00:00Chers amis internautes, bonsoir. On se retrouve pour la troisième fois aujourd'hui pour faire le point sur l'élection
00:05présidentielle aux Etats-Unis.
00:08Alors ça change un peu toutes les heures, toutes les deux heures. On va faire le point.
00:12Autant cette nuit, c'était un peu le Halloween électoral avec des frissons.
00:16Donald Trump, ça y est, va rééditer l'exploit et le scénario de 2016.
00:19Autant on en est à un point un peu différent à 17h, 17h15 ce mercredi.
00:26Ici, le point, il est que Joe Biden a gagné le collège, enfin a gagné le vote populaire, pardon.
00:33Pour l'instant, il y a 2,5 millions de voix d'avance. On finira sur moins 4 ou 5.
00:38Voilà, ça c'est un classique. 2016, vous connaissez.
00:40Et en termes de grands électeurs, il est pour l'instant devant.
00:44On a ça sur l'écran là. On va regarder ça tout à l'heure.
00:47Mais il y a encore un certain nombre d'états sur lesquels il plane une incertitude.
00:52Ce sont les derniers des swing states, à savoir les 3 états du Midwest qui avaient voté pour Donald Trump
00:58en 2016.
01:00Pennsylvanie, Wisconsin et Michigan.
01:04Et la Caroline du Nord, la Georgie, 2 états du Sud et l'Arizona, un état de l'Ouest.
01:12Pour l'instant, Joe Biden est donné gagnant dans l'Arizona.
01:16Il est passé devant dans le Wisconsin et dans le Michigan.
01:19Il est toujours derrière en Georgie, en Caroline du Nord.
01:22Et la Pennsylvanie est en train de remonter.
01:24Les dernières voix à compter sont les bulletins envoyés par la Poste ou déposés avant dans une enveloppe.
01:32C'est souvent les démocrates qui ont procédé ainsi.
01:35Donc tous les derniers votes qui vont arriver sont plutôt démocrates.
01:39Donc peut-être que Joe Biden réussira à combler son retard en Pennsylvanie.
01:44Auquel cas, ça lui ferait une avance assez confortable au collège électoral.
01:48Mais même sans ça, il est devant au collège électoral.
01:50Je ne peux pas encore vous annoncer ce soir, en exclusivité mondiale, que c'est Joe Biden qui est président
01:55des Etats-Unis.
01:56Ce sera le 46e président des Etats-Unis.
01:58Mais en tout cas, ça a un peu changé par rapport à l'état d'esprit de ce matin.
02:02D'ailleurs, je pense que Donald Trump avait compris que quelque chose se passait parce qu'il a proclamé dans
02:07la nuit de mardi à mercredi, donc heure américaine,
02:10il a proclamé sa victoire en disant voilà, on a gagné, il n'y a plus de doute, on peut
02:14arrêter de compter.
02:15Et de toute façon, si on perd, ça tout sera, ce sera de la fraude.
02:18Et s'il y a de la fraude, on finira à la Cour suprême.
02:20Ce qui était un scénario qui était un peu écrit.
02:22Oui, on s'en doutait, on le savait, ça faisait des semaines et des semaines que les stratèges et les
02:27élus républicains parlaient de cela.
02:31Et il vient de publier un tweet en disant que depuis hier, il y a des bulletins qui apparaissaient un
02:41peu partout.
02:41Bon, voilà, il veut entretenir simplement l'idée qu'il y a de la fraude.
02:44Or, il n'y a pas de fraude, c'est une tradition aux Etats-Unis que de compter les bulletins
02:47pendant souvent beaucoup de jours après l'élection,
02:50parfois même des semaines. Enfin, des semaines, la loi autorise, par exemple, l'État de Pennsylvanie à recevoir des votes
02:58jusque 7 à 12 jours après la date.
03:04Voilà, donc ça, quand même, chez Donald Trump, il y a l'idée de tenter une sorte de coup de
03:07force légale.
