00:03Générique
00:12Younous Omarji, bonjour.
00:13Vous êtes député européen de la gauche unitaire européenne.
00:17L'état-major de l'Union européenne, pour les cinq ans à venir,
00:20est en train de se mettre en place.
00:22Le président de la Commission européenne, les commissaires européens,
00:29la présidente de la BCE, Christine Lagarde, dont on parlera tout à l'heure.
00:35Mais je voudrais d'abord commencer par ce qui a fait couler quand même pas mal d'encre les jours
00:39précédents,
00:40ce fameux intitulé d'un nouveau portefeuille,
00:43commissaire à la protection du mode de vie des Européens,
00:46qui va s'occuper également des migrations et des migrants.
00:51Alors ça se veut un tollé, il faut le dire, sur la dénomination.
00:54Qu'est-ce que vous en pensez, vous ?
00:55J'avais été l'un des premiers à réagir et à m'étonner d'abord de s'être intitulé.
01:02Et lorsqu'on y réfléchit un peu, on se dit que ça commence très mal pour la présidente van der
01:11Leyen,
01:11puisque manifestement, c'est un clin d'œil douteux qu'elle adresse à l'extrême droite européenne.
01:19C'est vrai qu'elle a bénéficié de ses voix pour être élue à la présidence de la Commission.
01:26Elle a eu des voix du FIDES, par exemple.
01:30Donc c'est un très mauvais signal.
01:33Mais c'est assez grave que de succomber à ce point au vocabulaire de l'extrême droite.
01:40Parce que qu'est-ce que cela veut dire que de mettre dans le même portefeuille la question de la
01:47protection des réfugiés,
01:49de l'accueil des réfugiés, et celle de la protection d'un mode de vie européen.
01:55J'ai tendance à considérer que le mode de vie européen est davantage fragilisé par cette uniformisation du monde sur
02:06le standard américain,
02:07véhiculé par des accords commerciaux, par cette politique internationale et ces accords de libre-échange.
02:16Et le mode de vie européen est fragilisé par cela.
02:21Mais certainement pas par les questions migratoires.
02:26Donc c'est grave.
02:27Je suis heureux que nous ayons été nombreux dans le Parlement européen à le dénoncer.
02:33Et à l'extérieur aussi, il y a eu une véritable tollée.
02:35On aurait pu penser que ça allait passer pour perdre des profits.
02:38Ça veut dire qu'il y a une vigilance des citoyens.
02:42Nous-mêmes, présidents de commissions, nous avons protesté au sein de ce qu'on appelle la conférence des présidents de
02:51commissions.
02:52Et j'espère que cette intitulée changera.
02:58En tout cas, nous interrogerons les vice-résidents et les commissaires sur cette question.
03:05Car on ne peut pas aller pour 5 ans avec un portefeuille qui attente en réalité aux valeurs qui sont
03:14celles de l'Union européenne.
03:16Bien sûr.
03:16Qui sont contraires effectivement du rejet.
03:19Ursula von der Leyen a persisté et signé.
03:23C'est-à-dire que bien sûr, elle a été sensible au tollé qui avait produit cette nomination, cette dénomination
03:29plus exactement.
03:30Mais en même temps, elle dit oui, mais attendez, je me suis...
03:32C'est extraordinaire. C'est-à-dire qu'on utilise des mots et après on dit mais attendez, il ne
03:35faut pas mettre sous ces mots ce qu'ils disent en réalité.
03:38Oui, il y a volontairement une confusion qui est distillée.
03:44Mais j'espère que l'action qui est la nôtre ici dans le Parlement européen la conduira à reculer.
03:52En tout cas, nous agirons en ce sens.
03:55Et si cela devait être confirmé, alors cela veut dire que nous avons devant nous des combats à mener.
04:03Des combats qui vont être difficiles, notamment concernant la question de la protection des migrants, de l'accueil des réfugiés.
04:14Ce sont des sujets qui sont devant nous.
04:17Et il y aura de vraies lignes de fractures dans ce nouveau Parlement et des combats importants en commission libée.
04:24Qui existaient déjà dans la précédente législature.
