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En direct de l’église Saint-Bernard à Paris 18e. Les bénévoles organisent la distribution de repas pour les personnes en très grande précarité.
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00:00Bonjour, nous sommes en direct devant l'église Saint-Bernard à Paris avec Nelly.
00:06Nelly, est-ce que vous pouvez vous présenter ?
00:08Eh bien, je suis une paroissienne très âgée de Saint-Bernard
00:13et j'ai le plaisir de présenter Karim, qui est non pas un paroissien de Saint-Bernard,
00:20comme son prénom l'indique, mais un des piliers de l'association Solidarité Saint-Bernard
00:25où il assure la responsabilité des petits-déjeuners,
00:30petits-déjeuners qui sont interrompus à cause du coronavirus,
00:36mais qui ont fonctionné depuis bientôt 10 ans.
00:39On a commencé l'hiver 2010-2011, donc ça fera bientôt 10 ans,
00:43et depuis, ça n'a jamais été interrompu.
00:46Tous les samedis et les dimanches, on sert des petits-déjeuners.
00:50Alors au début, ça a commencé sous le métro, là où campaient les Érythréens,
00:55pendant deux ans, on a servi sous le métro,
00:58et ensuite, on s'est rapatriés dans les locaux de la paroisse.
01:04Alors aujourd'hui, il n'y a plus de distribution de petits-déjeuners,
01:08mais il y a distribution tous les jours de déjeuners.
01:12Voilà.
01:12Donc c'est ce à quoi nous assistons maintenant, c'est la mise en place
01:15de déjeuner en direction des personnes les plus fragilisées, les plus en précarité.
01:20Ceux qui venaient au petit-déjeuner, ils viennent maintenant tous les jours manger.
01:23Et moi, je voyais l'autre jour, hier, qu'ils s'installent tout de suite à côté de l'église
01:32pour manger.
01:33Ça veut dire qu'ils n'ont pas de lieu pour manger, ils n'ont pas de chez eux.
01:38Et donc pour eux, c'est très précieux d'avoir un repas qui est préparé par la mairie de Paris.
01:44Alors vous-même, Nelly, vous êtes bénévole de l'association ?
01:48Oui, on peut dire ça.
01:51Depuis combien de temps ?
01:52Depuis 10 ans.
01:53Il y a 29 ans et demi.
01:54Mais l'association n'existait pas parce qu'on a créé l'association a posteriori.
01:59On a commencé par faire les choses avec un petit groupe de gens qui s'est agrandi.
02:04Et moi, je suis en admiration parce que depuis 10 ans, il y a eu plusieurs centaines de personnes bénévoles
02:10qui sont venues s'agglomérer aux activités de la paroisse, sans pour autant être des paroissiens.
02:16Et ces activités, c'était non seulement les petits-déjeuners, mais un vestiaire qui était aussi le samedi et le
02:24dimanche
02:24et qui a servi des centaines de... à chaque fois, il y avait eu 200 personnes.
02:29Il y avait aussi les cours de français, le samedi et le dimanche.
02:37Et une des activités les plus importantes, l'abri, qui pendant l'hiver,
02:42permet à 8 personnes de vivre dans une des salles du presbytère.
02:48Et ce qu'on peut faire avec très peu de moyens, parce que vous irez peut-être tout à l
02:52'heure à l'abri,
02:53il y a deux salles, une un peu plus grande et l'autre petite.
02:56Ça permet de faire tout ça.
02:57Et en plus, en temps normal, dans la journée, de faire les cours de catéchisme, les réunions des mouvements.
03:04Donc avec très peu de moyens, on peut faire beaucoup de choses.
03:07Alors vous-même, Nelly, vous me disiez, vous êtes née en 1929.
03:13Vous aviez 10 ans au début de la guerre.
03:16Oui, exactement.
03:17Et vous me racontiez que les rues de Paris, aujourd'hui, vides,
03:21et dans le quartier de la Goutte d'Or et de Barbès, les rues sont absolument vides.
03:24Cela vous rappelait l'époque que vous avez connue enfant ?
03:29Oui, enfin, sous cet aspect-là uniquement, parce que le danger était très différent.
03:34Ça n'était pas le virus, mais c'était les arrestations et les bombardements.
03:41C'était ça, les risques quotidiens de la vie à Paris à cette époque.
03:46Alors vous-même, aujourd'hui, vous avez 91 ans et vous n'hésitez pas à sortir pour venir en aide
03:53à ceux qui en ont besoin.
03:55Vous me disiez hier que vous trouviez que beaucoup de gens étaient un peu tournés vers eux-mêmes.
