Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 3 semaines
En direct avec Christophe Deroubaix, spécialiste des États-Unis pour l'Humanité, le point sur les élections américaines.

📣 SUIVEZ L'HUMANITÉ
Tous nos articles : https://www.humanite.fr/
Facebook : https://fr-fr.facebook.com/humanite.fr/
Twitter : https://twitter.com/humanite_fr

Catégorie

🗞
News
Transcription
00:00Christophe Deroubet, bonjour.
00:02Vous êtes journaliste pour l'Humanité en charge des élections aux États-Unis.
00:09L'Humanité titrait ce matin Biden vers la victoire, où en est-on alors qu'il est ?
00:17Oui, bonsoir. On titrait ce matin avec un point d'interrogation.
00:21Petit à petit, le point d'interrogation s'efface et on peut presque le remplacer
00:27par un point d'exclamation ou simplement sans point d'interrogation,
00:30puisque les résultats ont évolué dans la journée, ils continueront encore d'évoluer demain.
00:38La situation est la suivante.
00:41Joe Biden est passé devant Donald Trump dans l'État de Georgie.
00:44Il compte 16 grands électeurs.
00:47Il passera pour quelques milliers de voix, mais il y aura un recontage dans les jours qui viennent,
00:51des recours en justice de la part des Républicains, j'imagine.
00:53Il est également passé devant dans l'État de Pennsylvanie, qui est le plus important des swing states,
00:59encore en lice avec 20 grands électeurs.
01:02Là, il est passé en tête de 9000 voix et d'autres bulletins, des dizaines de milliers de bulletins
01:08envoyés par correspondance par la Poste sont encore à dépouiller.
01:12Ils proviennent majoritairement d'électeurs démocrates et des grandes villes démocrates.
01:18Donc, son avance va petit à petit encore s'agrandir et sûrement se chiffrerait à des dizaines de milliers de
01:27voix d'avance en Pennsylvanie.
01:29Ensuite, on a le Nevada, où l'avance de Joe Biden est passée de 8000 à 12000 voix.
01:36Avec là encore, c'est très serré, mais là encore avec des bulletins à dépouiller qui viennent des zones principalement
01:44démocrates,
01:45notamment autour de la ville de Las Vegas.
01:48Alors, ça peut paraître un peu bizarre ou contre-intuitif que l'électorat à Las Vegas soit démocrate,
01:54mais il est puissamment, il repose sur les classes populaires, notamment latino et philippines,
02:02qui travaillent dans les hôtels et les casinos, les cuisiniers, les femmes de ménage, etc.
02:07D'ailleurs, Bernie Sanders avait fait un travail politique auprès de ses salariés
02:12et remportait la primaire du Nevada en février dernier.
02:17Et enfin, il reste l'Arizona, qui est un État historiquement conservateur,
02:22où Joe Biden a pris l'avantage.
02:23Mais là, l'avantage se réduit petit à petit.
02:28Il est maintenant de 47 000 voix, mais on pense,
02:33ceux qui sont sur place et les stratèges, les observateurs,
02:38c'est suffisant pour maintenir un avantage pour Joe Biden.
02:42Auquel cas, ça lui ferait 306 grands électeurs, pour une majorité qui est à 270.
02:49Là, on est actuellement à 289 grands électeurs confirmés, si je puis dire,
02:55même s'il y a un recontage en Georgie.
02:59Et 214 pour Donald Trump.
03:02Donc la différence est nette et claire.
03:05Elle l'est aussi au vote populaire, donc le suffrage universel,
03:09où on est désormais à 4,2 ou 3 millions de voix d'avance pour Joe Biden sur Donald Trump.
03:16On va terminer, si les trajectoires ne rencontrent pas de mouvements soudains adverses,
03:27avec une victoire avec 6 à 7 millions de voix d'avance et 306 grands électeurs pour Joe Biden,
03:35ce qui n'est pas une élection serrée, contrairement à ce qu'on a pu penser,
03:40ce qui a pu être redit mercredi matin, c'est une élection large.
03:47Alors, large dans un contexte de très forte mobilisation électorale.
03:51C'est l'élection la plus civique de l'histoire des États-Unis, avec 160 millions d'électeurs,
04:00avec une coalition de Joe Biden, autour de Joe Biden, qui va compter 80 millions d'électeurs,
04:08donc en masse, c'est le plus grand électorat de l'histoire des États-Unis.
