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  • il y a 1 semaine
Non content de céder à Washington au souhait de Donald Trump de piétiner l’accord sur le nucléaire iranien au risque d’allumer de nouvelles tensions guerrières, le président Macron s’est voulu complice du «nouvel ordre mondial» désiré par le Président nationaliste des États-Unis, analyse Bruno Odent, journaliste de l’Humanité. Réalisation : Abrahim Saravaki

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Transcription
00:01Bonjour pour 1 novembre. Bonjour. Donc trois jours visite Emmanuel Macron aux Etats-Unis à l'invitation
00:09de Donald Trump. Une visite d'État pour la première fois, une visite d'État par Trump depuis l'arrivée
00:18au pouvoir de Donald Trump est finie. Donc Emmanuel Macron est en retour. Est-ce que le résultat,
00:28on peut faire un petit bilan du résultat de ce voyage ? Oui, alors ce qu'on peut dire c
00:34'est
00:34que le bilan est absolument désastreux. Il y a désastreux pour, je pèse mes mots, pour la diplomatie
00:43française. Il y a d'abord le premier coin, c'est le point, une chose centrale qui devait être discutée
00:54entre les deux hommes. C'est l'accord iranien, la remise en cause ou non de l'accord iranien.
01:02Vous pouvez expliquer un petit peu c'est quoi cet accord ? Finalement, oui. Très court.
01:07Finalement, cet accord avait été passé en 2015 entre cinq grandes puissances.
01:18le côté européen, il y avait la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne. Il y avait
01:23la Russie également, il y avait la Chine et évidemment l'Iran. L'objectif, c'était
01:30de conclure un accord qui permette une utilisation du nucléaire civil, une utilisation du nucléaire
01:43uniquement pour des objectifs civils, pour l'Iran. C'est-à-dire pour la production d'électricité,
01:48pour la recherche. Et en échange de cela, il devait y avoir une levée progressive des
01:55sanctions économiques contre ce pays. Parce que quoi ? Pourquoi ? Parce qu'il y avait
02:01des soupçons d'utilisation de... C'était un moyen d'avancer et de réduire les tensions
02:10qui sont très très grandes dans cette région. Et l'un des moyens, ce n'est pas le seul
02:16malheureusement dans cette région, il y a plusieurs foyers de tensions, mais l'un des
02:19moyens absolument nécessaires, c'est de réduire les tensions avec Téhéran et d'obtenir
02:27une normalisation, entre guillemets, des rapports avec Téhéran.
02:32Cet accord, Donald Trump n'en voulait pas. Il l'a dit très clairement à son homologue
02:39français avant même qu'ils entament des discussions. Et Emmanuel Macron, qui s'était
02:46fait fort avant son départ de ramener, si je puis dire, à la raison Donald Trump, s'est
02:56incliné totalement sur la position de Trump. Il a notamment l'accord qui a été... pour
03:05ne pas lui faire perdre totalement la face. Donald Trump a concédé qu'il pourrait y avoir
03:11une renégociation de l'accord. Mais en fait, quand on regarde le texte qui est proposé par
03:18les deux hommes, par Macron et Trump, on s'aperçoit que ce nouvel accord est absolument inratifiable
03:27par les autres... non seulement par l'Iran, mais aussi par les autres puissances qui ont participé
03:35aux négociations. La Chine, la Russie ont déjà annoncé que c'était absolument inacceptable.
03:41Et même la chef de file de la diplomatie européenne, Mme Mogherini, dit que ce n'est pas...
03:53dit dans des termes plus mesurés, elle, mais dit quand même que ce n'est pas... qu'il
03:58faut revenir à l'accord de 2015. Donc voilà, c'est un... et puis c'était extrêmement dangereux
04:09de s'embarquer dans une tension avec l'Iran. Vous savez, c'est une stratégie belliciste
04:20que l'on connaît bien de la part de Trump, qui consiste à s'aligner derrière les démarches
04:28elles-mêmes très bellicistes des monarchies du Golfe et d'Israël, qui sont prêts à taper
04:36très fort sur l'Iran. Donc c'est extrêmement dangereux pour la paix mondiale.
