- il y a 20 heures
L'accord passé entre les chefs d'Etats européens sur les migrants, s'aligne sur les positions les plus extrêmes de la droite européenne et renforce l'Europe forteresse au mépris des règles de la solidarité internationale. Analyse et réactions avec les eurodéputé.e.s Karine Gloanec Maurin (S et D), Philippe Lamberts (Verts-ALE) et Patrick Le Hyaric (GUE-GVN).
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00:00...
00:11Bonjour et bienvenue dans ce débat depuis le Parlement européen de Strasbourg.
00:15Vendredi dernier, les chefs d'État européens ont dit avoir trouvé un accord sur les migrants,
00:19propos qui ont d'ailleurs été assez vite tempérés par des ONG, par des partis, par des associations.
00:25Vos analyses et vos réactions à cet accord, on va voir si on met les guillemets,
00:29Karine Glohanek-Morin, merci, bonjour, merci d'être avec nous.
00:34Vous êtes députée européenne, socialiste et démocrate, c'est la première fois que vous êtes sur ce plateau de l
00:38'humanité.fr.
00:39Je suis parlementaire depuis 15 jours seulement.
00:42Bienvenue à bord.
00:43Bienvenue à bord, bienvenue à vous.
00:45Philippe Lamberts, habitué, merci d'être avec nous.
00:49Philippe Lamberts, député européen vers Alliance Libre Europe,
00:52et Patrick Le Yaric, député européen gauche unitaire européenne, gauche verte nordique.
00:57Alors, après cet accord passé vendredi entre les chefs d'État européens sur les migrants,
01:02on a entendu beaucoup de commentaires.
01:04C'est vrai, presque plus de commentaires que le contenu même tout de suite de ce qui s'était dit,
01:08parlant de confusion, de faux semblants, de consensus de façade, etc.
01:12Votre avis à vous. Commençons par vous, Karine Gloneck-Morin.
01:15Qu'est-ce que vous en pensez ?
01:16D'abord, c'est un conseil qui nous a beaucoup déçus.
01:20Bien sûr, il y a eu une première réaction un petit peu prématurée de soulagement,
01:24parce qu'il y avait un accord, mais quel accord ?
01:26Vraiment un accord qui, au fur et à mesure qu'on détaillait les propositions,
01:31permettait de s'alarmer énormément sur l'incapacité de ce conseil à faire de vraies propositions,
01:39dans une crise qui n'est pas une crise migratoire, mais qui est une crise politique.
01:44Et c'était l'occasion pour le Conseil européen de se positionner, justement,
01:48sur une question qui est importante, mais qui n'est pas la seule question européenne,
01:53et qui aurait pu le positionner sur une meilleure conviction de sortir de l'Union européenne de cette crise.
02:06D'accord. On continue avec vous, Patrick Le Yarig.
02:09Votre impression un petit peu, comme ça, tout de suite, sur cet accord,
02:14sur la manière dont il est sorti, quelle a été votre première réaction ?
02:16Le Conseil européen, en son entier, avec une multitude de divergences peut-être auparavant,
02:24mais a décidé de se mettre d'accord, de barricader l'Union européenne,
02:30c'est-à-dire de créer des conditions pour que tout exilé qui fuit la misère,
02:35qui se retrouverait ici, serait réexpédié dans son pays après avoir été mis dans des centres de rétention,
02:42quasiment le même système que les centres que nous avons dans les aéroports.
02:46Et puis, cette décision incroyable, où sans consulter aucun autre pays tiers,
02:51on a décidé d'installer dans ces pays des camps de rétention.
03:07On va y revenir en détail là-dessus.
03:10Certes, avec le sourire, mais c'est quand même la même politique.
03:12Philippe Lambert, votre première réaction également, qu'est-ce que vous retenez aussi de ce Conseil ?
03:17Je suis assez d'accord avec Patrick.
03:19D'abord, il faut voir la perversion du langage.
03:22On va vous parler de plateforme de débarquement ou de centres contrôlés.
03:26En français, on appelle ça des prisons, d'accord ?
03:29Donc, on parle de faire des prisons à l'intérieur des États de l'Union et en dehors de l
03:33'État de l'Union.
