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  • il y a 8 minutes
460 réfugiés en errance depuis l'évacuation d'un important camp à Saint-Denis, la semaine dernière, ont monté lundi soir, un nouveau campement place de la République à Paris.

L'opération pacifiste réalisée avec l'aide de l'association humanitaire Utopia56 a mal tourné puisque des réfugiés, des journalistes et des citoyens présents sur place ont été victimes de violences policières.

En réponse à l'opération, un vaste dispositif de «maintien de l’ordre» se met rapidement en place. Les gendarmes mobiles et la police nationale s’empressent de saisir le matériel nécessaire au campement de fortune. Même occupées, les tentes sont arrachées à leurs propriétaires, déchirées, piétinées, retournées et jetées dans un camion de la préfecture.

Pendant plus d’une heure, la situation se tend. Les CRS et les agents de la BAC pressent violemment la foule contre leurs boucliers. Elus, observateurs et journalistes compris. Malgré les règles relatives au maintien de l’ordre, des coups de tonfa visent les militants associatifs à la gorge et des numéros d’identification manquent aux uniformes. Une grande partie des participants ont en tête la loi dite de « sécurité globale », adoptée mardi dont l’article 24 rend impossible la diffusion d’images d’agents sans risquer des poursuites judiciaires. La violence de la police offre une justification de plus à la nécessité de documenter ses agissements.

À la suite de cette 66e évacuation massive de migrants en cinq ans, les associations dénoncent un harcèlement continu, les autorités voulant empêcher à tout prix la formation d’un nouveau camp aux abords de la capitale.

« La police mène une chasse à l’homme partout où des exilés essaient de s’installer. Elle les frappe et les insulte pour les mener le plus loin possible de Paris », ajoute Yann Manzi, fondateur d’Utopia 56. Bien avant l’évacuation, les associations avaient pourtant alerté sur ses conséquences pour la vie des exilés à la rue.

L'Humanité a rencontré Yann Manzi, co-fondateur de l'association Utopia 56.

