00:02Cette université d'état à Angers marque la rentrée des communistes. Dans quel état d'esprit sont les militants ?
00:09Je crois un état d'esprit combatif. Ils viennent aussi chercher des réponses et des éléments de compréhension
00:18après une année qui a été agitée, troublée, compliquée. Mais je pense qu'il y a un état d'esprit
00:24très combatif.
00:24Il y a la conscience qu'il faut faire une rentrée de combat, comme je l'ai proposé face au
00:31pouvoir Macron,
00:32qui frappe très dur dès cet été. Et je pense que le message que j'ai envoyé sur ça pour
00:39une rentrée de combat
00:40a été entendu 5 sur 5. Et cette idée que nous avons à construire des fronts de riposte larges, divers,
00:47contre la suppression des emplois aidés, contre les ordonnances sur la question de l'école et de l'université,
00:54et qu'il faut faire converger tout ce monde-là le plus vite possible, dans une riposte en fait assez
01:00politique d'austérité,
01:02je pense que c'est un état d'esprit qui convient à la grande majorité des militants qui sont présents
01:08à l'université d'été.
01:10Alors justement, dans cette riposte, l'été a été l'occasion, vous commenciez à en parler, d'une série d
01:15'annonces gouvernementales antisociales.
01:18Le mouvement social, à l'initiative de la CGT notamment, a d'ores et déjà un rendez-vous.
01:23Quel rôle va jouer le PCF en cette rentrée ?
01:27Je crois que plusieurs. D'abord, on a continué le travail de révélation, d'explication,
01:33d'apporter notre pierre à ce travail de révélation et d'explication sur le contenu des ordonnances.
01:38Nos parlementaires ont fait un travail remarquable au mois de juillet, à l'Assemblée nationale comme au Sénat.
01:43On rend public ces jours-ci une adresse nationale de nos parlementaires pour continuer ce travail d'explication.
01:50Et tout de suite après la publication du texte de l'ordonnance, il faudra encore le renforcer.
01:56Et puis ensuite, je crois qu'il faut donner un grand coup de main aux organisations syndicales pour réussir la
02:01mobilisation du 12.
02:03Parce que si on veut un mouvement social d'ampleur, et il devra l'être si on veut faire reculer
02:08le pouvoir sur les ordonnances
02:10et sur la mise en œuvre des ordonnances, il faut que le signal du 12 soit suffisamment ample, suffisamment fort
02:17pour promettre un mouvement montant.
02:22Et donc je crois que la réussite du 12, c'est notre première tâche.
02:25Et puis ensuite, il faudra pour ce qui nous concerne, on veut utiliser la fête de l'humanité,
02:31mettre la fête de l'humanité à la disposition de toutes ses forces pour en faire une caisse de résonance.
02:37Et je crois que la fête de l'humanité peut jouer un rôle original.
02:40C'est être le lieu d'une convergence entre le monde du travail et la jeunesse qui est très présente
02:45à la fête.
02:46Et on sait que dans la mobilisation sur la loi travail, cette jonction entre la jeunesse et le monde des
02:52salariés
02:52avaient joué un rôle clé dans l'étincelle de la mobilisation.
02:56Je crois donc que le 12 septembre, plus la fête de l'humanité, c'est la manière d'apporter une
03:01pierre utile
03:02au lancement d'un mouvement d'ampleur contre les ordonnances Macron.
03:08Vous avez dit avoir invité toutes les forces qui cherchent à reconstruire à gauche à la fête de l'humanité.
03:14Après cette année électorale et face à l'offensive Macron, est-ce que l'heure est toujours au rassemblement de
03:20cette gauche ?
03:22Bien sûr qu'il est au rassemblement.
03:23En vérité, ce qui est à l'ordre du jour dès maintenant, c'est que nous devons commencer.
03:29Ça va sûrement prendre du temps, mais il faut se dire que si nous ne voulons pas de cette politique,
03:35si nous ne voulons pas du pouvoir Macron, bien sûr, je l'ai dit, nous allons la combattre, cette politique,
03:40sans attendre cinq ans.
03:43J'ai dit, on ne va pas être comme des pleureuses pendant cinq ans.
03:46Donc on veut lui imposer des reculs maintenant, par des mobilisations sociales fortes,
03:51par la montée d'idées alternatives dans la société.
03:54Mais il faut préparer une alternative majoritaire à ce pouvoir Macron.
04:00On ne va pas, à la prochaine séance, se refaire confisquer, comme en 2017,
04:05la possibilité du changement par une opération Macron ou une autre.
04:09Donc il faut commencer à reconstruire, et à reconstruire dans le dialogue,
04:13avec toutes les forces disponibles, avec les insoumis, avec les communistes,
04:17avec les écologistes, avec les harmonistes, avec les socialistes de gauche,
04:21avec tous les citoyens qui vont mêler, peut-être avec des citoyens aussi
04:24qui vont décrocher de l'illusion Macron.
04:27Il y a quantité de forces à commencer à rassembler.
04:30Ça va prendre du temps.
04:31On voit bien, il y a des débats, tout le monde a son idée sur la manière de faire,
04:36les uns pensent qu'ils peuvent le faire tout seuls, les autres à leur manière, etc.
04:41Donc c'est pour ça que c'est important, je crois, de commencer à envoyer un signal pour la durée.
04:47Ce n'est pas une affaire qui va se régler dans les huit jours.
04:50Pour la durée, que le dialogue doit recommencer, la reconstruction commune doit recommencer.
04:56En se disant ce qu'on a à se dire, dans le respect, en gardant chacun nos singularités.
