00:00Bonjour Française Popineau. Bonjour. Alors vous êtes secrétaire générale du SNU-IPP-FSU,
00:06principal syndicat des enseignants, et vous avez suivi comme des millions de Français la
00:11locution du président Macron hier soir sur le retour obligatoire des élèves des écoles et
00:16du collège à partir du 22 juin. Alors comment réagissez-vous à cette décision ? Est-elle
00:22positive selon vous ? Alors déjà on observe quelque chose, c'est que le président Macron
00:28devance tout le monde, c'est son principe. Il annonce des promesses, il donne à entendre
00:38ce qu'on a envie d'entendre. Aujourd'hui les familles ont besoin de reprendre le travail,
00:43donc elles ont besoin de mettre leurs enfants à l'école, donc le président Macron dit ce
00:48sera donc possible. Et à partir de là, ça s'enchaîne, tout le monde doit donner raison
00:54au vœu du président. Donc tout le monde s'inscrit là-dedans et le ministère n'a pas anticipé
01:03la chose, donc on est dans l'improvisation. On ne sait pas de quoi sera fait le protocole,
01:08on ne sait pas sur quelle autorité médicale tout cela s'appuie, donc on ne sait pas comment
01:12va se décliner réellement le protocole. On a quelques éléments, mais on n'a pas tout.
01:16Et surtout dans les écoles, pour l'instant, ils n'ont rien du tout. Et c'est à eux de
01:20mettre
01:20en place ce protocole. Et plus on avance dans le temps, moins ils ont les directives,
01:27moins ils auront de temps pour pouvoir préparer cette nouvelle organisation. Ce n'est quand
01:31même que la troisième depuis le début d'organisation qu'on leur demande. Alors effectivement,
01:37sur la méthode, on est toujours assez surpris de voir qu'effectivement, on a quelqu'un
01:43qui fait un vœu finalement. Et nous, les petits génies derrière, il faut qu'on mette
01:48tout en musique pour que le vœu de M. le Président se réalise.
01:52Alors ce protocole, on le connaît, il est un petit peu allégé. Il y a quelques pistes
01:57qui ont été annoncées par le ministre de l'Éducation nationale aujourd'hui. Il a déclaré
02:01notamment que la règle des 4 mètres carrés d'espace par élèves était abandonnée au
02:06profit d'une distance de 1 mètre latéral par enfant. Ce nouveau protocole sanitaire allégé
02:12vous semble-t-il adapté à la situation sanitaire qui s'est nettement améliorée ?
02:18Alors, la situation sanitaire s'est améliorée parce que nous avons aussi respecté les gestes
02:23barrières. C'est aussi par nos comportements qu'on a réussi à mettre le virus à distance.
02:27Il ne faut jamais oublier cette notion-là. Le virus est toujours présent, mais effectivement,
02:32on a réussi à le mettre à distance. Donc effectivement, ce qu'on a appris aujourd'hui,
02:36c'est que la distanciation ne serait plus que latérale. C'est-à-dire que les enfants auraient
02:42un mètre sur le côté de séparation avec leurs camarades. Alors, il ne faut pas croire qu'on gagne
02:49beaucoup parce que finalement, quand on a un camarade devant soi avec sa table, il faut quand même qu'il
02:56ait
02:56la possibilité de reculer sa chaise, de pouvoir sortir. Donc, ça demande quand même une certaine distance
03:01entre les deux tables. On ne peut pas les coller non plus. De même, sur le côté, si on a
03:05une table
03:06à deux places, ce qui arrive beaucoup dans les écoles, on ne peut mettre qu'un enfant sur une table
03:11à deux places. Donc ensuite, il faut une séparation, un couloir pour pouvoir circuler et ensuite une autre
03:16table à deux places. Donc, on voit bien quand même qu'au final, on va mettre trois enfants sur le
03:21latéral,
03:22pas forcément au-delà. Donc, tout va dépendre de la surface de la classe, du mobilier, des effectifs de la
03:30classe. Donc, on n'est pas encore... Tout ça est incertain. Donc, la parole présidentielle hier
03:36était sans précaution aucune. On laissait entendre que toutes les écoles pouvaient accueillir tous les
03:41élèves. Or, aujourd'hui, avec l'annonce d'un protocole qui maintient ses 1 mètre, et bon, on n'est
03:49pas très
03:49surpris puisque visiblement, on n'a pas remis en cause la distanciation dans notre société. Donc, avec cela,
03:56on va avoir des classes qui ne pourront pas accueillir tous les élèves. Il va y avoir de la déception
04:01des
04:02familles, qui ont compris que tous les enfants seraient accueillis et qui vont voir que dans
04:06certaines classes, on ne peut pas accueillir tous les enfants. Donc, il va y avoir de la déception et les
04:11enseignants vont se retrouver de nouveau en étau entre une promesse gouvernementale et des parents
04:20qui veulent que leurs enfants reviennent à l'école, et un protocole qui ne permettra pas complètement
04:26cette mise en musique. Donc, une fois encore, les enseignants vont être au milieu d'un feu croisé, et sans
04:34doute
04:34feront-ils encore l'objet de critiques, parce que visiblement, c'est un sport national.
