00:00On est dans un jeu de juste mesure
00:06entre la violence et la légitimité de l'usage de cette violence.
00:14Où sont ces valeurs partagées aujourd'hui
00:17quand cette économie n'obéit plus à des principes d'humanité élémentaire ?
00:21L'idée de ce film, c'est de dire qu'on est là pour nourrir un débat.
00:24Donc ceux qui nourrissent en premier lieu les débats,
00:29quels qu'ils soient, de tous bords, ce sont les militants.
00:32L'idée, évidemment, c'est d'aller au-delà du cercle militant.
00:35C'est-à-dire c'est d'aller du côté des gens qui considèrent
00:40que la police dite républicaine, finalement, aurait tous les droits
00:44puisqu'elle défendrait le plus beau des régimes qui serait la République.
00:48Sauf que ça, c'est un discours qui est totalement réducteur.
00:51Et donc il faut que ça puisse sortir des cadres militants.
00:55Mais que ça démarre par là, c'est absolument pas un problème.
00:57Absolument pas.
00:58Ne parlez pas de répression ou de violence policière.
01:01Ces mots sont inacceptables dans un état de droit.
01:03La question des violences policières, elle accueille une centralité
01:05dans les quartiers populaires qui ont servi de laboratoire.
01:08Voilà une classe qui soutient ça.
01:09Cette prise de parole, elle est très particulière.
01:12On est en mars 2019.
01:14On est dans les grands débats.
01:19Emmanuel Macron répond à une gilet jaune de la Confédération paysanne
01:24qui l'interpelle courageusement quand même sur les violences policières.
01:29Courageusement parce qu'on voit bien à l'image.
01:31Et d'ailleurs, on le voit encore mieux sur le grand écran.
01:33On voit tout l'aéropage policier préfectoral autour de Macron.
01:37Il faut un certain cran pour lui poser cette question-là.
01:40Et lui, il répond cette phrase.
01:43Ne parlez pas de violence policière ou de répression.
01:46Ces mots sont inacceptables dans un état de droit.
01:49Et là, intérieurement, je me dis que le président de la République,
01:56l'homme le plus fort de l'État, a envie de nous empêcher d'énoncer les choses
02:03pour nous empêcher de les dénoncer.
02:07C'est-à-dire qu'il choisit les armes, les grenades Gli F4, les LBD, les matraques,
02:15les canons à eau, les gaz lacrymogènes.
02:20Et en plus, il choisirait les mots.
02:22Et donc là, on se dit... Enfin, je me dis, moi.
02:25Je me dis, mais il y a une bataille à livrer.
02:27C'est la bataille du récit.
02:29C'est la bataille des mots.
02:31Et cette phrase-là, je crois qu'elle est absolument centrale
02:34dans le basculement qui a opéré depuis avant Macron
02:40sur l'idée qu'on ne pourrait pas discuter de la police.
02:44On ne pourrait pas discuter du maintien de l'ordre.
02:47On ne pourrait pas discuter de ça.
02:48Ces mots seraient inacceptables.
02:50Non, ils deviennent inacceptables dans un pays qui n'est plus démocratique.
02:53Dès lors qu'on est dans une démocratie, tous les mots sont acceptables.
02:57Et on doit pouvoir discuter pied à pied.
02:59Et le film s'ouvre là-dessus en disant, voilà, discutons de ces questions-là.
03:04Parce que ce n'est pas au seul policier d'en discuter.
03:08Ce n'est pas au seul politique d'en discuter.
03:12C'est policier, politique et citoyen.
03:15Donc cette phrase, elle est absolument majeure.
03:20Cette violence, on la connaît, on est né avec.
03:23On a banalisé la violence.
03:26Nous nous servons la République.
03:28Est-ce qu'on vous laisse casser ? Est-ce qu'on vous laisse saccager ?
03:31Et moi, la question que je me pose, quel ordre protège les forces de l'ordre ?
03:35Dans le film, il y a cette phrase de la juriste Monique Chemillier-Gendro
03:41qui tout d'un coup dit, mais la démocratie, c'est un horizon.
03:47La démocratie, c'est le dissensus.
03:52Eh bien, ces deux repères sont un peu les balises du film.
03:57C'est-à-dire, où est-ce qu'on veut aller ?
04:00Où est-ce qu'on veut aller avec notre police, avec la police, avec leur police ?
04:05Vous voyez déjà, on dit quelque chose rien qu'avec ces trois mots différents.
04:12Et est-ce qu'on peut être en désaccord ?
04:14Est-ce qu'on peut discuter ?
04:15Est-ce qu'on peut sortir des contraintes, des clivages
04:20qui ferait que soit vous êtes pour la République, soit vous êtes pour le chaos,
04:25soit vous êtes pour la police, quelles que soient ses méthodes,
04:29soit vous seriez contre, sans volonté, sans envie, sans proposition.
04:38On voit bien le piège dans lequel on est en train de nous mettre pour 2022.
04:42On nous remet le vieux truc à la noix de l'insécurité,
04:48de ce débat-là, où il faudrait être pour ou contre l'insécurité,
04:53ce qui n'a aucun sens, comme si on était pour ou contre les violences policières.
