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Après "Allo Place Beauvau", recueil source de vidéos de violences policières, récompensé par le Grand prix du journalisme en 2019, et son roman « Dernière sommation », David Dufresne signe le fascinant documentaire, « Un pays qui se tient sage ».
En confrontant des points de vue face à des images filmées par des victimes de violences policières, David Dufresne interroge la phrase de Max Weber : « l’État revendique le monopole de la violence physique légitime ». Un entretien de l'Humanité avec David Dufresne.

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Transcription
00:00On est dans un jeu de juste mesure
00:06entre la violence et la légitimité de l'usage de cette violence.
00:14Où sont ces valeurs partagées aujourd'hui
00:17quand cette économie n'obéit plus à des principes d'humanité élémentaire ?
00:21L'idée de ce film c'est de dire qu'on est là pour nourrir un débat.
00:24Donc ceux qui nourrissent en premier lieu les débats,
00:29quels qu'ils soient, de tous bords, ce sont les militants.
00:32L'idée évidemment c'est d'aller au-delà du cercle militant.
00:36C'est-à-dire c'est d'aller du côté des gens qui considèrent
00:40que la police dite républicaine finalement aurait tous les droits
00:44puisqu'elle défendrait le plus beau des régimes qui serait la République.
00:48Sauf que ça c'est un discours qui est totalement réducteur.
00:51Et donc il faut que ça puisse sortir des cadres militants.
00:55Mais que ça démarre par là, c'est absolument pas un problème.
00:57Absolument pas.
00:58Ne parlez pas de répression ou de violence policière,
01:01ces mots sont inacceptables dans un état de droit.
01:03La question des violences policières, elle accueille une centralité
01:05dans les quartiers populaires qui ont servi de laboratoire.
01:08Voilà une classe qui soutient ça.
01:09Alors cette prise de parole elle est très particulière.
01:12On est en mars 2019, on est dans les grands débats.
01:19Emmanuel Macron répond à une gilet jaune de la Confédération paysanne
01:24qui l'interpelle courageusement quand même sur les violences policières.
01:29Courageusement parce qu'on voit bien à l'image,
01:31et d'ailleurs on le voit encore mieux sur le grand écran,
01:33on voit tout l'aéropage policier préfectoral autour de Macron.
01:37Il faut un certain cran pour lui poser cette question-là.
01:40Et lui, il répond cette phrase.
01:43Ne parlez pas de violence policière ou de répression,
01:46ces mots sont inacceptables dans un état de droit.
01:49Et là, intérieurement, je me dis que le président de la République,
01:56l'homme le plus fort de l'État, a envie de nous empêcher
02:00d'énoncer les choses pour nous empêcher de les dénoncer.
02:07C'est-à-dire qu'il choisit les armes, les grenades Gly F4,
02:13les LBD, les matraques, les canons à eau, les gaz lacrymogènes.
02:19Et en plus, il choisirait les mots.
02:22Et donc là, on se dit, enfin je me dis, moi,
02:25je me dis mais il y a une bataille à livrer,
02:27c'est la bataille du récit, c'est la bataille des mots.
02:31Et cette phrase-là, je crois qu'elle est absolument centrale
02:34dans le basculement qui a opéré depuis avant Macron
02:40sur l'idée qu'on ne pourrait pas discuter de la police,
02:44on ne pourrait pas discuter du maintien de l'ordre,
02:47on ne pourrait pas discuter de ça, ces mots seraient inacceptables.
02:50Non, ils deviennent inacceptables dans un pays qui n'est plus démocratique.
02:53Dès lors qu'on est dans une démocratie, tous les mots sont acceptables
02:57et on doit pouvoir discuter pied à pied.
02:59Et le film s'ouvre là-dessus en disant, voilà, discutons de ces questions-là.
03:04Parce que ce n'est pas au seul policier d'en discuter,
03:08ce n'est pas au seul politique d'en discuter,
03:12c'est policier, politique et citoyen.
03:15Donc cette phrase, elle est absolument majeure.
03:20Cette violence, on la connaît, on est né avec.
03:23On a banalisé la violence.
03:26Nous nous servons la République.
03:28Est-ce qu'on vous laisse casser ? Est-ce qu'on vous laisse saccager ?
03:31Et moi, la question que je me pose,
03:32Quel ordre protège les forces de l'ordre ?
03:35Dans le film, il y a cette phrase de la juriste Monique Chemillier-Gendro
03:41qui tout d'un coup dit, mais la démocratie, c'est un horizon.
03:47La démocratie, c'est le dissensus.
03:52Eh bien, ces deux repères sont un peu les balises du film.
03:57C'est-à-dire, où est-ce qu'on veut aller ?
04:00Où est-ce qu'on veut aller avec notre police, avec la police, avec leur police ?
04:05Vous voyez, déjà, on dit quelque chose rien qu'avec ces trois mots différents.
04:12Et est-ce qu'on peut être en désaccord ?
04:14Est-ce qu'on peut discuter ?
04:15Est-ce qu'on peut sortir des contraintes, des clivages
04:20qui ferait que soit vous êtes pour la République,
04:23soit vous êtes pour le chaos, soit vous êtes pour la police,
04:27quelles que soient ses méthodes,
04:29soit vous seriez contre,
04:33sans volonté, sans envie, sans proposition.
04:38On voit bien le piège dans lequel on est en train de nous mettre pour 2022.
04:42On nous remet le vieux truc à la noix de l'insécurité,
04:48de ce débat-là,
04:50où il faudrait être pour ou contre l'insécurité,
04:53ce qui n'a aucun sens,
04:54comme si on était pour ou contre les violences policières.