05:00Mais il faut recommencer ce travail et je crois que la fête sera aussi une belle occasion
05:06pour toutes ces forces de reprendre le fil de ce débat.
05:11Et ce qui est toujours une garantie, de le reprendre sous le regard populaire.
05:17Parce que la fête de l'humanité, c'est la parole populaire en direct.
05:22Et donc il n'y a pas de faux fuyants à la fête.
05:25On est obligé d'y aller franco et de dire ce qu'on a à dire.
05:27Et on convainc ou on ne convainc pas.
05:29Mais au moins on prend la température du peuple.
05:31Pour les communistes, ce dialogue est possible malgré les tensions qu'ont émaillées l'année passée ?
05:37Il y a beaucoup de militants qui se posent des questions.
05:39Il y a aussi de l'amertume.
05:42Il y a des sentiments d'un manque de respect.
05:46Voilà, tout ça existe.
05:47Mais je pense qu'il y a une conscience des enjeux qui est tellement forte chez les communistes face au
05:52pouvoir Macron,
05:53face aux besoins de reconstruction politique, que nous sommes capables, je pense, de passer au-delà.
06:01Mais il ne faut pas non plus s'enfermer dans des tête-à-tête stériles.
06:08Donc moi, je crois beaucoup à la vertu de l'action et de la construction des fronts de riposte pour
06:13justement débloquer des situations.
06:15Il y a des dialogues qui seront facilement possibles au début, d'autres qui seront plus compliqués.
06:21Ça ne sera pas la même chose d'un endroit ou à un autre.
06:26Bon, avançons.
06:27Avançons dans l'action.
06:29Passons à l'offensive.
06:31Ayons une attitude conquérante.
06:33Et je pense que ces difficultés, nous les lèverons au fur et à mesure.
06:38Il ne faut pas attendre.
06:39Il faut avancer maintenant.
06:40Il faut avancer parce que le pouvoir Macron, lui, frappe dur.
06:43Je pense que nous sommes dans une nouvelle situation.
06:46Et nous, notre point de départ, maintenant, il est là.
06:48On a un pouvoir face à nous.
06:50Comment on le combat efficacement et avec force.
06:54Et enfin, ce week-end, il devait être aussi celui de l'entrée dans la préparation de votre congrès extraordinaire
06:59qui aura lieu en 2018.
07:01Où en êtes-vous de ce chantier ?
07:03Le Conseil national, qui s'est réuni juste à la veille de l'université d'été,
07:09a travaillé sur un document de consultation des communistes qui va être envoyé à tous les communistes.
07:14Parce qu'on veut démarrer le congrès par un acte un peu inhabituel.
07:19On veut décider, dans une assemblée nationale des animateurs de sections locales du parti, qui aura lieu à l'automne,
07:27les chantiers de travail du congrès et les chantiers de transformation du parti.
07:32Mais on veut le faire à l'issue d'une première consultation de tous les communistes.
07:38Je crois que, moi, je souhaite qu'on aille loin dans notre audace transformatrice.
07:46Parce que je pense qu'on a besoin de réinventer tout ce qui doit l'être, de changer tout ce
07:51qui doit l'être.
07:51Je pense que c'est le moment.
07:52Et je pense que les conditions sont réunies pour ça.
07:57Les communistes ont besoin de discuter de ça.
07:59Parce que, bon, évidemment, ça suscite aussi toujours des questions, des inquiétudes.
08:06Mais je pense que, là aussi, le discours que j'ai prononcé tout à l'heure,
08:10moi, me convainc de ce que j'ai dit dedans.
08:13Je crois que les militants sont prêts à cet examen approfondi, à ces transformations de nos pratiques.
08:19On a beaucoup travaillé ces dernières années, ces derniers mois.
08:22Et il faut qu'on sache franchir une étape qualitative de nos transformations
08:26et aller le plus loin possible dans cette réinvention,
08:29en quelque sorte dans notre propre révolution politique.
08:33Moi, je crois que c'est possible.
08:35Mais c'est un processus aussi pour lequel il faut prendre le temps nécessaire.
08:39Les communistes demandent, sur l'évaluation de l'année écoulée,
08:43et sur ce qu'on a changé, sur la mesure de la situation nouvelle actuelle,
08:46ils demandent le temps d'un débat approfondi.
08:49Et moi, je suis d'accord avec ça.
08:50Il ne faut pas... On n'a pas à se précipiter.
08:54Il faut un débat profond, parce que les questions sont sérieuses.
08:58Et il faut essayer d'aller le plus loin possible, mais avec des réponses constructives.
09:02C'est tout sauf un renoncement.
09:04La révolution politique à laquelle j'appelle,
09:07c'est au contraire une révolution conquérante,
09:10pour qu'on soit capable de jouer pleinement le rôle auquel on aspire.
09:15Vous ne donnez pas raison au faire-part, qu'on vous envoie régulièrement ?
09:18Non. Même, j'accueille ça avec un petit sourire,
09:23parce que les faire-parts de décès du Parti communiste
09:26s'accumulent depuis tant d'années sur les bureaux respectifs
09:31des secrétaires nationaux du Parti.
09:33Non. Et puis, je pense que le succès de l'université d'été,
09:37l'affluence militante,
09:39et les discussions que j'ai avec les militants,
09:42montrent que cette question de clore à la vie du Parti communiste,
09:47elle ne s'oppose absolument pas.
09:49Cette force, elle est vivante,
09:52elle réfléchit, elle est combative.
09:54Bon, elle a envie de réfléchir aux perspectives qu'elle donne à son combat.
09:57Mais je pense que nous sommes au contraire partis pour créer en 2018
10:03un nouvel avenir à cette force-là.
10:06Merci beaucoup, Pierre Laurent.