04:16Il avait fait le choix de mener sa campagne avec l'antitrumpisme comme le plus petit dénominateur commun.
04:22Ça a fonctionné, puisque Donald Trump sera le président d'un seul mandat.
04:31Ça arrive peu souvent aux États-Unis.
04:33Ça a arrivé en 1992 avec George Bush, père, et en 1980 avec le démocrate Jimmy Carter.
04:42Il y a une petite limite à cette stratégie, c'est qu'en centrant toute l'attention sur la figure
04:48de Donald Trump,
04:50les démocrates en ont un peu oublié qu'il y avait l'élection au Sénat,
04:55et donc les républicains maintiennent leur majorité au Sénat pour l'instant,
04:59sachant qu'il devrait y avoir ce risque sur le gâteau, si je puis dire,
05:02le 5 janvier prochain en Georgie, un deuxième tour pour les deux postes de sénateurs de l'État de Georgie.
05:10Et si les démocrates l'ont porté, ce serait une égalité parfaite.
05:16Dans ce cas-là, c'est la voix de la vice-présidente Kamala Harris qui serait prépondérante.
05:21Et là, on serait dans un scénario où Joe Biden président, une majorité démocrate à la Chambre des représentants,
05:28et une majorité de fait au Sénat permettrait à Joe Biden,
05:33et quand je dis Joe Biden, c'est évidemment au-delà de Joe Biden,
05:36parce qu'une fois que ce dispositif, imaginons, sera mis en place,
05:40il va y avoir une tension entre l'aile gauche, Sanders, Warren, Alexandria Ocasio-Cortez,
05:47et l'establishment de démocrates sur quel type de politique on mène,
05:51et où on met le curseur du changement.
05:55Est-ce qu'on se contente de revenir à une présidence normale,
05:58comme si rien ne s'était passé avec Donald Trump,
06:01ou est-ce qu'au contraire, on essaye d'ouvrir, comme le suggère Bernie Sanders, une ère progressiste ?
06:09Voilà, ça c'est dans le cas où toutes les planètes s'alignent,
06:12mais elles peuvent encore s'aligner.
06:13Elles s'alignent d'ailleurs petit à petit pour la présidence,
06:16et peut-être aussi pour le Sénat.
06:20Ceci dit, il y a encore la question de savoir si Donald Trump va accepter le résultat des élections,
06:27et quelle stratégie il peut adopter pour empêcher que Joe Biden soit président.
06:33On va y revenir, mais je voudrais dire un mot quand même,
06:36aussi dans ce contexte de participation immense.
06:42L'une des leçons, c'est que si la coalition anti-Trumpiste est majoritaire,
06:49clairement majoritaire, la coalition Trumpiste est battue,
06:53mais elle progresse.
06:56Ça c'est quelque chose qui n'était pas forcément attendu.
07:00Donc Donald Trump va gagner entre 7 et 10 millions de voix par rapport à la précédente élection.
07:07Son socle repose toujours sur les Blancs de plus de 50 ans, au revenu moyen.
07:20On n'entend plus, on a un problème de réception.
07:24Christophe ?
07:26Oui, je suis là.
07:27Ça y est, on tente à nouveau.
07:29Donc je disais que Donald Trump a réussi à réaliser quelques percées parmi les électorats
07:37que le Parti démocrate pensait captif chez les latinos.
07:42Alors chez les plus de 60 ans, les jeunes latinos votent très démocrates.
07:45Et chez les Africains américains, là c'est un peu l'inverse.
07:49Les Africains américains de plus de 50 ans ont massivement voté démocrate,
07:54mais chez les hommes noirs salariés, plutôt classe moyenne établie,
08:02entre 30 et 45 ans, il est passé, alors ça peut paraître ridicule au regard d'un électeur
08:09et d'un auditeur français, il est passé de 12 à 18%.
08:12Mais les Républicains n'avaient en général que 5 à 8% du vote des hommes noirs.
08:19Il est aujourd'hui 18%.
08:20Donc on voit quand même que son discours imprègne la société, le corps social,
08:28au-delà simplement de son socle blanc, plus de 50 ans, installé socialement et à l'aise financièrement.
08:39D'ailleurs c'est peut-être là où on touche la deuxième limite de la stratégie des élites démocrates
08:44portées par Joe Biden, c'est qu'en se limitant à la critique de la personnalité
08:53et un peu de la rhétorique aussi, c'est vrai, de Donald Trump,
08:58on a évité, on a économisé la bataille principale, à mon sens,
09:04qui est la bataille idéologique, la bataille des idées, que lui, Donald Trump, a menée.
