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  • il y a 12 heures
Les actes racistes contre les noirs, les arabes et les musulmans sont en hausse alors que les permanences juridiques de l'association SOS Racisme enregistrent 60 à 70 % d'appels en plus. « On est entré à nouveau dans une phase de crimes racistes et de crimes de sang ». Entretien avec Dominique Sopo, président de SOS Racisme.

Depuis les élections législatives en 2024, les signalements d'agressions à caractère raciste se multiplient dans la presse. Dans la rue comme sur les réseaux sociaux, la parole xénophobe semble s’être libérée. L'association SOS Racisme alerte sur une hausse inquiétante de ces violences, verbales ou physiques. Un phénomène qu’elle lie directement à la parole politique de droite, dont l’idéologie occupe une place centrale depuis la récente séquence électorale mais également au sein des différents médias de droite.

Dominique Sopo, président de SOS Racisme, nous parle de cette inquiétante dérive.

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Transcription
00:00L'assassinat à caractère terroriste d'Ishem Mirawi à Puget sur Argent,
00:05l'assassinat islamophobe d'Abou Bakar Sissé dans la mosquée de la Grand Combe
00:10et il y a quelques mois, le meurtre raciste,
00:13même si la justice ne veut pas à ce stade le reconnaître comme tel,
00:17mais le meurtre raciste dont a été victime Jamel Ben Jabala à côté de Dunkerque.
00:24Ce que l'on constate, c'est que les actes contre les Noirs, les Arabes, les musulmans
00:29sont des actes qui sont en hausse, très clairement, ces dernières années.
00:34On le voit à travers les chiffres recensés par le ministère de l'Intérieur
00:38et à travers toute une série d'autres indications,
00:41parce que les chiffres recensés sont des chiffres qui ne correspondent pas à la totalité des actes de haine
00:47puisqu'il faut que ce soit des actes qui aient été déclarés,
00:51qui aient fait l'objet d'une plainte ou d'une procédure judiciaire.
00:54Donc on sait qu'il y a une très forte sous-déclaration,
00:56mais nous, ce que l'on constate par exemple dans nos permanences juridiques,
01:01c'est qu'il y a une augmentation très forte du nombre d'appels que nous recevons,
01:06plus 60, plus 70%.
01:08Et surtout, ce qui est plus inquiétant encore d'une certaine façon,
01:12c'est qu'il y a des capes qui ont été franchis.
01:14Et ce que l'on voit, c'est que les actes les plus violents,
01:17eh bien, à nouveau, se multiplient.
01:20On a eu toute une série de crimes racistes, de crimes de sang,
01:23et donc on voit bien qu'au-delà du nombre d'actes,
01:27ce qui est sans doute symptomatique,
01:29c'est qu'on est entré à nouveau dans une phase de crimes racistes
01:33et de crimes au sens de crimes de sang.
01:38Je pense que la hausse du nombre d'actes de racisme
01:43est une hausse qui s'explique par une très très forte dégradation du débat public.
01:47On voit bien comment ces dernières années,
01:49il y a eu, et singulièrement ces derniers mois,
01:51la structuration médiatique d'un discours quasiment faisant la promotion de la haine,
01:56on peut voir à travers toute une série de médias,
01:58on peut penser évidemment aux médias du groupe Bolloré,
02:00sans aucun doute, de façon tout à fait certaine,
02:03mais ça va bien au-delà.
02:04On voit bien qu'il y a une forme de malveillance dans la presse conservatrice,
02:08dans la presse de droite de façon générale,
02:11où tout est prétexte à expliquer qu'il y a un problème avec les Noirs,
02:13les Arabes, les Musulmans et les étrangers,
02:15et qu'on serait quasiment dans une forme de danger civilisationnel,
02:20même si des titres de presse vont prendre plus de pincettes que les autres.
02:25Le deuxième élément, c'est que la parole politique est une parole
02:29qu'il a aussi jusqu'au plus haut niveau de l'État.
02:31On peut le voir avec des personnes comme M. Retailleau,
02:34sont des paroles qui vont être des paroles de malveillance,
02:37des paroles très agressives.
02:38On se souvient de ce « abat le voile » de M. Retailleau,
02:43ou de ses multiples sorties consistant à venir exciter les Français
02:49autour de la figure des étrangers, des sans-papiers, des gens sous OQTF.
02:53Et donc, il y a une dégradation du débat public
02:55qui est beaucoup liée aussi à la force, aujourd'hui électorale,
03:01et donc de la présence médiatique de l'extrême droite avec le RN,
03:05avec Zemmour, etc., et d'un suivisme des différentes forces politiques,
03:09et notamment évidemment de droite, qui aujourd'hui, par exemple,
03:12en matière migratoire, sont quasiment totalement alignées
03:17sur le programme historique du Rassemblement national
03:20qui est orienté autour, construit autour de la préférence nationale.
03:30Et on peut très bien avoir, par exemple, l'assassinat
03:33dont a été victime Aboubakar Sissé à la mosquée de la Grande Combe,
03:38avoir pendant quelques jours toute une série de débats
03:40sur l'excitation anti-musulmane de ces derniers temps,
03:44de ces derniers mois, de ces dernières années.
03:46Ça va durer quelques jours, et un mois après,
03:49on a un rapport sur les frères musulmans
03:52qui va de nouveau exciter l'opinion publique
03:56contre les musulmans, avec des choses totalement ahurissantes
04:00dans l'exploitation de ce rapport,
04:03sans que l'on fasse de relation entre cette excitation-là
04:08et les crimes dont on avait dit pourtant quelques semaines plus tôt,
04:12qu'ils étaient peut-être dus à des paroles
04:14qui étaient des paroles de stigmatisation.
04:16Et on voit bien, par exemple, à Puget sur Argent,
04:18il y a une fenêtre médiatique qui s'est ouverte.
04:22Aujourd'hui, elle est à peu près totalement refermée.
04:25Et donc, il y a une forme de gestion ponctuelle de l'émotion
04:29qui ne vient jamais interroger, plus généralement, structurellement,
04:33la façon dont le débat public est organisé.
04:36Et il faut dire qu'en cela, c'est aidé par l'absence de hauteur
04:41de toute une série de responsables politiques,
04:44d'intellectuels dans le pays,
04:46mais aussi du fonctionnement médiatique.
04:48Et c'est pour cela qu'au-delà de la réaction des institutions,
04:50il y a la nécessité pour les citoyens de réagir,
04:54de s'engager, d'interpeller et de construire des rapports de force
04:57qui viennent un peu obliger les politiques à dire
04:59effectivement, on ne peut pas laisser passer
05:02et on est obligé d'agir parce que les citoyens,
05:05dans une certaine mesure, nous le demandent.
05:07Sous-titrage Société Radio-Canada
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