03:11À la fois pour tenter d'amener l'affaire devant la Cour suprême,
03:15et donc de faire décider, comme en 2000, la Cour suprême avait décidé d'arrêter le recompte en Floride,
03:22donnant la victoire à George Bush, W. Bush, de 537 voix en Floride,
03:28de faire statuer la Cour suprême sur un ou deux Etats qui seraient bascule dans la marge de quelques milliers
03:35ou quelques dizaines de milliers.
03:37De toute façon, il y aura un recompte, à moins de 1%, il y a un recompte.
03:39Donc là, ce qui se dessine, à mon sens, c'est une procédure longue, fastidieuse et laborieuse de décision de
03:48justice,
03:50de décompte et de recompte. Voilà.
03:53Ça, c'est le cadre général. Ce qu'on peut dire sur les leçons de cette élection, c'est d
03:57'abord, un, les ressources du trumpisme.
04:00Les sondages avaient donné Donald Trump distancé.
04:03Il ne l'est pas. Il est battu au suffrage universel, mais il n'est pas du tout distancé.
04:09Il réussit même à récolter une part de l'électorat potentiel beaucoup plus importante qu'en 2016.
04:17Donc il faudra voir exactement où et qui, comment ça s'est joué, la sortie de l'abstention de dizaines
04:29de milliers,
04:29de centaines de milliers, voire même de millions d'électeurs.
04:31On n'a pas encore les chiffres précis, donc on se refera sûrement à un point au moment où on
04:36aura vraiment les chiffres.
04:37Ce matin, si on s'était engagé à vous dire que c'est du définitif, il y avait un million
04:42de voix d'écart.
04:43Maintenant, il y en a déjà trois. Peut-être qu'il y en aura cinq demain, au final.
04:47En tout cas, le trumpisme a de la ressource. Il a une base sociale qui est toujours minoritaire,
04:51mais qui est une base sociale qui s'élargit, qui s'élargit notamment dans les États clés.
04:57Donc ça veut dire qu'il y a une surmobilisation là où il y avait en jeu.
04:59Et je me pose une question de quelle mesure les sondages qui annonçaient un raz-de-marée démocrate
05:05n'ont pas fait sortir de l'abstention ce nombre de personnes qui ne comptaient pas forcément voter pour Trump,
05:11qui sont plutôt évidemment d'orientation conservatrice, républicaine, voire nationaliste,
05:15qui se sont dit qu'on ne peut pas supporter un tel raz-de-marée et qui sont allés voter.
05:21Mais on verra au fur et à mesure du temps, avec les études et les enquêtes,
05:27quel socle sociologique ça reflète.
05:30Et puis ça montre aussi les limites de l'antitrumpisme.
05:34Joe Biden a plusieurs millions de voix d'avance.
05:38Il va peut-être gagner le collège électoral,
05:40mais le Parti démocrate ne peut pas se satisfaire d'une victoire qui n'est pas franchement l'apyrus.
05:46Enfin bon, c'est dit, le Sénat va rester républicain certainement.
05:49Donc même si Joe Biden est président, il n'aura pas les deux chambres pour pouvoir mener ses politiques.
05:54Enfin c'est quand même une victoire rabougrie.
05:56Et donc qui pose la question de la stratégie qui a été adoptée il y a plusieurs mois,
06:00qui est assez simple.
06:01C'est de faire de l'antitrumpisme le plus petit dénominateur commun.
06:05Ce qui permet à Alexandria Ocasio-Cortez, député,
06:08qui se réclame du socialisme démocratique de New York,
06:10et à John Kassik, qui est un ancien gouverneur républicain de l'OIU,
06:15anti-avortement, anti-syndicaliste,
06:17de se retrouver dans la candidature de Joe Biden pour chasser Donald Trump.
06:21Avec l'idée de la part des élites démocrates que ce qui était possible à l'échelon national,
06:25de ses personnalités, l'était aussi à l'échelon local.
06:27Et que donc il y avait un jeune militant pro-Sanders, pro-environnement,
06:33qui était capable de voter pour Joe Biden,
06:35comme un fils de républicain country club bantin.