03:34Petit détail, si vous demandez à chacun des États membres,
03:37tous vous répondent avec une belle unanimité, pas chez moi.
03:40C'est ça.
03:41Et on n'a pas demandé d'avis aux États extérieurs à l'Union.
03:44Donc, on vous parle d'un accord dont tout porte à croire,
03:48qui ne sera jamais, jamais exécuté.
03:50Maintenant, la musique qui sort du Conseil européen est précisément, comme vous le disiez,
03:56la musique de l'organisation, de l'extrême droitisation des esprits.
03:59Autrement dit, à l'unanimité, le Conseil européen,
04:01les chefs d'État et de gouvernement des États de l'Union européenne,
04:06décident de prononcer en cœur une phrase, pas de ça, chez moi.
04:11La politique migratoire de l'Union européenne à les entendre se résume à
04:16nous ne voulons pas de ces gens chez nous, point barre.
04:20Donc, il n'est pas question d'un équilibre qui dirait, voilà,
04:23l'Europe accueillera sa part des demandeurs d'asile et sa part des migrants économiques,
04:28si vous voulez faire cette distinction, entre ceux qui ont ou qui n'ont pas droit à la protection
04:32au titre de la Convention de Genève.
04:34Il y aura des chemins sûrs et légaux d'arrivée,
04:36mais il est évident que ceux qui ne respecteront pas les règles,
04:38eh bien, ils ne rentreront pas ou ils seront renvoyés dans leur pays d'origine.
04:42Là, on aurait pu dire, il y a une forme d'équilibre ici,
04:44c'est, on n'en veut pas, on n'en veut pas, et d'ailleurs, on n'en veut pas.
04:49Et là, avec un grand sourire, Emmanuel Macron nous sert la même politique que Victor Orban.
04:54Je veux dire, quand Macron et ses ministres et ses porte-parole s'indignent
04:58de l'attitude du gouvernement italien, en allant même jusqu'à dire, c'est à vomir.
05:03Enfin, je veux dire, c'est vrai, les bateaux n'accostent pas en France,
05:07mais ce que la France fait depuis Sarkozy et Valls,
05:10et aujourd'hui avec Colomb, et donc sous l'autorité de Macron,
05:13c'est faire dans les Alpes exactement, et tous les jours,
05:16ce que fait l'Italie de Salvini.
05:19Donc, honnêtement dit, moi, je ne vois pas la différence.
05:23Pas de remise en cause non plus de l'accord de Dublin, ce qui est quand même...
05:26C'est justement ce que je voulais vous indiquer.
05:27En fait, c'est un déni aussi de la démocratie européenne,
05:30puisque le Parlement européen a voté en octobre dernier
05:35une réforme du règlement européen, avec des mesures,
05:39vraiment des réformes très concrètes,
05:40qui permettent d'accueillir de manière beaucoup plus humaine
05:44les migrants.
05:45Et ce Conseil a ignoré, vraiment, les démarches des parlementaires européens.
05:51Je trouve que c'est un déni de la démocratie européenne.
05:54On avait ce matin une présentation de la présidence de l'Autriche,
05:57pendant six mois,
05:59et on a entendu le même couplet, le même refaire, Patrick Leyaric.
06:04Devant les députés, ce matin, devant les députés européens,
06:06à savoir le maître mot, en gros, de ces six mois,
06:08c'est immigration, sécurité et migration.
06:11Oui, d'ailleurs, la semaine au Parlement européen
06:15est assez stressante pour nous,
06:19assez inquiétante pour des gens comme nous,
06:20parce qu'on a l'ouverture de la présidence autrichienne,
06:24et mercredi, on aura un discours du dirigeant polonais.
06:29Donc, pour des gens comme nous,
06:30qui militons pour le progressisme,
06:32qui militons pour l'humanisme,
06:33on est un peu secoués,
06:36et nous, on n'espère pas,
06:38aucun de nous ici autour de la table,
06:39on espère qu'à l'issue des élections européennes,
06:43nous n'ayons pas des commissaires européens
06:45de ces tendances politiques.
06:47Or, s'il y a trop d'abstention,
06:50c'est ce qui nous pend au nez.
