00:00Bonjour Yann Monsi.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes cofondateur de l'association Utopia 56 qui vient en aide aux réfugiés
00:06et vous avez été acteur hier et témoin également d'une violente évacuation de réfugiés Place de la République.
00:14Est-ce que vous pouvez revenir sur ce qui s'est passé hier soir ?
00:19Tout simplement, suite au démantèlement raté du camp de Saint-Denis la semaine dernière,
00:251000 personnes sont restées sur le carreau et 1000 personnes ont été chassées de ce campement
00:31alors que la préfecture avait dit que toutes les personnes qui étaient sur ce campement seraient évacuées
00:35et en fait sur les 1000 dernières personnes ont été évacuées du campement
00:40et là a commencé une chasse à l'homme et une dispersion des populations et une chasse dans le nord
00:46de Paris.
00:47Suite à ça, nous on a demandé à ces exilés, nous ont demandé de les rendre visibles
00:53au vu de la chasse qui s'organisait tous les soirs, des arrestations aussi qu'on constate
00:59mais qu'on ne peut pas forcément tout le monde tout enfimer mais on sait qu'il y a des
01:02personnes qui se font arrêter
01:03et donc voilà, cette action est née avec la communauté qui a dit nous on veut faire quelque chose
01:09et hier soir on les a accompagnés pour faire quelque chose.
01:12Alors qu'est-ce que vous entendez par chasse à l'homme ?
01:15C'est tout simplement des populations qui se sont repoussées depuis des années
01:18de plus en plus loin du centre-ville de Paris et à l'extérieur de Paris aujourd'hui
01:23et qui même quand on est à l'extérieur de Paris, sans tente, sans duvet, sans couverture
01:28et qu'on est caché sous un pont, on se fait quand même encore repousser encore plus loin.
01:33Donc en fait, on harcèle ces populations, on les empêche de dormir, c'est assez incroyable.
01:39Je ne sais pas à quel goût on veut arriver, mais ce qui est sûr, c'est que les populations
01:43exhibées étaient à bout.
01:45On a essayé de faire ça pour qu'il y ait une prise en charge, ça n'a pas marché
01:49et quoi qu'il arrive, on continue et la lutte, je pense qu'elle ne va pas continuer.
01:54Vous avez fait le choix d'installer le campement de réfugiés Place de la République à Paris.
01:58C'était pour rendre visibles toutes ces populations ?
02:02C'est tout à fait ça. L'objectif de la police, en évacuant le milieu de personnes du camp de
02:07Saint-Menis
02:07et en les dispersant, c'est aussi montrer qu'on a dispersé le problème, mais on ne l'a pas
02:13réglé.
02:14Donc nous, ce qu'on a voulu faire, c'est redonner une visibilisation à ces populations.
02:19On a réussi à regrouper une liste de 560 noms. Sur ces 560 noms, 460 personnes sont venues à peu
02:26près sur le campement.
02:28Il y en a une centaine qui n'a pas voulu venir parce qu'elles avaient peur.
02:31Et derrière, on demande tout simplement une prise en charge de ces populations.
02:34On ne veut rien d'autre. On n'est pas là pour être violent. On est pacifique.
02:38On demande simplement le respect des droits humains et que ces populations soient mises à l'abri
02:43pendant cette période de pandémie. Qu'est-ce que font nos gouvernants ?
02:47C'est à moitié incroyable d'imaginer qu'on peut laisser des milliers de gens en pleine épidémie sur les
02:52trottoirs de Paris.
02:53Alors c'est principalement au gouvernement qu'on s'adresse.
02:55C'est lui qui est le responsable de l'accueil des exilés ou plutôt du non-accueil des exilés parce
03:01que c'est plutôt une politique de non-accueil
03:02que l'on voit plutôt qu'une politique d'accueil, même si la communication du gouvernement va dans ce sens.
03:08Et derrière, on demande à l'État d'arrêter ce harcèlement sur ces populations.
