00:01Bonjour pour 1 novembre. Bonjour. Donc trois jours visite Emmanuel Macron aux Etats-Unis à l'invitation
00:09de Donald Trump. Une visite d'État pour la première fois, une visite d'État par Trump depuis l'arrivée
00:18au pouvoir de Donald Trump est finie. Donc Emmanuel Macron est en retour. Est-ce que le résultat,
00:28on peut faire un petit bilan du résultat de ce voyage ? Oui, alors ce qu'on peut dire c
00:34'est
00:34que le bilan est absolument désastreux. Il y a désastreux pour, je pèse mes mots, pour la diplomatie
00:43française. Il y a d'abord le premier coin, c'est le point, une chose centrale qui devait être discutée
00:54entre les deux hommes. C'est l'accord iranien, la remise en cause ou non de l'accord iranien.
01:02Vous pouvez expliquer un petit peu c'est quoi cet accord ? Finalement, oui. Très court.
01:07Finalement, cet accord avait été passé en 2015 entre cinq grandes puissances.
01:18le côté européen, il y avait la France, la Grande-Bretagne, l'Allemagne. Il y avait
01:23la Russie également, il y avait la Chine et évidemment l'Iran. L'objectif, c'était
01:30de conclure un accord qui permette une utilisation du nucléaire civil, une utilisation du nucléaire
01:43uniquement pour des objectifs civils, pour l'Iran. C'est-à-dire pour la production d'électricité,
01:48pour la recherche. Et en échange de cela, il devait y avoir une levée progressive des
01:55sanctions économiques contre ce pays. Parce que quoi ? Pourquoi ? Parce qu'il y avait
02:01des soupçons d'utilisation de... C'était un moyen d'avancer et de réduire les tensions
02:10qui sont très très grandes dans cette région. Et l'un des moyens, ce n'est pas le seul
02:16malheureusement dans cette région, il y a plusieurs foyers de tensions, mais l'un des
02:19moyens absolument nécessaires, c'est de réduire les tensions avec Téhéran et d'obtenir
02:27une normalisation, entre guillemets, des rapports avec Téhéran.
02:32Cet accord, Donald Trump n'en voulait pas. Il l'a dit très clairement à son homologue
02:39français avant même qu'ils entament des discussions. Et Emmanuel Macron, qui s'était
02:46fait fort avant son départ de ramener, si je puis dire, à la raison Donald Trump, s'est
02:56incliné totalement sur la position de Trump. Il a notamment l'accord qui a été... pour
03:05ne pas lui faire perdre totalement la face. Donald Trump a concédé qu'il pourrait y avoir
03:11une renégociation de l'accord. Mais en fait, quand on regarde le texte qui est proposé par
03:18les deux hommes, par Macron et Trump, on s'aperçoit que ce nouvel accord est absolument inratifiable
03:27par les autres... non seulement par l'Iran, mais aussi par les autres puissances qui ont participé
03:35aux négociations. La Chine, la Russie ont déjà annoncé que c'était absolument inacceptable.
03:41Et même la chef de file de la diplomatie européenne, Mme Mogherini, dit que ce n'est pas...
03:53dit dans des termes plus mesurés, elle, mais dit quand même que ce n'est pas... qu'il
03:58faut revenir à l'accord de 2015. Donc voilà, c'est un... et puis c'était extrêmement dangereux
04:09de s'embarquer dans une tension avec l'Iran. Vous savez, c'est une stratégie belliciste
04:20que l'on connaît bien de la part de Trump, qui consiste à s'aligner derrière les démarches
04:28elles-mêmes très bellicistes des monarchies du Golfe et d'Israël, qui sont prêts à taper
04:36très fort sur l'Iran. Donc c'est extrêmement dangereux pour la paix mondiale.
04:42Donc c'est... c'est que plusieurs médias disaient que c'est une visite qui est la démonstration
04:50d'amitié franco-américain et Macron aura l'occasion de recadrer entre guillemets et Trump ? C'était une erreur
05:00alors ?
