00:01Bonjour Gérard Lepuy. Bonjour. La COP23 se tient à Bonn en Allemagne fédérale depuis lundi dernier
00:11et ça dure jusqu'à la semaine prochaine. Quel est l'enjeu de ces réunions internationales ?
00:19Alors c'est une réunion qui a lieu maintenant tous les ans avec comme thème principal la lutte
00:27contre le réchauffement climatique mais avec des préconisations différentes d'une année à l'autre.
00:35Cette année par exemple ça se tient sous la présidence des îles Fidji mais les îles Fidji sont trop petites
00:41pour organiser la COP et donc ça se tient en Allemagne. Mais ça se tient dans un contexte où on
00:49vient de voir
00:50des catastrophes naturelles en cascade. On a eu les cyclones au Caraïbe, on a eu des typhons en Asie,
01:00on a eu de gros incendies au Portugal et en Californie et donc on voit là tous les signes du
01:08réchauffement climatique
01:09et plus grave encore des petites îles justement comme les Fidji risquent de disparaître dans quelques années
01:17ou de devenir invivable si ça continue comme ça avec en plus le niveau de la mer qui ne cesse
01:23de monter.
01:24Alors le problème c'est que maintenant on perd la confiance en toutes ces réunions internationales.
01:31Celles qui étaient tenues à Paris COP21, apparemment les promesses, les objectifs ne seront pas tenues. Pourquoi ?
01:42Parce que d'une part on a choisi d'avoir des objectifs ambitieux en chiffres, c'est-à-dire contenir
01:50le réchauffement climatique
01:51sous plus 2 degrés d'ici la fin du siècle en cours, mais en ne prenant pas de mesures pour
01:59tenir cet engagement.
02:01C'est-à-dire que comme chaque pays peut avancer à son rythme, on sait par exemple que la Chine
02:07promet d'inverser ses émissions en 2030,
02:11les Etats-Unis, deuxième pollueur mondial, se sont retirés de la conférence
02:15et un grand pays comme l'Inde continue de polluer à tel point qu'il a fallu cette semaine par
02:21exemple
02:22fermer les écoles à New Delhi tellement il y avait de pollution dans la capitale indienne.
02:26Donc on voit bien que fixer des objectifs est une chose, mais prendre les mesures pour atteindre ces objectifs en
02:35est une autre.
02:36Et là je crois que pour l'instant on n'a pas de résultat
02:40et les scientifiques s'en inquiètent en disant que si on continue comme ça, c'est pas 2 degrés de
02:45plus qu'on va avoir à la fin du siècle,
02:47mais 3 degrés ou 3,5 ou 4 degrés.
02:50Et donc on imagine les conditions de vie pour nos petits-enfants à la fin du siècle en cours,
02:56si on a cette augmentation des températures, ce sera catastrophique.
03:00Quel est l'obstacle ? C'est les finances, c'est l'argent qui manque ou c'est la politique
03:05et la volonté d'appliquer les conclusions ?
03:09C'est la conception qu'on a de la conduite de l'économie à mon avis.
03:14Parce qu'on reste sur une économie mondialisée, libérale,
03:19avec une grosse consommation de matières premières,
03:24avec des destructions d'usines ici pour aller produire ailleurs
03:28et donc tout cela crée évidemment beaucoup d'émissions de CO2
03:33et au lieu donc de les réduire, on continue de les augmenter
03:37et donc tant qu'on n'aura pas une autre conception de l'économie, je pense qu'on s'en
03:41sortira pas.
03:42Et je veux dire à ce propos, par exemple, les préconisations de la COP21,
03:49on ne va en discuter que l'année prochaine en Pologne à l'occasion de la COP24.
03:54On aura encore perdu une année de plus.
03:57Et qu'est-ce qui sortira de cette réunion ?
04:00Ça reste encore à déterminer, donc il y a de quoi être inquiet effectivement.
04:06Qu'est-ce qu'on devrait faire pour un pays comme la France
04:10pour réduire ces émissions de CO2 que tu viens de parler ?
04:13En France, il y a quatre gros secteurs émetteurs de gaz à effet de serre.
04:18Le plus gros émetteur, c'est le transport sur route.
04:22Et tout cela parce qu'on a organisé le pays de telle sorte
04:26que les emplois sont dans les grandes agglomérations
04:29et comme les loyers sont trop chers,
04:32et bien les gens vont habiter à 40 km alentour.
