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  • il y a 13 heures
Francette Popineau, porte-parole et co-secrétaire générale du @SNUipp-FSU, le premier syndicat d'enseignants du primaire réagit ce mardi 12 mai, au micro de l'Humanité, en ce jour de reprise de l'école pour les élèves de maternelles et primaires après 8 semaines de confinement.

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Transcription
00:00Bonjour Française Popinot. Bonjour. Vous êtes la porte-parole et co-secrétaire générale du SNI-IPP-FSU, le premier syndicat
00:07d'enseignants du primaire.
00:08Alors ce mardi, 12, 130 000 élèves ont repris le chemin d'école sur l'ensemble du territoire.
00:14Alors avez-vous des retours sur les difficultés qu'ont pu rencontrer les enseignants, la manière dont ils ont pu
00:19dispenser leurs cours, leurs moyens ?
00:23Quels sont les premiers retours que vous avez eus ?
00:25Alors on a eu des retours, oui en effet ces deux jours, le jour de pré-rentrée et le jour
00:30de rentrée, ils sont évidemment à géométrie variable,
00:34puisqu'il y a aussi beaucoup de difficultés qui nous ont été remontées.
00:39On a au moins 15% d'écoles qui n'ont pas pu ouvrir leurs portes aujourd'hui, parce que
00:47hier elles se sont rendues compte que le protocole n'était pas totalement appliqué.
00:51Alors ça prend des formes différentes, c'est que les allées venues sont mal matérialisées, que le marquage au sol
00:59n'a pas été fait correctement,
01:00que la désinfection des écoles n'a pas pu se faire ou ne pourra pas se faire de manière régulière,
01:06comme indiqué sur le protocole.
01:08On a vu aussi que les produits de désinfection n'étaient pas ceux attendus, on a aussi des absences de
01:14savon.
01:15Pour quelques-uns, on a des masques mais pas en nombre suffisant, donc on s'attend à des difficultés dans
01:21les jours à venir,
01:22puisque les masques distribués vont couvrir à peu près une semaine pour certains.
01:28Donc tout ça fait question.
01:32On voit aussi que certaines mairies se sont un peu précipitées également, c'est-à-dire qu'elles ont cru
01:37être prêtes.
01:39Et effectivement, au pied de la rentrée, on a vu que ce n'était pas le cas.
01:46Et puis voilà, en gros, à peu près des difficultés qu'on a rencontrées aujourd'hui.
01:54En revanche, on a aussi, comme toujours, on retrouve chez les enseignants ce profil d'agents de la fonction publique
02:01qui sont en première ligne aujourd'hui et qui sont venus la peur au ventre, on le sait,
02:08mais qui ont fait en sorte que tout se passe bien, que leurs élèves vivent le moins mal possible cette
02:14journée,
02:15très particulière parce qu'on ne retrouve en rien l'école qu'on a quittée.
02:19Donc évidemment, c'est compliqué.
02:21Mais là aussi, les enseignants ont fait preuve de beaucoup d'inventivité,
02:25ont essayé de mettre en place des jeux, y compris avec des petites pochettes individuelles.
02:33Ils ont permis aux enfants d'avoir aussi chacun un petit coin pour peindre, un petit coin pour jouer.
02:40Beaucoup de choses ont été mises en place pour que les enfants souffrent le moins possible de cette situation.
02:45Alors, ce qui est incertain, c'est comment les enfants ont réellement vécu cette journée.
02:52Et là aussi, on a une appréciation différente selon l'école maternelle et selon l'école élémentaire.
02:58Beaucoup plus difficile en maternelle, les enfants ont du mal à rester à leur place, c'est bien évident.
03:03La récréation, c'est vraiment difficile parce qu'il faut leur rappeler sans arrêt qu'on doit rester à distance
03:09des copains.
03:10C'est quand même contre nature.
03:12Et puis, c'est vraiment le lavage des mains, c'est un petit peu pénible quand même.
03:18On a l'impression de passer la journée quand même un peu au lavabo.
03:21Donc, tout ça fait qu'on ne sait pas quel est le réel ressenti des enfants.
03:26Et pour l'école élémentaire, c'est sans doute un peu plus facile, ils sont plus grands.
03:31Ils savent à peu près rester à leur place.
03:33Donc, ça a été un peu plus facile.
03:36Mais encore dans l'école élémentaire, on a aussi les CP, pour lesquels c'était quand même pas très facile
03:42d'être assis au même endroit,
03:45de ne pas trop buger, etc.