09:10Et donc finalement, on a laissé un peu prospérer et gangréner la société par ses idées,
09:21au point que même par exemple, un chroniqueur du New York Times le précisait hier matin,
09:30ce qu'on appelle le vote, vous savez aux États-Unis, on s'hectorise beaucoup,
09:34mais enfin bon, le vote est LGBT, Donald Trump fait une percée dans le vote LGBT,
09:39parmi les hommes LGBT également, jusqu'à recueillir un tiers de cet électorat dans l'État de Georgie.
09:48Donc là, il y a des signaux d'alarme évidemment sur la propagation des idées trumpistes,
09:56et finalement à ce projet national populiste, disons ça comme ça,
10:03on ne peut pas simplement opposer, comme le fait Joe Biden,
10:05à une sorte de retour à la décence, pas trop ce que c'est que le retour à la décence
10:09en termes programmatiques,
10:10vous voyez, quand même flou.
10:15Bernie Sanders s'en est inquiété à plusieurs reprises dans la campagne,
10:21et lui pensait, juste au titre, il me semble qu'il faut mener la bataille idéologique directement avec Donald Trump,
10:28et donc opposer à cette vision nationale populiste d'une société atomisée, réduite à ses seuls individus,
10:34quelque chose que, alors ça c'est la vision de Bernie Sanders, à Joe Biden de définir sa propre vision,
10:40d'une société de droit, voilà, le droit, la santé est un droit,
10:44je crois que c'est la première fois dans l'histoire, au moins depuis un demi-siècle, aux Etats-Unis,
10:49qu'un candidat parle en termes de droit, c'est quelque chose qui nous est familier, nous en France,
10:55déclaration universelle des droits de l'homme, mais vous connaissez l'histoire des Etats-Unis,
11:00qui est aussi marquée du saut de l'individualisme,
11:04on a rarement porté politiquement quelque chose en termes de droit, Bernie Sanders l'a fait,
11:10et ça lui a réussi, il a émergé sur la scène politique, il a porté quelque chose, un courant qui
11:18existe dans la société,
11:19en même temps il n'a pas réussi à prédominer lors des primaires du parti démocrate.
11:24Mais en tout cas il faut que Joe Biden oppose, s'il est président et s'il a les mains
11:28écoutées franches pour les politiques,
11:30il va falloir qu'il oppose autre chose au trumpisme, Donald Trump ne peut pas partir,
11:36sûrement, on ne sait pas comment, mais sûrement,
11:39mais il faut qu'il oppose autre chose que ce simple retour aux années Obama,
11:43et avec quelques réformettes de ci, de ci, de là.
11:47Voilà un peu ce qu'on peut dire,
11:50je prends un exemple de cette dissonance là grandissante entre paysage idéologique et paysage politique électoral.
12:00Toutes les grandes enquêtes d'opinion montrent que les États-Unis,
12:03mais ça Michael Moore, le documentariste, le cinéaste, l'avait déjà dit il y a près d'une dizaine d
12:08'années,
12:08lors d'un forum de la gauche à New York, il avait dit, nous, en 2013 exactement, je crois,
12:15non, 2011, nous avons gagné la bataille des idées, nous sommes majoritaires dans les esprits.
12:21Aujourd'hui, quand on prend les grandes enquêtes d'opinion,
12:23y compris sur Fox News, l'autre soir, la chaîne conservatrice défilait leur sondage sortie des urnes,
12:29où ils se rendaient compte que les Américains sont favorables à une intervention grandissante de l'État dans l'économie,
12:35sont favorables au maintien du droit à l'avortement,
12:38sont favorables à ce que les immigrés sans papiers soient régularisés,
12:41et puis si on mobilise d'autres enquêtes d'opinion,
12:43ils sont favorables à un système de santé publique, porté par Bernie Sanders,
12:47ça s'appelle le Medica for All,
12:48ils sont favorables à la gratuité des études supérieures dans l'université publique, etc.
12:56Donc là, il y a une majorité progressiste dans les esprits,
13:02elle existe quand même un peu moins politiquement,
13:05la traduction politique est un peu plus heurtée,
13:07Joe Biden va gagner, il y a 80 millions de voix, on le sait tout ça,
13:11mais enfin bon, on voit que la transcription n'est pas fluide, n'est pas limpide.