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Transcription
00:00Bonjour Yann Monsi.
00:02Bonjour.
00:03Vous êtes cofondateur de l'association Utopia 56 qui vient en aide aux réfugiés
00:06et vous avez été acteur hier et témoin également d'une violente évacuation de réfugiés Place de la République.
00:14Est-ce que vous pouvez revenir sur ce qui s'est passé hier soir ?
00:19Tout simplement, suite au démantèlement raté du camp de Saint-Denis la semaine dernière,
00:251000 personnes sont restées sur le carreau et 1000 personnes ont été chassées de ce campement
00:31alors que la préfecture avait dit que toutes les personnes qui étaient sur ce campement seraient évacuées
00:35et en fait sur les 1000 dernières personnes ont été évacuées du campement
00:40et là a commencé une chasse à l'homme et une dispersion des populations et une chasse dans le nord
00:46de Paris.
00:47Suite à ça, nous on a demandé à ces exilés, nous ont demandé de les rendre visibles
00:53au vu de la chasse qui s'organisait tous les soirs, des arrestations aussi qu'on constate
00:59mais qu'on ne peut pas forcément tout le monde tout enfimer mais on sait qu'il y a des
01:02personnes qui se font arrêter
01:03et donc voilà, cette action est née avec la communauté qui a dit nous on veut faire quelque chose
01:09et hier soir on les a accompagnés pour faire quelque chose.
01:12Alors qu'est-ce que vous entendez par chasse à l'homme ?
01:15C'est tout simplement des populations qui se sont repoussées depuis des années
01:18de plus en plus loin du centre-ville de Paris et à l'extérieur de Paris aujourd'hui
01:23et qui même quand on est à l'extérieur de Paris, sans tente, sans duvet, sans couverture
01:28et qu'on est caché sous un pont, on se fait quand même encore repousser encore plus loin.
01:33Donc en fait, on harcèle ces populations, on les empêche de dormir, c'est assez incroyable.
01:39Je ne sais pas à quel goût on veut arriver, mais ce qui est sûr, c'est que les populations
01:43exhibées étaient à bout.
01:45On a essayé de faire ça pour qu'il y ait une prise en charge, ça n'a pas marché
01:49et quoi qu'il arrive, on continue et la lutte, je pense qu'elle ne va pas continuer.
01:54Vous avez fait le choix d'installer le campement de réfugiés Place de la République à Paris.
01:58C'était pour rendre visibles toutes ces populations ?
02:02C'est tout à fait ça. L'objectif de la police, en évacuant le milieu de personnes du camp de
02:07Saint-Menis
02:07et en les dispersant, c'est aussi montrer qu'on a dispersé le problème, mais on ne l'a pas
02:13réglé.
02:14Donc nous, ce qu'on a voulu faire, c'est redonner une visibilisation à ces populations.
02:19On a réussi à regrouper une liste de 560 noms. Sur ces 560 noms, 460 personnes sont venues à peu
02:26près sur le campement.
02:28Il y en a une centaine qui n'a pas voulu venir parce qu'elles avaient peur.
02:31Et derrière, on demande tout simplement une prise en charge de ces populations.
02:34On ne veut rien d'autre. On n'est pas là pour être violent. On est pacifique.
02:38On demande simplement le respect des droits humains et que ces populations soient mises à l'abri
02:43pendant cette période de pandémie. Qu'est-ce que font nos gouvernants ?
02:47C'est à moitié incroyable d'imaginer qu'on peut laisser des milliers de gens en pleine épidémie sur les
02:52trottoirs de Paris.
02:53Alors c'est principalement au gouvernement qu'on s'adresse.
02:55C'est lui qui est le responsable de l'accueil des exilés ou plutôt du non-accueil des exilés parce
03:01que c'est plutôt une politique de non-accueil
03:02que l'on voit plutôt qu'une politique d'accueil, même si la communication du gouvernement va dans ce sens.
03:08Et derrière, on demande à l'État d'arrêter ce harcèlement sur ces populations.
03:13Bien sûr à Paris, mais on peut le vivre à Calais et dans d'autres régions de France, à Grande
03:17-Synthe,
03:18où là c'est encore plus l'horreur, ils n'ont pas une couverture médiatique comme à Paris,
03:23donc imaginez ce qui peut se passer déjà à Paris, imaginez à Calais et à Grande-Synthe,
03:27on dit stop, on veut simplement que ça s'arrête et que les policiers arrêtent le harcèlement sur ces populations
03:32et qu'il y ait des mises à l'abri pour toutes les populations qui arrivent.
03:37Aujourd'hui, où sont tous les réfugiés qui ont entre autres été victimes de violences hier soir ?
03:44C'est comme, il y a un moment donné, bien sûr, nous écoutons et nous travaillons en collaboration avec les
03:49communautés.
03:50Les communautés, à un moment donné, ont dit « Yann, ça devient trop violent, il va falloir qu'on se
03:55disperse,
03:56sinon on va se faire taper encore plus ».
03:58C'est eux qui donnent le ton et à un moment donné, ils m'ont dit « Yann, on va
04:03se disperser ».
04:03Et moi, j'ai contacté les forces de l'ordre pour leur dire qu'il fallait arrêter de nous gazer
04:07et de nous taper
04:10et que les populations allaient se disperser.
04:14Et on leur a demandé où vous voulez qu'on aille et ils nous ont dit « On veut que
04:17vous alliez dans le nord de Paris,
04:20vous sortez de Paris et si vous allez entre le Stade de France et Saint-Denis, on vous laissera dormir
04:27».
04:27Et en fait, en effet, on a pu dormir trois heures et ce matin à six heures et demie, c
04:32'est recommencé.
04:34On a été évacué et c'est reparti.
04:37Comment comptez-vous maintenir votre aide dans la situation actuelle ?
04:40J'ai envie de vous dire, on est habitué à l'urgence à Utopia, on va s'adapter, on fera
04:43au mieux avec ce qu'on a,
04:46avec le peu de matériel qui nous reste aussi.
04:48Donc on fera comme on peut.
04:49Par contre, ce qui est sûr et certain, c'est qu'ils pourront compter sur nous.
04:52On a mis en place aussi, bien sûr, des maraudes qui nous appellent quand les exilés subissent des exactions
05:00d'une partie de la police qui puissent être en contact avec nous.
05:03Et nous, on a des motos et des maraudes et des voitures qui démarrent pour être au plus près des
05:07populations,
05:08documenter et filmer ce qui se passe de façon à ce que la violence s'arrête,
05:12parce que la violence est réelle.
05:14C'est incroyable.
05:15Rémi Buzin était de brut, était avec nous il y a quelques jours.
05:18Il a pu en témoigner.
05:20Il y a ce qu'on voit et surtout ce qu'on ne voit pas.
05:22Et je peux vous assurer que quand on n'est pas là, c'est pire.
05:25Quel lien faites-vous entre cette violence qui s'est déchaînée hier soir,
05:30place de la République et dans les rues de Paris, et ce projet de loi sécurité globale ?
05:38Il est évident qu'il y a une partie des policiers qui se comportent mal dans notre pays.
05:43On le sait tous.
05:43On ne peut pas dire que c'est une partie infime de nos policiers.
05:46Je pense qu'il y a un vrai sujet dans la police.
05:48Il faudrait pouvoir oser en débattre.
05:50Il y a une vraie problématique.
05:52Il y a bien sûr dans ces policiers, et nous on le constate tous les jours,
05:55sur toutes nos antennes, des gens qui sont orientés nationalistes
05:59et qui s'en donnent à cœur joie.
06:01C'est la réalité de notre quotidien.
06:03C'est aussi la réalité du quotidien des exilés.
06:05On veut simplement, nous, que ça s'arrête.
06:08Et il est évident que nous, pour nous, les adhérents du Copia
06:11et bien sûr tous les collectifs citoyens qui travaillent sur le terrain,
06:14nous continuerons, parce que cet article ne nous empêche pas de filmer,
06:18à continuer à documenter la réalité de ce qui s'y passe,
06:21et bien sûr, on continuera à vous tenir informés,
06:24parce que quand il arrive, nous, on va continuer notre travail.
06:27Merci, Yann Mamzy.
06:29L'humanité, bien évidemment, restera très attentif à l'évolution de la situation.
06:34Merci.
06:35Merci à vous.
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