06:52Et effectivement,
06:53dans le discours des dirigeants autrichiens,
06:57mais dans les pressions que subit Mme Merkel
07:01en Allemagne elle-même,
07:02où on dit maintenant qu'on va faire un centre de tri
07:05entre l'Allemagne et l'Autriche,
07:07ça participe exactement de la même démarche,
07:10c'est-à-dire l'acte qu'elle avait eu
07:12d'accepter 1 300 000 réfugiés à peu près,
07:17ce moment-là est terminé,
07:19pour elle comme pour tout le monde,
07:21sur une pression de droite extrémisée
07:25et d'extrême droite.
07:26C'est ça, un mot sur l'Allemagne justement,
07:29parce que c'est ce dont on s'aperçoit,
07:30la question des migrants
07:31est plus simplement un thème polémique,
07:34ça devient un thème polémique au sein de chaque pays,
07:36ça va loin,
07:37on prend le cas de l'Allemagne effectivement,
07:39et qu'est-ce que vous en pensez
07:40de ce qui se passe en Allemagne,
07:42la situation actuelle ?
07:42Bien sûr, et ce à quoi on assiste malheureusement,
07:44c'est quelque chose dont l'Allemagne et le théâtre,
07:46mais bien d'autres pays aussi,
07:48les parties de droite, on va dire traditionnelles,
07:51s'estiment sous la pression
07:53des parties d'extrême droite,
07:55et donc leur réponse majoritairement,
07:58pas totalement, mais majoritairement,
07:59est de dire,
08:00adoptons la rhétorique
08:01et la vision politique de l'extrême droite
08:04pour leur couper l'herbe sous le pied.
08:06Autrement dit,
08:08eh bien imitons-les,
08:09et comme ça, ce sera nous qui percevrons
08:11les bénéfices électoraux de l'affaire,
08:13ou en tout cas on limitera les dégâts,
08:15plutôt que, mais fondamentalement,
08:16en fait, ils légitiment les positions d'extrême droite,
08:19et surtout, ils les transforment en politique officielle.
08:22Je veux dire, tant que c'est l'alternative pour l'Allemagne,
08:24le parti extrême droite allemand,
08:26qui se fait l'avocat de ces prisons,
08:29centres de distribution, d'orientation,
08:32comme vous voulez,
08:33mais bref, de ces centres fermés,
08:35ça ne rentre pas dans le champ de l'action politique,
08:38mais dès l'instant où c'est un parti de gouvernement
08:40qui s'en fait l'avocat,
08:41ça devient la politique du gouvernement,
08:43et c'est là qu'on passe de la rhétorique à l'action.
08:46Et c'est ça qui est inquiétant,
08:47qu'en course le chancelier autrichien vient ce matin,
08:49et qu'il adopte, et je rappelle,
08:52cet homme est le représentant autrichien
08:54du Parti Populaire Européen,
08:55le parti de Juncker, le parti de Tusk,
08:57le parti de Wauquiez,
08:59et là, on commence à comprendre.
09:00Eh bien, en fait, il fait l'amalgame
09:04immigration-sécurité.
09:04Ce sont deux problématiques importantes,
09:07évidemment,
09:08mais c'est comme si l'un était lié à l'autre.
09:10Autrement dit, en fait,
09:11et je me rappelle Nigel Farage,
09:12dire cela en plein air il y a quelques mois,
09:1640% de ces migrants sont des terroristes.
09:1840%, comment est-ce qu'on ose dire,
09:19une énormité pareille.
09:20En fait, la plupart de ces réfugiés,
09:23de ces demandeurs d'asile,
09:24et une bonne partie de ces migrants,
09:26ils fouillent précisément la violence.
09:28Ce n'est pas pour la reproduire ici,
09:29ils la fouillent tout simplement
09:30parce qu'ils veulent pouvoir mener une vie
09:32un peu plus conforme à la dignité humaine
09:33que ce qui n'est possible chez eux.
09:36Et donc, enfin,
09:36il faut quand même bien distinguer les sujets.
09:38Oui, il y a un sujet terrorisme.
09:40Oui, il y a un sujet migration.
09:41Ce sont deux sujets distincts
09:43qui n'ont que des relations
09:44extrêmement distantes l'un avec l'autre.