13:17J'en veux pour preuve ce qui s'est passé en Floride mardi,
13:21donc Donald Trump a remporté cet État qui est considéré comme un swing state,
13:25mais qu'il avait déjà remporté en 2016,
13:30oui c'est ça, oui, en 2016,
13:31il l'a remporté de nouveau plus largement,
13:34contrairement à ce qui avait été annoncé en Floride,
13:37ça n'a pas été serré,
13:38et le même jour, l'électorat en Floride,
13:40qui est un électorat très divers,
13:43c'est un électorat où il y a à la fois des Blancs
13:48qui sont à peu près la moitié de la population,
13:51mais qui représentent moins de proportion du salariat,
13:54ce sont plutôt des Blancs retraités du Midwest
13:56qui descendent prendre leur retraite en Floride,
13:58il y a des communautés latino très diverses
14:00entre les Cubains américains de Miami
14:02qui sont très fortement mobilisés pour Donald Trump,
14:05et les salariés portoricains ou mexicains
14:13autour de la région d'Orlando
14:14et autour de l'économie de Disneyland,
14:17Disney World, pardon,
14:19en même temps, on a une forte proportion d'Africains américains
14:22autour de Miami et dans le Nord,
14:24à Jacksonville et à Tallahassee,
14:26donc il y a une grande diversité,
14:27une grande complexité sociale et sociologique dans cet État,
14:31qui a voté pour Donald Trump
14:32et le même jour, a adopté à 61%
14:38le passage du SMIC,
14:40enfin du salaire minimum,
14:42à 15 dollars,
14:44alors qu'il est à 8 et quelques en Floride
14:46et que le minimum fédéral,
14:48qui n'a pas bougé depuis 2009,
14:50est à 7,25 dollars,
14:52c'est-à-dire que c'est ridiculement bas
14:54et à ce prix-là, il faut avoir deux salaires
14:56pour ne pas vivre en dessous du seuil de pauvreté,
15:00donc deux emplois.
15:01Et donc le même jour,
15:02donc ça peut paraître totalement,
15:04il y a un paradoxe,
15:06il n'est pas qu'apparent à mon sens,
15:09donc la semaine prochaine dans l'Humanité,
15:10vous lirez un reportage
15:12d'une journaliste de RFI
15:14qui a écrit déjà sur la Pennsylvanie
15:15et qui va essayer de nous éclairer un peu
15:17sur ce qui s'est passé
15:19et comment des électeurs le même jour
15:21ont pu voter
15:22et pour Donald Trump
15:24et pour le SMIC à 15 dollars.
15:30Ça, c'est à nouveau coupé,
15:31on a un problème de transmission,
15:33j'en profite,
15:35je ne sais pas si tu nous entends,
15:36Christophe.
15:37Oui, oui,
15:38là c'est reparti, voilà.
15:40Ok, tu peux reprendre.
15:42Donc je disais qu'on pourrait ironiser
15:44en disant que,
15:46ce paradoxe des électeurs
15:47qui votent pour Donald Trump
15:50et le même jour pour le SMIC à 15 dollars,
15:52pas tous évidemment,
15:53mais il y a une frange qui se chevauche
15:55et ça, c'est que si Joe Biden
16:01n'a pas profité de cet élan
16:03pour le SMIC à 15 dollars,
16:04c'est peut-être qu'il ne s'est pas signalé,
16:05lui, comme étant le porte-parole
16:07du SMIC à 15 dollars.
16:09Ça fait partie de la plateforme
16:10du Parti démocrate,
16:11mais Joe Biden n'a jamais mené
16:13la campagne là-dessus,
16:15pas plus qu'il ne l'a mené
16:16sur ce qu'il appelle le Biden Care,
16:18la réforme de la santé
16:20ou très peu, très très peu.
16:21Voilà, donc forcément,
16:23quand politiquement,
16:24on n'incarne pas des propositions
16:26et des valeurs
16:28et un projet fort autre que
16:30« je suis l'anti Donald Trump »,
16:32ça touche ses limites,
16:34ça porte ses fruits,
16:35mais ça touche aussi ses limites.
16:36Voilà, c'est ça un peu le paysage,
16:39le paysage électoral et politique
16:43des États-Unis
16:43qui va continuer après.
16:47C'est ce que je suis en train de vous dire
16:48sur ces deux coalitions,
16:50les contradictions, les paradoxes.