04:56Non, la question, c'est quelle est la place de la police dans nos sociétés ?
05:01Quand, par exemple, les policiers estiment,
05:04parfois à raison, être le dernier rempart de la République,
05:08ça pose question.
05:11Et avant tout pour la République.
05:13C'est vraiment ça, le dernier rempart de la République ?
05:15C'est vraiment ça, le dernier service public ?
05:19La police ?
05:20Ce n'est pas la poste ?
05:21Ce n'est pas la santé ?
05:24Et on voit bien comment ça résonne
05:28dans cette période extrêmement difficile et trouble
05:31autour des libertés qui sont assiégées,
05:34qui prennent des coups de butoir, etc.
05:37Donc le film, il parle de ça.
05:40Il parle profondément de la démocratie,
05:45qui en plus est en crise,
05:47particulièrement aujourd'hui.
05:49La démocratie représentative,
05:50et là aussi Monique Chemillet-Gendrot en parle.
05:52Donc quand une police représente
05:56un régime politique
05:57qui ne représente plus grand-chose
05:58et qui, en même temps,
06:00comme dirait l'autre,
06:01représente plutôt des inégalités,
06:04vous voyez quand même
06:05le nombre de problèmes que ça soulève.
06:06Eh bien, nous ne sommes pas dans le même camp, madame.
06:08Ce système de maintien de l'ordre,
06:10ce dispositif de maintien de l'ordre
06:12sont foncièrement politiques.
06:14Qu'est-ce qui se passe
06:15quand l'un des protagonistes
06:16ne respecte plus son dire ?
06:17Vous me laissez bosser !
06:19Je suis journaliste !
06:20Il y a une classe
06:23politico-médiatique,
06:25ça c'est clair,
06:26ça c'est très clair,
06:28qui est représentée
06:29de manière absolument caricaturale
06:32par les chaînes d'information.
06:33On a 3, 4, 5 chaînes d'information.
06:36Elles racontent à peu près la même chose,
06:38c'est-à-dire une vision du monde
06:40libéral, très libéral,
06:42conservateur, très conservateur,
06:44blanc, très blanc.
06:46À peu près.
06:47C'est à peu près ça.
06:48C'est étrange
06:49que plus il y a de chaînes d'information,
06:51plus elles se ressemblent
06:52et disent la même chose.
06:55Et donc, là, je pense que
06:58il y a tromperie sur la marchandise,
07:01c'est-à-dire que
07:02il y a...
07:03Et donc dans le film,
07:04on parle de ça d'ailleurs,
07:05il y a tout un passage
07:06sur le traitement médiatique,
07:08parce que le traitement médiatique,
07:09c'est ajouter de la violence à la violence,
07:11c'est un pouvoir qui...
07:14Et Dieu sait que j'ai aimé ça.
07:16Mais je ne me reconnais plus du tout
07:18dans les médias en règle générale.
07:22Ces médias qui auraient dû...
07:23qui devraient être des contre-pouvoirs
07:25et qui ne sont que
07:27les accompagnateurs du pouvoir.
07:28Donc je pense que le film, effectivement,
07:30met le doigt là-dessus.
07:32C'est-à-dire,
07:33comment se fait-il
07:34qu'il n'y ait qu'un seul récit ?
07:35La démocratie,
07:36c'est pas le consensus,
07:38c'est le dissensus.
07:39Nous ne pouvons pas être tous d'accord.
07:41Quand je vois ces gens,
07:41on va encore accuser la police,
07:43sur ce coup-là,
07:44d'être violente,
07:44qui a la légitimité statutaire
07:46de dire
07:47« Vous, vous êtes violents ».
07:48Mais mon Dieu,
07:49il y a des jeunes enfants,
07:50mais sérieusement !
07:51Le récit est toujours raconté
07:52par les vainqueurs.
07:53Donc aujourd'hui,
07:54par, grosso modo,
07:55la police,
07:56qui a table ouverte
07:57sur les chaînes d'information
07:59pour les reprendre,
08:00mais aussi les matinales de radio,
08:01mais aussi les journaux,
08:02etc.
08:03La plupart.
08:04On ne peut pas
08:07critiquer, discuter
08:08sans être suspect.
08:10Là, il y a un problème.
08:11Donc le film,
08:12c'est « Soyons suspects,
08:15allons réfléchir,
08:16et proposons un contre-récit,
08:18proposons un contre-champ,
08:20proposons une autre façon
08:22d'entrevoir les choses. »
08:24Avec une idée simple,
08:26c'est « On va dialoguer,
08:27mais on va dialoguer pour de bon.
08:29On va dialoguer frontalement.
08:31On va dialoguer au fond des choses,
08:33et pas dans la surface,
08:34à coups de slogans,
08:36de contre-vérités,
08:38de punchlines,
08:39de clash,
08:39tout ça,
08:40ça ne mène à rien.
08:41Enfin, je veux dire,
08:42c'est grotesque.
08:43Rien n'est caché.
08:44Ce qui se passe
08:44est maintenant révélé
08:45à la face du monde
08:46par des vidéos
08:47qui sont amplifiées.
08:49Est-ce que c'est normal, ça ?
08:52Arrêtez !
08:54Ce qu'on peut appeler
08:55une police républicaine,
08:56c'est justement une police
08:58qui est au service du peuple
08:59et non pas au service de l'État.
09:05Sous-titrage Société Radio-Canada
09:07Sous-titrage Société Radio-Canada
09:08Sous-titrage FR ?

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