04:01Et ce qui était important aujourd'hui, c'était quand même d'agir en solidarité avec les plus faibles.
04:06La preuve, vous voyez, c'est qu'il y en a tous ceux qui sont là, en train de servir.
04:11Ils ont accepté de prendre le risque, si tant est que c'est un risque, de rencontrer des gens malades,
04:16mais surtout de venir au service de ceux qui n'ont rien à manger.
04:21Est-ce que vous voulez nous dire un mot, également ?
04:25Oui, je suis content que ces actions continuent de ce moment difficile.
04:31Parce que je vois que c'est très important pour les gens qui ont une situation pour les sans-abri,
04:38pour ceux qui sont dans la difficulté.
04:40Et je vois ça, c'est très, très positif.
04:43Je suis content de cette action.
04:46Alors qu'est-ce que vous racontent les gens que vous rencontrez ici et en maraude,
04:50quand vous donnez des repas ?
04:52Qu'est-ce qu'ils vous disent ?
04:53Ils nous remercient, parce que je pense qu'on voit que toutes les associations sont fermées
05:01et qu'ils ont l'habitude d'y aller pour manger ou se reposer pendant la journée.
05:09Ils sont très, très contents d'avoir ce petit panier.
05:17Et concernant la situation qu'ils vivent aujourd'hui, est-ce qu'ils vous en parlent ?
05:22Bon, après, ils ne disent rien, parce que je pense qu'ils comprennent ce qui se passe.
05:27Mais bon, pour eux, ça durcit un petit peu leur situation.
05:32Mais je pense qu'ils tiennent le coup, comme d'habitude.
05:38Voilà, ils sont un peu courageux, on m'a dit.
05:42D'accord, merci beaucoup.
05:43On va se tourner maintenant vers Michel-Antoine.
05:46Michel-Antoine, vous êtes le président de l'association Solidarité Saint-Bernard.
05:51Est-ce que vous pouvez, en quelques mots, présenter cette association et l'action que vous menez ?
05:56Oui, c'est donc une association loi de 1901 qui regroupe des gens de toute confession,
06:03de toute mouvance de pensée,
06:05et qui travaille en étroite collaboration avec la paroisse Saint-Bernard.
06:11Nous sommes aujourd'hui sur le parvis de la paroisse.
06:14Nous avons nos activités de vestiaire, de distribution de repas, de cours de français, d'abri,
06:20dans les locaux de la paroisse.
06:23Et nous sommes environ 150.
06:28Et ce que l'on remarque aujourd'hui, c'est qu'il y a un afflux de nouveaux bénévoles.
06:33C'est quelque chose de tout à fait étonnant, de fantastique, qui demande comment ils peuvent aider.
06:39Alors, concrètement, vous offrez des repas gratuits depuis maintenant plus d'une semaine.
06:45Comment ça se passe ?
06:46Alors, ce sont des repas qui sont préparés par l'association Aurore,
06:50à la demande et sur financement de la mairie de Paris.
06:55Nous en distribuions jusqu'à avant-hier 150.
06:59Depuis hier, nous n'en avons plus que 100.
07:02Il y a une vraie question.
07:05On a vraiment besoin de davantage de repas.
07:08On a aussi besoin de bouteilles d'eau,
07:10parce que les migrants aujourd'hui, et les SDF,
07:13ne savent plus où aller boire, où aller manger,
07:17tout comme ils ne savent plus où aller aux toilettes et où se laver.
07:21Alors, le problème de l'eau, si j'ai bien compris,
07:24c'est lié à la fermeture des parcs, où sont souvent placés les points d'eau gratuits.
07:30Tout à fait.
07:31Il y a une très belle carte des fontaines de Paris sur Internet,
07:35mais c'est une carte très théorique,
07:38puisqu'on y voit des tas de fontaines qui sont dans des parcs aujourd'hui fermés.
07:42J'ai recensé, enfin, nous avons recensé dans le 18e,
07:46cinq fontaines qui sont ouvertes.
07:48Il y a aussi un manque de crayons de bain-douche sur le 18e,
07:53il y a deux bains-douches.
07:55Quant aux sanisettes qui étaient souvent fermées il y a huit jours,
08:01elles commencent à être réouvertes.
08:03J'en ai compté 18 dans le 18e.
08:07D'accord.
08:08Que vous disent les gens que vous accueillez ici pour leur remettre des repas,
08:13ou ceux que vous croisez aussi, puisque vous organisez des maraudes,
08:16c'est-à-dire que vous partez dans le quartier en direction des gens
08:19qui sont à la rue pour leur remettre des paniers repas.