09:47Cette confusion entre migration et terrorisme,
09:52encore plus que migration et sécurité,
09:54je pense qu'elle est extrêmement inquiétante
09:56quand la présidence autrichienne arrive
09:58avec un slogan qui dit
10:00« l'Europe qui protège ».
10:02On se demande ce qu'il y a derrière,
10:05c'est-à-dire que si c'est pour protéger
10:07les citoyens européens contre,
10:09on est à vraiment l'extrême inverse
10:12de ce que l'Union européenne a voulu.
10:14Alors que ce que nous portons,
10:16et ce que nous portons bien sûr tous ici
10:18dans une démarche de progrès,
10:21c'est plutôt une manière de savoir accueillir.
10:24Et moi, je voudrais faire un lien
10:27avec des poètes antillais comme Édouard Glissant
10:30ou Patrick Chamoiseau
10:32qui ont travaillé sur la relation nation,
10:35la nation-relation,
10:36et nous devrions nous inspirer,
10:38même au Parlement européen,
10:40c'est peut-être assez décalé de parler ainsi,
10:44mais de ces poètes qui parlent
10:46de la relation et de la diversité
10:48et de savoir comment on accueille l'autre.
10:50Moi, je trouve que cette présidence autrichienne,
10:53elle est extrêmement inquiétante,
10:55elle est même presque étonnante.
10:58Il est étonnant que le Parlement européen
11:00accueille un pays qui a été quand même soumis à un vote,
11:07qui a mis l'extrême droite au gouvernement.
11:10Et donc, peut-être, on a beaucoup de choses,
11:12beaucoup de questions à se poser sur cette présidence.
11:16Mais bon.
11:16Confusion.
11:18Autre, les ONG qui portent secours aux migrants,
11:24presque victimes collatérales aussi
11:26de ce qui est en train de se passer à l'heure actuelle.
11:27On se rappelle de ce qu'a dit le président français Emmanuel Macron,
11:32mais qui est repris un peu partout
11:33sur les ONG complices,
11:36qui vont sauver les migrants en mer,
11:39complices finalement des passers.
11:41On est vraiment un peu dans l'inversion
11:44de l'ordre des raisons.
11:45C'est-à-dire, c'est ceux qui portent secours
11:48qui, finalement, sont responsables du phénomène.
11:51Il y a une sorte de philosophie générale
11:56qui est en train de s'imposer,
11:58comme ça, au moins dans les imaginaires.
12:01Celui qui porte secours,
12:03il est en délit de solidarité.
12:05Celui qui est à la frontière,
12:07il est en délit de solidarité.
12:08Celui ici, qui accueille chez lui,
12:11lui, il est en délit de solidarité.
12:12C'est totalement à l'opposé de toutes nos traditions,
12:16de toutes nos valeurs,
12:17et même à l'opposé des conventions internationales.
12:20En France, c'est 1793.
12:22On porte au début l'asile,
12:24donner l'asile à quelqu'un.
12:26Et puis, les bateaux,
12:28où, de toute façon,
12:31il y a des bateaux et des organisations
12:32non gouvernementales qui font l'aide,
12:34elles ne peuvent pas faire autrement,
12:37si elles veulent sauver des gens
12:39qui se noient pour trouver où ils se trouvent,
12:43de discuter, malheureusement, avec les passeurs.
12:45Mais on n'assèchera pas les passeurs
12:47en sanctionnant, en dénigrant
12:50ceux qui portent secours.
12:53Assécher ceux-là,
12:54ça induit, évidemment, d'autres dispositions,
12:58comme, d'ailleurs, les trafiquants d'armes
13:01ou les trafiquants de drogue.
13:02Ils s'en agissent dans la confusion, quoi.
13:03La plupart des personnes sauvées à la mer
13:06le sont par des navires,
13:08soit commerciaux, soit militaires,
13:09ou, en tout cas, appartenant
13:12à des organisations étatiques.
13:14Les navires d'ONG ne recueillent
13:15qu'une fraction minoritaire des migrants.
13:18Et je voudrais quand même souligner
13:19que le fameux Aquarius
13:23avait à son bord 629 personnes,
13:25dont une majorité de personnes
13:27recueillies par des navires de la marine italienne.