04:42Donc c'est... c'est que plusieurs médias disaient que c'est une visite qui est la démonstration
04:50d'amitié franco-américain et Macron aura l'occasion de recadrer entre guillemets et Trump ? C'était une erreur
05:00alors ?
05:01C'est peut-être une publicité mentionnée. C'est pas une publicité mentionnée. C'est simplement
05:06de la communication. C'était de la communication de l'Elysée qui a été malheureusement reprise
05:12assez massivement par les... par nombreux médias français. En fait, si on regarde les choses
05:24de plus près, on voit ce que cela donne sur le dossier iranien, le bilan de la visite,
05:32donc l'un des aspects les plus graves, mais aussi sur le reste des dossiers. En fait, c'est
05:39Trump qui a trouvé le moyen de placer Macron au service de ses ambitions de remodelage des
05:47relations internationales. Le président français ne s'est pas simplement incliné sur la position
05:55du président américain. Il s'est fait complice. C'est pire encore. Donc on y songe bien.
06:03Je me souviens, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais enfin tout le monde se souvient
06:06de ce qui... des commentaires qui ont accompagné l'arrivée de Donald Trump aux affaires aux
06:16Etats-Unis. Tout le monde pointait le fait qu'il était isolé parce que impopulaire vis-à-vis
06:24de sa propre opinion publique en interne, mais aussi très impopulaire vis-à-vis de ses pairs
06:30au niveau international. Qu'est-ce que fait notre président de la République ? Il
06:36vient lui rendre un service inouï par cette visite d'Etat, ces démonstrations multiples
06:44et variées à la Maison-Blanche. Il vient lui assurer, lui conforter dans sa stratégie
06:55qui vise à le banaliser à la tête de la première puissance mondiale.
07:00Donc c'est un...
07:01L'année dernière aussi a rendu un grand service en la mettant...
07:06Il avait commencé l'année dernière. C'est-à-dire que cette stratégie-là ne date pas d'hier.
07:10C'est un mérite de la cohérence de la part du président français.
07:16Il avait commencé à inviter dès le 14 juillet dernier, quelques semaines après son accession
07:25au pouvoir en France, il avait invité en grande pompe Donald Trump déjà sur les Champs-Elysées.
07:31Donc voilà. On peut rêver meilleur coup de main que celui que vient de lui donner à
07:39Donald Trump, que celui que vient de lui donner Emmanuel Macron.
07:44Mais qu'est-ce qu'il cherche ? Qu'est-ce qu'il veut dire ?
07:47Macron a aussi... Je veux dire que c'est aussi sur le fond qu'il est des choses.
07:52Parce que Macron, quand il est intervenu devant le Congrès, il a plaidé, devant le Congrès américain,
08:00il a plaidé pour, je cite, « réinventer l'ordre mondial du XXIe siècle ».
08:11Et ça, ça dit-il, en agrémentant cela des poncifs habituels sur la faillette et la nécessité, dit-il, pour
08:21la France et les États-Unis d'écrire l'histoire ensemble,
08:25ça, ça serait...
08:27En fait, c'est tout ce dont Trump a besoin.
08:31Trump est en train de s'élancer dans une stratégie de réorganisation du monde sous la roulette des États-Unis,
08:39en disant,
08:40que les États-Unis sont en perte de vitesse au niveau mondial.
08:46C'est à cause de règlements internationaux qui ne sont pas justes et qui discriminent ses propres multinationales,
08:59dont ses propres multinationales souffrent parce qu'elles entravent sa compétitivité, etc.
09:08Et donc, il y a ça, et il y a la volonté d'imposer un nouvel ordre.
09:17Alors, je ne sais pas, qu'est-ce que ça veut dire, imposer un nouvel ordre ?
09:22Exactement, c'est ça, c'est ça la question.
09:27Quelle nouvelle ordre ? Parce que dans l'ancien aussi, il était la première puissance du monde au niveau de
09:34l'économie, politique.
09:35Oui, oui. Mais on a quand même remarqué que Donald Trump bouleverse un peu les choses depuis qu'il est
09:43arrivé au pouvoir.
09:45Première chose, pour revenir, pour montrer la cohérence avec ce qui se passe sur le dossier iranien,
09:54il a été décidé de se passer d'un organisme international comme l'ONU.