08:24Quels sont les témoignages qu'ils vous donnent aujourd'hui
08:28par rapport au confinement et à la situation ?
08:30Alors, il y a des situations très diverses.
08:33Il y a ceux qui parlent, il y a ceux qui ne parlent pas,
08:35il y a ceux qui sont dans un état tel, qui n'ont plus envie de parler,
08:40il y a ceux qui ne comprennent pas forcément ce qu'on leur dise,
08:42mais globalement, on voit des gens qui nous disent
08:46on a faim, on a soif, on a besoin de se laver.
08:49Quand on donne une bouteille d'eau, on nous demande si on ne peut pas en donner une deuxième
08:52parce qu'il faut bien se laver.
08:54Là, on est confronté à un manque de moyens,
08:56puisqu'on donne une bouteille d'eau de 50 centilitres, ce n'est pas tout à fait assez.
09:00Et puis, globalement, il y a des gens qui, quand on engage le dialogue,
09:05surtout nous disent merci,
09:06et ils sont reconnaissants et sont heureux peut-être de pouvoir parler à des gens
09:13avec qui d'habitude ils ne parlent jamais.
09:16Alors, vous nous disiez qu'il y a de plus en plus de bénévoles, c'est ça ?
09:20Comment ça s'organise ?
09:22Alors, vous avez combien de bénévoles aujourd'hui et comment êtes-vous organisé ?
09:26Alors, au niveau de Solidarité Saint-Bernard, on a 150 bénévoles.
09:29Pour cette opération particulière, on a 35 bénévoles qui se sont portés volontaires.
09:35Tous les jours, je reçois des mails de bénévoles
09:38et je les contacte et je leur demande de s'inscrire sur un site
09:45qui est commun aux 24 paroisses qui participent à cette expérience.
09:49C'est un site mis en place par l'Evêché
09:52qui permet, d'une part, de coordonner tous les besoins
09:54et d'envoyer éventuellement les bénévoles qui sont en nombre trop importants
09:59non seulement vers des paroisses, mais vers des associations,
10:03vers des structures d'aide aux migrants,
10:05qui peuvent en avoir besoin.
10:08Et puis, accessoirement, ça permet d'avoir une assurance.
10:11Alors, vous me disiez également que vous êtes en collaboration
10:14avec les autres associations qui viennent en aide aux plus démunis.
10:18Oui, on essaye de plus en plus, ça c'est un travail de fond,
10:22de créer des réseaux.
10:23Alors, ça peut être des grandes associations.
10:25Je pense, je vous ai cité tout à l'heure, Aurore, je pense à Emmaüs Solidarité,
10:33je pense aussi à toute une série de structures sociales, de quartiers qui existent encore,
10:40qui font de l'excellent travail aux centres sociaux, je pense au centre, à la salle Saint-Bruno ici,
10:47je pense à une association qui s'appelle Espace Proximité Emploi,
10:53qui accompagne toute l'année durant les migrants vers le travail, vers la formation professionnelle.
10:59et je crois que je pense à ce que fait la CIMAD, à ce que fait en liaison avec le
11:04réseau chrétien immigré
11:05dans le 19e rue Fessart.
11:07Je crois que ce qui est très important quand on voit des migrants qu'on accueille,
11:12premièrement, c'est de les accueillir de manière inconditionnelle pour qu'ils se sentent en confiance.
11:18Deuxièmement, c'est d'arriver petit à petit à créer ce lien de confiance
11:22et surtout, surtout de ne pas réinventer l'eau tiède, surtout de les envoyer vers les structures
11:27qui ont une expérience, soit de l'aide juridique, soit de la recherche d'emploi,
11:34soit de l'accès au logement, qui reste le premier problème, le très grand problème en période dite normale.
11:43Alors l'accès au logement, les migrants, ici nous sommes devant l'église Saint-Bernard,
11:47à la Goutte d'Or, Paris-Barbesse, un quartier très populaire.
11:52Cette église est très symbolique.
11:55Est-ce que vous pouvez nous rappeler, pour ceux qui ne s'en souviendraient pas,
11:59ce qui s'y est passé il y a un peu plus de 20 ans maintenant ?
12:02Alors c'est une histoire tout à fait étonnante.
12:04On en trouve trace sur internet, en vidéo.
12:07C'était en 1996, au moment de la crise des saints-papiers.
12:14Le curé de l'époque avait accepté que les saints-papiers entrent dans son église et y restent.
12:22Et en leur disant seulement, écoutez, laissez-moi dire ma messe,
12:25et puis après vous ferez ce que vous voulez.