13:29Et donc, il ne faut quand même pas
13:30se foutre dans la gueule du monde.
13:31Je veux dire, c'est quand même...
13:32Ceci a été organisé,
13:33on a pris de manière organisée
13:35des personnes en otage
13:38pour faire un point politique.
13:39Et je rappelle que
13:42ce qui est à la base
13:43de la construction européenne
13:44et de la Déclaration universelle
13:46des droits de l'homme,
13:47tous les êtres humains naissent libres,
13:49ils sont égaux en droit et en dignité.
13:50Et là,
13:52comment est-ce que je dirais ?
13:53Ce qui fait de nous des êtres humains,
13:55c'est de souffrir
13:56lorsque nous voyons
13:57un de nos semblables souffrir.
13:58Et donc, la réaction normale
14:00d'un être humain,
14:01c'est de venir au secours.
14:03Et donc, on voudrait criminaliser
14:05en fait le simple fait
14:07d'agir de manière conforme
14:09à la dignité humaine.
14:11Et ça, ça montre à quel point
14:13l'extrême-droitisation
14:15du discours politique
14:16gagne du terrain.
14:17Et là, les premiers responsables
14:19ne sont pas les partis d'extrême droite,
14:21les premiers responsables
14:21sont les responsables
14:22de partis politiques
14:23réputés démocratiques
14:25et qui adoptent le discours
14:27et l'action de l'extrême droite
14:29au motif de la combattre.
14:31Peut-être qu'il faut rappeler
14:32que depuis le début de 2018,
14:36le nombre de migrants a baissé.
14:38Et par contre,
14:39le nombre de décès
14:40en Méditerranée a augmenté.
14:42Ça veut dire que...
14:43180 depuis vendredi dernier,
14:45pour parler du réel.
14:46Pour parler du réel.
14:48190 disparus depuis vendredi.
14:49Ça éclaire vraiment
14:51la manière dont
14:52les politiques européennes
14:53en ce moment
14:53sont en train de mettre
14:56le phare sur une crise
14:59qui n'est pas une crise migratoire,
15:02mais qui est une crise politique interne
15:04qui ne sait pas répondre
15:05à l'accueil de ces personnes
15:08qui fuient la misère.
15:10Alors la question devient
15:12comment finalement échapper
15:13à ce discours totalitaire,
15:15on peut dire,
15:16sur les migrants,
15:16dominant en tout cas,
15:18qui ne correspondent pas
15:19à la réalité,
15:20sachant que le simple fait
15:22de le dire,
15:22de dire que ça ne correspond
15:23pas à la réalité,
15:25visiblement,
15:25ça ne semble pas suffire.
15:26Bon, je crois qu'il y a
15:27plusieurs éléments.
15:28C'est vrai que les chiffres
15:29ont diminué,
15:30mais justement,
15:30les mauvais esprits vous diront
15:31que c'est parce qu'on a passé
15:32un deal avec la Turquie,
15:34c'est parce qu'on a passé
15:35un deal avec les gardes-côtes libyens.
15:37Non, les gardes-côtes libyens,
15:38ce sont des bandes armées.
15:39C'est de ça qu'on parle.
15:41Donc, on a passé des deals
15:43de cette nature-là
15:44et donc c'est grâce à cela,
15:45entre guillemets,
15:45que les chiffres ont diminué.
15:46Si vous regardez autour
15:47de l'Europe,
15:48si vous regardez la situation
15:49de l'Afrique
15:50et en particulier
15:52de la bande saharossa-hélienne,
15:53si vous regardez la situation
15:54du Moyen-Orient,
15:55il faut s'attendre
15:56à ce qu'un nombre
15:58important de personnes
15:59cherchent à se sauver.
16:01Moi, je comprends ça.
16:02Et donc, il ne faut pas
16:03s'imaginer que le défi
16:04de l'asile et de l'immigration
16:05va disparaître demain.
16:06Donc, la question, c'est
16:07que faisons-nous
16:08pour le gérer
16:08de manière conforme
16:10à la fois à nos capacités
16:11et à la dignité humaine ?
16:12Et là, il y a une contradiction profonde
16:15à laquelle nous devons répondre.