16:51Ça va se poursuivre après l'entrée
16:54en fonction de Joe Biden
16:55qui est prévu le 21 janvier,
16:57le 20 janvier 2021.
17:00Ce sont des mouvements de long terme.
17:06Le Trumpisme et la suite logique,
17:10si je puis dire,
17:11de la dérive du Parti républicain
17:13depuis 40, 50 ans.
17:15dans l'Humanité dimanche de la semaine prochaine,
17:17l'historien spécialiste du mouvement conservateur,
17:20Romain Huret,
17:21livre un point de vue là-dessus.
17:27Donald Trump est peut-être un accident de l'histoire,
17:29mais le Trumpisme n'est pas un accident de l'histoire.
17:31Je crois que c'est ça.
17:32Et donc, avec ou sans Donald Trump,
17:34le Trumpisme va continuer
17:35de travailler le corps social américain.
17:37Encore une fois,
17:38on ne peut pas simplement lui opposer
17:39un vague retour à la décence.
17:42Voilà un peu ce qu'on peut dire.
17:44Et puis, peut-être un dernier mot
17:45pour donner le paysage général.
17:48Là, on revient plus à la cuisine électorale,
17:52si je puis dire,
17:53qui a parfois son intérêt.
17:56Donc, ce qui peut se passer maintenant,
17:58c'est que Donald Trump est clairement battu
18:00au suffrage universel et au collège électoral.
18:03Donc, c'est le début des grandes manœuvres
18:05pour tenter de faire invalider
18:08un certain nombre de voix,
18:09pour tenter de renverser le repère.
18:11Donc, il en appelle à la Cour suprême.
18:15J'ai quand même tendance à penser
18:16que c'est quand même assez compliqué
18:18de...
18:19Si l'avance de Joe Biden
18:24porte sur plusieurs États,
18:25si on se retrouve dans la situation
18:27de la Floride en 2000,
18:29avec un seul État qui peut faire basculer
18:31d'un côté ou de l'autre
18:32et 537 voix de différence,
18:35ça peut se voler, si je puis dire.
18:38À trois États d'avance,
18:39en l'occurrence, ce serait le Nevada,
18:41la Georgie et la Pennsylvanie,
18:43c'est quand même compliqué de demander
18:45à la Cour suprême d'invalider les résultats
18:46dans trois États où l'avance se chiffre
18:49en milliers, en dizaines de milliers de voix.
18:51Donc là, il a commencé aujourd'hui
18:53une petite musique
18:55que certains constitutionnalistes
18:59avaient vu dès janvier,
19:01notamment un constitutionnaliste
19:03qu'on a interviewé dans l'Humanité
19:05qui s'appelle Laurence Douglas,
19:07qui est que les assemblées d'État,
19:09vous savez, dans chaque État,
19:11on reproduit au niveau de chaque État,
19:13c'est le principe du système fédéral,
19:14l'organisation institutionnelle
19:16de l'élection fédérale,
19:17c'est-à-dire qu'il y a un gouverneur
19:19qui est élu,
19:21il y a une législature
19:24qui est composée d'une chambre des représentants,
19:25élu aussi évidemment,
19:26et d'un État, d'un Sénat de l'État.
19:30Et donc, Donald Trump a demandé
19:32à la législature de Pennsylvanie
19:34de rentrer dans la danse,
19:36qui est majoritairement républicaine,
19:38pas la danse, mais la législature,
19:40contre le gouverneur démocrate,
19:42puisqu'on peut avoir un gouverneur démocrate
19:44comme ils sont élus en scrutin séparément,
19:49pour bloquer, voire geler
19:52le vote de la Pennsylvanie.
19:55Ce qui peut se passer,
19:56le scénario, en fait,
19:57c'est que la législature,
20:02par quelques artifices,
20:04il faudra trouver lesquels,
20:05pour eux,
20:05enfin, on peut compter sur eux,
20:07je pense,
20:10va donner,
20:11peut certifier que c'est Donald Trump
20:13qui a remporté l'élection en Pennsylvanie.
20:16Le gouverneur de Pennsylvanie
20:18va lui certifier que c'est Joe Biden,
20:21ce qui est le cas là,
20:23sur la base des résultats
20:24qui sont enregistrés.
20:27Mais finalement,
20:28ça peut conduire,
20:32avec cette double revendication,
20:34simplement à une stérilisation
20:36du vote de Pennsylvanie.