04:35Ce qui fait qu'autour de Paris, autour de Bordeaux, autour de Toulouse,
04:39autour de Lyon, autour de Lille, autour de Marseille,
04:42il y a des gros bouchons deux fois par jour
04:45et beaucoup d'émissions de gaz à effet de serre.
04:47Il y a cet aspect.
04:49Un autre aspect, c'est l'isolation des bâtiments.
04:52Il faudrait aider les HLM, aider les ménages à isoler leur habitation
04:59de manière à moins consommer de gaz ou de fuel pour le chauffage par exemple.
05:04L'agriculture, si on avait une agriculture pratiquant l'agroécologie,
05:10c'est-à-dire des pratiques agronomiques qui font appel à peu d'engrais
05:16parce qu'on fait travailler la nature de manière intelligente,
05:19et bien là aussi on pourrait réduire considérablement les émissions de gaz à effet de serre.
05:24Si au lieu d'essayer de produire toujours plus de lait ou de viande pour l'exportation,
05:29on choisissait d'en produire moins et de produire avec ce que nous avons chez nous,
05:34au lieu d'importer du soja d'Amérique du Sud en pratiquant la déforestation
05:39comme on a pu le voir hier soir à la télévision lors de cash investigations,
05:43et bien là aussi on pourrait faire de sorte qu'on émette beaucoup moins de gaz à effet de serre.
05:50Et puis, comment dire, il y a la production électrique et de ce point de vue par exemple,
05:56ce qu'a dit Nicolas Hulot hier en disant qu'il n'est pas possible de fermer autant de centrales
06:03nucléaires
06:04et de ramener la production électrique du nucléaire à 50% de notre mix énergétique d'ici 2025,
06:10et bien c'est un début de prise de conscience que, effectivement, on ne peut pas comme ça du jour
06:17au lendemain sortir du nucléaire
06:19sauf à relancer des centrales au charbon, au fuel et au gaz, ce que l'Allemagne est en train de
06:25faire.
06:26Et si on faisait pareil en France, ce serait encore pire parce que l'Allemagne, elle avait au maximum 30
06:31% d'énergie nucléaire,
06:33tandis que nous, on a encore plus de 70%.
06:36Donc, la question, c'est de bien gérer les centrales nucléaires avec beaucoup de vigilance et le plus de sûreté
06:43possible
06:44plutôt que de se précipiter pour les fermer, parce que les fermer, en plus de polluer davantage,
06:50et bien ça doublerait peut-être ou ça triplerait le prix de l'électricité pour les ménages.
06:55Ou en même temps, songer à bien développer l'énergie remplaçante.
06:59Oui, bien sûr, oui, mais ça ne peut faire que progressivement.
07:03Progressivement, d'accord.
07:04Et nous, dans notre quotidien, qu'est-ce qu'on peut faire ? On peut faire quelque chose ?
07:09On peut. Alors, les gens n'aiment pas trop qu'on parle de ça, mais je pense, par exemple,
07:15que dans les pays développés comme la France, on mange aujourd'hui trop de viande.
07:20On pourrait manger moins de viande, ça contribuerait à rejeter moins d'émissions de gaz à effet de serre à
07:26travers les élevages.
07:27On pourrait aussi faire nos achats de manière plus sobre en achetant moins d'emballages et de choses comme ça.
07:34Donc, il y a des choses à faire au quotidien chez soi.
07:37Ceux qui ont un jardin, par exemple, cultiver son jardin permet de se nourrir partiellement
07:42et donc, là aussi, de réduire les importations qui viennent des pays lointains comme le Maroc, par exemple,
07:50pour les tomates et des choses comme ça.
07:52Donc, il y a des choses à faire et chacun peut prendre sa part,
07:56mais on voit bien que globalement, ce qui manque quand même,
08:01c'est des grandes décisions politiques au niveau planétaire et là, on a de quoi être inquiet.
08:07Merci beaucoup, Gérard Lepuy.
08:09Donc, je rappelle le dernier livre que vous avez publié,
08:12« Devant l'urgence climatique, bousculons les politiques » aux éditions du Croquant.
08:19Et plus que jamais, on a besoin de les bousculer.
08:21« Devant l'urgence climatique »
08:25..