on a eu de gros incendies au Portugal et en Californie et donc on voit là tous les signes du
01:08réchauffement climatique
01:09et plus grave encore des petites îles justement comme les Fidji risquent de disparaître dans quelques années
01:17ou de devenir invivable si ça continue comme ça avec en plus le niveau de la mer qui ne cesse
01:23de monter.
01:24Alors le problème c'est que maintenant on perd la confiance en toutes ces réunions internationales.
01:31Celles qui étaient tenues à Paris COP21, apparemment les promesses, les objectifs ne seront pas tenues. Pourquoi ?
01:42Parce que d'une part on a choisi d'avoir des objectifs ambitieux en chiffres, c'est-à-dire contenir
01:50le réchauffement climatique
01:51sous plus 2 degrés d'ici la fin du siècle en cours, mais en ne prenant pas de mesures pour
01:59tenir cet engagement.
02:01C'est-à-dire que comme chaque pays peut avancer à son rythme, on sait par exemple que la Chine
02:07promet d'inverser ses émissions en 2030,
02:11les Etats-Unis, deuxième pollueur mondial, se sont retirés de la conférence
02:15et un grand pays comme l'Inde continue de polluer à tel point qu'il a fallu cette semaine par
02:21exemple
02:22fermer les écoles à New Delhi tellement il y avait de pollution dans la capitale indienne.
02:26Donc on voit bien que fixer des objectifs est une chose, mais prendre les mesures pour atteindre ces objectifs en
02:35est une autre.
02:36Et là je crois que pour l'instant on n'a pas de résultat
02:40et les scientifiques s'en inquiètent en disant que si on continue comme ça, c'est pas 2 degrés de
02:45plus qu'on va avoir à la fin du siècle,
02:47mais 3 degrés ou 3,5 ou 4 degrés.
02:50Et donc on imagine les conditions de vie pour nos petits-enfants à la fin du siècle en cours,
02:56si on a cette augmentation des températures, ce sera catastrophique.
03:00Quel est l'obstacle ? C'est les finances, c'est l'argent qui manque ou c'est la politique
03:05et la volonté d'appliquer les conclusions ?
03:09C'est la conception qu'on a de la conduite de l'économie à mon avis.
03:14Parce qu'on reste sur une économie mondialisée, libérale,
03:19avec une grosse consommation de matières premières,
03:24avec des destructions d'usines ici pour aller produire ailleurs
03:28et donc tout cela crée évidemment beaucoup d'émissions de CO2
03:33et au lieu donc de les réduire, on continue de les augmenter
03:37et donc tant qu'on n'aura pas une autre conception de l'économie, je pense qu'on s'en
03:41sortira pas.
03:42Et je veux dire à ce propos, par exemple, les préconisations de la COP21,
03:49on ne va en discuter que l'année prochaine en Pologne à l'occasion de la COP24.
03:54On aura encore perdu une année de plus.
03:57Et qu'est-ce qui sortira de cette réunion ?
04:00Ça reste encore à déterminer, donc il y a de quoi être inquiet effectivement.
04:06Qu'est-ce qu'on devrait faire pour un pays comme la France
04:10pour réduire ces émissions de CO2 que tu viens de parler ?
04:13En France, il y a quatre gros secteurs émetteurs de gaz à effet de serre.
04:18Le plus gros émetteur, c'est le transport sur route.
04:22Et tout cela parce qu'on a organisé le pays de telle sorte
04:26que les emplois sont dans les grandes agglomérations
04:29et comme les loyers sont trop chers,
04:32et bien les gens vont habiter à 40 km alentour.
04:35Ce qui fait qu'autour de Paris, autour de Bordeaux, autour de Toulouse,
04:39autour de Lyon, autour de Lille, autour de Marseille,
04:42il y a des gros bouchons deux fois par jour
04:45et beaucoup d'émissions de gaz à effet de serre.
