00:01Bonjour Hassan Zarouki. Bonjour. Il y a un procès qui est en route aux Etats-Unis depuis hier.
00:09Ça concerne la violation d'un embargo américain sur l'Iran. Il est très discuté dans la presse
00:17anglo-saxon et turc et iran. Vous, vous avez suivi ce sujet-là. Comment ça a commencé cette
00:24histoire et quels sont cet aspect, cet imbroglie politico-économique entre l'Amérique, les
00:35Etats-Unis, la Turquie et l'Iran ? Bon, il s'agit de cet homme d'affaires riche, Reza Zarabe,
00:46qui est accusé d'avoir sous-doyé l'ancien ministre des Finances Kaglayan en 2013 pour
01:04permettre le transit de l'or via les Emirats Arabes Unis, via la Turquie en Iran parce que
01:14l'Iran à l'époque était sous embargo pour permettre au régime iranien de payer avec
01:21de l'or les transactions commerciales. Donc les Etats-Unis considèrent qu'il y a eu une
01:25violation de l'embargo contre l'Iran. On arrête ce monsieur. Il est passé à table.
01:33Il est aujourd'hui sous surveillance du FBI. On arrête le directeur de la Halk Bank qui
01:43est sur place. Donc c'est le seul qui est aujourd'hui en français. Les huit autres inculpés
01:52sont en Turquie. Et monsieur Reza Zarabe dit la chose suivante, j'ai agi sur ordre d'Erdogan.
02:02Donc c'est lui qui va... C'est sur ordre d'Erdogan qu'il a agi, qu'il a été
02:09sous-doyé. Il a
02:10versé quelque chose comme 60 millions d'euros de dollars à ce ministre et à trois autres
02:15ministres pour permettre le transit de l'or vers l'Iran. Cette affaire a éclaté en Turquie
02:23en 2013, puisque même loin le fils d'Erdogan était impliqué. Et Erdogan avait à l'époque,
02:31quand cette affaire a éclaté, accusé Fethullah Goulan d'être derrière cette histoire, à
02:42savoir que les magistrats qui ont ouvert l'enquête, les magistrats étaient ses sympathisants. Et
02:47donc c'était un complot contre sa personne. Qui est Fethullah Goulan ?
02:52Fethullah Goulan est un gourou, il vit aux Etats-Unis.
02:56À Pesilvaniens.
02:58Hein ?
02:58À Pesilvaniens.
02:59Mon Pesilvaniens, oui, oui. C'était un appel de gourous qui ont prête... qui ont prête...
03:06D'abord il était l'allié de l'Erdogan. Il a permis à Erdogan...
03:10Son installation.
03:11Voilà, grâce à ses réseaux en Turquie. Fethullah Goulan dirige un certain nombre de réseaux,
03:19des écoles privées, des collèges, des collèges d'élite, des lycées, des collèges d'élite,
03:23par lequel passent la plupart des futurs cadres dirigeants du pays. Donc il a un réseau
03:31qui quadrit à peu près la Turquie, même l'Asie centrale, y compris le Maroc. Oui, y compris
03:37le Maroc. Puisque c'est hors d'Erdogan, ils ont fermé les écoles de Fethullah Goulan
03:42au Maroc, et ils devaient s'implanter en Algérie, donc ils ne s'implantent plus, puisque...
03:47C'est bloqué. C'est bloqué. Donc il a un important réseau. Il a noyauté...
03:54On dit qu'il a noyauté la justice iranienne, la police, y compris l'armée.
04:00Turc, pardon. L'armée turc, voilà. Et donc on lui prête des intentions machiavéliques.
04:05Est-ce que c'est vrai ou est-ce que c'est faux ? En tout cas, pour moi, j
04:11'aperpète ça,
04:12la rivalité Goulan-Erdogan comme une rivalité entre deux conceptions de l'islamisme.
04:23C'est-à-dire que Erdogan, c'est l'islamisme étatique, comme idéologie, comme idéologie
04:32étatique républicaine, si on veut, entre guillemets.
04:35C'est un certain discernement étatique, si on peut dire.
04:39Voilà, voilà, oui. C'est un islamisme étatique qui ne veut pas qu'il y ait à côté
04:44quelqu'un qui lui dispute le terrain de l'islam.
04:47Et donc c'est pour ça qu'il veut se débarrasser de Fethullah Goulan.
04:53Je pense qu'elle est là. C'est bon.
04:55Qui est quand même, on peut dire, est-ce qu'il est un petit peu à la droite d'Erdogan
05:01?
05:02Il est à la droite, oui. C'est un monsieur qui n'est pas...
05:05C'est un radical droite.
05:06Oui, oui. Il est certainement pour...
05:09C'est pas un démocrate.
05:09C'est pas un démocrate. Il est peut-être pour une certaine liberté d'expression,
05:13mais c'est l'islamisme, quand même.