03:13Bien sûr à Paris, mais on peut le vivre à Calais et dans d'autres régions de France, à Grande
03:17-Synthe,
03:18où là c'est encore plus l'horreur, ils n'ont pas une couverture médiatique comme à Paris,
03:23donc imaginez ce qui peut se passer déjà à Paris, imaginez à Calais et à Grande-Synthe,
03:27on dit stop, on veut simplement que ça s'arrête et que les policiers arrêtent le harcèlement sur ces populations
03:32et qu'il y ait des mises à l'abri pour toutes les populations qui arrivent.
03:37Aujourd'hui, où sont tous les réfugiés qui ont entre autres été victimes de violences hier soir ?
03:44C'est comme, il y a un moment donné, bien sûr, nous écoutons et nous travaillons en collaboration avec les
03:49communautés.
03:50Les communautés, à un moment donné, ont dit « Yann, ça devient trop violent, il va falloir qu'on se
03:55disperse,
03:56sinon on va se faire taper encore plus ».
03:58C'est eux qui donnent le ton et à un moment donné, ils m'ont dit « Yann, on va
04:03se disperser ».
04:03Et moi, j'ai contacté les forces de l'ordre pour leur dire qu'il fallait arrêter de nous gazer
04:07et de nous taper
04:10et que les populations allaient se disperser.
04:14Et on leur a demandé où vous voulez qu'on aille et ils nous ont dit « On veut que
04:17vous alliez dans le nord de Paris,
04:20vous sortez de Paris et si vous allez entre le Stade de France et Saint-Denis, on vous laissera dormir
04:27».
04:27Et en fait, en effet, on a pu dormir trois heures et ce matin à six heures et demie, c
04:32'est recommencé.
04:34On a été évacué et c'est reparti.
04:37Comment comptez-vous maintenir votre aide dans la situation actuelle ?
04:40J'ai envie de vous dire, on est habitué à l'urgence à Utopia, on va s'adapter, on fera
04:43au mieux avec ce qu'on a,
04:46avec le peu de matériel qui nous reste aussi.
04:48Donc on fera comme on peut.
04:49Par contre, ce qui est sûr et certain, c'est qu'ils pourront compter sur nous.
04:52On a mis en place aussi, bien sûr, des maraudes qui nous appellent quand les exilés subissent des exactions
05:00d'une partie de la police qui puissent être en contact avec nous.
05:03Et nous, on a des motos et des maraudes et des voitures qui démarrent pour être au plus près des
05:07populations,
05:08documenter et filmer ce qui se passe de façon à ce que la violence s'arrête,
05:12parce que la violence est réelle.
05:14C'est incroyable.
05:15Rémi Buzin était de brut, était avec nous il y a quelques jours.
05:18Il a pu en témoigner.
05:20Il y a ce qu'on voit et surtout ce qu'on ne voit pas.
05:22Et je peux vous assurer que quand on n'est pas là, c'est pire.
05:25Quel lien faites-vous entre cette violence qui s'est déchaînée hier soir,
05:30place de la République et dans les rues de Paris, et ce projet de loi sécurité globale ?
05:38Il est évident qu'il y a une partie des policiers qui se comportent mal dans notre pays.
05:43On le sait tous.
05:43On ne peut pas dire que c'est une partie infime de nos policiers.
05:46Je pense qu'il y a un vrai sujet dans la police.
05:48Il faudrait pouvoir oser en débattre.
05:50Il y a une vraie problématique.
05:52Il y a bien sûr dans ces policiers, et nous on le constate tous les jours,
05:55sur toutes nos antennes, des gens qui sont orientés nationalistes
05:59et qui s'en donnent à cœur joie.
06:01C'est la réalité de notre quotidien.
06:03C'est aussi la réalité du quotidien des exilés.
06:05On veut simplement, nous, que ça s'arrête.
06:08Et il est évident que nous, pour nous, les adhérents du Copia
06:11et bien sûr tous les collectifs citoyens qui travaillent sur le terrain,
06:14nous continuerons, parce que cet article ne nous empêche pas de filmer,
06:18à continuer à documenter la réalité de ce qui s'y passe,
06:21et bien sûr, on continuera à vous tenir informés,
06:24parce que quand il arrive, nous, on va continuer notre travail.
06:27Merci, Yann Mamzy.
06:29L'humanité, bien évidemment, restera très attentif à l'évolution de la situation.
06:34Merci.
06:35Merci à vous.
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