12:28Et cette église a, évidemment, gênait les pouvoirs publics de l'époque,
12:36et qui ont envoyé les CRS et les gendarmes casser la porte à coups de masse.
12:44On voit très bien des images sur internet.
12:46Et pendant que le curé, qui disait sa messe, récitait le poème de Martin Luther King,
12:54« J'ai fait un rêve ».
12:55Alors il en reste un souvenir très, très, très étonnant dans le quartier.
13:00Et on a beaucoup de bénévoles qui savent encore en parler.
13:05C'est tout à fait étonnant.
13:07Alors c'est la porte qu'on voit derrière nous, qui a été cassée par les CRS.
13:11On se souvient des images qui ont fait le tour du monde.
13:14Cette porte qui a été enfoncée par les CRS pour déloger, en fait, les sans-papiers qui s'y trouvaient.
13:22Tout à fait. Les sans-papiers, évidemment, selon l'expression utilisée, troublaient l'ordre public.
13:30Et l'ordre a été rétabli au prix de cet assaut contre l'Église.
13:40Alors depuis lors, cette Église a gardé cette forte solidarité en direction des migrants,
13:47en particulier, mais pas seulement, vous me disiez aussi, vis-à-vis des personnes sans domicile fixe.
13:53Qu'est-ce qui est pratiqué ici à l'année, en direction de ces populations ?
13:58Eh bien, on les reçoit de manière inconditionnelle.
14:02C'est-à-dire qu'on ne leur demande pas d'où ils viennent,
14:06on ne leur demande pas quelle est leur statut,
14:08on ne leur demande pas s'ils ont des papiers ou pas.
14:11Tout comme je ne demande pas aux bénévoles quelles sont leurs convictions,
14:17on les reçoit dans le respect de leur dignité d'homme ou de femme.
14:22C'est quelque chose de très important pour nous.
14:25Et puis, on s'aperçoit qu'au bout de 4 fois, 5 fois,
14:28où ils viennent au petit déjeuner, au cours de français, au vestiaire,
14:31eh bien, ils parlent.
14:32Ils nous parlent de leurs difficultés, ils nous parlent de leur parcours,
14:35ils nous parlent de leur quête de papier, de ce parcours du combattant
14:42qui, souvent, dans la réalité, dure 3 ans.
14:46C'est très difficile.
14:48Et on essaye de trouver des solutions, c'est aussi très difficile.
14:54Mais on arrive parfois à accompagner des gens jusqu'à la Cour nationale du droit d'asile.
15:01Et il y a un des migrants avec qui je travaille depuis 3 ans
15:05qui vient juste d'avoir ses papiers après décision de la Cour nationale du droit d'asile.
15:10On en est très fiers et très, très heureux pour lui.
15:14C'est un Soudanais qui est parti de chez lui il y a maintenant 7 ans.
15:18Alors, vous organisez également des cours de français, des hébergements ?
15:24Oui. Alors, les cours de français, c'est une belle histoire.
15:28On a une vingtaine de professeurs qui donnent une heure et demie de cours le samedi ou le dimanche.
15:36On est en train d'imaginer un ensemble de documents pédagogiques
15:42qui soient adaptés aux besoins linguistiques des migrants.
15:45Parce qu'on s'est aperçu de deux choses.
15:48Tout d'abord que la plupart des manuels d'enseignement du français aux étrangers
15:53sont inadaptés de par leur vocabulaire aux besoins des migrants.
15:58Et deuxièmement qu'il y a certes énormément d'initiatives qui existent sur Internet,
16:04énormément de sites, mais il y a presque surabondance.
16:08Et le problème, quand on a un professeur de français bénévole qui veut faire cours,
16:13c'est de lui proposer une méthode, de lui proposer des textes.
16:18Et donc je cherche actuellement des bénévoles qui soient capables d'aller sur Internet
16:23regarder ces cours de français pour migrants
16:26et qui me disent ce qu'ils en pensent
16:30et qui me disent « Tiens, là, il y a tel ou tel document qu'il faut voir. »
16:34Alors, vous vouliez nous présenter aussi des bénévoles ?
16:37Oui, alors écoutez, on peut y aller ensemble.
16:41Vous allez voir, il y a Joao qui est le responsable de la distribution de repas.
16:48Il y a Camille qui va chercher tous les jours les repas au 70 Boulevard Barbès.
16:54Il y a Jean-Louis qui donne ses repas.
16:57Donc, à eux la parole.
17:01Alors, Joao, on va commencer par vous.
