00:00Cette loi, c'est une intimidation, c'est une menace.
00:11Pourquoi on titre là-dessus aujourd'hui sur ce projet de loi ?
00:16C'est parce que ce projet de loi risque d'amener à terme
00:19à ce que les journalistes ne puissent plus travailler du tout dans les manifestations.
00:24C'est-à-dire qu'un policier qui se sentirait menacé, on va dire,
00:30par une image, par une caméra, par un appareil photo,
00:34pourrait lui-même saisir nos matériels, nous mettre préventivement en garde à vue,
00:37sans juger pour l'instant de l'intention de nuire,
00:40ou plutôt en jugeant par lui-même de l'intention de nuire,
00:43ce qui pose un grave souci de démocratie,
00:46ce qui va tout simplement nous empêcher de faire notre travail, d'informer le public.
01:03Un grand nombre d'affaires de violences policières dont tout le monde a entendu parler aujourd'hui,
01:06grâce justement à la liberté d'informer et à la possibilité de filmer les policiers aujourd'hui.
01:11Je pense bien évidemment à l'affaire de Cédric Chouvia, ce livreur de 42 ans,
01:16père de 5 enfants, qui était en train de travailler,
01:18qui a eu un contrôle routier et qui a eu le larynx écrasé,
01:21et qui a été étranglé par les policiers au cours d'un simple contrôle routier,
01:25parce qu'il filmait les policiers.
01:26Il est mort parce qu'il filmait les policiers.
01:28Et fort heureusement, pour la famille, ils ont pu avoir une vérité,
01:32grâce à des passants, grâce à des voitures qui filmaient en même temps,
01:36et qui ont pu démentir la version de la préfecture de police,
01:39qui disait simplement que Cédric Chouvia était mort d'un malaise cardiaque.
01:44Voilà le mensonge de la préfecture.
01:46Vous avez également bien évidemment l'affaire de Geneviève Leguay,
01:49cette dame de 74 ans, qui a été poussée par les policiers à Nice pendant une manifestation,
01:54le président de la République, Emmanuel Macron lui-même,
01:57mais également le procureur de la République, Jean-Michel Prêtre,
02:01ont menti, en prétendant que Geneviève Leguay n'avait pas été poussée par des policiers,
02:06mais probablement par des journalistes, avec une caméra.
02:09Ces vidéos qui ont été diffusées sur les réseaux sociaux,
02:12notamment dans le cadre d'appels à témoins,
02:14dans le cadre d'un contrôle citoyen fait par les avocats, grâce à des journalistes,
02:17ça a permis de montrer la vérité.
02:20Donc sans ces vidéos, il n'y aurait pas d'enquête judiciaire.
02:23Et on devrait attendre des mois, voire quelques fois des années,
02:25avant d'obtenir une simple vérité,
02:27en saisissant un juge d'instruction,
02:29sous réserve d'avoir des vidéos et des témoignages.
02:32Et la seule manière d'avoir des vidéos et des témoignages,
02:34c'est justement d'envoyer des photos sur les réseaux sociaux.
02:37Ce ne sont pas que des affaires judiciaires et des affaires de violences policières.
02:40C'est tout le travail des journalistes qui va être modifié.
02:42C'est tout le comportement journalistique qui va être modifié à cause de cette loi.
02:46Pourquoi ? Parce qu'on ne pourra plus filmer en direct.
02:50Les journalistes n'accepteront plus de filmer en direct ou de diffuser en direct,
02:54tout simplement parce qu'il y a un risque judiciaire qui pèse sur leur tête.
02:57Est-ce qu'il est normal dans une démocratie comme la France
03:00de pouvoir faire peser un tel risque judiciaire sur des journalistes
03:04pour faire simplement et normalement leur travail ?
03:06Mettre sous le tapis l'action de la police, ce n'est absolument pas lui rendre service,
03:10c'est au contraire.
03:11C'est agrandir la défiance vis-à-vis de la population,
03:14c'est creuser encore plus la fracture entre les citoyens et sa police
03:18et c'est l'abandon de la notion de service public qui doit être au cœur de notre métier.
03:25Le regard citoyen, c'est aussi un contrôle de la police et ça, aujourd'hui, il y en a besoin.
03:30On sait très bien ce que ça donne dans d'autres États comme en Amérique latine.
03:34Vous n'avez qu'à voir où déjà ce type de peine existe.
03:38Et vous avez un contre-exemple.
03:40Vous avez l'Espagne qui a enterriné une loi en 2015, dite la loi du Bayon.
03:46Et aujourd'hui, l'Espagne veut faire machine arrière, justement,
03:50veut supprimer cet article de loi qui prévoit le floutage, le masquage des policiers.
03:55Justement, pour que le rôle de ce contrôle social puisse être exercé.
04:00Moi, je pense qu'il faut absolument que le corps social ait plus de vision sur sa police
04:04et qu'elle apprenne le fonctionnement de sa police.
04:08Et la police, elle aurait beaucoup aussi à apprendre des gens qui l'observent et qui la regardent.
04:14Aujourd'hui, c'est l'omerta.
04:15Et c'est en ça que moi, quand je dis qu'effectivement, par exemple, sur les questions de racisme,
04:20elles deviennent systémiques et elles ne sont pas individuelles.
04:23Elles sont systémiques parce que quand il y a l'omerta, on construit un système là-dessus.
04:29Même si à la base, ça vient de certains individus, il ne faut pas le nier.
04:33Mais à un moment, on rentre dans le systémique.
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