03:47Donc, on va voir, là, on n'est vraiment qu'au tout début de l'histoire, on va avancer pas
03:52à pas.
03:52On a ce soir des enseignants qui sont partagés entre une grande fatigue nerveuse, parce que la journée n'était
03:59pas facile,
04:00et à la fois une joie d'avoir retrouvé quand même, même pour partie, leurs élèves.
04:05Alors, avez-vous des chiffres sur le nombre d'écoles qui n'ont pas ouvert sur le territoire ? Et
04:11pourquoi ?
04:13Oui, alors, contrairement aux chiffres annoncés par notre ministre,
04:17Nous avons, nous, fait une enquête.
04:20Nous avons aujourd'hui un retour de 20% d'écoles.
04:23Je pense que le ministre n'en a pas beaucoup plus.
04:25Et nous avons sur ce retour 70% d'écoles.
04:29Donc, on peut tabler sur 70% d'écoles qui ont repris aujourd'hui,
04:34tout simplement parce que certaines n'étaient pas prêtes pour la reprise.
04:38D'autres ont fait le choix que nous avions invité à faire, de prendre son temps, de préparer les choses
04:44bien comme il faut,
04:45pour pouvoir reprendre tranquillement la semaine prochaine.
04:48Certaines vont reprendre dès jeudi, mais beaucoup vont reprendre surtout la semaine prochaine.
04:54Et on a des reprises jusqu'au début juin.
04:57Alors, le ministère de l'Éducation nationale a publié la semaine dernière une série de recommandations
05:03pour accompagner les enseignants dans la réouverture des écoles.
05:06Ce texte souligne notamment l'importance à accorder à la parole des enfants.
05:11Alors, comment ressentez-vous ces fiches ?
05:15Comment les avez-vous ressenties ?
05:16Est-ce que vous les avez ressenties comme une interdiction à toute forme de critique sur cette réorganisation ?
05:23Alors, d'une manière générale, moi j'ai envie de dire qu'on nous fiche la paix.
05:26Parce que lors de la fameuse continuité pédagogique,
05:31où le ministre s'est vanté d'être prêt,
05:34au final, on a vu quoi ? On a vu des enseignants qui n'étaient ni formés,
05:37qui n'avaient ni matériel, ni qui ont pu trouver la ressource dans l'institution.
05:42On a mené une enquête avec l'Institut Aris,
05:44qui nous dit que deux enseignants sur trois n'ont pas pu prendre appui
05:47sur des outils institutionnels, donc ils se sont débrouillés par eux-mêmes.
05:52Je crois que là, c'est pareil.
05:54Le ministre fanfaronne partout pour dire qu'on est prêt,
05:57que c'est juste une question de bonne volonté,
05:59que c'est le bon sens qui l'emporte, que sais-je.
06:02Des paroles magiques, des incantations,
06:04et au final, les enseignants sont seuls et se débrouillent.
06:08Alors, qu'on les laisse se débrouiller,
06:10ils le font particulièrement bien,
06:12ils l'ont prouvé à tout moment.
06:14Ils savent que c'est ça leur professionnalisme,
06:17c'est ça leur professionnalité.
06:18C'est effectivement d'adapter leurs gestes professionnels
06:21aux situations qu'ils rencontrent.
06:23Donc là, ils sont dans une situation qui est difficile pour eux,
06:26parce que nous, quand on est dans une école,
06:30on a vraiment une grande vigilance sur la sécurité et la santé des enfants.
06:34C'est ce qui nous importe énormément.
06:37Le matin, les parents nous confient un enfant
06:39et on a envie que le soir, évidemment,
06:41ils le retrouvent en très bonne santé,
06:43voire un peu plus joyeux.
06:44Mais donc, nous, on est très sensibles à ça.
06:47Aujourd'hui, on nous demande de faire un numéro de force,
06:51finalement, d'accueillir les enfants
06:54sans être certains qu'ils vont rester en bonne santé.
06:59C'est quelque chose qui est très douloureux pour les enseignants,
07:01alors qu'on les laisse faire du mieux qu'ils peuvent
07:04pour tenir ce numéro un petit peu en tension
07:08entre à la fois faire ressembler l'école à ce qu'elle était,
07:13à ce qu'elle doit être,
07:15cette école socialisante où on apprend ensemble,
07:17où on rit ensemble, où on chante ensemble.
07:20Et aussi, cette école où on est en sécurité.
07:24Et il faut qu'ils arrivent à trouver cet équilibre-là,
07:26alors qu'on leur fiche la paix,
07:28qu'on leur laisse le temps de trouver.