04:28Oui, qui portaient très bien vers le principe de Vergia d'ailleurs.
04:29Mais qui vont effectivement, qui risquent effectivement d'être encore plus critiques maintenant.
04:33La nomination des commissaires, donc je le disais il y a deux secondes,
04:37Ils ont été choisis par la présidente de la commission européenne.
04:41Maintenant, le Parlement européen va les auditionner dans les jours qui viennent.
04:48Ça se passe comment ? On les auditionne, qu'est-ce qu'on fait ?
04:50On lui dit vous venez, vous nous expliquez ce que vous allez faire, comment ça se passe ?
04:53D'abord en France, on nous impose un premier ministre et le gouvernement.
04:58Il faut reconnaître quand même qu'ici, dans l'Union européenne, la présidente de la commission doit faire l'objet
05:08d'une approbation par le Parlement européen.
05:11Et la commissaire vandérienne a obtenu une majorité très étroite.
05:16La deuxième chose, c'est que les commissaires européens doivent être auditionnés par les commissions parlementaires
05:23qui doivent les vérifier d'abord s'il n'y a pas de conflit d'intérêt.
05:30C'est une question qui est importante.
05:32C'est dit clairement dans la règle de l'Union européenne.
05:36Et croyez bien que les députés européens font ce travail de manière très précise.
05:41Je suis moi-même président de commission, nous travaillons avec beaucoup de précision ces questions-là.
05:48Et puis bien sûr, voir les compétences ainsi que le programme de travail qui sera celui des commissaires auditionnés.
05:56Et nous entrons donc dans une période où nous allons auditionner chaque commissaire.
06:02J'espère que nous les pousserons tous dans leur retranchement, puisque c'est ainsi qu'on affirme le pouvoir législatif.
06:11Et ce Parlement européen, il doit avoir le courage de ses pouvoirs.
06:18Je constate, parce que je suis ici maintenant depuis quelques années, que législature après législature, le Parlement européen devient un
06:27peu plus courageux.
06:29Donc j'espère que ce seront de vraies auditions.
06:32Et que pour les commissaires pour lesquels il y a un certain nombre de problèmes, le Parlement européen aura le
06:39courage de dire non.
06:40– Lesquels on sait déjà, on ne va pas faire la chasse.
06:43– Je ne veux pas faire de procès d'intention, mais vous verrez que les auditions vont mettre sur la
06:50table un certain nombre de problèmes
06:51par rapport à des questions de conflits d'intérêts.
06:56Il y a, nous avons dénoncé tout au long de la dernière législature,
07:01sur les collusions avec le monde de la finance, avec les multinationales, avec un certain nombre de lobbies.
07:10Il faut que les futurs commissaires soient totalement retranchés de cela, et qu'ils servent l'intérêt général.
07:18– Alors en ce qui concerne, bien sûr, on ne va pas parler individuellement des commissaires, vous l'avez dit,
07:22puis vous devez les entendre en plus.
07:23– Par contre, je suis assez critique, et très critique en réalité, sur la ligne politique.
07:28– C'est la question que j'allais vous poser.
07:31Globalement, qu'est-ce que ça nous dit de ce que peut être, compte tenu de qui a été choisi
07:36pour faire quoi ?
07:37Les ministres, on va dire, de l'Union européenne, on peut dire comme ça, les commissaires européens, c'est les
07:40ministres.
07:41Qu'est-ce que ça vous dit de la ligne politique qui s'annonce, du coup ?
07:46– C'est une ligne qui va être libérale, encore plus libérale, sans rupture, par exemple, concernant les accords de
07:55libre-échange.
07:56Dans le Parlement européen, les rapports de force changent un peu sur ces questions.
08:02En revanche, la désignation, la proposition de désignation de Philogan, qui était commissaire à l'agriculture,
08:10que j'ai beaucoup fréquenté et qui est un ultra-libéral, ne changera pas grand-chose de la commissaire Melsrom,
08:18qui était elle-même totalement soumise à la religion du libre-échange.
08:24Et puis, il y a dans cette proposition un primat donné aux questions militaires, à la politique de défense,
08:37aux liaisons de plus en plus renforcées avec l'OTAN.