17:04Vous êtes adhérent de l'association depuis quand ?
17:06Alors, depuis que j'ai emménagé dans le quartier, il y a trois ans.
17:08Voilà, avant, mon service principal, c'était de coordonner l'abri.
17:12Donc, l'abri, c'est un lieu où pendant la trêve hivernale, voire un peu plus,
17:16on accueille sept ou huit migrants.
17:20Donc, logements, dîners.
17:22Et puis, on met à disposition une salle de bain assez réglementaire
17:24parce que c'est tout plein de bonne volonté.
17:27On va se décaler un peu pour laisser passer passer.
17:28Bonjour les gars.
17:31Donc, pendant deux ans, j'ai été coordinateur.
17:33Cette année, quand l'occasion s'est présentée de coordonner ses repas,
17:38j'ai saisi parce qu'un peu comme tout le monde, c'est la crise, on est confiné.
17:42Mais on a aussi envie d'être acteur.
17:44Enfin, on a aussi envie d'apporter notre petite pierre à l'édifice
17:47et le fait d'habiter dans le quartier sans vouloir entrer dans la critique
17:51ou dans la revendication.
17:52On voyait les gars qui n'étaient pas la dernière roue du carrosse,
17:56mais qui n'étaient même plus une roue du carrosse tellement on n'en avait rien à faire.
18:00L'association Saint-Bernard, comme toujours, traditionnellement,
18:02depuis les événements d'il y a un peu plus de 20 ans,
18:05au top, tout de suite une proposition,
18:06toute une équipe de bénévoles qui n'a pas hésité une seule seconde.
18:09Le premier jour, on était 22 bénévoles.
18:11Donc, c'est un service qu'on rend,
18:14mais c'est quand même un service qui se porte assez facilement.
18:16D'abord parce que les personnes avec qui on le fait sont vraiment des personnes...
18:21Ouais, cool.
18:22Enfin, ça élève.
18:25Être citoyen en période de crise, c'est aussi ça.
18:28C'est obéir, rester à la maison et ça, c'est indéniable.
18:31Mais c'est aussi ne pas faire payer le prix de ce confinement
18:34à ceux qui pourraient subir une double peine.
18:38La rue, la faim, la soif et en plus la maladie.
18:41Donc non, on n'a pas hésité une seconde.
18:43On voit toujours les mêmes visages et ça fait aussi plaisir.
18:46C'est une occasion de voir des potes.
18:47Il faut rester confiné, je ne dis pas le contraire.
18:49Mais c'est aussi la dimension sociale, elle est importante.
18:52Et puis, ce qui était très plaisant, c'est l'extrême réactivité à la fois du diocèse et de la
18:58mairie de Paris.
18:59Parce que chaque besoin qu'on a fait remonter a eu un écho.
19:02Alors l'eau, la légèreté des repas les premiers jours, le nombre de repas.
19:07On a commencé avec 50 repas.
19:09Aujourd'hui, on est à 150 repas potentiellement pour en avoir plus.
19:12Et on ne nous a jamais dit non.
19:13L'eau, c'est vraiment un souci quotidien.
19:17D'abord, c'est le diocèse qui nous a apporté 300 bouteilles d'eau qu'on a pu écouler.
19:20Là, on est en train de réfléchir à un système qu'on souhaite le plus approprié possible.
19:25Même si on ne va pas parler du système de gourde-lame.
19:27Enfin voilà, d'être à la fois réaliste sur les capacités des gars de la rue à se réapprovisionner.
19:33Être aussi réaliste, parce que je ne vais pas mentir, le dire sur la disponibilité des fontaines et des toilettes
19:38qui ont été tous fermées.
19:40Pas de polémique, mais quand même un petit peu.
19:42Voilà, d'essayer d'être cohérent pour répondre aux besoins, aux besoins alimentaires.
19:46Mais pas que, parce que c'est une crise qui est sanitaire.
19:48L'histoire de l'eau, ce n'est pas que, est-ce que j'ai ma petite gourde pour boire
19:50?
19:50Ces gars-là, l'autre jour, ils nous demandaient deux bouteilles d'eau, une pour boire et puis une pour
19:54se laver.
19:54Parce que lavez-vous les mains, lavez-vous les mains, comment tu fais quand tu es dans la rue ?
19:57Et quand même parfois, elle a des caniveaux, elle est coupée.
20:00Donc voilà, une extrême réactivité à la fois du diocèse et de la mairie de Paris.
20:04Là, aujourd'hui, on a aussi des bénévoles qui apportent en plus.