07:30Donc, stop les documents de 60 pages à lire
07:33pour nous dire de faire du français et des maths
07:35comme si on était obligés de nous le dire,
07:37comme si on pensait que parce qu'on a eu la période de confinement,
07:41on a oublié d'en faire, on a prouvé l'inverse.
07:44Qu'on cesse des injonctions qui n'ont ni que ni tête,
07:47on voit bien que la DGESCO a envoyé des documents
07:50nous disant qu'il faut vraiment à tout prix jouer et manipuler,
07:53alors que les jeux sont par ailleurs interdits dans le protocole.
07:56Donc, c'est très, très compliqué.
07:58Donc, il faut au contraire, plutôt que de créer des tensions supplémentaires,
08:02il faut au contraire faire confiance aux enseignants.
08:04Et quand, effectivement, sur EduSchool, on voit qu'il faut libérer la parole,
08:08mais attention, il ne faudrait finalement pas dire de mal de la gestion de la crise,
08:12d'une part, il faut faire confiance à la neutralité des enseignants
08:16qui savent très bien, là aussi, se tenir dans les classes,
08:20mais on n'empêchera pas la parole citoyenne des enseignants
08:23quand ils seront en dehors de leur classe
08:25et ils auront aussi beaucoup à dire sur la gestion de cette crise.
08:29Je crois que les personnels soignants ont beaucoup à dire,
08:32mais nous aurons, nous aussi, à notre tour, beaucoup à dire
08:35sur le service public d'éducation, sur ses fragilités
08:38et sur ce dont il aurait eu besoin en cette période aussi.
08:42Par exemple, là, pour libérer la parole,
08:45nous aurions besoin de davantage de psychologues scolaires,
08:48de davantage d'infirmières pour nous accompagner aussi
08:51sur les gestes barrières, pour les enfants qui auraient été victimes
08:55de maltraitance ou auraient été mal nourris.
08:57Nous avons besoin des enseignants spécialisés à nos côtés
09:00pour aider les enfants les plus fragiles.
09:02Nous avons besoin de tout cela.
09:04C'est tout ça dont il va falloir parler pour organiser la rentrée.
09:08Mais là, qu'on fiche la paix aux enseignants,
09:11qu'on observe ce qui se passe,
09:13on sait pouvoir compter sur eux dans cette période difficile
09:16à condition qu'on ne les malmène pas,
09:19qu'on leur fasse confiance et qu'on les laisse tranquilles.
09:23Alors, très bien, pour essayer de finir sur une autre note,
09:28la crise sanitaire a-t-elle apporté des points positifs
09:34dans l'éducation nationale ?
09:35Est-ce que cette crise a réussi tout de même
09:38à apporter quelque chose de positif ?
09:43Alors, oui et non.
09:47Oui, elle a apporté des choses positives
09:49parce que, et on le voit là encore dans les sondages
09:51qu'on a pu mener, dans la relation, dans le collectif.
09:55C'est-à-dire cette nécessité de s'appuyer sur les collègues
09:58pour effectivement travailler ensemble.
10:00Je crois que là, les groupes WhatsApp,
10:03les communications virtuelles ont bien fonctionné
10:05pour travailler ensemble et s'appuyer les uns sur les autres,
10:09collaborer avec chacun, la mise en commun des compétences.
10:12Ça, c'est quelque chose qui a été très positif.
10:15Ce qui l'a été aussi, c'est le lien avec les élèves
10:18qui est toujours très fort et qui a quand même survécu
10:21à cette période où on était à distance.
10:25Et puis, un lien fort aussi, qui a été renforcé aussi,
10:28c'est le lien avec les familles.
10:29Vous savez, on est un métier où on a souvent
10:31les contacts qu'on a avec les familles,
10:33ce n'est pas toujours les familles les plus commodes.
10:36Alors là, on a pu aussi avoir le contact avec toutes les familles
10:39et il y a eu un retour qui était plutôt positif
10:42parce que d'abord, les familles ont vu le travail
10:45qui est un travail invisible que mènent les enseignants
10:48et elles voient bien qu'il ne suffit pas de donner une fiche pour enseigner.
10:51Elles voient bien que c'est beaucoup plus compliqué que cela.
10:53Et les familles ont été aussi sensibles à ce lien
10:59que les enseignants ont entretenu et c'était la moindre des choses.
11:03Donc, ça va nous inviter à travailler davantage avec les familles,
11:07ce qui est un élément tellement fort dans la construction de l'enfant,
11:10dans sa relation à l'école.
11:12Donc, c'est important, on a découvert ça.