08:42Et cela est, à mon avis, une indication très claire, puisque Van der Leyen, vous le savez,
08:48était ministre de la Défense en Allemagne, et qu'elle a manifestement été choisie,
08:56avec le soutien du président de la République française, Emmanuel Macron,
09:01pour véritablement accomplir une avancée, entre guillemets, sur cette question.
09:08Parce qu'elle a cette compétence-là.
09:09Un mot, on le disait, pour boucler un petit peu notre tour d'horizon,
09:13et ce que ça nous indique, de Christine Lagarde, de sa nomination à la Banque Centrale Européenne.
09:20Il n'est pas la peine que je dise ce que je pense de Christine Lagarde.
09:25Elle s'est...
09:26De la ligne qu'elle représente, disons, de la politique.
09:28Mais il y a un vrai... Bon, d'abord, il y a des problèmes par rapport à ce qu'on
09:35peut attendre
09:37sur l'intégrité d'une présidente de la Banque Centrale Européenne.
09:46Puisque, vous savez que Christine Lagarde a fait l'objet, en tout cas en France,
09:52d'un certain nombre de suspicions.
09:55Et puis, bien sûr, la politique mise en œuvre par Christine Lagarde au FMI
10:02ne plaide pas du tout en sa faveur sur ce qu'elle va faire à la Banque Centrale Européenne.
10:09Donc, le scandale, c'est qu'elle a fait l'objet d'une approbation ce matin en plénière au Parlement
10:17européen,
10:18sans que la plénière du Parlement européen puisse avoir un vrai débat avec elle sur sa ligne politique.
10:28Les politiques monétaires sont au cœur des politiques européennes.
10:34Et nous n'avons pas pu l'interroger.
10:36Notre groupe l'a demandé.
10:38Nous n'étions pas les seuls, d'ailleurs, à le demander.
10:40Mais ce débat n'a pas pu se faire.
10:43C'est un peu un manque d'élégance, je veux dire, mais ne serait-ce que ça, quoi.
10:46Oui, une forme de mépris pour le Parlement européen.
10:49Je veux bien croire qu'elle ait encore des responsabilités à Washington.
10:53Mais elle aurait pu trouver un moment pour venir devant le Parlement européen.
11:01Il n'y avait pas une urgence absolue, d'ailleurs, pour qu'elle soit désignée ce matin.
11:07On aurait pu attendre encore quelques semaines.
11:09Donc, on va voir dans les mois, dans les années à venir, où va lieu,
11:15parce qu'on s'aperçoit en en parlant avec vous, les députés, tous les députés,
11:19notamment les députés classés à gauche, qu'il y a une inquiétude un petit peu.
11:24On ne sait pas trop où on va, là, tout de suite.
11:26En tous les cas, on n'a pas l'impression qu'on va vers des choses qui iraient dans le
11:30sens du mieux.
11:31Non, personne ne peut dire où va l'UE et où va le monde.
11:36Il y a toujours des faits aussi imprévisibles qui vont surgir pendant ces cinq années.
11:44Mais ce dont nous pouvons être certains d'ores et déjà, c'est que cette commission n'est pas une
11:50commission tournée vers la satisfaction des intérêts populaires.
11:56Qu'il n'y aura pas de rupture, par exemple, sur les questions de pouvoir d'achat des Européens qui
12:05sont liées à la politique monétaire.
12:07Il n'y aura pas d'avancée significative pour la remise en cause des accords de libre-échange, sauf si
12:14le Parlement européen affirme son pouvoir.
12:17Il n'y aura pas non plus, je crois, quelles que soient les incantations, d'avancée considérable sur la question
12:25écologique.
12:26Parce qu'on ne peut pas considérer que les quelques mesures mises sur la table pour l'écologie puissent avoir
12:35un effet lorsqu'elles sont entourées de politiques libérales,
12:41une vision très capitaliste du monde qui, en réalité, viennent fragiliser l'état de la planète.
12:49Donc, effectivement, il y a beaucoup de combats pour nous à mener dans ce Parlement.
12:54Je vous remercie, c'est moi. Au revoir, à bientôt.
12:57Merci.