20:07Là, on a une nana de Y, elle vient, je crois, qui a apporté une cinquantaine de sandwichs, des œufs
20:12et tout ça.
20:13Donc c'est un temps de crise, on ne va pas se mentir.
20:15C'est très difficile pour les gens de la rue, surtout sans les toilettes et sans l'eau.
20:19Mais c'est aussi une occasion…
20:21Voilà, c'est dans ces temps de crise où on voit qui on est vraiment.
20:24On voit cette société, ce qu'elle est.
20:25Et j'ai beaucoup de joie à voir que là où les pouvoirs publics ne sont pas toujours au niveau,
20:32il y a toujours des bénévoles qui viennent et c'est une belle chose.
20:34Je fais coucou à ma voisine.
20:37Voilà.
20:38Donc voilà, c'est…
20:40Viens Camille, viens aussi raconter des choses avec moi.
20:43Alors Camille, est-ce que, justement, est-ce que vous pouvez vous présenter, s'il vous plaît ?
20:47Bonjour, donc je m'appelle Camille, je suis paroissienne à Saint-Bernard depuis un certain nombre d'années maintenant
20:54et engagée dans les différents volets de l'association, enfin de la paroisse
21:01et notamment auprès de Solidarité Saint-Bernard où chaque hiver, donc, les paroissiens se relaient
21:09pour préparer à manger pour les huit réfugiés qu'on accueille sur la période de quatre mois d'hiver
21:15en lien avec Hiver Solidaire, donc qui est l'action menée par le diocèse de Paris.
21:21Alors ils sont logés dans la paroisse ?
21:23Oui, ils sont logés donc dans une salle du presbytère, donc au rez-de-chaussée du presbytère.
21:28Donc cette salle leur est dédiée du soir à partir de 18h30-19h jusqu'au lendemain matin, tous les jours.
21:36Donc les paroissiens se relaient pour préparer un repas, le petit déjeuner et les dîners.
21:42Et il y a une autre personne qui assure la nuit en cas de besoin, voilà, donc qui dort sur
21:47place.
21:49Est-ce qu'il y a beaucoup d'églises comme ça qui accueillent des migrants ?
21:52Oui, alors il y a beaucoup d'églises qui participent donc à l'action Hiver Solidaire, donc chaque année.
21:57Et donc il y a deux vocations, soit on accueille des SDF, soit on accueille des réfugiés,
22:03parce que les deux populations n'ont pas forcément l'habitude de cohabiter ensemble.
22:08Donc voilà, il y a deux orientations qui sont faites et il faudrait demander les chiffres exacts.
22:12Mais oui, il y a beaucoup de paroisses qui participent à cette action, une majorité des paroisses parisières.
22:17Alors est-ce que vous pouvez nous parler des paniers, éventuellement nous les montrer et nous raconter ?
22:20C'est vous qui allez les chercher tous les jours, c'est ça ?
22:22Donc je vais chercher chaque matin à 11h30, je vais récupérer les paniers Boulevard Barbès,
22:27donc ils sont préparés par l'association Aurore.
22:30Donc le panier, on peut regarder de quoi il se compose.
22:35Alors le panier se compose...
22:39Jusqu'à ce que j'arrive à l'église.
22:41Celui-là est peut-être plus facile, j'en ai.
22:45Donc généralement dans le panier, on va trouver un morceau de pain,
22:50un bout de fromage,
22:52une salade,
22:53c'est bon ?
22:55Un yaourt.
22:57Un yaourt, voire deux, ça dépend des jours.
23:00Un fruit, une compote, un gâteau, il y a aussi des couverts jetables pour pouvoir manger,
23:05donc du fromage.
23:06Donc ça c'est le panier de base.
23:11Certains jours, ils ajoutent un sandwich en plus, ça dépend des jours.
23:16Et là, sur certains paniers, nous on a pu ajouter un deuxième sandwich et des œufs,
23:22qui sont amenés par une personne, qui se sont préparés chaque jour par une personne qui vient du 16ème et
23:27qui nous les fait livrer.
23:28Donc on voit que la solidarité dépasse largement le cadre de notre paroisse et de Saint-Bernard.
23:35Et alors au niveau de l'eau, parce que c'est une grosse préoccupation l'eau ?
23:38Donc là, c'est le petit manque qu'on a pour le moment, c'est qu'on n'a pas
23:42de bouteilles dans les paniers.
23:43Pas aujourd'hui, mais hier, il y en avait, j'ai vu.
23:45Hier, oui, parce qu'hier, elles ont été livrées par le diocèse de Paris, elles nous ont été livrées directement.