06:40Manifestement il y a une limite.
06:41Ça c'est clair.
06:43Même si 4-5 millions, si c'est le cas, c'est pas rien du tout.
06:45Bon enfin, on parle quand même d'un président qui a passé 4 ans à diviser les Américains.
06:52Puis il n'a pas seulement fait qu'il est divisé,
06:53et qui les a aussi un peu, par son inaction et son déni,
06:56qui a un peu aussi contribué à les tuer,
07:00dans le sens où les États-Unis sont le pays qui ont le plus lourd bilan
07:02en termes de victimes du coronavirus, 230 000 morts.
07:06Et malgré ça, Trump survit ou surnage,
07:09en tout cas n'est pas emporté par une vague.
07:11Donc ça pose quand même une question de la stratégie du Parti démocrate,
07:15d'autant que Bernie Sanders avait alerté à plusieurs reprises pendant la campagne,
07:18en disant qu'il faut faire une campagne de substance politique.
07:21Et moi, je vois un symbole à cette stratégie qui...
07:27On ne peut pas dire qu'elle a échoué,
07:28si il est président, il ne l'aura pas échoué,
07:30mais enfin, bon.
07:32C'est la Floride.
07:33C'est-à-dire que pour éviter d'être taxé de socialistes,
07:36en Floride, où il y a beaucoup de réfugiés cubains,
07:39enfin, d'enfants de réfugiés cubains,
07:41et vénézuéliens,
07:43il a mené profil bas.
07:44Donc le thème, c'était retour à la descense,
07:46on va revenir à la normale.
07:48Pas trop ce que c'était la normale avant, mais enfin.
07:51Donc pas une proposition plus haute que l'autre, d'une certaine façon.
07:56Résultat, il accuse une défaite beaucoup plus lourde que celle d'Hillary Clinton en 2016.
08:00Au moment même, le même jour, dans les mêmes urnes,
08:04les mêmes électeurs ont voté pour le SMIC à 15 dollars,
08:07c'est-à-dire le double du minimum fédéral,
08:10qui est déjà une réalité pour un tiers des habitants du pays,
08:13aussi adopté par référendum locaux à New York, à Seattle, en Californie,
08:18à 61%.
08:1961% des Californiens ont voté pour le SMIC à 15 dollars.
08:22Et le candidat qui est supposé porter politiquement cette proposition,
08:25qui est dans le programme du Parti démocrate,
08:28lui, est battu.
08:29Voilà.
08:29Donc, je ne dis pas que c'est simple.
08:30S'il était simple, je l'aurais fait moi-même.
08:32Mais il y a quand même une sacrée contradiction pour le Parti démocrate et pour Joe Biden.
08:38Voilà.
08:38Et c'est une contradiction qui ne s'arrête pas demain s'il est élu.
08:42Parce qu'une fois élu, que fera-t-il de ces mêmes propositions ?
08:45Parce qu'il va continuer simplement à dire que c'est le retour à la décence.
08:48Donc, j'ai une présidence normale, comme aurait dit quelqu'un ici.
08:51Ou alors, qu'est-ce que je fais des éléments politiques qui sont dans mon programme ?
08:58Il y a le SMIC à 15 dollars.
08:59Il y a là une réforme de la santé qui est plus ambitieuse que l'Obamacare.
09:03Il y a un certain nombre de dispositions empruntées au Green New Deal d'Alexandria,
09:07Ocasio-Cortez, sur le changement climatique.
09:10Donc, ça, c'est la question qui viendra après.
09:13Et on en reparlera, j'espère, je pense.
09:15Voilà.
09:16Écoutez, je vous souhaite une bonne soirée.
09:17Vous pourrez lire demain dans l'Humanité l'événement sur les États-Unis.
09:21On va aller boucler la une juste maintenant.
09:24A priori, le titre, c'est Trump vers le coup de force, pour l'interrogation.
09:28Mais ça ne peut encore changer.
09:29Et je vous dis à bientôt.