10:01C'est-à-dire que Trump, avec la complicité de Macron et de Theresa May, ont décidé de bombarder, ont
10:12décidé unilatéralement de bombarder la Syrie.
10:16Ça, c'est la première des choses.
10:17Et deuxième chose, c'est sur le plan économique.
10:20Trump n'arrête pas de dire que les règlements qui ont été faits, y compris les règlements de l'Organisation
10:28mondiale du commerce,
10:29qui pourtant n'étaient pas réputés être des entraves au profit que peuvent faire les multinationales américaines, bien au contraire,
10:39mais lui, il considère qu'il y a un certain nombre de ces règlements dont il veut se débarrasser
10:47parce qu'il entraverait encore une plus large, un plus large, il ne se, Trump ne se, contrairement à l
10:58'image que l'on donne parfois de lui,
11:00il n'est pas pour un repli sur les États-Unis, il n'est pas un isolationniste.
11:05C'est tout le contraire d'un isolationniste.
11:07Il est pour des marchés ouverts, mais à condition que les multinationales des États-Unis
11:15puissent mieux dominer, puissent mieux exercer leur domination sur le monde.
11:20Et c'est pour ça qu'il remet en cause jusqu'à certains des principes de l'Organisation mondiale du
11:26commerce.
11:26C'est pour ça qu'il se lance dans une très dangereuse guerre commerciale en décrétant des taxes de vin
11:36sur les importations d'acier et d'aluminium.
11:41Ça ne vise plus particulièrement la Chine aujourd'hui, mais ça ne visera pas uniquement la Chine.
11:45Puis il y a d'autres produits qui sont taxés aussi de cette manière-là.
11:49On sait qu'une guerre commerciale, là aussi, c'est extrêmement dangereux.
11:54La Deuxième Guerre mondiale, elle a démarré dans les années 1920, dans les années 1930,
11:59par des guerres commerciales entre les grandes puissances.
12:02Donc attention, et notre président, c'est sur tout terrain de cet homme-là qui veut remodeler le monde,
12:12qui veut recréer des règles.
12:15Il ne veut pas forcément abandonner toute règle internationale.
12:20Il veut recréer des règles qui correspondent mieux aux souhaits de Wall Street et des multinationales américaines.
12:29C'est cela qui est particulièrement scandaleux.
12:33Alors pourquoi il s'agit-il comme ça ?
12:37Je pense qu'il y a... Pourquoi Emmanuel Macron agit-il de la sorte ?
12:43Je pense qu'il est Emmanuel Macron...
12:46Est-ce qu'en sachant des causes, il adhère aussi massivement à ses idées, à sa politique ?
12:54Je pense que c'est profond.
12:55Ou il est obligé pour avoir une place favori en Europe ?
13:00Je pense que c'est profond.
13:03Je pense qu'il est... Emmanuel Macron, d'ailleurs, ça a été souligné à maintes reprises
13:08dans les commentaires qui ont été faits sur sa visite, son amitié avec Trump.
13:15Beaucoup se sont interrogés sur pourquoi cette amitié, etc.
13:18C'est vrai que ces deux hommes viennent un peu du même moule.
13:23Ils n'ont pas le même âge, etc.
13:26Mais ils viennent du même moule des affaires.
13:29Ils viennent du monde des affaires, tous les deux.
13:31Et dans ce monde des affaires, on veut absolument aplanir les choses
13:38pour que les groupes en question, les groupes des différents pays, en tirent le meilleur parti.
13:48Qu'est-ce que considère la classe dirigeante française ?
13:51Elle était d'ailleurs très présente, la classe dirigeante française,
13:55ce qu'on appelle la classe dirigeante française, c'est-à-dire les dirigeants,
13:57comme des grands groupes français, etc.
14:01Il y a exactement... Bernard Arnault, par exemple,
14:04était avec plusieurs autres représentants du CAC 40 au dîner de gala
14:09qui était donné mardi soir en l'honneur du président français.
14:15Qu'est-ce que veulent ces gens-là ?
14:18Ces gens-là, ils veulent que...