05:15C'est un type d'islamisme, à mon avis, intelligent,
05:19beaucoup plus dangereux que ceux que les salafistes,
05:21parce que lui, c'est investir les appareils d'Etat à l'armée
05:25pour ensuite asseoir son pouvoir sur la société turque.
05:31Donc c'est ça, Fethullah Goulan.
05:32Pour en revenir maintenant à l'histoire de Reza Gmara,
05:35les Américains disent qu'il y a une violation de l'embargo sur l'Iran.
05:39D'abord, la Turquie n'est pas partie prenante de cet embargo.
05:46Et donc Erdogan, il a raison qu'il dit,
05:48les relations avec l'Iran ont toujours continuées.
05:51Donc il n'y a pas de leur côté un embargo.
05:54Et...
05:55Ils font leurs affaires.
05:56Ils font leurs affaires et donc ils sont pas concernés
06:02par un embargo décidé par les États-Unis
06:05et leurs alliés occidentaux,
06:07certains alliés arabes,
06:09donc les pays du Golfe.
06:11Donc il n'est pas concerné.
06:13Simplement cette affaire tombe coincide étrangement
06:18à un moment où s'ouvrent les négociations.
06:20Je ne sais pas s'il y a un lien de cause à effet,
06:22mais en tout cas,
06:23les Américains montent ça en épingle
06:26au moment où il y a des négociations sur la Syrie,
06:30au moment où la Turquie accepte
06:35de collaborer avec l'Iran et la Russie
06:38pour mettre en place...
06:39Indirectement avec la Syrie.
06:41Oui, oui. Indirectement,
06:42Erdogan a changé de position sur le régime de Bachar,
06:45donc il est prêt à accepter que Bachar et l'Assad
06:48restent en pouvoir.
06:49Donc, au moment où la Russie et l'Iran
06:51se mettent d'accord sur ce qu'on appelle
06:54des zones de...
06:56des zones de...
06:57Conflits.
06:58De non-conflits en Turquie.
07:01Donc, au moment où Erdogan...
07:03En Syrie.
07:05En Syrie.
07:05Voilà, en Syrie.
07:06Où le moment Erdogan semble prendre ses distances
07:08vis-à-vis des États-Unis.
07:10Donc, l'impression que j'ai,
07:12est-ce qu'on n'utilise,
07:13on ne monte pas cette affaire en épingle
07:17pour faire pression sur Erdogan,
07:19pour lui demander,
07:20il est membre de l'OTAN,
07:21quand même la Turquie,
07:22que vous êtes allé trop loin
07:25dans votre rapprochement avec Moscou,
07:28qu'il faut peut-être un peu mettre la barre
07:33et rejoindre le camp des sunnites
07:35mené par l'Arabie saoudite,
07:37qui eux sont dans le giron américain.
07:40L'affaire tombe mal pour Erdogan.
07:42Et on n'a pas fini avec ses déboires.
07:45Je viens d'apprendre qu'il y a un mandat d'arrêt
07:49contre 300 officiers turcs.
07:52impliqué dans le fameux coup d'État bizarroïde
07:56qui s'est déroulé il y a deux ans de ça, oui.
08:00Il y a deux ans.
08:00Donc, il est encore impliqué, jusqu'au coup,
08:03dans la répression contre l'armée,
08:05dans la répression contre les démocrates,
08:08contre les journalistes,
08:09contre la société civile.
08:11Et voilà que les Américains font pression contre lui.
08:14Et donc, je ne sais pas comment les choses vont se dénouer pour lui.
08:18En tout cas, c'est une affaire qui, à mon avis,
08:21même s'ils sont...
08:23C'est une affaire qui tombe mal pour lui.
08:25Il tombe mal pour lui, voilà.
08:28Ça c'est côté la Turquie et côté l'Iran aussi.
08:31Qu'est-ce que vous voyez ?
08:33Parce que les Azarab, hier,
08:36peut-être qu'il faut préciser que les Azarab,
08:41dans ce procès,
08:43il ne participe plus comme inculpé,
08:45il participe comme un témoin.
08:47comme témoin.
08:48Oui, voilà.
08:48Un témoin de l'Iran.
08:49Qui collabore avec la justice américaine.
08:52Oui, oui.
08:52Comme témoin contre une remise de la révolution.
08:55Il a accusé qu'il était en contact avec Ahmadinejad aussi.
09:00Et c'était avec Ahmadinejad et l'armée,
09:04et le gardien de la révolution
09:07qui était dans ce financement, dans ce circuit.
09:12Donc, est-ce que, à votre avis,
09:14ce n'est pas un moyen de pression aussi sur l'Iran
09:17pour le dossier nucléaire ?
09:20Je ne sais pas.
09:21Mais en tout cas,
09:22les Américains sont en train de l'instrumentaliser.
09:25D'abord, moi je pense, contre les Turcs,
09:28contre leurs alliés.
09:32Contre leurs alliés,
09:33c'est un moyen de pression sur la Turquie
09:35pour qu'elle mette un peu d'eau dans 120
09:38concernant la Syrie
09:40et concernant son rapprochement avec l'Iran.
