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Des centaines de manifestants se sont réunis près de l’Assemblée nationale à Paris, pour marquer leur opposition à la proposition de loi dite « sécurité globale », actuellement en cours d’examen dans l'hémicycle.

Cette proposition de loi, portée par la majorité LaREM et la droite, prévoit plusieurs mesures jugées liberticides par ses détracteurs. En cause notamment, l’article 24 qui prévoit un encadrement strict de la diffusion d’images des forces de l’ordre.

C’est principalement autour de cet article que les manifestants se sont mobilisés. Journalistes, avocats, observateurs de la société civile, citoyens, représentants politiques… Tous ont appelé au retrait de ce texte sécuritaire pour que les journalistes puissent continuer d’exercer librement leur travail, mais aussi pour que les citoyens puissent eux aussi continuer d’être les témoins actifs des dérives policières.

Au-delà de porter atteinte à ces libertés, se niche en effet la crainte que les violences policières soient désormais passées sous silence.

Arié Alimi, avocat et membre du bureau national de la Ligue des droits de l’homme, Anthony Caillé, secrétaire national de la CGT Police, et Grégory Marin, journaliste de l’Humanité, décryptent pour vous les enjeux de cette proposition de loi.

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#sécuritéglobale #Paris #libertédinformer

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Transcription
00:00Cette loi, c'est une intimidation, c'est une menace.
00:11Pourquoi on titre là-dessus aujourd'hui sur ce projet de loi ?
00:16C'est parce que ce projet de loi risque d'amener à terme
00:19à ce que les journalistes ne puissent plus travailler du tout dans les manifestations.
00:24C'est-à-dire qu'un policier qui se sentirait menacé, on va dire,
00:30par une image, par une caméra, par un appareil photo,
00:34pourrait lui-même saisir nos matériels, nous mettre préventivement en garde à vue,
00:37sans juger pour l'instant de l'intention de nuire,
00:40ou plutôt en jugeant par lui-même de l'intention de nuire,
00:43ce qui pose un grave souci de démocratie,
00:46ce qui va tout simplement nous empêcher de faire notre travail, d'informer le public.
01:03Un grand nombre d'affaires de violences policières dont tout le monde a entendu parler aujourd'hui,
01:06grâce justement à la liberté d'informer et à la possibilité de filmer les policiers aujourd'hui.
01:11Je pense bien évidemment à l'affaire de Cédric Chouvia, ce livreur de 42 ans,
01:16père de 5 enfants, qui était en train de travailler,
01:18qui a eu un contrôle routier et qui a eu le larynx écrasé,
01:21et qui a été étranglé par les policiers au cours d'un simple contrôle routier,
01:25parce qu'il filmait les policiers.
01:26Il est mort parce qu'il filmait les policiers.
01:28Et fort heureusement, pour la famille, ils ont pu avoir une vérité,
01:32grâce à des passants, grâce à des voitures qui filmaient en même temps,
01:36et qui ont pu démentir la version de la préfecture de police,
01:39qui disait simplement que Cédric Chouvia était mort d'un malaise cardiaque.
01:44Voilà le mensonge de la préfecture.
01:46Vous avez également bien évidemment l'affaire de Geneviève Leguay,
01:49cette dame de 74 ans, qui a été poussée par les policiers à Nice pendant une manifestation,
01:54le président de la République, Emmanuel Macron lui-même,
01:57mais également le procureur de la République, Jean-Michel Prêtre,
02:01ont menti, en prétendant que Geneviève Leguay n'avait pas été poussée par des policiers,
02:06mais probablement par des journalistes, avec une caméra.
02:09Ces vidéos qui ont été diffusées sur les réseaux sociaux,
02:12notamment dans le cadre d'appels à témoins,
02:14dans le cadre d'un contrôle citoyen fait par les avocats, grâce à des journalistes,
02:17ça a permis de montrer la vérité.
02:20Donc sans ces vidéos, il n'y aurait pas d'enquête judiciaire.
02:23Et on devrait attendre des mois, voire quelques fois des années,
02:25avant d'obtenir une simple vérité,
02:27en saisissant un juge d'instruction,
02:29sous réserve d'avoir des vidéos et des témoignages.
02:32Et la seule manière d'avoir des vidéos et des témoignages,
02:34c'est justement d'envoyer des photos sur les réseaux sociaux.
02:37Ce ne sont pas que des affaires judiciaires et des affaires de violences policières.
02:40C'est tout le travail des journalistes qui va être modifié.
02:42C'est tout le comportement journalistique qui va être modifié à cause de cette loi.
02:46Pourquoi ? Parce qu'on ne pourra plus filmer en direct.
02:50Les journalistes n'accepteront plus de filmer en direct ou de diffuser en direct,
02:54tout simplement parce qu'il y a un risque judiciaire qui pèse sur leur tête.
02:57Est-ce qu'il est normal dans une démocratie comme la France
03:00de pouvoir faire peser un tel risque judiciaire sur des journalistes
03:04pour faire simplement et normalement leur travail ?
03:06Mettre sous le tapis l'action de la police, ce n'est absolument pas lui rendre service,
03:10c'est au contraire.
03:11C'est agrandir la défiance vis-à-vis de la population,
03:14c'est creuser encore plus la fracture entre les citoyens et sa police
03:18et c'est l'abandon de la notion de service public qui doit être au cœur de notre métier.
03:25Le regard citoyen, c'est aussi un contrôle de la police et ça, aujourd'hui, il y en a besoin.
03:30On sait très bien ce que ça donne dans d'autres États comme en Amérique latine.
03:34Vous n'avez qu'à voir où déjà ce type de peine existe.
03:38Et vous avez un contre-exemple.
03:40Vous avez l'Espagne qui a enterriné une loi en 2015, dite la loi du Bayon.
03:46Et aujourd'hui, l'Espagne veut faire machine arrière, justement,
03:50veut supprimer cet article de loi qui prévoit le floutage, le masquage des policiers.
03:55Justement, pour que le rôle de ce contrôle social puisse être exercé.
04:00Moi, je pense qu'il faut absolument que le corps social ait plus de vision sur sa police
04:04et qu'elle apprenne le fonctionnement de sa police.
04:08Et la police, elle aurait beaucoup aussi à apprendre des gens qui l'observent et qui la regardent.
04:14Aujourd'hui, c'est l'omerta.
04:15Et c'est en ça que moi, quand je dis qu'effectivement, par exemple, sur les questions de racisme,
04:20elles deviennent systémiques et elles ne sont pas individuelles.
04:23Elles sont systémiques parce que quand il y a l'omerta, on construit un système là-dessus.
04:29Même si à la base, ça vient de certains individus, il ne faut pas le nier.
04:33Mais à un moment, on rentre dans le systémique.
04:52Sous-titrage Société Radio-Canada

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