23:50Donc là, c'était une initiative parallèle.
23:54Des gourdes vides doivent arriver, donc pour les fournir aux personnes qui viennent chaque année, chaque jour, pardon.
24:01Donc des gourdes doivent être fournies.
24:02Aujourd'hui, on n'avait toujours rien.
24:04Mais ça reste vraiment le point un peu de tension et de crispation.
24:07Et encore aujourd'hui, les gars nous ont demandé est-ce qu'il y a de l'eau ?
24:10Visiblement, c'est vraiment le gros problème aujourd'hui, c'est le manque d'eau.
24:13Puisque les sources ne sont pas...
24:15Ils sont dans les parcs, en fait.
24:16Les parcs étant fermés, les fontaines sont inaccessibles, les fontaines d'eau potable.
24:20Donc ça veut dire pas de possibilité de boire, mais aussi pas de possibilité de se laver.
24:25Hygiène, de se laver les mains ou quoi que ce soit.
24:27Alors que c'est vrai qu'on est surpris, mais les gars ont vraiment la conscience du fait des mesures
24:32barrières dont on parle,
24:34de pouvoir se laver les mains, de pouvoir suivre ces mesures qui sont préconisées par le gouvernement.
24:41Donc là, c'est le point un peu de crispation.
24:43D'accord, merci beaucoup pour ce témoignage.
24:46Alors, Pierre-Honel, qui est le curé de la paroisse Saint-Bernard, avec lequel nous travaillons de la main dans
24:53la main.
24:54D'accord, bonjour Pierre-Honel.
24:57Alors, oui, on va se décaler ?
24:59Oui, on va se décaler, on va se décaler pour que les gens puissent accéder.
25:04Oui, alors moi je suis Pierre-Honel, je suis arrivé ici il y a quelques mois, voilà.
25:10Et je suis le curé de la paroisse Saint-Bernard.
25:15Alors vous, vous êtes arrivé il y a quelques mois, vous arrivez d'où ?
25:19Alors avant, j'étais en Afrique du Sud, j'ai travaillé pendant trois ans là-bas, et puis depuis septembre,
25:26je suis ici.
25:27Alors vous êtes de quelle confession ?
25:31Voilà, nous, nous sommes des prêtres scalabriniens, des prêtres scalabriniens, missionnaires scalabriniens certainement.
25:38Et nous, nous nous occupons des migrants, c'est ça notre charisme.
25:42Nous travaillons, nous accompagnons exactement les migrants.
25:48Et cela veut dire, pour nous, être avec les migrants, accompagner les migrants, travailler avec les migrants, c'est notre
25:55travail, notre responsabilité, c'est notre pastoral.
25:59Alors qu'est-ce que, de quoi pouvez-vous témoigner vis-à-vis des migrants ?
26:05Que vous disent-ils de la situation aujourd'hui ?
26:08Bon, c'est très critique.
26:09La situation migratoire est très critique.
26:12Donc, quand tu laisses chez toi, à la recherche d'une vie meilleure, et tu arrives dans un pays, tu
26:21n'es pas accueilli, dans un pays où tu n'es pas vraiment chez toi,
26:28cela veut dire que c'est une réalité assez difficile à accepter, mais aussi à vivre.
26:34Et nous le savons tous, les migrants ne sont pas toujours bien accueillis.
26:38Peut-être que certains laissent chez eux à cause de situations de guerre, à la recherche d'un toit, à
26:46la recherche de la sécurité,
26:48mais arrivant dans un autre pays, ils ne sont que mal vus, mal accueillis.
26:57Ils se sont considérés comme étant des bandits, des voleurs, pendant qu'ils laissent chez eux exactement pour ça.
27:05Donc, vous êtes le témoin direct de drame vécu par de très nombreux individus, de très nombreuses personnes,
27:16qui, on le sait, viennent beaucoup autour du 18e arrondissement et de l'église Saint-Bernard en particulier ?
27:24Bon, oui.
27:24Est-ce que c'est un lieu où les gens se retrouvent quand ils arrivent à Paris ?
27:32Bon, de toute façon, comme je suis arrivé, comme je suis arrivé il n'y a pas beaucoup de temps,
27:37je n'ai pas beaucoup de témoignages, mais il suffit de sortir dans la rue.
27:43Tu vois que le 18e, c'est la zone migratoire.
27:48Et aussi défavorisé comme personne.
27:52Ils sont toujours dans la rue, ils essayent d'octroyer des personnes qui aiment dire des choses.
28:00Cela veut dire qu'il suffit d'aller vers Porte-de-la-Chapelle pour comprendre la réalité migratoire du 18e
28:07arrondissement.