05:01C'est peut-être une publicité mentionnée. C'est pas une publicité mentionnée. C'est simplement
05:06de la communication. C'était de la communication de l'Elysée qui a été malheureusement reprise
05:12assez massivement par les... par nombreux médias français. En fait, si on regarde les choses
05:24de plus près, on voit ce que cela donne sur le dossier iranien, le bilan de la visite,
05:32donc l'un des aspects les plus graves, mais aussi sur le reste des dossiers. En fait, c'est
05:39Trump qui a trouvé le moyen de placer Macron au service de ses ambitions de remodelage des
05:47relations internationales. Le président français ne s'est pas simplement incliné sur la position
05:55du président américain. Il s'est fait complice. C'est pire encore. Donc on y songe bien.
06:03Je me souviens, je ne sais pas si vous vous souvenez, mais enfin tout le monde se souvient
06:06de ce qui... des commentaires qui ont accompagné l'arrivée de Donald Trump aux affaires aux
06:16Etats-Unis. Tout le monde pointait le fait qu'il était isolé parce que impopulaire vis-à-vis
06:24de sa propre opinion publique en interne, mais aussi très impopulaire vis-à-vis de ses pairs
06:30au niveau international. Qu'est-ce que fait notre président de la République ? Il
06:36vient lui rendre un service inouï par cette visite d'Etat, ces démonstrations multiples
06:44et variées à la Maison-Blanche. Il vient lui assurer, lui conforter dans sa stratégie
06:55qui vise à le banaliser à la tête de la première puissance mondiale.
07:00Donc c'est un...
07:01L'année dernière aussi a rendu un grand service en la mettant...
07:06Il avait commencé l'année dernière. C'est-à-dire que cette stratégie-là ne date pas d'hier.
07:10C'est un mérite de la cohérence de la part du président français.
07:16Il avait commencé à inviter dès le 14 juillet dernier, quelques semaines après son accession
07:25au pouvoir en France, il avait invité en grande pompe Donald Trump déjà sur les Champs-Elysées.
07:31Donc voilà. On peut rêver meilleur coup de main que celui que vient de lui donner à
07:39Donald Trump, que celui que vient de lui donner Emmanuel Macron.
07:44Mais qu'est-ce qu'il cherche ? Qu'est-ce qu'il veut dire ?
07:47Macron a aussi... Je veux dire que c'est aussi sur le fond qu'il est des choses.
07:52Parce que Macron, quand il est intervenu devant le Congrès, il a plaidé, devant le Congrès américain,
08:00il a plaidé pour, je cite, « réinventer l'ordre mondial du XXIe siècle ».
08:11Et ça, ça dit-il, en agrémentant cela des poncifs habituels sur la faillette et la nécessité, dit-il, pour
08:21la France et les États-Unis d'écrire l'histoire ensemble,
08:25ça, ça serait...
08:27En fait, c'est tout ce dont Trump a besoin.
08:31Trump est en train de s'élancer dans une stratégie de réorganisation du monde sous la roulette des États-Unis,
08:39en disant,
08:40que les États-Unis sont en perte de vitesse au niveau mondial.
08:46C'est à cause de règlements internationaux qui ne sont pas justes et qui discriminent ses propres multinationales,
08:59dont ses propres multinationales souffrent parce qu'elles entravent sa compétitivité, etc.
09:08Et donc, il y a ça, et il y a la volonté d'imposer un nouvel ordre.
09:17Alors, je ne sais pas, qu'est-ce que ça veut dire, imposer un nouvel ordre ?
09:22Exactement, c'est ça, c'est ça la question.
09:27Quelle nouvelle ordre ? Parce que dans l'ancien aussi, il était la première puissance du monde au niveau de
09:34l'économie, politique.
09:35Oui, oui. Mais on a quand même remarqué que Donald Trump bouleverse un peu les choses depuis qu'il est
09:43arrivé au pouvoir.
09:45Première chose, pour revenir, pour montrer la cohérence avec ce qui se passe sur le dossier iranien,
09:54il a été décidé de se passer d'un organisme international comme l'ONU.
10:01C'est-à-dire que Trump, avec la complicité de Macron et de Theresa May, ont décidé de bombarder, ont
10:12décidé unilatéralement de bombarder la Syrie.
