00:01Bonjour Bruno Dan. Bonjour. La réforme fiscale de Donald Trump est en train d'être adoptée.
00:09Quel est le contenu de cette réforme que son équipe prouillamment se félicite comme une victoire historique pour l'Amérique
00:20?
00:21C'est extrêmement grave, on va le voir, mais c'est d'abord le contenu de cette réforme.
00:26C'est tout pour les plus riches. Trump et sa famille commencent par se servir eux-mêmes, puisqu'ils seront
00:35particulièrement concernés par les baisses d'impôts qui concernent les grands groupes américains,
00:45dont son groupe d'immobiliers, qui vont bénéficier de ristournes d'impôts absolument fantastiques.
00:58Il va y avoir l'impôt sur les sociétés, par exemple, qui va être réduit de 35 à 21%.
01:08Vous vous imaginez ? 35 à 21%.
01:11Ça, ça va surtout concerner les grands groupes de distribution, les Wal-Mart, le carrefour du coin, le carrefour aux
01:22États-Unis,
01:23c'est le grand distributeur alimentaire et tous les produits, qui vont bénéficier, qui payaient leurs impôts aux États-Unis.
01:34Les autres grands groupes, déjà, avaient des moyens, comme les gérants de la Silicon Valley, etc., avaient des moyens de
01:41ne pas payer autant d'impôts et obtenaient déjà des réformes.
01:45Mais eux aussi vont y gagner, on va voir comment.
01:48Donc, c'est une victoire totale pour Wall Street.
01:53D'ailleurs, Wall Street avait commencé à célébrer les choses en montant ces dernières semaines.
02:02Les traders de Wall Street avaient acheté, acheté, acheté, acheté, parce qu'ils considéraient que la situation financière, la situation
02:15sur les marchés financiers, était...
02:18Je crois que Wall Street a battu ses records historiques.
02:23On en est plus haut que juste avant le krach de 2007-2008.
02:30Donc, c'est dire, les précédents records datent de juste avant le krach de 2007-2008.
02:34Et juste avant, et un autre antécédent, c'était juste avant cette bulle financière qui s'était accumulée, juste avant
02:41la crise de 1929.
02:43Donc, voilà, c'est très périlleux parce que ça enclenche, ça renforce ces phénomènes.
02:50D'autant que Trump dit qu'il va accorder, qu'il accorde des cadeaux à tout le monde.
02:55Il parle dans sa démagogie de cadeaux de Noël.
02:59Mais que les classes moyennes sont concernées, mais pas du tout.
03:02D'abord, les classes moyennes, quand quelqu'un gagne, je ne sais pas, 40 000 dollars par an,
03:08il va toucher royalement une ristourne de 20 ou 30, l'équivalent de 20 ou 30 euros.
03:15Par contre, les calculs ont été faits depuis des semaines, là maintenant, par la presse économique américaine.
03:21Quand quelqu'un gagne plus de 500 000 dollars par an, ce qui a déjà des sommes assez considérables,
03:28eh bien, lui, il va obtenir royalement 50 000 dollars de ristourne.
03:32Donc, on voit bien les choses, d'autant que pour les classes moyennes, et celle-là, c'est la cerise
03:38pour le gâteau,
03:38la revanche et une revanche de Trump contre l'Obamacare, puisque dans cette loi, dans cette réforme,
03:45il y a l'annulation des pénalisations, des sanctions qu'avait promulguées Obama à l'époque de l'Obamacare
03:55sur les gens qui ne payaient, qui ne s'achetaient pas d'assurance maladie, de couverture maladie,
04:01qui obtenaient, certes, un soutien de l'État pour le faire, un crédit d'impôt pour le faire,
04:08mais qui ne se servaient pas de ce crédit d'impôt pour acheter une assurance maladie.
04:12Il y avait un dispositif qui permettait de sanctionner ces gens.
04:15C'est annulé par les dispositifs Trump, ce qui veut dire qu'il y a beaucoup de gens qui vont
04:22quitter,
04:23qui vont plus avoir de couverture maladie, et ceux qui vont rester, les classes moyennes,
04:29qui vont rester avec l'obligation, avec la volonté de se couvrir pour la santé, pour la vieillesse, etc.
04:38Ceux-là vont être pénalisés parce que les primes d'assurance vont mécaniquement augmenter.
04:44Il y a même, je pense qu'il y a une sénatrice démocrate de l'aile gauche du Parti démocrate,
04:51Elisabeth Warren, qui résume assez bien les choses en disant que ce n'est pas un cadeau,
04:56c'est un braquage, un braquage qui va prendre des millions à la classe moyenne et les donner aux riches.
05:03Donc, cette réforme fiscale, il réduit le volume d'impôts qui va venir à l'État.
05:12Donc, l'État va être plus endetté.
05:15Donc, il n'y a pas de nouveaux revenus qui viennent d'ailleurs.
05:19Quel est l'objectif ? Ça veut dire, qu'est-ce qu'il cherche ?
05:22Trump, avec ce réforme, surtout sur les stratégies internationales, c'est quoi ?
05:27Qu'est-ce qu'il cherche ?
05:28Alors, juste très brièvement, il cherche, la réforme est présentée,
05:32parce que les États-Unis, vous savez qu'ils sont déjà sur-endettés.
05:35Donc, ça va encore aggraver l'endettement des États-Unis,
05:38puisque ça signifiait, ces dépenses, les moindres rentrées fiscales,
05:43vont signifier évidemment une aggravation des déficits budgétaires.