16:17Moi, je comprends
16:18l'attitude d'un certain nombre
16:20de nos concitoyens
16:21qui sont chaque jour
16:22plus fragilisés
16:23dans leur travail
16:24ou dans leur situation
16:25d'allocataires sociaux.
16:26Autrement dit,
16:27qui sont de plus en plus
16:29fragilisés
16:29par nos politiques
16:30socio-économiques
16:31et qui ne peuvent pas comprendre
16:32que, quelque part,
16:35leurs gouvernants
16:35leur pourrissent la vie
16:36et en même temps
16:37parlent d'accueillir
16:38des gens qui,
16:39objectivement,
16:40dans les premières années,
16:40vont aussi coûter
16:42au système
16:43de protection sociale.
16:44Donc, quelque part,
16:44cette idée de mettre
16:45en concurrence
16:46des précaires
16:47avec des plus précaires
16:47que, je comprends
16:48que ça suscite
16:49une réaction de défense.
16:50Moi, je les comprends,
16:51ceux qui disent
16:52« mais enfin,
16:52ça n'a pas de sens ».
16:53Et c'est là, je pense,
16:54qu'il faut retrouver
16:55une forme de cohérence.
16:55Alors, je comprends
16:56la cohérence de l'exclusion.
16:58Je veux dire,
16:58un Emmanuel Macron
16:59qui, en même temps,
17:00puisqu'il aime bien
17:00cette expression,
17:01pratique des politiques
17:02d'exclusion
17:03à l'intérieur
17:03de ses frontières.
17:05Regardez sa loi travail,
17:06regardez ses réformes fiscales
17:07et pratique des politiques
17:09d'exclusion
17:10à l'extérieur
17:10de ses frontières.
17:11C'est une forme
17:11de cohérence.
17:13Notre cohérence,
17:14et je pense qu'elle est
17:15partagée ici autour
17:15de la table,
17:16c'est la cohérence
17:17de la solidarité.
17:18Pratiquer des politiques
17:19d'inclusion,
17:19de solidarité
17:20à l'intérieur
17:21de nos frontières,
17:22c'est-à-dire remettre
17:23en marche l'ascenseur social.
17:25Et je dis toujours,
17:25quand l'ascenseur social
17:26fonctionne pour tous,
17:27prendre quelques personnes
17:28de plus dans l'ascenseur,
17:29ça ne pose problème
17:30à personne.
17:31Le gros problème,
17:32c'est que nous avons
17:33une fraction énorme
17:34de notre population
17:35qui est dans un ascenseur social
17:37et c'est cette contradiction-là
17:38que nous devons relever.
17:40Autrement dit,
17:40si nous voulons
17:42qu'il soit accepté socialement,
17:44que l'Europe
17:45prenne sa part de l'accueil,
17:47nos concitoyens exigeront
17:48qu'en même temps,
17:49nous fassions tout
17:50ce qui est en notre pouvoir
17:51pour réduire la fracture sociale
17:53dans nos pays.
17:54Les deux vont de pair.
17:55Patrick Léaric,
17:56vos préconisations,
17:58vos solutions,
18:00vos pistes,
18:00en tous les cas,
18:01dans la conjoncture actuelle
18:02par rapport à ces questions ?
18:03C'est-à-dire,
18:03il y a des pistes immédiates,
18:05c'est-à-dire sécuriser,
18:09les transferts,
18:11accueillir,
18:11faire valoir l'asile,
18:13etc.
18:13Mais je crois qu'on est au moment
18:17où il est nécessaire
18:19de poser la question mondiale.
18:23Parce qu'il y a le débat
18:25qui est engagé,
18:26que M. Trump refuse d'ailleurs
18:28du pacte mondial des migrations,
18:30mais il faudrait peut-être envisager
18:33pour les migrations
18:35qui sont loin d'être terminées.
18:37Parce que nous,
18:38nous parlons d'un type
18:39de migration ici,
18:40mais il y a des migrations
18:42sud-sud entre pays.
18:44Il y a des migrations
18:46de pays de l'Est
18:48vers pays d'Europe orientale.
18:51Dans le cadre d'une concurrence,
18:53vous avez des Ukrainiens
18:54qui viennent en masse en Pologne
18:57contrebattre le travail,
18:58le salaire de l'ouvrier polonais.