10:16Ça, c'est la première des choses.
10:17Et deuxième chose, c'est sur le plan économique.
10:20Trump n'arrête pas de dire que les règlements qui ont été faits, y compris les règlements de l'Organisation
10:28mondiale du commerce,
10:29qui pourtant n'étaient pas réputés être des entraves au profit que peuvent faire les multinationales américaines, bien au contraire,
10:39mais lui, il considère qu'il y a un certain nombre de ces règlements dont il veut se débarrasser
10:47parce qu'il entraverait encore une plus large, un plus large, il ne se, Trump ne se, contrairement à l
10:58'image que l'on donne parfois de lui,
11:00il n'est pas pour un repli sur les États-Unis, il n'est pas un isolationniste.
11:05C'est tout le contraire d'un isolationniste.
11:07Il est pour des marchés ouverts, mais à condition que les multinationales des États-Unis
11:15puissent mieux dominer, puissent mieux exercer leur domination sur le monde.
11:20Et c'est pour ça qu'il remet en cause jusqu'à certains des principes de l'Organisation mondiale du
11:26commerce.
11:26C'est pour ça qu'il se lance dans une très dangereuse guerre commerciale en décrétant des taxes de vin
11:36sur les importations d'acier et d'aluminium.
11:41Ça ne vise plus particulièrement la Chine aujourd'hui, mais ça ne visera pas uniquement la Chine.
11:45Puis il y a d'autres produits qui sont taxés aussi de cette manière-là.
11:49On sait qu'une guerre commerciale, là aussi, c'est extrêmement dangereux.
11:54La Deuxième Guerre mondiale, elle a démarré dans les années 1920, dans les années 1930,
11:59par des guerres commerciales entre les grandes puissances.
12:02Donc attention, et notre président, c'est sur tout terrain de cet homme-là qui veut remodeler le monde,
12:12qui veut recréer des règles.
12:15Il ne veut pas forcément abandonner toute règle internationale.
12:20Il veut recréer des règles qui correspondent mieux aux souhaits de Wall Street et des multinationales américaines.
12:29C'est cela qui est particulièrement scandaleux.
12:33Alors pourquoi il s'agit-il comme ça ?
12:37Je pense qu'il y a... Pourquoi Emmanuel Macron agit-il de la sorte ?
12:43Je pense qu'il est Emmanuel Macron...
12:46Est-ce qu'en sachant des causes, il adhère aussi massivement à ses idées, à sa politique ?
12:54Je pense que c'est profond.
12:55Ou il est obligé pour avoir une place favori en Europe ?
13:00Je pense que c'est profond.
13:03Je pense qu'il est... Emmanuel Macron, d'ailleurs, ça a été souligné à maintes reprises
13:08dans les commentaires qui ont été faits sur sa visite, son amitié avec Trump.
13:15Beaucoup se sont interrogés sur pourquoi cette amitié, etc.
13:18C'est vrai que ces deux hommes viennent un peu du même moule.
13:23Ils n'ont pas le même âge, etc.
13:26Mais ils viennent du même moule des affaires.
13:29Ils viennent du monde des affaires, tous les deux.
13:31Et dans ce monde des affaires, on veut absolument aplanir les choses
13:38pour que les groupes en question, les groupes des différents pays, en tirent le meilleur parti.
13:48Qu'est-ce que considère la classe dirigeante française ?
13:51Elle était d'ailleurs très présente, la classe dirigeante française,
13:55ce qu'on appelle la classe dirigeante française, c'est-à-dire les dirigeants,
13:57comme des grands groupes français, etc.
14:01Il y a exactement... Bernard Arnault, par exemple,
14:04était avec plusieurs autres représentants du CAC 40 au dîner de gala
14:09qui était donné mardi soir en l'honneur du président français.
14:15Qu'est-ce que veulent ces gens-là ?
14:18Ces gens-là, ils veulent que...
14:21C'est là plus une tradition aussi française, malheureusement,
14:25de la classe dirigeante française, espéraient qu'en se mettant ainsi
14:29dans les...