20:37Et quand le collège électoral
20:40va se réunir le 14 décembre,
20:42c'est la date qui est prévue,
20:44elle sera tenue,
20:45l'accord suprême y veillera,
20:47on peut très bien avoir
20:49l'État de Pennsylvanie
20:50qui ne sera pas en capacité
20:52de voter
20:54à cause de ce conflit
20:56de certification.
20:58Mais il faudrait que ce soit le cas
20:59en Pennsylvanie,
21:00en Georgie,
21:03en Nevada,
21:04c'est pour ça que plus
21:04Joe Biden remporte l'État,
21:06plus c'est compliqué,
21:07ça fait des couches supplémentaires
21:09de protection
21:09face au recours
21:11de Donald Trump.
21:13Parce que le plan,
21:14c'est donc que le collège électoral
21:15se réunisse,
21:16qu'il n'y ait pas de majorité définie,
21:18il faut la majorité absolue,
21:20il n'y a pas de majorité relative
21:21en l'occurrence,
21:22et donc de poursuivre
21:23le chemin constitutionnel
21:25qui est prévu par les textes,
21:27qui est la Chambre des représentants.
21:28Contrairement au Sénat,
21:29on ne vote pas par élu,
21:32par sénateur,
21:35mais par délégation d'État.
21:37C'est-à-dire que le Wyoming,
21:39un député compte pour
21:40une délégation d'État,
21:41c'est un républicain,
21:42et la Californie,
21:45qui a 40 millions d'habitants
21:46et 53 députés,
21:47compte aussi pour une délégation d'État,
21:49une majorité de députés démocrates.
21:51Donc ça fait 1-1,
21:52mais on voit bien la distorsion.
21:53Donc les démocrates ont la majorité
21:56à la Chambre des représentants,
21:57ils la garderont,
21:58mais en nombre de délégations d'État,
22:00en nombre d'État,
22:01c'est les républicains qui dominent,
22:04notamment parce qu'ils sont plus
22:06mieux implantés dans l'Amérique
22:08rurale,
22:09et la moins dense.
22:09Et donc c'est 26 États
22:12qui ont une majorité de députés républicains,
22:17et 23 une majorité de députés démocrates.
22:19Dans ce cas-là,
22:20dans ce scénario,
22:20qui peut apparaître improbable,
22:22mais qui existe,
22:24Donald Trump serait réélu président
22:27début janvier.
22:28Je pense qu'on est encore loin de là,
22:32d'autant plus si Joe Biden
22:37remporte toutes les victoires
22:38qu'il reste à remporter,
22:39c'est-à-dire notamment l'Arizona,
22:40ce qui lui fera un total
22:41de 306 grands électeurs.
22:43Et là, il faudrait que les républicains
22:45arrivent à faire invalider,
22:47ou geler,
22:48ou je ne sais quoi,
22:49les résultats dans quatre États différents
22:53qui ont des couleurs politiques
22:54aussi différentes.
22:55Parce que je signale qu'en Georgie,
22:59le secrétaire qui est chargé
23:01de gérer l'élection,
23:03ce qui s'appelle le secrétaire d'État,
23:05le secrétaire de l'État,
23:06est un républicain.
23:07Donc c'est compliqué de dire,
23:10de la part de Donald Trump,
23:11de dire que le vote en Georgie est volé,
23:14alors que c'est un républicain
23:15qui est à la manœuvre du contact.
23:18Voilà.
23:19Plus on avance,
23:20on fait le point ici,
23:23d'une façon ou d'une autre,
23:24toutes les douze heures à peu près.
23:28Plus on avance,
23:30plus c'est une défaite nette
23:33de Donald Trump qui se profile,
23:35qui se dessine.
23:36Et donc une victoire nette également
23:38de Joe Biden,
23:40et avec des recours
23:42de plus en plus compliqués
23:45et pour ne pas dire désormais
23:50presque impossibles
23:51pour Donald Trump.
23:54Merci beaucoup Christophe Deroubet
23:56pour toutes ces précisions à nouveau.
23:58Donc on se dirige vers vraisemblablement
24:00une victoire de Biden
24:02aux élections aux États-Unis.
24:04On refera le point avec vous
24:05dès qu'on aura à nouveau
24:09des informations supplémentaires.
24:12Merci beaucoup
24:13et à très bientôt.
24:15Merci, bonne soirée.
24:17Sous-titrage Société Radio-Canada
24:21Sous-titrage Société Radio-Canada

Recommandations