04:47Il y a cet aspect.
04:49Un autre aspect, c'est l'isolation des bâtiments.
04:52Il faudrait aider les HLM, aider les ménages à isoler leur habitation
04:59de manière à moins consommer de gaz ou de fuel pour le chauffage par exemple.
05:04L'agriculture, si on avait une agriculture pratiquant l'agroécologie,
05:10c'est-à-dire des pratiques agronomiques qui font appel à peu d'engrais
05:16parce qu'on fait travailler la nature de manière intelligente,
05:19et bien là aussi on pourrait réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.
05:24Si au lieu d'essayer de produire toujours plus de lait ou de viande pour l'exportation,
05:29on choisissait d'en produire moins et de produire avec ce que nous avons chez nous,
05:34au lieu d'importer du soja d'Amérique du Sud en pratiquant la déforestation
05:39comme on a pu le voir hier soir à la télévision lors de cash investigations,
05:43et bien là aussi on pourrait faire de sorte qu'on émette beaucoup moins de gaz à effet de serre.
05:50Et puis, comment dire, il y a la production électrique et de ce point de vue par exemple,
05:56ce qu'a dit Nicolas Hulot hier en disant qu'il n'est pas possible de fermer autant de centrales
06:03nucléaires
06:04et de ramener la production électrique du nucléaire à 50% de notre mix énergétique d'ici 2025,
06:10et bien c'est un début de prise de conscience que, effectivement, on ne peut pas comme ça du jour
06:17au lendemain sortir du nucléaire
06:19sauf à relancer des centrales au charbon, au fuel et au gaz, ce que l'Allemagne est en train de
06:25faire.
06:26Et si on faisait pareil en France, ce serait encore pire parce que l'Allemagne, elle avait au maximum 30
06:31% d'énergie nucléaire,
06:33tandis que nous, on a encore plus de 70%.
06:36Donc, la question, c'est de bien gérer les centrales nucléaires avec beaucoup de vigilance et le plus de sûreté
06:43possible
06:44plutôt que de se précipiter pour les fermer, parce que les fermer, en plus de polluer davantage,
06:50et bien ça doublerait peut-être ou ça triplerait le prix de l'électricité pour les ménages.
06:55Ou en même temps, songer à bien développer l'énergie remplaçante.
06:59Oui, bien sûr, oui, mais ça ne peut faire que progressivement.
07:03Progressivement, d'accord.
07:04Et nous, dans notre quotidien, qu'est-ce qu'on peut faire ? On peut faire quelque chose ?
07:09On peut. Alors, les gens n'aiment pas trop qu'on parle de ça, mais je pense, par exemple,
07:15que dans les pays développés comme la France, on mange aujourd'hui trop de viande.
07:20On pourrait manger moins de viande, ça contribuerait à rejeter moins d'émissions de gaz à effet de serre à
07:26travers les élevages.
07:27On pourrait aussi faire nos achats de manière plus sobre en achetant moins d'emballages et de choses comme ça.
07:34Donc, il y a des choses à faire au quotidien chez soi.
07:37Ceux qui ont un jardin, par exemple, cultiver son jardin permet de se nourrir partiellement
07:42et donc, là aussi, de réduire les importations qui viennent des pays lointains comme le Maroc, par exemple,
07:50pour les tomates et des choses comme ça.
07:52Donc, il y a des choses à faire et chacun peut prendre sa part,
07:56mais on voit bien que globalement, ce qui manque quand même,
08:01c'est des grandes décisions politiques au niveau planétaire et là, on a de quoi être inquiet.
08:07Merci beaucoup, Gérard Lepuy.
08:09Donc, je rappelle le dernier livre que vous avez publié,
08:12« Devant l'urgence climatique, bousculons les politiques » aux éditions du Croquant.
08:19Et plus que jamais, on a besoin de les bousculer.
08:21« Devant l'urgence climatique »
08:25..

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