04:41Alors, l'autorité médicale a jugé que le retour à l'école était possible, mais que les risques
04:48étaient faibles. Alors, les craintes, j'imagine qu'elles sont aussi parmi les enseignants, puisqu'un
04:54certain nombre d'entre eux doivent avoir une petite appréhension sur cette reprise. Qu'est-ce
05:00que vous avez comme retour de la part des enseignants ? Alors, d'abord, nous avons plusieurs types
05:05d'enquêtes sur la contagiosité des enfants. Alors, on a retenu celle qui nous arrange, c'est
05:12qu'effectivement, les enfants seraient moins vecteurs que ceux que l'on pensait. Pour autant,
05:17on sait qu'il y a des enfants qui sont malades du Covid et qui peuvent présenter une charge virale
05:23suffisante, d'autres études le disent, pour pouvoir contaminer. Mais même si on part avec cette
05:28hypothèse favorable que les enfants, et c'est souhaitable en plus, que les enfants d'abord sont
05:34peu atteints par la maladie, ça, on le sait, et qu'en plus contaminent peu, ce serait formidable,
05:40même si on parle de cette hypothèse, il faut savoir que plus on accueille d'enfants, plus
05:44il y a d'adultes dans une école, plus il y a de familles, plus il y a de personnel
05:48communal,
05:49pour la pause méridienne, pour la garderie, pour la cantine, plus il y a d'ACEM, d'AESH,
05:55d'enseignants. Donc là, on a une chaîne de transmission quand même, parce que le virus,
06:00tout le monde est d'accord pour dire qu'il est quand même actif quand il rencontre des adultes.
06:03Donc là, on a une chaîne de transmission qui est quand même importante. Donc nous,
06:07on en appelle à la vigilance. Certes, il y a des études, certes, sans doute, aujourd'hui,
06:12pouvons-nous relâcher un peu, mais attention, ce serait un peu léger pour 15 jours de classe,
06:20de manquer de prudence et de remettre le compteur à zéro en matière d'épidémie, et de recommencer
06:27une deuxième épidémie au moment des vacances scolaires. Ce serait quand même, voilà, alors on espère que tout
06:33est fait avec beaucoup de prudence et que tout est fait dans les règles de l'art.
06:38Alors, le ministre de l'éducation nationale, Jean-Michel Banquer, a également précisé que la reprise totale des cours ne
06:44concernerait pas les lycéens.
06:46Comment vous l'expliquez ?
06:50Écoutez, de toute façon, il est difficile pour les collégiens comme les lycéens, à partir du moment où les examens
06:55sont finis,
06:57il est très difficile d'envisager une reprise de l'école, on manque un peu de motivation, c'est évident,
07:03donc c'est compliqué.
07:05Et puis, on le sait derrière cela, on sait que les lycéens peuvent se garder tout seuls, donc ça n
07:11'empêche en rien les parents de reprendre la route du travail.
07:14Donc, c'est pourquoi on est si axés sur l'école. Nous, on était pour un retour à l'école
07:21obligatoire, parce que l'école de la République,
07:23c'est une école égalitaire, il faut que tous les enfants puissent revenir. On était aussi favorables au fait que
07:28les enfants reviennent à l'école,
07:30quand l'épidémie serait stabilisée, qu'ils reviennent à l'école pour, effectivement, revenir un petit peu, reprendre le rythme
07:38de l'école,
07:38et puis surtout pour fermer l'histoire qui se raconte dans une école, dans une classe, et pouvoir démarrer l
07:45'année suivante.
07:46Donc, c'est une très bonne chose que les enfants reviennent. Tout ça va dans le bon sens, mais ce
07:50qu'il ne va pas...
07:51Même pour quelques jours, même pour quelques jours.
07:53imprudentes, qui dit que tout le monde va revenir tous les jours, de la même manière, comme avant, sauf que
07:58ce n'est pas comme avant.
07:59Voilà.
08:00Voilà, ok. Merci, Madame Popineau, et l'humanité suivra les conditions de cette reprise scolaire particulièrement.
08:09Merci, au revoir.
08:11De toute façon, à bientôt.
08:12Au revoir.
08:13Au revoir.
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