04:57Non, la question, c'est quelle est la place de la police dans nos sociétés ?
05:01Quand, par exemple, les policiers estiment, parfois à raison,
05:05être le dernier rempart de la République,
05:08ça pose question.
05:11Et avant tout pour la République.
05:12C'est vraiment ça, le dernier rempart de la République ?
05:15C'est vraiment ça, le dernier service public ?
05:19La police ?
05:20Ce n'est pas la poste ?
05:21Ce n'est pas la santé ?
05:24Et on voit bien comment ça résonne
05:28dans cette période extrêmement difficile et trouble
05:31autour des libertés qui sont assiégées,
05:34qui prennent des coups de butoir, etc.
05:37Donc le film, il parle de ça.
05:40Il parle profondément de la démocratie,
05:45qui en plus est en crise, particulièrement aujourd'hui.
05:49La démocratie représentative,
05:50et là aussi Monique Chemillet-Gendrot en parle.
05:52Donc quand une police représente un régime politique
05:57qui ne représente plus grand-chose
05:58et qui en même temps, comme dirait l'autre,
06:01représente plutôt des inégalités,
06:04vous voyez quand même le nombre de problèmes que ça soulève.
06:06Eh bien nous ne sommes pas dans le même camp, madame.
06:08Ce système de maintien de l'ordre,
06:10ce dispositif de maintien de l'ordre,
06:12sont foncièrement politiques.
06:14Qu'est-ce qui se passe quand l'un des protagonistes
06:16ne respecte plus son dire ?
06:20Il y a une classe politico-médiatique,
06:25ça c'est clair, ça c'est très clair,
06:28qui est représentée de manière absolument caricaturale
06:32par les chaînes d'information.
06:33On a trois, quatre, cinq chaînes d'information.
06:36Elles racontent à peu près la même chose,
06:38c'est-à-dire une vision du monde libéral, très libéral,
06:42conservateur, très conservateur, blanc, très blanc.
06:46À peu près, c'est à peu près ça.
06:48C'est étrange que plus il y a de chaînes d'information,
06:51plus elles se ressemblent et disent la même chose.
06:55Et donc là, je pense qu'il y a tromperie sur la marchandise,
07:01c'est-à-dire qu'il y a...
07:03Et donc dans le film, on parle de ça d'ailleurs,
07:05il y a tout un passage sur le traitement médiatique,
07:08parce que le traitement médiatique,
07:09c'est ajouter de la violence à la violence,
07:11c'est un pouvoir qui...
07:14Et Dieu sait que j'ai aimé ça.
07:16Mais je ne me reconnais plus du tout
07:18dans les médias en règle générale.
07:22Ces médias qui auraient dû...
07:23qui devraient être des contre-pouvoirs
07:25et qui ne sont que les accompagnateurs du pouvoir.
07:28Donc je pense que le film, effectivement,
07:30met le doigt là-dessus.
07:32C'est-à-dire, comment se fait-il
07:34qu'il n'y ait qu'un seul récit ?
07:35La démocratie, c'est pas le consensus,
07:38c'est le dissensus.
07:39Nous ne pouvons pas être tous d'accord.
07:41Quand je vois ces gens,
07:41on va encore accuser la police sur ce coup-là,
07:43d'être violente.
07:44Qui a la légitimité statutaire de dire
07:47« Vous, vous êtes violente ».
07:48Mais mon Dieu, il y a des jeunes enfants,
07:50mais sérieusement !
07:51Le récit est toujours raconté par les vainqueurs.
07:53Donc aujourd'hui, par, grosso modo,
07:55la police,
07:56qui a table ouverte sur les chaînes d'information
07:59pour les reprendre,
08:00mais aussi les matinales de radio,
08:01mais aussi les journaux, etc.
08:03La plupart...
08:04On ne peut pas critiquer, discuter
08:08sans être suspects.
08:10Là, il y a un problème.
08:11Donc le film, c'est
08:12« Soyons suspects,
08:15allons réfléchir
08:16et proposons un contre-récit,
08:18proposons un contre-champ,
08:20proposons une autre façon
08:22d'entrevoir les choses ».
08:23Avec une idée simple,
08:26c'est « On va dialoguer ».
08:27On va dialoguer pour de bon.
08:29On va dialoguer frontalement.
08:31On va dialoguer au fond des choses
08:33et pas dans la surface
08:34à coups de slogans,
08:36de contre-vérités,
08:38de punchlines,
08:39de clashs.
08:39Tout ça, ça ne mène à rien.
08:41Enfin, je veux dire,
08:42c'est grotesque.
08:43Rien n'est caché.
08:44Ce qui se passe est maintenant
08:45révélé à la face du monde
08:46par des vidéos qui sont amplifiées.
08:49Est-ce que c'est normal, ça ?
08:52Arrêtez !
08:54Ce qu'on peut appeler
08:55une police républicaine,
08:56c'est justement une police
08:58qui est au service du peuple
08:59et non pas au service de l'État.
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