05:47Mais Trump dit, argumente, c'est l'argument habituel, sur le ruissellement,
05:52c'est-à-dire que ces cadeaux aux plus riches vont ruisseler,
05:56et jusqu'aux plus pauvres, et vont permettre de stimuler, de doper l'économie,
06:02ce qui va permettre d'avoir de nouvelles rentrées fiscales.
06:07Mais là, rien n'est moins sûr.
06:09Parce que ces cadeaux-là, les plus riches, les actionnaires,
06:15jusqu'ici, il n'y a rien à sûr qu'ils ne mettent cet argent dans des investissements.
06:23Au contraire, ils le mettent dans des produits spéculatifs,
06:28dont les bulles enflent, et enflent, et enflent,
06:30dont on le voit, le danger qui s'accumule à l'économie.
06:33Pour répondre à votre question, la deuxième question, c'est très importante.
06:36Quelle est l'objet de réforme ?
06:36L'objectif, c'est de se mettre dans une position de guerre économique.
06:45C'est-à-dire de...
06:46Mais il y était toujours cette guerre économique.
06:48Oui, mais là, ce que fait Trump, c'est qu'il aggrave les choses.
06:52C'est qu'il cherche à remettre les États-Unis et les firmes américaines
06:59dans leur position dominante.
07:00C'est dans ça, c'est ça la racine de ce que moi j'appelle
07:04le national-libéralisme de Trump.
07:06Nationalisme, d'un côté, mais ultra-libéralisme de l'autre.
07:10Donc, on le voit bien, les mesures qui sont adoptées là
07:15sont une extraordinaire mesure de dumping fiscal.
07:18Vous voyez, l'impôt sur les sociétés, les groupes américains,
07:24on ne peut pas dire que les États-Unis sont devenus un paradis fiscal.
07:29Mais enfin, quand on réduit l'impôt sur les sociétés de 35 à 21%,
07:34évidemment, ça crée un biais avec la concurrence internationale.
07:40Et cette recherche...
07:41C'est-à-dire que l'argent qui s'investit, par exemple, en Asie ou en Europe,
07:45ils vont vers les États-Unis, c'est ça ?
07:48Oui, il y a ça aussi.
07:51Il y a ça aussi parce que...
07:53Il y a ça aussi, mais...
07:54Ce n'est pas l'unique objectif.
07:58L'unique raison de cela, c'est donner un avantage compétitif de compétition
08:07aux grands groupes américains.
08:11Ensuite, il y a, pour conforter cet avantage de compétition,
08:15pour affiner cette arme de guerre,
08:18Il y a des dispositions dans ce texte
08:21qui permettent de taxer les importations de filiales de groupes étrangers
08:28qui sont implantées aux États-Unis.
08:29Donc ça, c'est une mesure dissuasive pour...
08:34Enfin, c'est une mesure qui va réduire considérablement
08:38les exportations qui risquent de réduire considérablement
08:42les exportations des grands groupes européens,
08:46allemands et français en particulier.
08:49Il y a beaucoup de gens qui s'inquiètent,
08:51y compris la France étant un pays exportateur de luxe,
08:54et beaucoup de gens qui s'inquiètent de groupes,
08:57y compris les groupes français dominants,
08:59qui s'inquiètent de ça.
09:01Donc, voilà.
09:02Au total, c'est un instrument de guerre économique.
09:05Et c'est en pleine...
09:07Et ça, il faut dire que c'est en pleine cohérence
09:09avec la stratégie que j'évoquais tout à l'heure,
09:12nationale libérale de Donald Trump.
09:17Il est en pleine cohérence avec ses décisions
09:20sur le plan de la politique étrangère.
09:23Là aussi, là, il prend...
09:26Ses décisions se passent...
09:27Il prend les décisions tout seul, dans son coin,
09:30y compris même sans que cela soit concerté
09:36dans le monde avec ses partenaires mondiaux.
09:39Ça, il s'en moque.
09:41Comme il a démontré...
09:43Mais pour un capitalisme...
09:44Comme il a démontré, bien sûr.
09:46Bien sûr, au contraire.
09:47Il rentre en concurrence.
09:49Il veut jouer de la concurrence
09:51pour asseoir sa position dominante.
09:54Mais il l'a démontré dans sa politique,
09:57dans sa stratégie internationale,
09:59parce que quand il pratique des politiques
10:03de plus en plus unilatérales...
10:05On l'a vu avec le climat.
10:07Les États-Unis se moquent de l'ONU
10:13sur la question du climat.
10:14On l'a vu sur la question des réfugiés.
10:17Les États-Unis sont sortis des dispositifs de l'ONU
10:21pour la question des réfugiés.
10:24On l'a vu aussi sur Jérusalem.
10:27On l'a vu aussi sur Jérusalem.
10:29Bien sûr, vous avez raison.
10:30Et on le voit aussi,
10:32on va le voir aussi de plus en plus souvent
10:36dans le même sens,
10:38au plan économique,
10:40avec des décisions de l'OMC,
10:42l'Organisation mondiale du commerce,
10:44qui sont de plus en plus contestées
10:46par Washington.
10:47Donc c'est extrêmement grave.
10:49C'est grave pour les États-Unis,
10:52même pour les citoyens des États-Unis,
10:55mais grave aussi pour le reste du monde,
10:57parce que ça fait vraiment partie
11:00d'une stratégie pour asseoir de nouveau
11:03la domination de l'Empire,
11:06si je puis dire, sur le monde.
11:09Merci beaucoup.
11:10Je vous rappelle le titre de votre dernier livre,
11:13« L'Europe, l'État d'urgence, l'édition... »
11:18Le temps d'est-il.