19:00C'est-à-dire qu'on est dans un monde
19:01de concurrence de tous contre tous.
19:04Et donc, la question des migrations,
19:06la question du travail en général,
19:09les enjeux des protections sociales,
19:13nécessitent, à mon sens aujourd'hui,
19:14de prendre une initiative
19:16sous l'égide de l'Organisation
19:18des Nations Unies
19:19sur cet enjeu des migrations.
19:21C'est-à-dire,
19:23quelles sont les causes
19:24et quelles réponses y apporte-t-on ?
19:26Il y a les réponses liées
19:28au réchauffement climatique.
19:29Il y a les réponses liées
19:30à l'arrêt des guerres.
19:31Il y a des réponses liées
19:34à un nécessaire co-développement.
19:36Et l'Union européenne
19:37aurait un rôle formidable à jouer
19:39si on voulait se tourner
19:40plus qu'on ne le fait vers le sud.
19:43Parce qu'il y a des moyens,
19:45il y a des intelligences,
19:45il y a des capacités.
19:46Ceux qui viennent,
19:47notamment les Syriens
19:49qui sont venus,
19:50les Soudanais,
19:51c'est la matière grise de ces pays.
19:53Donc, évidemment,
19:55c'est un apport ici,
19:56mais ce serait un apport
19:57pour un développement là-bas.
20:00Donc, il y a tous ces enjeux-là
20:01et surtout traités
20:04à partir de l'humanité,
20:06à partir d'un humanisme nouveau,
20:09à partir de l'intérêt général
20:10et non pas en se barricadant
20:12comme aujourd'hui.
20:13Parce qu'il y a ce dont nous parlons
20:14et puis il y avait la semaine dernière
20:16ces terribles images
20:18où des enfants mexicains
20:19étaient séparés de leur maman
20:21dans des cages aux États-Unis.
20:23Vos préconisations à vous,
20:24Karine Doré-Cmorin ?
20:26En fait, en octobre dernier,
20:28moi je n'étais pas là,
20:28mais vous étiez là, messieurs.
20:30Peut-être l'avez-vous voté,
20:31mais cette réforme
20:35de l'accord de Dublin,
20:37du règlement de Dublin,
20:39préconise des relocalisations
20:42qui sont extrêmement intelligentes,
20:44c'est-à-dire chercher
20:45s'il y a de la famille,
20:46s'il y a un lien avec le migrant,
20:50s'il a étudié,
20:51s'il a résidé dans un territoire.
20:53Et moi, je crois qu'on ne fait pas assez confiance
20:56aux collectivités territoriales.
20:57Vous savez,
20:58nombre de petites collectivités territoriales
21:01se sont mobilisées pour accueillir...
21:04Partout en Europe,
21:05en Méditerranée notamment.
21:07Et parfois, c'est vraiment
21:09un groupe de migrants
21:11très peu nombreux,
21:12mais ça peut aussi être
21:13quand même un nombre assez important.
21:14Et en général,
21:16on constate que ça se passe plutôt bien,
21:19qu'il y a une intégration
21:20plutôt sereine.
21:22Et donc, je pense que nous aurions...
21:27Nous devrions d'abord renforcer,
21:29appliquer cette réforme
21:30que vous avez votée.
21:31Et moi, je trouve qu'elle est intelligente.
21:33Il y a plusieurs propositions
21:35qui la constituent.
21:37Et faire confiance aussi
21:39aux collectivités territoriales,
21:41puisque nous ne sommes pas...
21:43L'Union européenne,
21:45c'est aussi constituée, bien sûr,
21:46des États membres,
21:47mais aussi de tous les pouvoirs locaux.
21:50Voilà.
21:51Merci à vous.
21:52On viendra bien sûr sur cette question
21:54qui va être largement à l'ordre du jour
21:56dans les mois, dans les semaines,
21:57dans les mois qui viennent.
21:58Merci à vous.
21:59Bonnes vacances,
22:00puisque c'est la dernière session
22:02pour les uns et les autres.
22:03Merci de nous avoir suivis.
22:04Au revoir.
22:04Merci.
22:05Au revoir.
22:09Au revoir.