11:15En contrepartie, on nous a dit avoir découvert les inégalités sociales.
11:19C'est ce que le ministre met en avant.
11:22Je pense qu'il n'a pas dû découvrir toutes les inégalités sociales.
11:25Je pense que sinon, les masques seraient gratuits aujourd'hui,
11:28ce qui n'est pas le cas, par exemple.
11:30Donc, nous, on regrette vraiment, finalement,
11:33c'est vrai que les inégalités sociales ont été mises en lumière.
11:36C'est vrai que pour les enseignants, vous savez, quand on fait classe,
11:39on a, heureusement, tendance à oublier aussi,
11:43parce que les enfants sont tous là et qu'on les traite de même manière,
11:46on oublie quelquefois, momentanément, ce que peuvent vivre certains enfants.
11:51Là, la distance nous a permis de toujours s'en souvenir.
11:55Donc, ça, c'est important pour nous, de se dire que ça existe, vraiment.
11:58C'est important, même si, des fois, cette souffrance-là,
12:02on aimerait la mettre de côté.
12:04Mais on accorde peu de crédit à la parole ministérielle sur cette question.
12:09Et il ne faudrait pas laisser entendre que la levée du confinement,
12:14le fait de se déconfiner, le fait de revenir à l'école,
12:17eh bien, c'est fini et il n'y a plus d'inégalités.
12:20On est bien loin du compte.
12:21Donc, on va avoir besoin, là, de construire une école en septembre
12:25qui prenne en compte, bien sûr, ces inégalités.
12:28Sociales qui se transforment en inégalités scolaires.
12:31L'école a quelque chose à apporter,
12:33mais il faut aussi des politiques publiques autour qui soient fortes.
12:36Donc, évidemment, que les enseignants pèseront pour que cela se fasse,
12:41pour que l'école soit aussi quelque chose qui soit prise en compte aussi,
12:45d'une manière générale, par d'autres politiques.
12:47Mais il faut aussi que l'école puisse apporter sa contribution.
12:50Ce n'est pas par hasard si nous demandons davantage d'enseignants spécialisés,
12:54des effectifs réduits, s'il faut davantage de moyens pour l'école
12:58et surtout s'il faut une formation solide pour les enseignants,
13:01parce qu'on voit que ce métier est quand même complexe
13:04et qu'il faut pouvoir répondre à l'urgence du moment,
13:09s'adapter aux besoins et puis s'adapter aussi à une actualité.
13:14C'est tout ça, ce métier.
13:15Et c'est vrai qu'il faut vraiment être bien formé.
13:19Donc, voilà, ça, c'est les bonnes choses.
13:20Les moins bonnes choses, c'est ce que peut en lire le ministre,
13:24qui nous dit, c'est formidable, on a vu maintenant qu'on pouvait faire du numérique,
13:29alors on pourra faire l'école à moitié à la maison, à moitié en classe,
13:33ou peut-être une école de l'élite qui pourra travailler à distance
13:37et les pauvres qui pourront venir à l'école.
13:40Nous n'avons pas du tout envie d'aller sur ce terrain-là.
13:43Ce serait de toute façon une mauvaise lecture de ce qui s'est produit.
13:47Ce qui a été démontré, si on considère l'aspect numérique,
13:52c'est que c'est un formidable outil.
13:54C'est un formidable outil que nous n'appréhendons que très peu
13:58parce que nous y sommes mal formés.
14:00Mais il y a plein de choses, on peut en faire plein de choses de cet outil.
14:03Il est merveilleux, mais ce n'est qu'un outil.
14:05Ce n'est qu'un outil.
14:06Celui qui conçoit l'apprentissage, c'est celui qui est derrière, c'est l'enseignant.
14:10Et celui qui va permettre que l'apprentissage ajuste au bout,
14:14quel que soit le plus bel outil qu'il mette en place,
14:17c'est la façon dont il va essayer d'atteindre son objectif
14:20en faisant coopérer les enfants,
14:22en faisant en sorte qu'il y ait des interactions,
14:24en faisant ensemble.
14:27Voilà, j'allais le dire, mais c'est bien ça, en faisant ensemble.
14:30Et ça, l'outil numérique ne peut pas nous le permettre.
14:33Merci beaucoup, Français de Popineau.
14:35Et on continuera à suivre, évidemment,
14:38cette reprise de l'école tout au long des prochaines semaines.
14:42Merci, à bientôt.
14:43À bientôt.
14:44Sous-titrage Société Radio-Canada
14:50Sous-titrage Société Radio-Canada
14:53Sous-titrage Société Radio-Canada

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