28:08Mais aussi dans la paroisse, ils viennent tous les jours.
28:10Peut-être que le président de l'association vous a déjà parlé, que comme paroisse, normalement en étroite collaboration avec
28:19l'association Solidarité Saint-Bernard,
28:22nous avons tous les week-ends de petits déjeuners, dimanche et samedi.
28:29Nous avons le vestiaire, nous avons le cours de français et nous avons aussi des abrités de l'hiver solidaire
28:37qui d'ailleurs sont encore là à cause du confinement.
28:43Avant, ils ne venaient seulement pendant la nuit et maintenant, ils sont là 24 sur 24.
28:48Et puis, nous essayons de les accompagner, de les encadrer et de les aider à surmonter ce moment difficile.
28:57Merci beaucoup pour ce témoignage.
29:00Merci.
29:01Michel, peut-être une dernière personne ?
29:05Je voudrais vous présenter Bachir qui est de ce Soudanais dont je vous ai parlé tout à l'heure.
29:11Alors, Bachir apprend le français à vitesse accélérée.
29:15Il a déjà fait énormément de progrès.
29:19Il en a encore à faire, mais je le laisse peut-être répondre à vos questions.
29:23Bonjour Bachir.
29:25Bonjour.
29:25Alors, on est en direct pour l'humanité.
29:28Sur Facebook.
29:30Oui.
29:31Est-ce que vous pouvez nous raconter comment ça s'est passé, votre arrivée et votre accueil ici ?
29:38En fait, je suis sorti de chez moi, d'abord.
29:44Oui.
29:45Oui, je suis sorti de chez moi depuis 25 juin 2013.
29:53J'ai vécu en Libye depuis cinq ans.
29:55Et je suis en France depuis trois ans.
29:58Voilà.
29:59Et j'ai obtenu du papier depuis deux mois.
30:06Et maintenant, on est en train de faire des cours de mathématiques, cours de français.
30:10Oui.
30:13Et tout d'un coup, on a eu des problèmes de coronavirus.
30:18Voilà.
30:19Et malgré cela, on a eu le pouvoir d'aider les autres.
30:24Je suis contente d'aider les autres.
30:28Aujourd'hui, vous êtes bénévole et vous aidez les personnes en difficulté comme vous l'avez
30:32été il n'y a pas si longtemps.
30:34Oui, et depuis une semaine, je suis bénévole avec l'association Saint-Bernard Solidarité.
30:45C'est le président, c'est Michel Antoine.
30:48Oui, qui est ici avec nous.
30:49Oui, qui est ici avec nous.
30:52Voilà.
30:53Eh bien, merci beaucoup pour ce témoignage et bon courage.
30:57Bonne continuation dans vos actions.
30:59De rien.
31:01Au revoir.
31:01Au revoir.
31:02Michel, un dernier mot peut-être pour conclure.
31:06Qu'est-ce que vous souhaitez dire à tous ceux qui nous regardent et qui souhaiteraient
31:11agir également en solidarité avec tous ceux qui aujourd'hui, on le voit, en ont vraiment besoin ?
31:17Trouver la manière dont vous pouvez participer à cet effort collectif.
31:22Vous êtes peut-être confinés chez vous, mais vous pouvez faire des choses.
31:26Vous pouvez téléphoner à des gens qui vous paraissent dans le besoin.
31:29Vous pouvez aussi réagir à des textes qu'on est en train de créer, soit pour apprendre le français,
31:37soit pour essayer de trouver quel message on peut faire passer au pouvoir public.
31:42Vous pouvez aussi en parler autour de vous parce que le grand défi, finalement,
31:48c'est que notre société arrive à avoir un regard différent sur les migrants, sur les SDF, sur les difficultés
31:59qu'ils peuvent avoir.
32:01Notre grand défi, c'est d'arriver à changer notre regard, à oser peut-être pendant cette période de confinement
32:07nous remettre en question et à essayer de voir ce qu'on ne voit pas d'habitude.
32:15Merci beaucoup, Michel, pour ce dernier mot.
32:18On était en direct du quartier de Barbès à Paris, la Goutte d'Or, qui aujourd'hui est totalement confinée.
32:25Comme on peut le voir, les rues sont vides.
32:28Mais devant l'église Saint-Bernard, hautement symbolique, cette action de solidarité tous les midis,
32:34de remise de paniers repas en direction des populations qui sont à la rue.
32:37Merci encore et on vous souhaite bonne chance et bon courage pour la suite.
32:43Merci.