14:21C'est là plus une tradition aussi française, malheureusement,
14:25de la classe dirigeante française, espéraient qu'en se mettant ainsi
14:29dans les...
14:33En se mettant ainsi au service du plus fort,
14:38au service des Etats-Unis,
14:42on va récupérer des gratifications,
14:49sous forme de profits, etc.
14:50Et c'est un calcul vraiment à courte vue,
14:55c'est un calcul qui ne prend pas en compte du tout,
14:58c'est un calcul qui, sur le plan géostratégique,
15:01ne prend pas du tout en compte
15:03les enjeux, évidemment, du XXIe siècle.
15:07Je ne développerai pas pourquoi.
15:09Cette politique d'Emmanuel Macron,
15:12en s'alliant aux Etats-Unis,
15:15c'est en contradiction totale avec la politique
15:18qui veut amener en Europe,
15:21et il annonce qu'il va contrer tous les nationalismes
15:25avec la politique,
15:27la nouvelle politique européenne qu'il propose.
15:30Ce n'est pas dans la même série de politiques
15:35qui peut être efficace.
15:36Mais c'est toute l'imposture du discours
15:40d'Emmanuel Macron.
15:44Parce que, vous l'avez dit tout à l'heure,
15:47dès le mois de juillet 2017,
15:49c'est-à-dire quelques semaines après son élection,
15:52il a reçu en grande pompe Donald Trump.
15:56Donc cette stratégie-là est très...
15:57d'alliance avec le numéro 1 américain
16:02et a une cohérence très grande.
16:08En fait, quand il fait cela,
16:13il apparaît...
16:16Il apparaît en contradiction, effectivement,
16:22avec les propos qu'il peut tenir
16:24et qu'il a même tenus devant le congrès américain.
16:28Ça ne l'empêche pas, ça ne l'embarrasse pas.
16:30Qu'il a même tenu en congrès américain
16:32comme celui qui peut faire barrage
16:38au nationalisme, au populisme
16:42qui menace l'Europe aujourd'hui.
16:44En fait, c'est quand même terrible
16:48que l'homme qui prétend être cela
16:52aille faire une alliance si proche
16:54au point d'embarquer la France
16:57dans des dérives diplomatiques extrêmement dangereuses
17:02à y faire une alliance si proche
17:05avec le numéro 1 des numéros 1
17:09sur le plan des nationalismes
17:11et des populismes dans le monde.
17:13Et donc, voilà, ça, c'est une contradiction terrible.
17:16Terrible.
17:17Et qui...
17:20C'est haut, ça indique aussi,
17:23au niveau européen,
17:25l'impasse dans laquelle nous envoie
17:28Emmanuel Macron
17:31avec...
17:34en faisant le jeu, en fait,
17:38de ces nationalismes et de ces populismes
17:41qui menacent effectivement le continent européen.
17:45C'est cette politique nationale,
17:51moi que je qualifie de nationale libérale,
17:53qui est celle de Donald Trump,
17:57qu'Emmanuel Macron,
18:00à laquelle cède Emmanuel Macron.
18:02C'est-à-dire qu'il cède
18:03sur, au plan international,
18:06aux principes de Donald Trump
18:07qui sont des principes nationaux libéraux.
18:10Et donc, c'est pas en cédant
18:13aux principes nationaux libéraux
18:15que l'on combat réellement
18:16le nationalisme et le populisme.
18:18Bien au contraire,
18:19on fait son lit.
18:21Donc, vous voulez dire qu'en approchant
18:24autant aussi près de Donald Trump,
18:28indirectement,
18:29il sert la politique populiste en Europe,
18:33donc à la remontée de l'extrême droite,
18:36en résumé.
18:39Au total, on peut dire cela.
18:41En tout cas, c'est une contradiction manifeste
18:44qui est terrible.
18:47Parce que, non seulement,
18:48je l'ai dit dans mon entretien à l'instant,
18:52mais non seulement il s'incline devant Trump,
18:58mais pire, il se fait complice de lui
19:01sur sa propre stratégie,
19:03en espérant récupérer quelques miettes
19:08pour les groupes français.
19:11Mais ça, c'est terrible.
19:13C'est terrible.
19:14Merci beaucoup pour une audence.
19:17Merci.

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