14:33En se mettant ainsi au service du plus fort,
14:38au service des Etats-Unis,
14:42on va récupérer des gratifications,
14:49sous forme de profits, etc.
14:50Et c'est un calcul vraiment à courte vue,
14:55c'est un calcul qui ne prend pas en compte du tout,
14:58c'est un calcul qui, sur le plan géostratégique,
15:01ne prend pas du tout en compte
15:03les enjeux, évidemment, du XXIe siècle.
15:07Je ne développerai pas pourquoi.
15:09Cette politique d'Emmanuel Macron,
15:12en s'alliant aux Etats-Unis,
15:15c'est en contradiction totale avec la politique
15:18qui veut amener en Europe,
15:21et il annonce qu'il va contrer tous les nationalismes
15:25avec la politique,
15:27la nouvelle politique européenne qu'il propose.
15:30Ce n'est pas dans la même série de politiques
15:35qui peut être efficace.
15:36Mais c'est toute l'imposture du discours
15:40d'Emmanuel Macron.
15:44Parce que, vous l'avez dit tout à l'heure,
15:47dès le mois de juillet 2017,
15:49c'est-à-dire quelques semaines après son élection,
15:52il a reçu en grande pompe Donald Trump.
15:56Donc cette stratégie-là est très...
15:57d'alliance avec le numéro 1 américain
16:02et a une cohérence très grande.
16:08En fait, quand il fait cela,
16:13il apparaît...
16:16Il apparaît en contradiction, effectivement,
16:22avec les propos qu'il peut tenir
16:24et qu'il a même tenus devant le congrès américain.
16:28Ça ne l'empêche pas, ça ne l'embarrasse pas.
16:30Qu'il a même tenu en congrès américain
16:32comme celui qui peut faire barrage
16:38au nationalisme, au populisme
16:42qui menace l'Europe aujourd'hui.
16:44En fait, c'est quand même terrible
16:48que l'homme qui prétend être cela
16:52aille faire une alliance si proche
16:54au point d'embarquer la France
16:57dans des dérives diplomatiques extrêmement dangereuses
17:02à y faire une alliance si proche
17:05avec le numéro 1 des numéros 1
17:09sur le plan des nationalismes
17:11et des populismes dans le monde.
17:13Et donc, voilà, ça, c'est une contradiction terrible.
17:16Terrible.
17:17Et qui...
17:20C'est haut, ça indique aussi,
17:23au niveau européen,
17:25l'impasse dans laquelle nous envoie
17:28Emmanuel Macron
17:31avec...
17:34en faisant le jeu, en fait,
17:38de ces nationalismes et de ces populismes
17:41qui menacent effectivement le continent européen.
17:45C'est cette politique nationale,
17:51moi que je qualifie de nationale libérale,
17:53qui est celle de Donald Trump,
17:57qu'Emmanuel Macron,
18:00à laquelle cède Emmanuel Macron.
18:02C'est-à-dire qu'il cède
18:03sur, au plan international,
18:06aux principes de Donald Trump
18:07qui sont des principes nationaux libéraux.
18:10Et donc, c'est pas en cédant
18:13aux principes nationaux libéraux
18:15que l'on combat réellement
18:16le nationalisme et le populisme.
18:18Bien au contraire,
18:19on fait son lit.
18:21Donc, vous voulez dire qu'en approchant
18:24autant aussi près de Donald Trump,
18:28indirectement,
18:29il sert la politique populiste en Europe,
18:33donc à la remontée de l'extrême droite,
18:36en résumé.
18:39Au total, on peut dire cela.
18:41En tout cas, c'est une contradiction manifeste
18:44qui est terrible.
18:47Parce que, non seulement,
18:48je l'ai dit dans mon entretien à l'instant,
18:52mais non seulement il s'incline devant Trump,
18:58mais pire, il se fait complice de lui
19:01sur sa propre stratégie,
19:03en espérant récupérer quelques miettes
19:08pour les groupes français.
19:11Mais ça, c'est terrible.
19:13C'est terrible.
19:14Merci beaucoup pour une audence.
19:17Merci.