09:43Et, d'un autre côté, on le sait,
09:49Donald Trump et l'équipe de Trump
09:50cherchent par tous les moyens
09:54à remettre en cause
09:56les accords sur le nucléaire
09:58qui ont été signés par son prédécesseur
10:00Barack Obama
10:01et ses alliés occidentaux.
10:03Je remarque que, pour le moment,
10:06la France, la Grande-Bretagne
10:09ne veulent pas suivre Donald Trump,
10:12ne veulent pas suivre Donald Trump sur tout terrain,
10:14mais ils commencent à lâcher du lest.
10:17Comme par exemple,
10:20quand l'Arabie Saoudite a accusé l'Iran
10:23d'avoir tiré un missile au-dessus du Riyad,
10:28la France qui dit qu'il faudrait peut-être
10:30que l'Iran revoie à la baisse son arsenal balistique.
10:37C'est-à-dire, on commence par le nucléaire,
10:39ensuite, on va leur demander
10:41de réduire leur arsenal balistique
10:43alors qu'il y a un Etat dans la région
10:45qui s'appelle Israël
10:46qui, lui, dispose de 200 têtes nucléaires,
10:49dispose de fusées à longue et moyenne portée
10:51capables de toucher n'importe quel pays de la région.
10:54on ne lui demande rien.
10:56Donc, on est un peu dans cette politique
11:00de deux poids, deux mesures
11:02pratiquées par l'Occident
11:03et auxquelles je pense que
11:07un pays comme la France, non la Grande-Bretagne,
11:09vont finir par suivre, par solidarité,
11:13c'est un grand mot, mais je l'utiliserai, impérialiste.
11:17Ils vont s'aligner sur les Etats-Unis.
11:19Je pense qu'ils vont s'aligner sur les Etats-Unis
11:23contre l'Iran
11:24à la moindre...
11:26Il faudra qu'ils trouvent le prétexte
11:28à la moindre incartade.
11:29Il suffit que l'Arabe saoudite
11:31provoque les Iraniens
11:33riposte pour que
11:36tout le monde penche du côté américain.
11:40Donc, c'est un dossier qui va être développé, à votre avis.
11:44Donc, c'est un respect, si on peut dire.
11:45Je ne sais pas quelle sera l'attitude d'Erdogan,
11:48mais en tout cas,
11:49comment les choses vont se développer aux Etats-Unis,
11:52mais ça a l'air de...
11:54Ça peut prendre des proportions, oui.
11:56Très important.
11:57Ça peut prendre, oui.
11:58Pour le moment, c'est la justice américaine
12:01qui traite du dossier.
12:02Mais si demain,
12:05comme le secrétaire d'Etat américain,
12:08chef du département d'Etat américain
12:11va être viré,
12:12qui serait un ancien de la CIA,
12:15un peu sur des positions extrêmes
12:17qui le remplacent...
12:18Donc, c'est un dur qui arrive à la place de Tillerman,
12:22l'actuel chef du département d'Etat,
12:24qui a l'air de calmer le jeu.
12:26Donc, on ne sait pas comment les choses vont se développer.
12:28Et ça peut aller vers un durcissement,
12:32surtout que,
12:34dans le coup, il y a les Saoudiens et l'Israéliens,
12:38qui attendent un geste de trompe pour...
12:45On l'a vu avec la situation du Liban.
12:49L'Arabie saoudite était prête à déclencher,
12:52à provoquer une guerre civile au Liban,
12:54uniquement pour contrer,
12:57soi-disant, la menace iranienne.
13:00La soi-disant menace iranienne sur le Liban.
13:02Est-ce possible que ça transforme aussi
13:04à une amende très, très importante,
13:06à l'ordre des millions, des milliards, peut-être,
13:09contre les banques turques ?
13:11C'est possible.
13:12Pour moyen de pression.
13:13Oui, oui, oui.
13:13Pour moyen de pression, oui, oui.
13:15Moi, je pense que...
13:16Je ne pense pas qu'il y aura une guerre,
13:18mais on est dans un jeu de pression
13:23au centre duquel se trouvent
13:25la Palestine et la Syrie.
13:28La Syrie, qu'on le veuille ou pas,
13:31dans la situation actuelle,
13:34les États-Unis, l'Europe ont été carrément mis de côté,
13:37alors que c'est eux qui géraient le dossier syrien au début.
13:40Au début, ils géraient le dossier syrien.
13:41Mais depuis l'intervention russe,
13:44les cartes ont été rebattues.
13:45Et c'est l'Iran, la Russie et la Turquie
13:50qui ont aujourd'hui...
13:52la main dans le dossier.
13:53Disons les cartes en main.
13:55Les cartes en main, même si les Turcs
13:58n'ont pas renoncé à casser du kurde en Syrie.
14:04Merci beaucoup Hassan Zarouki.
14:07Donc on va suivre cette info
14:09et probablement on se verra.
14:11A bientôt !